Le blog de Bruno Hubacher - Page 5

  • Amnésie collective

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    Il date du 17 août 2003, cet article de presse, publié par le quotidien « progressiste » britannique « The Guardian », sous le titre « Comment mentir sur l’Iraq » (1). Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Tamise, et de ceux de la Moskova, si l’on puit dire, mais, dans l’entre-soi médiatique, rien n’a fondamentalement changé.

    Ainsi, ce fut à nouveau le tour au quotidien « New York Times », ancien porte-voix de la journaliste, « icône » de la désinformation et va-t-en-guerre de service, Judith Miller (2), tombée en disgrâce entre-temps, de lancer, au mois de novembre 2019, le coup d’envoi d’une nouvelle, énième « intrigue géopolitique », à l’encontre de la Chine cette fois.

    Vu le destin de tant de communautés tribales ancestrales à travers l’Histoire, de l’Afrique (Libye), du Moyen Orient (accords Sykes-Picot, déclaration Balfour), jusqu’en Asie (Afghanistan), objets des convoitises néocoloniales, on s’interroge sur les motifs « altruistes » qui animent cette fois le vénérable quotidien new-yorkais, et, en effet ses consoeurs britanniques et européennes, pour s’intéresser à ce point au bien-être d’un peuple turcophone, musulman par-dessus le marché, du fin fond d’Asie-centrale, la minorité ouïghour de la province autonome chinoise du Xinjiang.

    Le Xinjiang, partie de la Chine depuis le 18ème siècle, d’abord sous le règne de la dernière dynastie impériale des Qing et, à partir de 1949, sous le contrôle de la République populaire de Chine, est située au nord-ouest de l’empire du Milieu, abritant, hors des 12 millions d’ouïghours, la moitié de la population, d’autres ethnies, tels que des kazakhs, kirghizes, tibétains, tadjiks, mongols et russes, ainsi que des membres de l’ethnie chinoise des Han.

    Il se trouve qu’entre 1997 et 2014 une série d’attentats terroristes islamistes et d’émeutes, perpétrés par des indépendantistes ouïghours, avaient ébranlé la province, faisant des centaines de morts et de blessés.

    Toujours est-il, au mois de novembre 2019 la rédaction du « New York Times » reçut, de source anonyme, une série de documents confidentiels et inédits en provenance du sérail du Parti communiste chinois, les « Xinjiang Papers » au sujet de supposés mauvais traitements, subis par des indépendantistes ouïghours récalcitrants dans les prisons de la province Xinjiang. Quelques jours plus tard suivirent, le 24 novembre 2019, les « China cables », envoyés par une autre source anonyme au « Consortium international de journalistes d’investigation » CIJI et décortiqués depuis par une équipe, composée de journalistes du « Guardian », BBC », « Süddeutsche Zeitung », « Le Monde », ainsi que « Associate Press » AP et « Kyodo ».

    En matière de traitement de terroristes islamistes, avérés ou non, les Etats-Unis, de leur côté, disposent d’une belle longueur d’avance. Des procédures extra-judiciaires et extraterritoriales dans des « black-sites » opérés par la CIA, éparpillés à travers le monde, ainsi que dans la prison de la base militaire de Guantanamo Bay ont largement permis de soulager l’appareil judiciaire américain en lui évitant des procès inutiles.

    Couvrant un sixième de son territoire, situé sur la trajectoire de la « Nouvelle route de la soie », il se trouve que le Xinjiang, revêt d’une importance stratégique et énergétique primordiale pour la Chine.

    Frontalière avec le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan, l’approvisionnement en pétrole est assuré par une série d’oléoducs, réalisés ou en construction, reliant la Chine aux champs pétrolières des anciennes républiques soviétiques via le Xinjiang, diminuant ainsi progressivement la dépendance envers les pays du Moyen Orient. (Figaro)

    Pour compléter le mix énergétique, le Xinjiang est également le premier fournisseur domestique en énergies renouvelables (éoliennes) et non renouvelables, uranium, gaz naturel et pétrole, sans compter des gisements de 138 différents types de minerais. (Figaro)

    Contrairement aux Etats-Unis et l’Europe, le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui abrite pourtant une des plus importantes communautés ouighour sur son territoire (50'000) reste de marbre face à tant de soif de justice et d’indépendance du peuple musulman et turcophone des ouighours. On en veut pour preuve la signature, le 26 décembre dernier, d’un traité d’extradition avec la Chine, susceptible de favoriser le retour d’ouighours, accusés de terrorisme par les autorités chinoises, malgré le démenti embarrassé du chef de la diplomatie turque. (TV5monde)

    Un autre pays qui restera sans doute sourd face aux « injustices » subies par les ouighours du Xinjiang est l’Iran, qui par ailleurs s’est d’ores et déjà assuré le contrôle sur son voisin, ancien ennemi juré, l’Iraq, grâce au travail précieux sur le terrain des troupes américaines. Grâce également aux sanctions économiques, américaines et européennes, la Chine est devenue, avec le temps, le partenaire commercial privilégié de la République islamique. Ainsi, l’achèvement de la « Nouvelle route de soie » permettra un approvisionnement facilité du pétrole iranien vers l’empire du Milieu.

    En ce qui concerne la Russie, en conflit avec la Chine sur l’influence grandissante du puissant voisin sur les anciennes colonies soviétiques par l’avancement inexorable de la « Nouvelle route de la soie », celle-ci se voit néanmoins confortée dans ses efforts de rapprochement avec son ennemi d’antan par la récente logorrhée télévisée du président américain, suivie par les vociférations et menaces, sous la pression constante des Etats-Unis, des gouvernements européens, de suspension des travaux du dernier tronçon du gazoduc « Nordstream II », censé approvisionnée l’Allemagne avec du gaz russe, dont le dernier a pourtant désespérément besoin, faute d’alternative (s). L’allié le plus fervent des Etats-Unis dans cette affaire est par ailleurs l’ancien parti de « peace and love », les Verts allemands, qui préparent d’ores et déjà la prochaine Chancelière. Avec des soutiens d’Outre-Atlantique ?

    Un récent sondage, effectué en Russie révèle un peuple, dorénavant majoritairement tourné vers l’Asie.

    Dans ce contexte, on peut apprécier la récente rencontre du Ministre russe des affaires étrangères Sergeï Lavrov avec son homologue chinois lors duquel fut à nouveau abordé le sujet de la « dédollarisation », jusqu’à évoquer la déconnexion des deux puissances du système de paiements interbancaires international d’origine belge, SWIFT « Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication », une société coopérative bancaire, quel bel oxymore.

    En effet, la part du dollar dans les échanges russo-chinois s’élevait encore à plus de 90% en 2013 pour passer, en 2018, sous la barre de 50%, et depuis 2019, l’euro dépasse le poids du dollar. La part des échanges, réglés en roubles, est passé d’à peine 1 % en 2013 à 10 % l’année dernière. (Sputnik)

    Dans ce contexte, les documents confidentiels, procès-verbaux et autres directives des autorités chinoises, dont dispose le « New York Times » et le consortium journalistique CIJI font état, entre autres, de

    « détention arbitraire, depuis 2017, de centaines de milliers d’ouïghours, kazakhs et autres musulmans dans des camps d’internement, dans le but d’éradiquer « le virus de l’islamisme » et de transformer les détenus en loyaux sujets du service public et du Parti communiste, des directives spécifiques s’appliquant en particulier à de jeunes étudiants de retour au Xinjiang » (d’Afghanistan, d’Iraq, de la Lybie et de Syrie, ndlr)

    Depuis une vingtaine d’années émergent à travers le monde une multitude d’organisations ouïghours, aux Etats-Unis et en Europe, visant l’établissement d’un état démocratique turcophone indépendant, dont la religion d’état serait un islam modéré. La plupart de ces organisations et leurs efforts de démocratisation sont financés par le « think-tank » « National Endowment for Democracy » un appendice du Congrès américain, également très actif à Hong Kong, ainsi que directement par le Département d’Etat des Etats-Unis.

    Ce mois de mars 2021 fut particulièrement propice en révélations fracassantes, notamment répandues par le quotidien britannique « progressiste » à la mémoire courte, « The Guardian », au sujet du « premier rapport indépendant » sur les exactions du régime chinois sur le peuple ouïghour, en violation flagrante de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », un traité de droit international, approuvé à l’unanimité, le 9 décembre 1948, par l’Assemblé générale des Nations Unies, du lourd.

    Le rapport dont fait état la presse « mainstream » fut publié le 8 mars dernier par « Newlines Institute for Strategy and Policy » en collaboration avec le « Raoul Wallenbberg Centre for Human Rights », une ONG, basée à Montréal, dont les conclusions ont poussé l’administratrice de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), Samantha Powers, à la déclaration audacieuse : « Ce rapport démontre que la Chine commet en effet un génocide sur le peuple ouïghour ». Fin de citation

    Selon le site d’information « Grayzone » (3) un des seuls médias alternatifs qui a su éviter l’inquiétante « Gleichschaltung » des médias alternatifs américains qu’on espérait pourtant récupérables (The Intercept, Democracy Now), l’auteur principal du rapport « indépendant » en question, Yonah Diamond, est également co-auteur d’un article, publié le 21 janvier 2021 par le magazine d’information canadien « Foreign Policy » sous le titre « US China policy must confront the genocide in Xinjiang first ».

    Le rapport, financé par « Fairfax University of America » une université privée, située dans l’état de Virginie, auquel le Département de l’Education de la pourtant très permissible ex-Secrétaire « trumpienne » aux idées ultralibérales, Betsy DeVos, avait dû retirer la licence en 2019, à cause d’un « niveau académique insuffisant », s’appuie principalement sur l’expertise de l’anthropologue allemand Adrian Zenz, un fondamentaliste chrétien, surgi du néant il y a peu, hostile à l’avortement, voire au contrôle des naissances, une thématique si chère au Parti communiste chinois, ainsi qu’à la « pratique » de l’homosexualité. (Grayzone) Que du bonheur.

    La prose « académique » du Dr. Zenz a toujours su éviter ce qui est pourtant l’essence d’une publication scientifique, on le sait depuis le « Covid », le « peer reveiw » ou évaluation par les pairs.

    Le fondateur de l’ONG canadienne « Raoul Wallenberg Centre for Human Rights », Irwin Cotler, ancien Ministre de la Justice et Procureur général du Canada, accessoirement avocat et conseiller juridique de Leopoldo Lopez, homme politique vénézuélien au « sang noble » selon le quotidien « progressistes » « The Guardian », homme politique, aspirant ardemment à s’y saisir du pouvoir et dont l’épouse siège au conseil d’administration de l’ONG humanitaire.

    Mais, Mr. Cotler a, semble-t-il, d’autres cordes à son arc. Proche de la dirigeante de l’« Organisation des moudjahiddines du peuple iranien » MEK, Maryam Rajav, mouvement de résistance armée au régime de la « République islamique d’Iran, considéré par les Etats-Unis comme organisation terroriste entre 1997 et 2012, ainsi que par le « Conseil de l’Union européenne » entre 2002 et 2009 et par le Home Office britannique jusqu’en 2008 (Wikipedia), Mr. Cotler peut également s’enorgueillir d’avoir participé au coup d’état haïtien, en 2004, renversant le gouvernement du président Jean-Betrand Aristide.

    A l’origine de la nomination pour le « Prix Nobel de la paix » de l’organisation « humanitaire » des « casques blancs », organisation de défense civile syrienne, formée pendant la guerre civile syrienne par l’ONG néerlandaise « Mayday Rescue Foundation » de l’officier britannique James le Mesurier, décédé récemment dans des circonstances mystérieuses, Mr. Cotler eut également le plaisir d’assister, en tant que conseiller juridique, le dissident chinois d’obédience néolibérale, Liu Xiaobo, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2010, mort en 2017, militant convaincu de la nécessité de l’occidentalisation de la Chine et de la privatisation de son économie.

    Walter Lippmann (1889 -1974), journaliste américain et père spirituel du journalisme moderne considérait que le métier de journaliste devait essentiellement remplir une fonction de propagande et non d’information, car, selon lui, le lecteur serait inapte à comprendre les enjeux de la vie publique, raison pour laquelle il faut lui préparer un narratif émotionnel auquel il peut facilement s’identifier.

    (1) https://www.theguardian.com/politics/2003/aug/17/media.davidkelly
    (2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Judith_Miller
    (3) https://thegrayzone.com/2021/03/17/report-uyghur-genocide-sham-university-neocon-punish-china/

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  • Qui préside les Etats-Unis d’Amérique ?

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    Après deux mois sans conférence de presse depuis son investiture, un record absolu, dans une interview, soigneusement mise en scène par la chaîne de télévision ABC et le journaliste et ancien Directeur de la communication de la Maison Blanche sous l’ex-président Clinton (1993 -1996), George Stephanopoulos, l’actuel Président Joseph Biden répondit par « oui » à une question, faisant très probablement partie du script : « Est-ce que le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine est-il un tueur ? »

    Après avoir confondu, devant un parterre de journalistes, la Vice-Présidente, Kamala Harris, avec le Président, donc lui-même (1), (un lapsus révélateur ?) on le vit trébucher malencontreusement à trois reprises sur l’escalier menant à l’avion présidentiel « Air Force One », l’attendant sur le tarmac, prêt à décoller vers des cieux providentiels, on se demande si c’est vraiment lui, l’homme le plus puissant de la planète, une question qu’a dû se poser maintes fois le journaliste américain, David Talbot, en écrivant son livre « The Devil’s Chess Board », publié en 2016, pas seulement au sujet du Président actuel.

    Des mauvaises langues prétendent que le centre du pouvoir se trouve à « Wall Street ».

    Dans son livre, David Talbot s’intéresse particulièrement à deux figures historiques des Etats-Unis, les frères Allen et John Foster Dulles, dont le deuxième fut Secrétaire d’Etat entre 1953 et 1959, et dont le premier, nous, les suisses, gardons un précieux souvenir, puisqu’il fut, officiellement, ambassadeur à Berne pendant la Deuxième guerre mondiale, et, officieusement, comme le révèle Talbot dans son livre, en tant qu’homme d’affaires, représentant le cabinet d’avocats new yorkais de son frère, « Sullivan & Cromwell », négociant, au nom du dernier, en collaboration avec « Obergruppenführer » Karl Wolf, chef de la SS en Italie, vers la fin de la guerre, des « sorties honorables » pour des dignitaires nazi vers des cieux plus cléments en Amérique du Sud, à l’insu et en flagrante contradiction avec la politique de son Président, Franklin Delano Roosevelt, la capitulation inconditionnelle de l’Allemagne.

    Instiguant la réhabilitation du directeur des services de renseignement à l’Est du Troisième Reich, Reinhard Gehlen (1902-1979), ce fut grâce à Allen Dulles que le dernier occupa à nouveau le poste de chef des services de renseignement allemands après la guerre en fondant ce qu’on appelle aujourd’hui le « Bundesnachrichtendienst » BND.

    Premier directeur de la nouvelle agence de renseignement CIA, successeur de l’ancien « Office of Stratetic Services » OSS, la Suisse lui est resté fidèle en quelque sorte, puisqu’elle avait « omis de remarquer », qu’à partir de 1970, l’agence américaine, conjointement avec les services secrets allemands BND, fournissait, pendant des décennies, via leur entreprise suisse « Crypto AG », à l’insu des employés, aux gouvernements de la terre entière, des systèmes de chiffrement truquées, contenant, ce qu’on appelle dans le domaine informatique, des « portes dérobées », permettant à la CIA et au BND d’avoir accès, en temps réel, à toutes les informations transitant par ces systèmes.

    Révélée en 2020 par des journalistes de la télévision suisse TSR, le parlement suisse, rarement trop curieux quand il s’agit de laver du linge sale en public, a finalement préféré enterrer l’affaire, puisqu’il vient de refuser définitivement l’ouverture d’une enquête parlementaire à ce sujet.

    https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2020/06/16/un-pays-neutre-307045.html

    De puissants cabinets privés, en dehors de ceux qu’on occupe tout seul, et autres « think tanks », dont les membres font « porte tambour » avec le monde politique, les Etats-Unis, et sans doute de nombreux pays en Europe, en comptent à suffisance.

    On se souvient notamment, pour faire une parenthèse, de la puissante agence de marketing « Hill & Knowlton », à l’origine, suite à l’invasion iraquienne du Koweït le 2 août 1990, d’un faux témoignage devant le Congrès américain, le témoignage de Nayirah, une fausse infirmière, Nayirah al Sabah, en réalité la fille de l’ambassadeur koweïtien aux Etats-Unis, histoire par ailleurs corroborée par « Amnesty International », faisant finalement balancer l’opinion publique américaine en faveur d’une intervention militaire américaine dans la région du Golf.

    Evoquer l’existence de l’état profond, notamment en période de désamour entre les peuples et leurs institutions, peut s’avérer périlleux, pourtant certains faits historiques sont têtus.

    Ainsi, selon le journaliste David Talbot, ce fut sous l’administration Eisenhower, que les services secrets, sous les auspices des frères Dulles, l’un à la tête du Département d’Etat et l’autre en tant que chef de la CIA, nouvelle agence issue de l’ancien « Office of Strategic Services » OSS, dotée de nouvelles compétences, reçurent carte blanche pour renverser les gouvernements dont la politique fut incompatible avec les intérêts américains, notamment ceux des clients du cabinet « Sullivan & Cromwell ».

    Suite à la décision du premier ministre iranien Mohammad Mossadegh de nationaliser les réserves de pétrole, les frères Dulles décidèrent en 1953, par l’intermédiaire de la CIA, de le remplacer par le roi Mohammad Reza Pahlavi en tant que souverain absolu. Dans le cas du renversement du gouvernement guatémaltèque du président Jacobo Arbenz Guzman, les frères Dulles agirent en leur propre nom d’une certaine façon, en tant qu’actionnaires de la « United Fruit Company ».

    Juste avant que le jeune sénateur John Fitzgerald Kennedy ait pris ses fonctions en tant que président, les frères Dulles et la CIA se dépêchèrent, au nom des clients du cabinet « Sullivan & Cromwell » de se débarrasser du Premier ministre congolais Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance, sachant que Kennedy endossait les efforts de démocratisation du leader africain.

    L’émancipation des services de renseignement américains, notamment de la CIA, en tant qu’état dans l’état, ne date pas d’aujourd’hui et, contrairement aux idées reçues, ses activités ne s’arrêtent pas non plus aux frontières du tiers monde. La tentative de renversement, au mois d’avril 1961, du gouvernement du défunt président français Charles de Gaulle par la CIA et son directeur Allen Dulles, impliquant des officiers de l’armée française, à l’insu du président Kennedy, en témoigne. En jeu fut l’attitude favorable du président de Gaulle envers l’indépendance de l’Algérie, colonie, riche en gisements d’hydrocarbure et gaz naturel.

    Le débarquement d’une poignée d’exilés cubains dans la baie de cochon, orchestrée par la CIA et son sémillant directeur, échoua faute d’intervention de la part du président Kennedy, menant néanmoins le monde au précipice d’une guerre nucléaire, ce qui enragea Dulles, et ce qui mena finalement à son assassinat, selon David Talbot, faisant remarquer qu’Allen Dulles réussit à se faire élire en tant que commissaire de la « Commission Warren », chargée d’enquêter sur les circonstances de l’assassinat du président Kennedy.

    Il fut de notoriété publique à l’époque qu’Allen Dulles entretenait d’excellentes relations avec les médias. Toute ressemblance avec des faits actuels est fortuite.

    A moins que. Après quatre ans de battage médiatique autour d’une supposée interférence russe dans le processus électoral des Etats-Unis appelée « Russiagate », une théorie complotiste désavouée par le procureur spécial Robert Muller et sa commission, la campagne d’intoxication continue sous la nouvelle administration comme si de rien n’était, incitant le nouveau président à aller jusqu’à taxer le président d’une autre nation d’assassin, une accusation dont on se demande si elle vient de lui.

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=wN7COcyLfE8

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  • Monétarisme

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    3 billions USD, c’est la somme que la Réserve Fédérale, la Banque centrale américaine, injecta dans les marchés financiers par un clic de souris au seul mois de juillet de l’année passée, augmentant la taille de son bilan de 4 à 7 billions USD entre mars et novembre 2020. (Reuters)

    En temps normaux, elle crée ce miracle par le rachat de la dette souveraine. En temps de crise toutefois, elle est disposée à faire une entorse au règlement et donner un coup de pouce aux entreprises. Ainsi, en contrevenant à son mandat, elle se mit à ajouter à son portefeuille de la dette commerciale en détresse, cautionnant par la même occasion un endettement déjà préoccupant des entreprises américaines, au point que, encouragée par tant de légèreté, les dernières se mirent à émettre de nouvelles obligations sur les marchés financiers à tout va, pour un total de 1,4 billions USD pour l’année 2020, le double de l’année précédente. (Reuters)

    La Banque Centrale européenne BCE, bien que plus modestement, lui avait naturellement emboité le pas en instaurant le PEPP « Pandemic Emergency Purchase Program » un programme d’achat massif d’obligations d’état et d’entreprises privées dans le but de maintenir liquides les marchés financiers et éviter une flambée des taux d’intérêts, le coût de refinancement de l’économie.

    Au mois de mars de cette année, finalement, dans le cadre de son plan de relance de 1,9 billions USD, pour l’économie réelle cette fois, le nouveau Président américain, Joseph Biden, dans son incommensurable bonté, accorda finalement aussi un coup de pouce aux américains, un versement unique de 1'400 USD pour chacun d’entre eux, enfin presque.

    En macroéconomie cela s’appelle « policy-mix » ou l’art de combiner les principaux moyens d’action de la politique économique, la politique budgétaire et la politique monétaire (Wikipedia), avec la notable différence que le premier volet s’opère via l’endettement des pouvoir publics, donc remboursable par le budget de l’état, tandis que l’autre c’est de la création monétaire, ou comme dirait la directrice de la BCE, Christine Lagarde, « There are no limits ». (ndlr)

    Craignant qu’une générosité excessive, telle que la distribution de 1'400 USD à chaque américain, financée par le budget de l’état et donc l’endettement, ne fasse ressurgir le spectre du monétarisme, l’inflation, un de ses disciples, l’ancien Secrétaire au Trésor de l’administration Clinton, Lawrence Summers, sort de ses gonds.

    Architecte, entre autres, de la dérégulation des marchés financiers, en tant que Secrétaire au Trésor dans l’administration Clinton entre 1999 et 2001, sous les auspices duquel eut lieu un changement majeur de la régulation des marchés financiers, la levée d’une disposition cruciale du « Glass-Steagall Act » de 1933, la suppression du « pare-feu » entre banques commerciales et banques d’investissement, une législation à l’origine de la crise financière de 2008, dite la crise des « subprimes », il fut également, en tant qu’ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, conjointement avec son condisciple, Jeffrey Sachs, superviseur de la privatisation, ou bradage, de l’économie russe, avec l’aide précieuse du défunt Président de la Fédération de Russie (1991 et 1999), Boris Eltsine, amateur notoire de vodka.

    Ce qui est sans doute vrai, et on aurait tort de désavouer Mr. Summers, c’est que sans l’augmentation du salaire horaire minimum au niveau fédéral de 7,25 USD, inchangé depuis 2009, à 15 USD, pourtant promis par le candidat Biden, dans le cadre de son plan de relance, augmentation que Mr. Summers en revanche n’aurait en aucun cas approuvé non plus, par crainte d’une poussée inflationniste encore plus « incontrôlable », la gâterie proposée par Joe Biden fera sans doute rapidement pschitt.

    Une augmentation du salaire minimum dans de telles proportions pourrait donner aux travailleurs des idées saugrenues, raison pour laquelle on dépêche en de telles circonstances le spectre commode de la « stabilité des prix » id le prix du travail, et on ne se prive pas de sortir de vieilles théories maintes fois désavouées telle la « courbe de Phillips » et son NAIRU « natural rate of unemployment », comme si le prix du travail était une fin en soi et le chômage quelque chose de naturel.

    L’idée est assez simple pour ne pas dire basic. Plus le taux de chômage est bas, plus il encourage les travailleurs à des revendications salariales excessives, coût supplémentaire fatalement répercuté sur le prix des biens de consommation, tout en gardant le taux de croissance du profit constant dans la mesure du possible, cela va sans dire. Il est donc essentiel de garder le taux de chômage un à un niveau incompressible, créant ainsi, de manière durable, ce que le philosophe Karl Marx appelait une « armée de réserve de travailleurs ».

    A chaque crise, depuis l’existence du capitalisme, mais en mode accéléré depuis l’introduction de sa version néolibérale, on sort les mêmes vieilles recettes faisant fi à « l‘éléphant dans la pièce », l’utilité économique du profit, la rémunération du capital.

    Ainsi, considérant que l’ancien Secrétaire au Trésor et ancien Président du Conseil économique des Etats-Unis (2009-2010), disciple de Milton Friedman (panégyrique NYT « Le grand libérateur »), Lawrence Summers, s’est trompé à peu près sur toute la ligne, il devrait, à l’instar de ses semblables, avoir la décence de se taire.

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