Le blog de Bruno Hubacher - Page 4

  • Le capital en quarantaine

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    Pour la gestion de la crise sanitaire, laissons agir les professionnels de la santé publique et de la science. En ce qui concerne la gestion du volet économique et financier de la pandémie, la société serait bien inspirée de ne pas la laisser aux experts.

    En effet, la Présidente de la « Banque Centrale Européenne », Christine Lagarde, s’insurge contre « le manque de réactivité des gouvernements » dont « la réponse doit d’abord être d’ordre budgétaire ». Alors là, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.

    Afin de sauver, in extremis, le secteur bancaire de la faillite en 2008, lors de la dernière crise financière, le secteur public européen était contraint de s’endetter jusqu’au cou, dépassant largement les critères en matière de déficits publics (3% du PIB p.a.), déficits supplémentaires crées par le service de la dette en faveur des détenteurs de bons du trésor, les banques, et d’endettement (60% du PIB), seuils, stipulés dans le « Pacte de stabilité et de croissance » signé par les 27 états membres, à ne pas dépasser. Ce « catch 22 » rend impossible toute « flexibilité budgétaire » exigée par Madame Lagarde.

    La Réserve Fédérale américaine de son côté n’a pas les mêmes scrupules. Après de nombreuses manœuvres de sauvetage en faveur de son secteur bancaire éprouvé, manœuvres récentes qui datent du mois de septembre de l’année passée déjà, sous le radar des médias, (1) elle met à nouveau 1'500 milliards USD sur la table. C’est sans compter les sommes qu’elle avait déjà injectées entre 2008 (crise des « subprimes ») et 2014, et, une nouvelle fois, depuis septembre 2019 (faillites en cascade probables dans le secteur pétrolier américain, engagé massivement dans la fracturation hydraulique, dont le coût d’extraction se situe autour de 50 USD par barrel vs une cotation de 30 USD sur les marchés du brut).

    Si elle distribuait, ne serait-ce que la dernière tranche de ces multiples opérations de sauvetage bancaire au secteur public, chaque américain, du bébé au vieillard, recevrait 4'500 USD sur son compte. Mais, c’est là que le bât blesse. Elle ne sert pas le public.

    Si donc Madame Lagarde avait, ne serait-ce qu’une once de bon sens, elle aussi ferait ce que les banquiers centraux savent faire le mieux, de l’assouplissement quantitatif, disons 2'000 milliards d’euros. Les européens sont un peu plus nombreux. Cela compenserait dans un premier temps, en partie, le manque à gagner dû à la crise sanitaire et créerait un peu d’inflation. Les traités prévoient 2% par année, il y aurait donc de la marge.

    Sans aide public, les marchés financiers s’effondreraient de toute évidence, disons de 50%, ce qui, en termes d’évaluation réelle ne serait pas un drame, mais ce qui mettrait en péril la survie des banques, raison pour laquelle leur nationalisation s’imposerait.

    Pour éviter l’effondrement du système, les pouvoirs publics reprendraient le contrôle de la création monétaire, ce qui, dans le cadre de l’Union Européenne serait un peu plus compliqué, on le concède volontiers, mais pas impossible. Une idée d’ailleurs soumise au peuple suisse sous forme d’initiative populaire dite initiative « Monnaie pleine » et refusée « illico presto » par le Souverain à 75% le 10 juin 2018.

    Les pertes en capital des fonds de pension par capitalisation seraient compensées et les structures des derniers réintégrés dans le secteur public et fondus dans un même système de rente par répartition.

    Un adepte de ce genre de solution radicale est déjà tout trouvé, le Président français Emmanuel Macron, qui annonce, lors de sa dernière allocution de crise que « des décisions de rupture » seraient prises et qui, soudainement, découvre que « le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies, dévoile ses failles au grand jour », raison pour laquelle « certains biens et services doivent être placés en dehors des lois du marché ». C’est dire.

    (1) https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/09/25/crise-de-liquidite-301074.html

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  • Così fan tutte

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    Une amende de 5 milliards de CHF pour l’organisation d’une série de tournois de golf, c’est sévère. Mais, c’est bien le montant que la justice française a décidé d’infliger à la banque Suisse UBS, en avant-dernière instance.

    Elle n’a pas goûté le démarchage de potentiels fraudeurs fiscaux sur son territoire, à coup d’événements VIP et autres cachotteries. On pourrait objecter que la France, championne mondiale de l’évasion fiscale, est autrement plus clémente quand il s’agit de coincer ses propres pêcheurs de haut vol. Mais, c’est de bonne guerre, on suppose.

    Toujours est-il, les parlementaires suisses n’ont que moyennement apprécié, enfin, la droite bourgeoise qui dirige le destin de ce pays. Ainsi, les représentants du parti des petites gens et de l’identité nationale UDC, secondés par le « junior partner », la droite libérale PLR, proposent un aménagement fiscal pour l’établissement éprouvé, ceci, à peine quelques mois après l’adoption par le peuple suisse d’une énième réduction fiscale des bénéfices des sociétés, sur fond de traitement égalitaire entre multinationales et entreprises domestiques, le « jackpot » pour des instituts indigènes comme l’UBS. Confortés par le plébiscite du Souverain, certains députés semblent se sentir pousser des ailes.

    La manoeuvre politique ressemble furieusement au volet fiscal de la saga « Société Générale », tragi-comédie qui avait fini en queue de poisson.

    24 janvier 2008. Le vaisseau amiral de la finance française annonce une perte de 7 milliards d’euros pour l’exercice 2007, dont 4,9 milliards sont à imputer à de malheureuses spéculations boursières du courtier Jérôme Kerviel et 2 milliards à la crise financière dite crise des « subprimes ».

    Se déclarant « victime d’une fraude », la « Société Générale » avait bénéficié, entre 2009 et 2010, d’une ristourne fiscale de 2,2 milliards d’euros, ristourne « réclamée » en retour par les caciques de « Bercy » depuis, pour la forme. (Le Temps)

    Pendant que le PDG de l’époque, Daniel Bouton, également Président du conseil d’administration entre 2008 et 2009, profite actuellement d’une retraite confortable, son subalterne est passé par la case prison, or celui qui aurait dû y séjourner est Monsieur Bouton, pour une raison simple. Il avait laissé faire en se tenant les pouces, dans l’attente d’un bonus généreux « pour services rendus ».

    Il se trouve que le courtier indélicat avait engagé les fonds de la banque dans ce qu’on appelle des opérations à terme (futures), des engagements de livraison ferme d’un actif sous-jacent à une date future, à des conditions définies à l’avance, contrats comptabilisés par une chambre de compensation entièrement informatisée sur un marché standardisé et non des opérations de gré à gré qu’on pourrait cacher dans un tiroir. (OTC).

    Tout participant à ce marché s’engage à déposer, auprès de la chambre de compensation, une somme définie, somme censée couvrir d’éventuelles pertes. Le niveau de cette « marge » évolue de minute en minute, en fonction de l’évolution du marché du sous-jacent. En cas de pertes potentielles, le participant est invité à injecter immédiatement des fonds supplémentaires, faute de quoi sa position est liquidée sans autre procédure et le solde du compte utilisé pour essuyer celles-ci.

    Par conséquent, il est absolument certain que la direction de la banque ait été mise au courant des versements substantielles en faveur de la chambre de compensation, raison pour laquelle une ristourne fiscale « pour fraude » ne se justifie nullement, encore que, même dans le cas d’une fraude avérée elle serait discutable.

    Mais, revenons en Suisse. Pendant que la gauche suisse trouve le « Plan Marshall » de la droite « un peu exagéré », celle-ci ne fait pas dans la dentelle. Elle fait valoir qu’une déduction fiscale d’une sanction pécuniaire dans une juridiction étrangère serait admissible si l’infraction en question ne contrevient pas au droit suisse. On pourrait objecter à nos députés-juristes aguerris qu’un touriste suisse qui se fait pincer aux Philippines avec 50 grammes de Cannabis risque la décapitation.

    Soit. Le député UDC et avocat d’affaires zurichois, Thomas Matter, qui répand la bonne parole à coup de vidéos « youtube » sur fond de gentiane et cor des alpes, trouve que le « charactère inoffensif de l’infraction » ne justifie nullement une telle amende. L’avocat d’affaires genevois, Christian Lüscher, député PLR, trouve que « les sociétés étrangères, actives dans notre pays, pour les mêmes faits, ne risquent que des sanctions légères ». Justement, raison de plus d’y remédier serait-on tenté de répliquer. Mais, Monsieur Lüscher prêche pour sa paroisse et ne s’en cache pas, ce qui est tout à son honneur.

    Sa collègue, Céline Amaudruz, UDC, la célèbre fêtarde genevoise, estime qu’il faut protéger les entreprises suisses contre l’arbitraire politique de certains états et le député lucernois Leo Müller, PDC, va jusqu’à considérer un traitement de faveur en la matière comme « un avantage compétitif » pour les entreprises indigènes. (20minutes) Avantage compétitif en matière fiscale ? Un concept familier.

    Sur fond de coronavirus et carnavals annulés, la députée du parti de la défense du « Réduit National » et des petites gens, UDC, Magdalena Martullo, fille du « Bloomberg » de la politique suisse, Christophe Blocher, est venu soutenir son camarade, Thomas Matter, avec un masque chirurgical sur le visage, faisant comprendre à ses collègues parlementaires qu’elle préfère la libre circulation des capitaux à celle des personnes.

    Nostalgique d’un capitalisme patronal du 19ème siècle où l’industriel finançait l’orphelinat, la kermesse du village et le brunch du dimanche à la sortie de la messe, le futur ex-propriétaire de la multinationale EMS Chemie, Christoph Blocher, ancien Conseiller fédéral, maître à penser de son parti UDC et source de finance intarissable, dont l’entreprise, actuellement dirigée par sa fille hypochondriaque Magdalena, fut acquise en son temps grâce au soutien généreux des banques et non grâce à un supposé génie « randien », donne du fil à retordre à la droite bourgeoise néolibérale qui favorise la libre circulation de la main d’œuvre entre la Suisse et l’Union Européenne. Mais, quand il s’agit de défendre les intérêts des banques les deux courants de pensée convergent à nouveau.

    Aux quatre coins du monde la jeunesse rue dans les brancards, pour des raisons et causes parfois quelque peu diffuses, certes, mais, c’est tant mieux. La Suisse ne fait pas exception.

    Ainsi, les « JUSO », non pas un digestif grecque mais l’appellation officielle pour « Jeunesse socialiste suisse » (Jungsozialisten) partie intégrante du PS suisse, organisation fondée en 1906, vient de recevoir le feu vert de la Chancellerie fédérale pour le lancement de l’initiative populaire « Initiative 99% » ou plus explicitement « baisse de l’imposition du travail, progressivité pour le capital ».

    C’est au plus tard depuis la publication de l’étude « Le capital au xx1ème siècle » par l’économiste français Thomas Pikettey en août 2013 que le monde sait que « la dynamique de l’accumulation du capital engendre inévitablement sa concentration entre les mains de moins en moins d’individus » qui, seuls, prennent les décisions cruciales en matière d’investissement, serait-on tenté d’ajouter. Favoriser, dans ce contexte, la multiplication du capital par des stimuli fiscaux en faveur de sa rémunération est une aberration économique.

    En matière d’inégalité, la Suisse ne fait d’ailleurs pas exception. Le pourcent le plus riche de la population a vu sa fortune s’accroître de 43% entre 2003 et 2015, selon l’Administration fédérale des contributions, tandis que les trois quarts les moins fortunés ont vu leurs avoirs augmenter de 18,6% pendant la même période. La fortune de 55,46% des habitants de ce pays est inférieure à 50'000 et un quart de la population suisse déclare une fortune nulle, ce qui est le cas de près de la moitié de la population américaine.

    En clair, les jeunes socialistes envisagent de taxer les revenus du capital au-dessus de 100'000 CHF avec un facteur de 1,5 par rapport à l’imposition du travail. On est au cœur du problème, l’effet nocif de la rémunération du capital pour l’économie.

    Bien que cette initiative sera évidemment refusée par le peuple, comme le sont 90% des initiatives populaires d’ailleurs, l’organisation faîtière, « économiesuisse », « à l’intersection entre les milieux politiques, économiques et la société » selon ses dires, crie déjà au scandale, avant même que la première séance d’information ait eu lieu. Elle trouve cette initiative « arbitraire, nuisible et trompeuse ». La nervosité est palpable et l’argumentaire parlant.

    « Les conséquences pour les entreprises familiales et les jeunes pousses seraient dévastatrices. Les petits investisseurs, les propriétaires immobiliers et l’agriculture seraient potentiellement touchés », la faîtière de l’économie au secours de la « veuve et l’orphelin ». On l’a connu mieux inspirée, car gardons en mémoire tout de même la baisse substantielle de l’impôt sur le bénéfice des entreprises suisses, plébiscitée par le peuple il n’y a même pas une année, dont bénéficient également « les veuves et les orphelins », ainsi que l’aménagement fiscal en faveur de l’UBS, discuté actuellement au parlement, auquel l’organisation patronale n’est sans doute pas insensible.

    Mais, restons factuels et parlons efficacité et productivité. Selon l’« Office fédéral de la statistique », la productivité du capital, je cite « est l’efficience avec laquelle l’intrant en capital est engagée dans le processus de production. Elle permet de déterminer l’aptitude des investissements à générer de la valeur ajoutée. Il faut veiller à ne pas confondre productivité du capital et taux de rendement du capital. En effet, ce dernier reflète la capacité du capital à générer du revenu, alors que la productivité du capital mesure l’efficience de son utilisation dans le processus de production. » Elémentaire mon cher Watson.

    Si l’on consulte la statistique de la productivité du capital de l’économie suisse entre 1995 et 2018 (source BNS) on constate une diminution de 100 en 1995 à 90 en 2002, suivi par une stagnation jusqu’en 2018.

    Regardons ce que dit l’« Office fédéral de la statistique » au sujet de la productivité horaire du travail pendant la même période, la productivité du travail étant, je cite « la mesure de l’efficience avec laquelle les ressources humaines sont engagées dans le processus de production. L’évolution de la productivité du travail a une importance non négligeable pour la croissance économique. Elle est étroitement reliée à la notion de revenu et du niveau de vie d’une nation. On tend ainsi à considérer qu’une progression importante de la productivité dans le temps permet, via des opérations de répartition (fiscales ndlr), un accroissement des revenus et du niveau de vie d’une nation. »

    Si l’on consulte maintenant l’indice de la productivité horaire du travail entre 1995 et 2018 on constate une augmentation de 40%, taux qui se compare avec une augmentation de sa rémunération nominale de 30% pendant la même période (salaires).

    Il n’est pas impossible qu’il y ait parmi les jeunes socialistes quelques diplômés de l’université de St. Gall qui osent mettre en doute la doxa. Qui sait ?

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  • Coups de feu à Central Park

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    « La Guerre froide est ancrée dans ma mémoire et mon attitude à l’égard de Castro est connue. Si les rouges avaient gagné la « Guerre froide » il y aurait eu des exécutions à Central Park (New York) par une foule en furie et moi, j’aurais fait partie de ceux qu’ils auraient exécutés. Que veut-il dire par « socialisme » ? (Sénateur Bernie Sanders, candidat démocrate aux présidentielles ndlr) Veut-il faire des « choses » comme au Danemark. Bon, ce serait inoffensif. Mais, qui sait ? »

    L’éminent journaliste et commentateur politique Chris Matthews est au bord des larmes sur le plateau de l’émission « Morning Joe » de la chaîne de télévision MSNBC du 3 février dernier.

    Mise à part le fait que le titulaire de 34 doctorats honorifiques, médaillé de nombreuses institutions réputées puisse baragouiner des inepties pareilles, ce qui en dit long sur la qualité du journalisme contemporain, le plus grave est qu’il y croit, ce qui, en l’occurrence, relèverait du domaine de la psychopathologie.

    Mais, que Mr. Matthews se rassure, les « socialistes » ne veulent pas lui enlever ses privilèges. En revanche, ils verraient bien son salaire déterminé par un comité d’entreprise en fonction de la qualité de sa performance, fidèle à la doctrine néolibérale de la méritocratie.

    Au même titre par ailleurs et, pour ouvrir une petite parenthèse suisse, qu’au futur ex patron de la banque « Crédit Suisse » qui s’est vu congédié la semaine passée sur une rocambolesque histoire d’espionnage à l’encontre de son directeur de la « Gestion de fortune internationale », tragi-comédie qui débuta par une querelle de voisinage entre les deux protagonistes dans la commune de Herrliberg, autour d’une haie de thuyas qui bouchait la vue sur le lac de Zurich. C’est dire.

    Il n’est pas certain que dans ces circonstances un comité d’entreprise aurait accordé au patron déchu un pot de départ de 30 millions de CHF, en plus de son salaire, on imagine, d’autant moins que depuis son entrée en fonction le cours de l’action s’est réduit de moitié, jadis un critère de performance primordial dans le monde de la finance.

    Mais, que Chris Matthews se rassure, la partie n’est pas encore jouée. D’autant plus que le milliardaire et ancien Maire de New York, Michael Bloomberg, entrée dans la course sur le tard, dépense actuellement la somme de 1 million USD chaque jour pour des spots publicitaires dont la mise en scène n’a rien à envier à celle du cinéaste britannique Ken Loach.

    A première vue, cela marche. Les sondages lui sont favorables, dépassant ceux du candidat Joe Biden, et, Mr. Bloomberg, avant tout concentré sur le « Super Tuesday », peut ainsi se passer des apparitions tonitruantes dans des réfectoires et salles communales du « Rust Belt ».

    En effet, il est loin d’être sûr qu’en cette année électorale 2020, la classe ouvrière se soit finalement appropriée « l’hégémonie culturelle », car, comme le disait l’écrivain et théoricien politique et communiste Antonio Gramsci (1891-1937) aux ouvriers du fabricant d’automobiles turinois « FIAT » : « Au fond, vous êtes tous des bourgeois. Une fois, rentrés à la maison, vous échangez votre bleu de travail contre l’habit du dimanche du bourgeois pour ensuite promener vos familles devant vos pairs, comme le font les bourgeois », ou, pour citer l’humoriste français Coluche, « Les bons, c’est les pauvres, et les méchants, c’est les riches, et tout le monde veut être méchant. »

    Ce qui se passe vraiment dans la tête des gens c’est Dieu qui le sait, pour ceux qui croient en lui, et ils sont nombreux aux Etats-Unis. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’une part croissante de la société américaine cherche une alternative au modèle économique, et politique, qui est le leur, car, loin de vouloir fusiller des commentateurs politique d’une chaîne de télévision, ils commencent à s’apercevoir qu’à l’intérieur du modèle de société du « socialisme » il y a, en effet, autant de courants de pensée que le « Jazz » ou la « musique électronique » connaissent de styles.

    La plupart des américains ne savent pas que le « socialisme » existe dans la majorité des pays européens, sous une forme ou une autre, ce qui expliquerait peut-être l’emportement du sémillant reporter.

    Ainsi, le « néolibéralisme », qui est également un courant de pensée, à l’intérieur du capitalisme cette fois, fêtera bientôt ses 40 ans, et le moindre que l’on puisse dire, avec à la clé un résultat plutôt mitigé, pour utiliser un euphémisme.

    La « superstructure » ou « l’hégémonie culturelle » (institutions, lois, religion, philosophie, morale, art) du capitalisme en tant que modèle de société dominant, a dû consentir, à travers son existence de 200 ans, et, suite à de nombreuses périodes de luttes des classes, plus ou moins intenses, à une dose de « social-démocratie » dans les domaines, vitaux pour la cohésion d’une collectivité, la santé et l’éducation, tout en restant entièrement en charge de ce que Karl Marx appelle « l’infrastructure », l’économie, qui détermine la production. Le « néolibéralisme » est en train d’annihiler cette dernière concession du capital.

    L’alternative serait, selon l’éminent économiste marxiste américain, professeur Richard D. Wolff, diplômé de Harvard, Yale, et Stanford, la démocratisation de « l’infrastructure » et, par conséquent, de l’économie tout entière, plutôt que de s’en prendre à la « superstructure » au préalable. Ainsi, les employées décideraient collectivement des facteurs de la production, de son emplacement, de son prix, des salaires et du temps de travail, avec un impact certain sur la redistribution des richesses produites et, non négligeable, par les temps qui courent, sur l’environnement.

    La grosse pierre d’achoppement est évidemment la rémunération du capital, déterminant l’accès à toutes les ressources, ce qui pose la question de sa raison d’être.

    Alors que le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines Bernie Sanders se limite, dans son programme, à la simple récupération de la « dernière concession du capital », ce que l’establishment dénonce comme « du socialisme », la question de la démocratisation de l’économie pourrait séduire la classe des travailleurs qui, après tout, passe le plus clair de son existence à un lieu de travail ou un autre.

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