Le blog de Bruno Hubacher - Page 3

  • Le sermon de Michael M.

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    ou, quand le sage désigne la lune, Michael M. nous fait regarder le doigt.

    Solidement ancré dans le mouvement syndicaliste des travailleurs de l’automobile, le réalisateur Michael Moore a grandi dans le milieu ouvrier de sa ville natale, Flint, dans l’état de Michigan. Il sait ce que c’est que d’être un « underdog ».

    Seulement, depuis qu’il court les plateaux de la chaîne de télévision « centriste », MSNBC, porte-parole officieux du « Parti démocrate », pour parler politique, il semble avoir oublié les siens, notamment ceux qui souffrent de la pollution de l’eau potable de sa ville natale, eau qui contient encore et toujours un niveau de plomb à faire crever un cheval. (Jordan Chariton)

    Entre l’éclatement du scandale de l’eau contaminée de Flint, en 2016, sous la gouvernance du républicain Rick Snyder, la non-intervention du Président démocrate de l’époque, Barack Obama, au règne de la gouverneure démocrate actuelle, Gretchen Whitmer, l’establishment, dont, finalement le réalisateur fait dorénavant partie, n’a daigné lever le petit doigt.

    https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2016/03/09/nestle-waters-et-l-eau-de-flint-274682.html

    Puisque la cause environnementale semble être une préoccupation majeure du réalisateur et producteur de « Roger and Me », « Bowling for Colombine », « Fahrenheit 9/11 » et « Sicko », on s’étonne néanmoins de ce sens particulier des priorités du réalisateur, apparemment davantage préoccupé par le sauvetage de l’humanité que de celui de la classe ouvrière de sa ville natale, un phénomène classique qui se manifeste habituellement quand la réussite s’installe durablement, ce qui n’est pas sans rappeler un certain William Henry Gates III.

    La dernière œuvre cinématographique du géant de Flint, « Planet of the Humans », réalisée par le metteur en scène, Jeff Gibbs, s’en prend vertement au « mythe » des énergies renouvelables et annonce d’ores et déjà la couleur à son public. Nous serons tous appelés à pratiquer l’ascèse pour sauver la planète, car, il semblerait qu’on nous ait fait « avaler la fable des énergies renouvelables, censées nous sauver du changement climatique, or cela rapporte au système financier. On ne parle ni de surpopulation, ni de consommation, ni du suicide que constitue la croissance infinie, parce que cela nuirait au business » des truismes plutôt convenus, mélangés à des réflexions à la limite de l’eugénisme. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Rien n’est moins sûr. Michael Moore devrait se remettre à la lecture de quelques lignes de Karl Marx.

    En effet, la réponse se trouve dans les premières quinze minutes du film, schématisant le fonctionnement du modèle économicopolitique et sociétal de distribution des richesses des Etats-Unis, la nation la plus vorace en énergies fossiles. Seulement, les acteurs économiques ne se mettront jamais à produire moins, puisque la logique intrinsèque du système économique réside dans la surproduction, une conséquence directe de la compétition pour un meilleur rendement financier. Ce n’est donc pas au consommateur de « sauver la planète », d’autant moins qu’il s’avérera compliqué d’amener des populations qui vivent avec moins d’un dollar par jour à la modération.

    On pense notamment à la Bolivie, dont le produit de l’exploitation d’un des plus importants gisements de lithium de la planète devait servir à la fortification de l’Etat-social et non aux multinationales américaines comme c’est l’usage dans la région, projet avorté par un coup d’état, orchestré, une fois de plus, par le gouvernement américain, à la barbe du gouvernement allemand qui souhaitait approvisionner la toute nouvelle usine de la firme « Tesla » près de Berlin. Le capitalisme finira par manger ses enfants.

    https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/11/12/l-emergence-de-la-democratie-302224.html

    « Flashback », 2009, crise financière, élection d’un jeune « Kennedy black », euphorie de renouveau « Yes, we can », annonce d’un plan de relance de 1'000 milliards USD, dont près de 100 milliards USD seraient consacrés au développement des énergies renouvelables.

    Fidèle au mantra néolibéral, le gouvernement américain fait donc appel aux « job creators ». On ajoutera, pour la petite histoire, qu’en à peine trois semaines de « Coronavirus » la totalité des emplois crées depuis le début du mandat Obama sont partis en fumée. Ceci pour la robustesse de l’économie américaine.

    A l’instar de l’actuel plan de sauvetage de l’administration Trump, une pluie de subventions s’abattit sur « Corporate America », une fois de plus, le partenariat public-privé. Il y a le fabricant d’automobiles General Motors, dont les contributions publiques permirent le lancement de son premier véhicule électrique, le « Chevrolet Volt ».

    Dans la ville de Lansing au Michigan l’équipe de communication de GM fit face à la presse. Sur la question avec quel mix d’énergies le nouveau « Chevy » sera approvisionné, la porte-parole Kristin Zimmermann répondit : « Ce modèle de démonstration est connecté au réseau électrique de la ville. »

    Le responsable de la compagnie « Water & Light », J. Peter Lark clarifia les choses. 95% de l’électricité, fournie par la ville de Lansing, provient d’une centrale à charbon.

    Par l’intermédiaire de l’ancien Vice-Président du gouvernement Clinton, Al Gore, 1993-2001, le gouvernement Obama prit également à bord le milliardaire britannique Richard Branson, qui promit de dédier les bénéfices futurs de sa compagnie aérienne « Virgin Atlantic » au « combat contre le réchauffement climatique ». On parlait de 3 milliards USD.

    Le co-fondateur de la firme « Sun Microsystems » Vinod Khosla dédia 1 milliard USD à la création de 50 « start-ups » vertes et le milliardaire Michael Bloomberg consentit à un investissement de 50 milliards USD en faveur de l’ONG californienne « The Sierra Club » avec comme mission « le combat contre le changement climatique ». La banque d’investissement « Goldman Sachs » de son côté chiffra les besoins en investissements dans les énergies renouvelables à 395 milliards USD par année.

    Une musique hitchcockienne, accentue la scène accusatrice des méthodes d’exploitation des gisements de matières premières, utilisées pour la production de « l’énergie verte », travail des enfants, dégradation de l’environnement, charbon, acier, nickel, hexafluorure de soufre, (également utilisé en tant qu’agent de contraste lors d’échographies cardiaques et vasculaires), cuivre, lithium, étain, des arbres qu’on brûle pour produire de la biomasse (il y a ce qu’on appelle la gestion forestière, pour la combustion ce serait un défi technique), des arbres qui doivent faire place à des panneaux solaires et éoliennes (il y a des parcs éoliens marins), trichlorure de phosphoryle (photovoltaïque), graphite, terres rares (photovoltaïque).

    C’est au chimiste français Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794) qu’on doit la phrase « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » et, pour paraphraser Marx, la moitié suffirait pour satisfaire tout le monde.

    Seulement, l’œuvre de Jeff Gibbs et Michael Moore conclut : « Il n’y a pas de solutions technologiques ni politiques pour venir à bout du changement climatique. La seule solution c’est de consommer moins. » C’est voir le problème par le petit bout de la lorgnette.

    Commençons par la politique, pour le côté technologique les experts s’écharperont entre eux.

    Les Etats-Unis, champions mondiaux de la consommation énergétique, sont gouvernés par « Corporate America ». Ce n’est pas une théorie complotiste, c’est un fait, dû essentiellement à un système de financement illimité des deux partis politique qui contrôlent l’économie et la vie publique par le biais des conglomérats. (Décision de la Cour suprême du 21 janvier 2010 « Citizens united »).

    En 2004, le militant écologiste et avocat pour la protection des consommateurs, Ralph Nader, du parti américain des Verts, si si, ça existe, décida d’amener un peu de pluralité dans le système politique en se présentant contre les mastodontes du système biparti John Kerry et George W. Bush.

    Accusé à l'époque, entre autres, par Michael Moore, pourtant un sympathisant de la première heure, d’avoir divisé « la gauche » et d’avoir permis l’élection du Républicain George W. Bush, on constate, avec le recul et avec amertume, que, finalement, entre George W. Bush, Bill Clinton, Barack Obama et Donald Trump il n’y a que le style qui les différencie.

    Pourtant, au mois d’octobre 2016 encore, le producteur de Flint, accusa le journaliste Julian Assange, qui croupit actuellement dans une prison anglaise, d’avoir publié des e-mails en provenance du serveur du DNC (Democratic National Committee), e-mails dévoilant pourtant la corruption du Parti démocrate et de la candidate Hillary Clinton, en déclarant : « Wikileaks et Assange, ce sont des anarchistes, comme tous ces gens qui votent pour Donald Trump, une sorte de « Cocktail Molotow » humain, qui veulent faire péter le système. C’est un mouvement anarchiste. » (Wikipedia) Appellera-t-il à voter pour Joe Biden cette fois ?

    De quel côté est l’avocat de la liberté de parole ?

    https://reporterre.net/Planet-of-the-Humans-la-diatribe-de-Michael-Moore-contre-les-energies-vertes

    En accès libre jusqu’au 21 mai 2020

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  • La charité du Führer

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    Il manque encore 7,5 milliards d’euros. Qu’à cela ne tienne. Pour la bonne cause, Madame « conflits d’intérêts », Ursula von der Leyen, ancienne « Ministre fédérale allemande de la Défense » et actuelle Présidente de la « Commission européenne », s’est convertie en fée marraine.

    On connaît le principe du téléthon, cette collecte charitable de fonds pour la recherche sur des maladies génétiques rares, inventée dans les années 50 aux Etats-Unis, recherche dont le capitalisme n’a pas envie de s’encombrer, car pas assez rentable.

    Sous la houlette du sémillant milliardaire et philanthrope à la retraite, Bill Gates, et sa fondation « Bill and Melinda Gates Foundation », un dérivé du mouvement des « nerds » hippie de la côte Ouest, Madame « conflits d’intérêts », qui, avec ses sept enfants devrait, comme la défunte Magda, se soucier davantage de la surpopulation de la terre, appelle donc à la générosité des contribuables pour lever des fonds, destinés à la recherche d’un vaccin contre un virus particulier d’une sous-famille des « Coronaviridaes » dont manifestement on sait si peu, mais qu’importe. (Wikipedia)

    Reçu d’abord par le regroupement des établissements de radiodiffusion de droit public de la République fédérale d’Allemagne « ARD » pour une interview exclusif de dix minutes, le messie de Seattle, fut ensuite reçu, de manière tout ce qu’il y a de plus officiel, en audience spéciale, par la Chancelière Angela Merkel, en soutien de son projet de vaccination de 7 milliards d’habitants de la terre. Le Führer n’aurait pas fait mieux.

    Dans la précipitation de l’urgence, l’ancien apprenti bancaire, néanmoins ambitieux « Ministre de la santé » du gouvernement Merkel, Jens Spahn, s’apprête à proposer au Bundestag une modification de la « loi sur la protection de la population contre des situations épidémiologiques exceptionnelles » en suggérant, entre autres, une sorte de « passeport immunologique », qui inviterait ses compatriotes à la vaccination volontaire contre « on ne sait pas encore trop contre quoi », passeport qui donnerait accès à toutes sortes de privilèges, tels que, par exemple, l’exercice d’une profession dans le domaine de la santé ou le déplacement ou non dans certains pays. Le catalogue des privilèges serait extensible et sujet à discussion.

    Par ailleurs, les assurés des caisses maladie profiteront d’une « modernisation » de la loi sur l’approvisionnement digital, transposable dans le domaine de la santé publique, sous forme de mise en place d’une « infrastructure télématique ».

    Toutefois, le législateur allemand s’attend, d’après les calculs actuariels savants de l’industrie de l’assurance, à une augmentation sensible des primes, due à un « risque accru », augmentations qui seraient, malheureusement, à la charge des assurés, à l’exception bien-sûr de ceux qui seront en mesure de prouver être au bénéfice des diverses subsides « Hartz IV », prévues à cet effet.

    Point de contact pour les Länder de cette « nouveauté législative » serait le centre épidémiologique « Robert Koch » un institut de recherche, attaché au « Ministère de la santé», organisme fondé en 1891 en tant que « Institut pour maladies infectieuses du Royaume de Prusse ».

    Nommé d’après le médecin allemand Robert Koch, lauréat du Prix Nobel de médecine, découvreur du « bacille de Koch » ou « Mycobacterium tuberculosis », la bactérie responsable de la tuberculose, certaines épisodes peu glorieuses de l’institut, méritent, dans le contexte actuel de l’urgence urgente, un éclaircissement éclairé.

    En 1935 l’institut fut intégré au Ministère de la santé du « Troisième Reich », intégration suite à laquelle l’ensemble du personnel se convertit sur-le-champ à l’idéologie national-socialiste. Sous la houlette du médecin SS du Reich, Ernst-Robert Grawitz, l’institut procéda à un certain nombre d’essais cliniques sur des patients de certains hôpitaux psychiatriques, ainsi que sur des prisonniers des camps de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen et Buchenwald, en leur injectant le bacille du typhus pour des motifs de recherche médicale.

    Dans le cadre d’un essai clinique d’une série de nouveaux types de vaccin, Claus Schilling, directeur du département des maladies tropicales de l’institut, procéda à la contamination délibérée de 1'200 prisonniers du camp de concentration de Dachau avec le parasite de la malaria, provoquant la mort de 300 à 400 détenus. (Wikipedia) Mais bon, c’était une autre époque.

    Quoique. Dans un article du quotidien allemand « Der Spiegel » daté du 9 mai 2012, bien avant que celui-ci se mettait à accepter de généreuses contributions « pour un journalisme indépendant » de l’organisme caritatif de « Bill et Melinda », 2,5 millions USD en l’occurrence, celui-ci fit état de ce qu’on appelle en épidémiologie une « étude observationnelle » datant de 2009, pour deux vaccins contre le « papillomavirus humain HPV », responsable de diverses affections cancéreuses des organes génitaux, notamment du cancer du col de l’utérus, vaccins des compagnies pharmaceutiques « Merck » (Gardasil) et « GlaxoSmithKline », testés dans les provinces indiennes d’Andra Pradesh et Gujarat sur 24'000 fillettes de 10 à 14 ans, avec la bénédiction du gouvernement indien, étude financée par la « Fondation Bill et Melinda Gates » et effectuée par l’ONG américaine de planning familial, « PATH », organisme caritatif, domiciliée à Seattle dans l’état de Washington.

    Officiellement le gouvernement indien et l’ONG « PATH » furent état de sept filles mortes, mais dont les décès ne seraient aucunement liés aux vaccins injectés, bien au contraire. Trois ou quatre d’entre elles seraient mortes de malaria, une autre de la morsure d’un serpent, une se serait noyée et une autre se serait suicidée.

    En analysant les arguments quant à ces « couacs » malheureux, on comprend mieux pourquoi les postes les mieux rémunérés de l’industrie pharmaceutique soient ceux des juristes et non ceux des chercheurs, car sur le plan juridique ces « études observationnelles » sont « béton », car approuvés par un comité d’experts, dont bon nombre furent d’ailleurs rétribués par les fabricants de pilules, comité instauré par le gouvernement indien, s’appuyant, entre autre, sur un changement de loi, datant de 2005, selon lequel des expériences médicales de ce genre seraient dorénavant autorisés, indépendamment du fait que de telles études « in vivo » aient déjà été effectués dans d’autres pays ou non.

    Entre 2005, date de l’instauration de cette nouvelle loi, et 2011, les investissements dans des essais cliniques de l’industrie pharmaceutique sur le sous-continent indien avaient bondi de moins de 100 millions d’euros à plus d’un demi-milliard d’euros.

    Pour revenir à l’étude observationnelle d’Andra Pradesh et Gujarat, à la fin de laquelle le public indien apprit que tous les tests furent en fait effectués sans le consentement des parents, sans aucun suivi médical ni de la part de l’ONG américaine, ni des fabricants « Merck » ou « GlaxoSmithKline », sans aucune documentation sur les effets secondaires, sans aucune obduction des victimes.

    Suite à une forte pression de l’opinion publique le gouvernement indien avait finalement daigné instaurer une commission d’enquête qui toutefois, faute de fournir des réponses, avait plutôt soulever davantage de questions. (Der Spiegel)

    Heureusement qu’on trouve ce genre d’information dans les archives de presse d’antan, car s’il fallait le débusquer dans les dépêches des médias contemporains, on serait bien embarrassé, car il n’y a pas que « Der Spiegel » et le quotidien allemand « Die Zeit », 300'000 USD, qui fricote avec les puissants.

    En partenariat avec la « Bill & Melinda Gates Foundation », décidément, le quotidien britannique « The Guardian » entretien, depuis septembre 2010, une plateforme commune sous forme d’un site internet, censé promouvoir le « développement global » offrant « un espace de discussion et d’interaction sur les défis de l’humanité, tels que la pauvreté, la famine, la mortalité infantile, ainsi que de l’adaptation du développement économique au changement climatique. » Tout un programme.

    On pourrait objecter à cet activisme désintéressé que l’amélioration sanitaire dans les pays industrialisés est à 90% due à la mise en place de mesures d’hygiène drastiques, en particulier dans les hôpitaux et, plus généralement dans la vie quotidienne de gens, ainsi qu’à une amélioration qualitative de l’alimentation, plutôt qu’au développement de nouveaux médicaments et vaccins.

    Par conséquent, le combat contre la misère et la carence de soins dans les pays sous-développés, si cher à Bill et Melinda, passe par la redistribution équitable des richesses et l’abolition d’un système vieux de près de trois siècles, le capitalisme.

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  • L’effet Cantillon des plans de sauvetage

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    L’argent en tant que moyen de rétribution de la productivité a ses défauts, car sa mise en circulation est contrôlée par une poignée d’individus, tandis que la production de biens et services est assurée par l’ensemble des acteurs économiques.

    La fable de la neutralité de l’argent est mise à nu une nouvelle fois par les plans de sauvetage économique, concoctés à la hâte par les gouvernements de la terre entière, se ressemblant tous comme deux gouttes d’eau, déversant des milliers de milliards dans l’économie, là où il y a encore à peine un mois régnait l’austérité, ce qui démontre bien que, comme l’affirma l’économiste franco-irlandais Richard Cantillon, profitent de la manne ceux qui sont proches du Roi.

    Il est de notoriété publique que le train de vie du Roi Soleil Louis XIV était incommensurablement dispendieux, en matière de « travaux publics » somptueux certes, mais, surtout en dépenses militaires, engloutissant jusqu’à 80% du budget de l’Etat.

    Afin d’assouvir la soif inépuisable de pouvoir du Souverain, celui-ci se lançait, à l’aide d’une centaine d’investisseurs et d’actionnaires, à la conquête du Nouveau Monde, le Canada, en fondant, selon les modèles britannique et néerlandais de la « East India Company » et la « Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales », la « Compagnie de la Nouvelle France », formant ainsi une parmi les premières multinationales de l’Histoire.

    Poussé par un mélange de zèle missionnaire et de cupidité, les colons du Nouveau Monde prenaient possession sans cesse de nouveaux territoires pour atteindre, en 1682, le Delta du Mississippi pour se saisir des nouvelles terres au nom du Roi Soleil, Louis XIV, appelant cette étendue marécageuse, la Louisiane.

    C’est une cruauté de l’Histoire que ceux qui subissent sa foudre ne sont que rarement ceux qui l’avaient provoquée.

    Ainsi, ce fut le petit Louis XV qui hérita les « naufrages financières » de son arrière-grand-père, secondé, jusqu’à sa majorité, par son tuteur, Philippe II, Duc d’Orléans, qui cherchait désespérément une façon élégante de sortir la dynastie des Bourbons du bourbier financier de son oncle. C’est ainsi qu’entre en jeu l’économiste écossais, John Law, un des premiers promoteurs du papier monnaie, après les banques commerciales hollandaises, et inventeur de la bourse des valeurs mobilières.

    Séduit par les thèses de l’écossais, le Duc le nomma « Contrôleur général des finances du Roi » et, du même coup, Président Directeur Général de de la première Banque Centrale du Royaume de France, la « Banque royale », également la première à émettre des billets de banques, garantis par l’Etat, remplaçant peu à peu les espèces métalliques en circulation, le but ultime étant d’effacer la dette colossale, laissé par Louis XIV, en favorisant le commerce avec, et l’investissement dans, le Nouveau Monde, par la création d’une multinationale du commerce.

    Disposant dorénavant du monopole de la création monétaire, octroyé par Philippe II, John Law se mettait à s’accaparer d’une poignée de sociétés de commerce pour les fusionner en une super holding, la « Compagnie perpétuelle des Indes », pour fusionner celle-ci avec la « Banque royale », dans le but de mettre en gage l’ensemble des rentrées fiscales domestiques ainsi que les revenus futurs espérés du commerce avec les colonies, pour la création monétaire, un montage qui reposa uniquement sur la confiance des souscripteurs, grâce à la garantie du Roi, mais, dont le gigantisme et l’opacité de la structure rendait difficile sa gestion. Une analogie avec les multinationales contemporaines et leur sauvetage par les Banques centrales s’impose.

    Comme il fallait s’y attendre, la confiance a ses limites. L’or des colonies, censé couvrir l’émission de billets de banque par la « Banque royale » tardait à arriver et, de plus en plus d’investisseurs exigeaient la conversion de leurs papiers en or. Simultanément, les compagnies d’Amsterdam et de Londres, qui usaient de pratiques similaires, se voyaient confrontés au même dilemme, ce qui provoqua, à partir de 1720, une crise financière internationale, déclenchée par la bulle spéculative de la société de commerce britannique, « South Sea Company ».

    Les détenteurs français de titres de la « Compagnie perpétuelle des Indes » se ruaient au siège parisien de la compagnie pour vendre leurs titres, dont la cotation fut évidemment suspendue, ce qui provoqua de violentes émeutes dans les rues de Paris. (Wikipedia)

    La thèse des économistes anglais de l’époque, avocats de la théorie classique, tels que Smith, Ricardo et Mill, selon laquelle les acteurs économiques ne doivent pas être entravés par des interventions de l’Etat, car ils considéraient l’économie comme une entité externe ou « la somme d’agents individuels », ce qui rappelle furieusement la devise de la défunte Premier Ministre Margaret Thatcher, « There is no society, there are only individuals », thèse qui faisait déjà face à celle des français, tels que l’économiste, François Quesnay, pionnier de la macroéconomie et fondateur de la première école en économie, accessoirement médecin de Madame de Pompadour, qui considérait, au contraire, l’économie dans sa globalité et partie intégrante de la société.

    Faisons un détour chez Marx, dont l’œuvre fut partiellement inspirée par Quesnay, et pensons au fabricant de chaises qui porte un regard satisfait sur vingt ans de croissance de sa production, ce qui représente, au niveau macroéconomique et de la société dans sa globalité, des siècles de progrès invraisemblable, une croissance qui lui a toujours permis de rémunérer convenablement ses salariés, ainsi que de s’octroyer un beau salaire de directeur. Jeune ébéniste tout juste sorti de sa formation il avait décidé de se mettre à son compte, d’abord à l’aide d’un petit prêt sans intérêt de son oncle, prêt qui lui permettait d’acheter sa matière première, le bois transformé, sans recourir à des sources de financement alternatifs, pour fabriquer ses premières chaises et se payer un salaire convenable.

    Selon Marx, et cela semble couler de source, le prix qu’il paie pour sa matière première, le bois transformé, ne représente pas simplement le prix d’une matière, mais à 99% les rémunérations des multiples travaux intervenus tout au long de la chaîne de fabrication, depuis l’abattage du châtaignier en forêt, en passant par le transport, le découpage, le vernissage, ajoutant à chaque intervention humaine de la valeur, valeurs auxquelles l’ébéniste ajoute la sienne, l’assemblage.

    Si à chaque étape lors de laquelle on ajoute de la valeur on prélevait une contribution qu’on mettrait dans un pot en commun pour construire des hôpitaux, des écoles, des routes et des musées pour le bénéfice des directeurs et ouvriers des fabriques de trottinettes et lavabos ?

    On le fait déjà, cela s’appelle la TVA. Mais, alors pourquoi faut-il payer en plus un impôt sur le revenu du travail puisqu’un tel impôt avait déjà été prélevé ? Tout simplement parce qu’il y a, tout au long de la chaîne de production, un parasite qui s’accapare la valeur ajoutée en prélevant une taxe à son tour, à chaque étape de la production, sous forme d’une rémunération qui s’appelle dividende ou intérêt. Ce parasite se nomme le capital, capital en tant que valeur d’échange et non en tant que valeur d’usage.

    Même si notre fabricant de chaises n’est qu’un petit acteur économique non redevable à des actionnaires il est tout de même sujet à cette taxe sur le capital, à travers le prêt qu’il obtient de son banquier pour financer l’expansion de son entreprise, dans le meilleur des cas. Le banquier ouvre une ligne de crédit, en créant du néant la somme accordée, à l’aide d’un « clic de souris », une rémunération non pas pour son travail, mais pour la location d’une somme d’argent, dont la hauteur est proportionnelle à l’importance de celle-ci.

    Sur le plan macro-économique le fabricant de chaises calcule le prix de son produit essentiellement en fonction du coût du travail et de la matière première. Seulement, lui comme tous les intervenants précédents, doivent ajouter à ce coût économique un coût financier qui n’ajoute aucune valeur.

    Le taux d’intérêt du crédit de la banque sera fonction du taux de refinancement de celle-ci, n’étant qu’un intermédiaire et n’ajoutant aucune valeur réelle, ainsi que d’une prime de risque qui varie selon le secteur d’activité et la taille de l’entreprise. On pourrait penser que ce calcul savant devrait permettre à la banque d’évaluer un risque potentiel de défaut d’un portefeuille de clients et de se prémunir ainsi d’une baisse de rentabilité jugée inacceptable et d’éviter à ses clients d’autres tracasseries inutiles.

    Seulement de plus une société est petite, et donc éloignée du Roi, de plus elle risque, dans la plupart des cas, un refus, car pas assez rentable, ou elle se voit obligée, en plus de la prime de risque élevée qu’elle paie déjà, de devoir mettre en gage des valeurs mobilières. C’est ce qu’on appelle le « ruissellement administratif », une ruse, qui permet à la banque, en temps normaux, de refuser des affaires, jugées peu rentables, mais qui, sur le plan macroéconomique, seraient infiniment vitales.

    En temps de crise systémique, telle que nous la connaissons actuellement, le « ruissellement administratif » fait partie de la stratégie de maintien du système. Les « plans de sauvetage économique », annoncées selon les règles de l’art de la communication, discriminent clairement les entreprises de moyenne et petite taille, et c’est voulu.

    Que fait la banque commerciale en temps de pandémie ? Elle va voir le ministre des finances en lui disant qu’il risque d’y avoir un problème de liquidité dans certaines entreprises et qu’elle, la banque, se verrait dans l’obligation d’ajuster les primes de risque, autrement dit, d’augmenter sensiblement les taux des crédits, à moins que les pouvoirs publics fassent un geste, disons, en munissant tous les nouveaux prêts du saut de la garantie d’Etat, donc du Roi. Dans ce cas, il y a aurait éventuellement une possibilité de maintenir les taux à des niveaux plus tolérables, tout en sachant que le « ruissellement administratif » verra beaucoup de candidats écartés.

    Pour revenir aux fameux plans de sauvetage, le financement supplémentaire de la caisse du chômage, les aides financiers en faveur des indépendants, d’éventuels défauts de paiements de crédits, garantis par l’Etat, seront évidemment financés entièrement par l’endettement des pouvoirs publics et devront, si le dogme néolibéral poursuit sa route, et il y a bien des chances que ce soit le cas, être remboursés rubis sur l’ongle par la réduction des dépenses, car augmentation proportionnelle des impôts sur le capital il n’en sera pas question, l’austérité. Contrairement aux recettes, les impôts, qui sont fonction des rapports de forces politiques et surtout économiques, la dette est proportionnelle aux nombres d’habitants d’un pays ou de toute autre collectivité.

    En ce qui concerne les crédits des grandes entreprises, grands gagnants de la crise car proches du Roi, pour la plupart douteux, ils ne sont pas affaire entre entrepreneurs et banquiers, car elles sont ce qu’on appelle dans le jargon financier, titrisées, converties en valeurs mobilières cotées en bourse.

    Les Banques Centrales détiennent le privilège de créer autant d’argent qu’elles estiment nécessaire pour le bon fonctionnement de l’économie, en se conformant à une seule condition, la maitrise de l’inflation. Seulement, Il n’a plus d’inflation depuis une décennie, et pourtant, la masse monétaire en circulation au niveau mondial représente un facteur multiple de la production annuelle de biens et services. L’inflation est bel et bien présente, seulement pas dans l’économie réelle mais dans les marchés de valeurs mobilières et immobilières, une inflation qui décuple depuis douze ans.

    Que va-t-il se passer. Les grandes entreprises voyant leurs dettes effacées, par la « Banque royale » et munis de tonnes d’argent frais, se mettront à acquérir les entreprises, victimes du « ruissellement administratif », proches de la faillite, et on ne parle pas de fabricants de chaises et de trottinettes, mais de haute technologie, biotechnologie, nanotechnologie, technologie médicinale, you name it.

    Ce n’est un plus un secret pour personne que les multinationales de la pharma, de l’agroalimentaire et autres ne s’encombrent plus depuis longtemps de recherche, ni fondamentale ni recherche tout court. Elles préfèrent acheter, pour une bouchée de pain, les « start-ups » qui détiennent les patentes, disponibles sur le marché à bon prix, victimes du « ruissellement administratif », ce qui engendrera une concentration de pouvoir, économique ainsi que politique, jamais vue.

    Une petite note d’espoir pour conclure, bien qu’il faut admettre que l’heure est grave pour la grande majorité des gens, d’autant plus que sur le plan international les espoirs de l’émergence de, ne serait-ce que d’un timide contre-pouvoir, viennent d’être balayés aux Etats-Unis, et au Royaume-Uni où on vient d’apprendre, que la courte défaite du camp « Labour » lors des élections générales de 2017 fut en fait provoquée délibérément par une campagne de diffamation, organisée par son propre aile droite, avec l’aide appréciable des médias anglais.

    Admettons, pour un court instant, l’hypothèse selon laquelle les rentrées fiscales de la TVA, prélevés sur la valeur ajoutée de l’économie, suffiraient au financement des prestations sociales minimales sans recourir au prélèvement d’un second impôt, inutile, sur le travail.

    Cela permettrait d’instaurer l’accès gratuit et inconditionnel à un certain nombres de prestations sociales, telles que l’accès gratuit et inconditionnel aux prestations médicales, à l’éducation, aux transports publics ainsi qu’aux prestations culturelles. Ensemble avec des subventionnements alimentaires et locataires, ces éléments remplaceraient le revenu inconditionnel de base dont le défaut majeur est le fait qu’il soit soumis à une pression inflationniste, imprévisible dans le temps, tandis que l’amélioration des prestations iraient de pair avec l’amélioration de la productivité.

    Qui va payer pour tout cela ? C’est au plus tard depuis la publication des conditions des derniers plans de sauvetage économiques que le citoyen lambda s’est rendu compte que, finalement, l’argent n’est qu’une fantaisie.

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