Le blog de Bruno Hubacher - Page 5

  • Etat vassal

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    Il est peu probable que Dr. Angela Merkel, physicienne de formation, ne soit en mesure d’évaluer adéquatement la « dangerosité » de la situation sanitaire ambiante dans son pays, ni d’ailleurs la probabilité d’un empoisonnement potentiel au gaz neurotoxique mortel, « Novitchok », du militant politique russe et repris de justice (détournement de fonds (1)), Alexeï Navalny.

    Est-ce que le pouvoir absolu contribuerait à l’obscurcissement fatal de la capacité de jugement ? Toujours est-il, dans un élan humanitaire et fraternel, le gouvernement allemand décida d’organiser, début septembre, un « rapatriement » immédiat dans la capitale allemande, du blogueur russe, supposément empoisonné dans la ville de Tomsk par son « adversaire politique », le Président « himself », dans le but de le faire soigner au bastion de la « gestion pandémique » du virologue « vedette » Christian Drosten, l’« Hôpital universitaire de la Charité ».

    A peine deux jours après l’arrivée du patient russe, l’ancien président et actuel co-président du parti d’opposition « Alliance 90 / Les Verts », Cem Özdemir, publia une diatribe belliqueuse dans le titre phare du groupe de presse Axel Springer, « Bild Zeitung », évoquant une interruption possible des travaux du Gazoduc Nordstream II, passant par la mer Baltique pour approvisionner les ménages allemands en gaz naturel, ouvrage déjà achevé à 95%, en guise de représailles contre une « tentative d’assassinat d’un adversaire politique, orchestrée par le Kremlin ».

    Diplômé du programme « Young Leaders » du « Think-tank » à but non lucratif « Atlantik-Brücke » et de l’ONG « American Council of Germany », Herr Özdemir sait où se trouve sa « patrie politique ». Petra Kelly a dû se retourner dans sa tombe encore et encore depuis la mainmise sur son parti par les néolibéraux.

    S’il fallait encore une preuve de l’obsolescence des partis politiques, la voilà. Mise à part le fait que le gaz naturel n’est peut-être pas le nec plus ultra contre le réchauffement climatique, il est tout de même le moins polluant de toutes les sources d’énergies fossiles, émettant deux fois moins de CO2 par kilowattheure que le charbon.

    L’alternative que le parti de la « durabilité écologique, économique et sociale » semble favoriser, est l’importation, par voie maritime, de pétrole et de gaz de schiste liquéfié des Etats-Unis, nation devenue à nouveau exportatrice de sources d’énergies fossiles grâce à la politique énergétique de l’administration Obama, ceci la première fois depuis 1953, grâce au procédé d’extraction de la fracturation hydraulique, hautement toxique pour l’environnement.

    La politique environnementale du lauréat du Prix Nobel de la Paix n’est pas seulement un désastre écologique, mais également économique, car suite à l’effondrement du prix du baril de pétrole, l’industrie pétrolière américaine opère à perte, puisque le coût d’extraction par fracturation se situe bien au-dessus de la cotation sur les marchés financiers qui oscille autour de 40 USD le baril.

    Puisqu’il semble peu probable que les programmes de relance divers et variés, tous basés sur le principe de l’économie de l’offre, mis en place par les gouvernements des pays industrialisés, fassent remonter les cours des matières premières, sauf l’or peut-être, c’est la demande « naturelle » du troisième importateur net de gaz naturel, l’Allemagne, qui pourrait faire l’affaire.

    Entre temps c’est le Ministre fédéral des affaires étrangères Heiko Maas et la Chancelière elle-même qui sont entrés en brèche pour emboîter le pas au sémillant écologiste Özdemir.

    Ce fut le 8 septembre 2005 que l’entreprise d’énergie russe, Gazprom, le chimiste allemand BASF, ainsi que le groupe d’énergie allemand, E.ON, signèrent l’accord de base pour la construction d’un premier gazoduc, reliant les champs pétrolifères russes aux consommateurs allemands, via la mer Baltique.

    Le gouvernement de l’ancien Chancelier socialiste Gerhard Schröder approuva la construction du gazoduc en se portant garant d’un crédit de 1 milliards euros. En guise de remerciements, le dernier se vit confier le poste de Président du Conseil de surveillance du consortium germano-russe à la fin de son mandat politique.

    Les travaux du deuxième tuyau, Nordstream II, projeté par la société Nord Stream AG, incorporée dans la ville suisse de Zoug, connue pour la qualité de ses travailleurs, commencèrent en avril 2018, malgré un projet de loi, adopté par le Congrès américain le 15 juin 2017, menaçant, comme à son habitude, d’amendes, de restrictions bancaires et d’exclusion aux appels d’offres américains, toutes les sociétés européennes qui participeraient à la construction de ce projet.

    Suite à la signature de la loi le 21 décembre 2019 par le Président Donald Trump, la société suisso-néerlandaise « Allseas », domiciliée dans la commune fribourgeoise de Châtel-Saint-Denis, spécialisée dans la pose de pipelines en mer, suspend sa participation au projet, la pose des 150 kilomètres de tuyau restants, après réception d’une lettre de menace de la part des sénateurs américains, Ted Cruz du Texas, le royaume du pétrole, ainsi que du sénateur Ron Johnson du Wisconsin, stipulant « qu’une poursuite des travaux, même pour une seule journée, exposerait la firme à des sanctions juridiques et économiques dévastatrices et potentiellement fatales, telles que la saisie des avoirs du contracteur sur territoire américain, l’interdiction d’y opérer, ainsi que la révocation de visas de ses dirigeants. » (Wikipedia)

    La facture des dommages et intérêts potentiels pour le gouvernement allemand de la part de toutes les compagnies impliquées pourrait se situer entre 5 et 9 milliards euros, le coût de l’ouvrage, raison pour laquelle Madame Merkel compte sur la solidarité européenne, avec succès, à ce qu’il semble.

    Trop occupé à convaincre le peuple suisse de la nécessité de l'achat d’une série d’avions de chasse pour 6 milliards CHF, dans le cadre du réarmement de l’OTAN, souhaité par le gouvernement américain, il est peu probable que, dans cette affaire, le gouvernement suisse se risque à un incident diplomatique.


    (1) Condamné en 2014, avec son frère qui est sorti de prison en 2018, à trois ans et demi de prison avec sursis, pour surfacturation à l’encontre du distributeur de produits de beauté « Yves Rocher » (Russie) par un tribunal moscovite. Le jugement fut « invalidé » par la « Cour Européenne des droits de l’Homme » en 2017. La maison Yves Rocher n’est sans doute pas non plus au-dessus de tout soupçon, puisqu’un autre de ses anciens cadres en Russie purge actuellement une peine de prison en Suisse pour malversations, en sa qualité de gestionnaire de la banque Crédit Suisse, avec la complicité de la dernière, il faut bien le dire.

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  • Fintech

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    La logique qui anime le capital est la recherche perpétuelle du meilleur rendement par le biais de la minimisation du coût de production, le travail. La minimisation du coût du travail engendrant une érosion du pouvoir d’achat et, par conséquent, une baisse inévitable de la demande, celle-ci ne peut être compensée autrement que par le crédit, le fondement même du système économique en vigueur.

    Ainsi, en cette année 2020, le bastion du capitalisme, les Etats-Unis d’Amérique, se retrouve avec une dette souveraine de 27'000 milliards USD à quoi s’ajoute un endettement global des entreprises de 10'000 milliards USD, ainsi qu’une dette privée de 18'700 milliards USD, soit une dette hypothécaire et dette de consommation de 13'000 milliards USD et de 4'200 milliards USD respectivement, plus 1'500 milliards de prêts universitaires. Pour comparaison, la performance économique annuelle se situe autour de 20'000 milliards USD, ou un peu moins d’un quart de la production annuelle mondiale.

    La principale raison de la perpétuation de ce dogme de la « création de richesses par le crédit » réside dans l’imperméabilité du capital à toute idéologie, ainsi qu’à sa remarquable adaptabilité aux bouleversements, fussent-ils politiques ou sociaux, scientifiques ou technologiques.

    Depuis la nuit des temps, des temps du capitalisme du moins, le mécanisme suprême de la distribution des richesses produites, la création monétaire, est en mains des banques privées, sous la surveillance de la banque des banques, la Banque centrale, la dernière étant censée faire en sorte à ce que la masse d’argent en circulation corresponde » grosso modo » à la valeur des produits et services, générés par l’activité économique, en théorie.

    Ayant cédé, en réalité, ce privilège aux banques privées, tout en prétendant contrôler les dernières par des mécanismes tels que l’exigence minimale en matière de fonds propres (réserves fractionnaires) et/ou par des interventions boursières, en régulant l’offre et la demande du marché de la dette souveraine, dans les faits, la banque des banques ne contrôle rien, voir paragraphe 2 de ce billet, ou si peu.

    En attendant, le capital lorgne déjà la nouvelle trouvaille, la « Fintec » ou technologie financière, et, pourquoi pas la cryptomonnaie ? Car, de la fonction sociale de l’activité économique il s’en moque.

    Il se trouve qu’actuellement, en raison de la gestion libérale de la grippe par les pouvoirs publics, l’économie, américaine en l’occurrence, a subi une contraction de 9,5% au second trimestre de cette année, mettant au chômage plus de 50 millions de travailleurs, sans compter ceux qui sortent des statistiques chaque mois parce qu’ils ont épuisé leurs droits et ceux qui ont abandonné les recherches, pendant que simultanément la Réserve Fédérale créait du néant la somme astronomique de 4'000 milliards USD, en excès de ce qu’elle injecte déjà dans les marchés financiers depuis septembre 2019, dans le but déclaré d’éponger les mauvaises créances des entreprises.

    Dans ce contexte, soucieuses de ne pas abîmer encore davantage leur réputation, les banques rechignent à propager le modèle des petits crédits, le genre de service qui est typiquement envisagé après le blocage de la carte de crédit. Elles préfèrent laisser ce champ à des prestataires qui proposent leurs services de façon anonyme par un clic de souris via internet dans le style « Uber » et autres « Airbnb ».

    Les algorithmes se chargent de l’étude du dossier, de l’octroi du crédit jusqu’à la gestion des litiges, peu importe qu’il s’agisse d’un petit crédit pour arrondir les fins de mois difficiles ou d’un crédit hypothécaire. Une régulation bancaire complaisante, un faible coût en personnel et des taux d’intérêt annuels allant jusqu’à 30% rendent ce modèle d’affaires très attrayant pour les investisseurs, raison pour laquelle derrière des logos un peu trop « flashy » et une publicité un peu trop racoleuse se trouvent très souvent de grands instituts bancaires qui ont une réputation à défendre.

    Ce qui a commencé avec la révolution industrielle au 19ème siècle et s’achève avec la révolution technologique du 21ème siècle le philosophe Karl Marx appelle l’aliénation (Entfremdung), se référant à la transformation de la relation entre le travailleur et le produit de son travail, dans le sens que, par le biais de la division du travail et l’automatisation, le dernier développe une dynamique propre qui échappe à son créateur. Il passe de valeur d’usage à valeur d’échange étant à la fois produit et consommé sans que ni le producteur ni le consommateur ait la maîtrise ni sur le prix du travail ni sur celui du produit.

    La Fintec pousse la logique de l’aliénation encore un peu plus loin. Etant dans l’impossibilité d’acquérir le fruit de son propre travail, le travailleur est forcé de demander de l'aide à celui qui s’en est approprié indûment, ce qui le piège dans une relation de servage face au dernier.

    Une fois la victime piégée, une aliénation kafkaïenne, digne du plus sombre des régimes bolchéviques, suit son cours dans la mesure où il n’y aura plus d’interlocuteur, comme c’était le cas avec le banquier, mais les algorithmes et les procédures, car l’option de la négociation disparaît.


    https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2020/06/28/chateau-de-cartes-307278.html

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  • Mépris de classe

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    Le « cynisme » est défini par le dictionnaire encyclopédique « Le grand Larousse » comme suit : « mépris effronté des convenances de l’opinion qui pousse à exprimer sans ménagements des principes contraires à la morale, à la norme sociale. »

    Ainsi, en pleine crise sanitaire et économique, à l’instar du pape de la santé publique, William Henry Gates III, pour cinq fois moins certes, le Ministre fédéral allemand de la santé, Jens Spahn, change de domicile. Avec son mari, Daniel Funke, journaliste et lobbyiste du groupe de presse « Burda », il vient de s’installer dans une demeure d’une valeur de plus de 4 millions euros, située au quartier chic de Berlin-Dahlem, surface habitable : 300 m2. On ne sait pas si l’arrondissement fut choisi pour sa proximité avec la résidence du couple Richard Grenell, ambassadeur de l’administration Trump en Allemagne, et Matt Lashey, amis intimes de Funke. On peut le supposer. (Bunte 08.06.2018)

    Il faut dire qu’en cette période d’épreuves multiples pour le commun des mortels le sémillant ministre et ancien lobbyiste de l’industrie pharmaceutique est, ensemble avec le virologue « vedette » de la nation, Christian Drosten, constamment sur le devant de la scène. Côté préservation de la vie privée, c’est compliqué, une des raisons du déménagement, il paraît. En ce qui concerne la vie privée de ses compatriotes, c’est une autre paire de manche.

    En effet, dans la précipitation de l’urgence, de la crise sanitaire ambiante, l’ancien apprenti bancaire s’était déjà démarqué par des propositions « avant-gardistes » en matière de santé publique, telles que l’introduction d’un « passeport immunologique », incitant tout citoyen au « vaccin volontaire », dans le cadre d’une modification de la « Loi sur la protection de la population contre des situations épidémiologiques exceptionnelles », passeport qui aurait donné accès à toutes sortes de privilèges, tels que, par exemple, l’exercice d’une profession dans le domaine de la santé ou le déplacement ou non dans certains pays. La liste (des privilèges) aurait été « extensible et sujet à discussion ». Le législateur l’en a empêché. Pour l’instant.

    En outre, Herr Spahn promeut la « modernisation » des outils de gestion informatiques en matière de santé publique par une « adaptation » de la « Loi sur l’approvisionnement digital » modification qui permettrait une mise en place facilitée d’une « infrastructure télématique », telle que la télémédecine, un « dada » que compte par ailleurs élever au rang de fournisseur de prestations privilégié, le ministre suisse en charge de la santé publique, Alain Berset, à côté et en concurrence directe avec les médecins de famille. Tout ceci par souci d’efficacité dans le cadre de la « maîtrise des coûts ».

    Ce n’est donc pas un hasard que le ministre allemand estime que la « loi sur la protection des données ne peut s’appliquer aux personnes malades », sans doute une des multiples conclusions de son livre « App vom Arzt » paru en 2016, dans lequel il prédit une révolution médicale sans précédent grâce à la digitalisation. De multiples gadgets, dont certains déjà en phase de test, permettront un allongement sensible de l’espérance vie, ou de survie.

    Le ministre rêve de « lentilles de contact, capables de mesurer le taux de glycémie, des dispositifs technologiques, tels que des sous-vêtements intelligents, permettant une détection précoce des infarctus, des organes, fabriqués par des imprimantes 3D. Bienvenue dans le « Meilleur des mondes ».

    La « loi sur l’enregistrement centralisé des implants » proposé par le ministre obligerait les acteurs de la santé la communication systématique des noms de patients bénéficiant de tels dispositifs à un registre central, ou la « Loi sur l’approvisionnement digital » qui permettrait une centralisation des diagnostics de tous les médecins conventionnés à des » fins scientifiques ».

    On peut partir du principe qu’il n’est pas exclu que, pour les besoins de calculs actuariels des primes ou des rentes, notamment les assureurs aient un accès privilégié à des données, certes anonymisées, mais à la diffusion desquels le patient ne serait en mesure de s’opposer, si on suit les recommandations de monsieur Spahn. L’exclusion de certains traitements et la fixation arbitraire de primes de prévoyance ne seraient que quelques-unes des conséquences.

    On peine à se rendre compte ce qu’une crise sanitaire peut rendre possible.

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