Le blog de Bruno Hubacher - Page 2

  • Un pays neutre

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    Ce fut une véritable vague d’indignation qui traversa le monde politique suisse ces jours suivant le 12 février 2020, jusqu’à ce que l’attention médiatique se tournait vers l’apparition de la pandémie du « coronavirus ». Il est donc fort à craindre que le fin mot de cette histoire finira au fond des tiroirs de la « Commission d’enquête sur les activités des services secrets suisses », la DELCDG.

    Subira-t-elle le sort de la « Commission Bergier » sur les relations économiques et financières entre la Suisse et le Troisième Reich ? Si c’est le cas, on pourra en déduire que, décidément, la Suisse a mal à son Histoire.

    Le dernier trouble-fête en date ? Le magazine d’actualité de la télévision public suisse « Rundschau », qui lança ce gros pavé dans la mare de la quiétude de la vie parlementaire suisse. Certains de ses membres ont dû se voir soudainement rattrapé par le passé, un passé de « Guerre Froide » et de lutte acharnée contre le communisme dans le monde, un combat dont l’épicentre était, comme nous le savons maintenant, et cela jusqu’en 2018, la Suisse, l’incarnation de la neutralité et pionnière des « bons offices ».

    Tout commence avec un document secret de 280 pages en provenance des archives de l’agence des services secrets américains, CIA, document qui avait d’abord transité par la télévision publique allemande « ZDF », pour atterrir sur le bureau d’une journaliste de la télévision suisse. Son contenu explosif raconte une histoire d’espionnage autour d’une société, spécialisée dans le domaine des télécommunications et de la cryptographie, Crypto AG, domiciliée à Steinhausen, dans le canton de Zoug, accessoirement paradis fiscal et siège de la multinationale « Glencore ».

    La relation entre la Suisse et la CIA date des jours sombres de la deuxième Guerre mondiale, quand le diplomate américain, Allen Dulles, frère du Secrétaire d’Etat de l’administration Eisenhower, John Foster Dulles, fut stationné à Berne en tant qu’agent de l’organisation OSS, prédécesseur de la CIA, pendant la durée du conflit.

    En tant que premier Directeur de la CIA, fondée en 1947, le dernier acquit une solide expérience de fomenteur de coups d’état divers et variés, Iran 1953, Guatemala 1954, dans ce contexte il fut accessoirement actionnaire majoritaire de la « United Fruit Company », ainsi que l’invasion ratée de la « Baie des cochons », qui lui coûta finalement son poste.

    Tantôt terre d’accueil de révolutionnaires et anarchistes du monde entier, tantôt bastion du libéralisme économique, la Suisse se distingue par sa remarquable capacité à jouer sur tous les tableaux. Elle appelle cela la neutralité.

    Ainsi, en 1948, l’ingénieur et inventeur suédois, expert en cryptographie, Boris Hagelin, fut accueilli à bras ouvert en terre d’accueil pour dissidents, après que la Suède lui interdit l’exportation de sa machine de chiffrage CX52, considérée comme « matériel de guerre ». En 1952 il créa sa propre société, Crypto AG.

    A l’issue de la deuxième Guerre mondiale, l’Allemagne vaincue était devenue une sorte de « Cheval de Troie » pour l’institutionnalisation du « American way of life » en Europe et dans le monde. Ainsi, les services secrets allemands (BND) et la CIA, se montraient particulièrement intéressés par la technologie du savant suédois et décidèrent d’acquérir, via une société écran, domiciliée au Liechtenstein, la majorité des parts de sa société Crypto AG.

    Ce fut le début de l’opération « Rubicon », élaborée et mise en place par la CIA, en collaboration avec le BND, dont les parts furent repris par la CIA en 1993, qui poursuivait l’opération jusqu’en 2018.

    Parmi les clients principaux auxquels Crypto AG fournissait ses services figuraient notamment les commandements militaires et services secrets de l’Iran, pays entre lequel et les Etats-Unis la diplomatie suisse propose également ses traditionnels « bons offices », l’Arabie Saoudite, l’Iraq, la Jordanie, la Libye, l’Indonésie, l’ancienne Yougoslavie, l’Argentine, la Corée du Sud et même l’Italie, l’Irlande, l’Espagne, le Vatican et l’ONU.

    Le principe de l’opération consistait à manipuler, à l’insu de la grande majorité des employés, les appareils de cryptage en les transformant en « Chevaux de Troie », en fournissant simultanément les clés de déchiffrage aux services secrets américains et allemands, comptant sur les fait que la fiabilité des produits suisses et, surtout, la légendaire neutralité politique de la patrie de Guillaume Tell allaient servir d’argument de vente convaincant.

    C’est ainsi que, peut-être, certains événements historiques seront dorénavant analysés sous un angle nouveau par les historiens, notamment les négociations de paix entre Israël et l’Egypte en 1978 à Camp David, sous la houlette du Président Jimmy Carter, le cours des opérations militaires dans le conflit entre l’Argentine et la Grande Bretagne au sujet de la souveraineté des Iles Malouines en 1982, l’invasion du Panama par les Etats-Unis sous le nom de code « just cause » suivie par l’arrestation du général Manuel Noriega en 1989 pour trafic de drogue, ou encore la passivité des pays occidentaux face aux programmes de torture systématiques par la junte militaires argentine de 30'000 opposants politiques sous le commandement du général Jorge Rafael Videla, l’enlèvement et la torture d’adolescents militants (la nuit des crayons) le lâchage de dissidents, vivants, d’avions militaires au-dessus de la mer.

    Le 18 mars 1992, les responsables de l’opération « Rubicon » de Langley furent sur le qui-vive pour la première fois. Les autorités iraniennes se doutaient de quelque chose et arrêtèrent le représentant commercial de la firme suisse, Hans Bühler, à Téhéran. Comme la plupart des employés, il était convaincu de vendre à ses clients un produit fiable et de bonne qualité. Le 4 janvier 1993 il fut libéré après le paiement d’une rançon de 1 million USD, versée par les services secrets allemands BND.

    Cherchant à connaître les raisons de son arrestation à son retour il fut licencié comme un malpropre et interdit par le Ministère public zurichois, sur instigation de son ancien employeur, de parler de cette affaire en public. Décédé en 2018 il n’aura jamais connu la vérité.

    Au micro de l’émission d’actualité « Rundschau » de la télévision suisse, le directeur de la firme à l’époque, Michael Grupe, réfutait catégoriquement les accusations des autorités iraniennes, les taxant de fantaisies. Les agents de la CIA de leur côté furent satisfaits de l’intervention du directeur : « Grupe a réussi à dissiper les doutes, ce qui a sauvé l’opération « Rubicon » ».

    Suite à l’affaire « Bühler » l’Office fédéral de la police menait une enquête « approfondie » entre 1994 et 1995, en inspectant également les locaux de la firme Crypto AG, sans résultat. Les agents de la CIA se réjouirent d’une enquête « pro forma ».

    Ni le Conseiller Fédéral Kaspar Villiger, responsable du Département fédéral de la défense à l’époque ni la Procureure générale de la Confédération, entre 1994 et 1998, Carla del Ponte ne se souviennent.

    Les agents de la CIA voyaient les choses différemment « Les personnes clé du gouvernement suisse connaissaient parfaitement l’implication de pouvoirs étrangers dans les affaires de la Crypto AG mais refusaient d’en parler ouvertement, pouvant ainsi se défausser plus facilement. »

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  • La fable de la liberté individuelle

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    La liberté individuelle du citoyen, un concept, hérité des soubresauts de la Révolution française, est un mythe, soigneusement entretenu par les tenants des divers courants du nouveau système post-révolutionnaire, le capitalisme, non sans succès.

    Ah, ces valeureux sans-culottes, qui se seraient soudainement sentis investis d’une philosophie politique révolutionnaire. Ils auraient, ce 14 juillet 1789, ainsi nous le racontent les livres d’histoire, saisi les armes pour s’en prendre au symbole de l’oppression, une prison pour objecteurs de conscience, imposant à la noblesse la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Que nenni (1)

    Il s’agissait, en essence, d’un simple transfert du pouvoir politique d’une classe féodale à une classe bourgeoise, une libération du peuple toute relative. L’événement historique continue pourtant à incarner la naissance de la démocratie dans la mémoire collective.

    Selon les penseurs « post-post-révolutionnaires » du 20ème siècle, le nouvel ennemi de la démocratie ne serait plus la bourgeoisie, mais « l’Etat providence », dont des chaînes auxquels celui-ci attacherait le peuple, son courant libertaire, le néolibéralisme, cherche à briser de toutes ses forces.

    Ainsi, ce fut le 10 avril 1947, dans la localité cossue de Mont Pèlerin, au-dessus du Lac Léman, que se tint la première réunion du « groupe de réflexion » « The Mont-Pèlerin Society », sous la houlette de l’économiste autrichien Friedrich August von Hayek (1899-1992), en compagnie, entre autres, de ses confrères Karl Popper (1902-1994), Ludwig von Mises (1881-1973) ainsi que l’inévitable Milton Friedman (1912-2006), se donnant pour mission primordiale la croisade contre le communisme.

    La toute jeune « Union des républiques socialistes soviétiques », pourtant adulée et célébrée, à une certaine époque, par l’establishment américain, comme l’ultime rempart contre l’avancée du régime fasciste allemand, tomba en disgrâce à la fin de la guerre, une fois le sale boulot accompli, 42 millions de morts tout de même.

    La liberté économique et la protection de la propriété privée, un concept déjà chéri par les « Girondins », la caste révolutionnaire des bourgeois, ardents défenseurs du suffrage censitaire par ailleurs, mènerait, par la force des choses, à la liberté et à la démocratie, par la seule magie du « ruissellement » des richesses produites. Cela coule de source.

    On pouvait penser qu’avec deux crises financières et économiques majeures au compteur, rien que depuis le début de ce de ce jeune siècle, davantage de modestie et de discrétion de la part des éminents économistes et politiciens néolibéraux à la retraite aurait été de mise.

    Eh bien, non. Sous l’amoncellement des nuages d’une nouvelle tempête économique et financière, infiniment plus dévastatrice que les précédentes, et, en effet, toutes celles qui s’enchaînent, en l’espace de 10 ans, depuis la « Tulipomanie » néerlandaise au 17ème siècle, la confrérie du Mont-Pèlerin se réunit une nouvelle fois, le 28 février dernier, dans les locaux de la « Hoover Institution » un « Think tank » du Parti républicain, situé sur le campus de l’Université de Stanford, sur invitation de George Shultz, ancien Secrétaire d’Etat du Président Ronald Reagan, et l’économiste John Brian Taylor, père de la « règle de Taylor ». (2)

    Sous la devise « Du passé au futur, des réflexions sur les modes d’action pour une société libre » et « Pourquoi choisir la liberté économique ? » les deux protagonistes ouvrirent le feu.

    John Taylor : « Je pense que ce serait une bonne idée de commencer notre discussion avec une reconnaissance de l’inestimable contribution à la liberté individuelle de la « Mont-Pèlerin Society » depuis sa fondation en 1947. Je voudrais saisir cette occasion pour relever l’importance de l’influence des travaux de notre cher collègue Milton Friedman sur la gestion du secteur public et du monde académique. »

    George Shultz : « Je voudrais, entre autres, parler également de notre « Corps des Marines ». Une des raisons pour lesquelles nos soldats sont craints dans le monde entier est sans doute qu’ils n’hésitent pas à appuyer sur la gâchette. Je veux parler notamment de l’Iran qui se permet d’abattre nos drones et d’attaquer les installations pétrolières saoudiennes. »

    John Taylor : « En effet, la préservation de la liberté est primordiale. Mais parlons également de la liberté économique. D’ailleurs, je vous encourage (s’adresse au public présent) de vous servir des livres qui traitent du sujet et qui sont mis sont à votre disposition. »

    George Shultz : « Nous aurions dû les vendre plutôt que de les offrir, c’est cela le marché libre, vous savez. Si vous offrez, il n’y a pas de marché. »

    John Taylor : « C’est tellement vrai. »

    George Shultz : « Je me souviens d’un président vraiment intéressant, John F. Kennedy, bien que Démocrate. Son équipe de conseillers économiques comprenait quelques personnalités que j’appréciait tout particulièrement et je m’attendais à ce qu’ils allaient s’attaquer au mal le plus pernicieux, l’inflation. Seulement, ils ont sorti ce concept farfelu de contrôle des prix et des salaires. Alors, j’avais décidé, avec mes amis Milton et Bob, (Milton Friedman et Robert Solow, lauréats du Prix Nobel de l’économie) de passer à la contre-offensive en organisant une première conférence à l’Université de Chicago. Milton disait : « L’inflation est un phénomène monétaire, tout contrôle de prix (et de salaires ndlr) est une interférence néfaste dans l’économie. » »

    John Taylor : « En tant que directeur du Budget et Secrétaire du travail dans l’administration Nixon vous étiez surtout préoccupé par les dépenses inconsidérées du gouvernement et le niveau insoutenable des impôts. »

    George Shultz : « Je me souviens quand j’étais conseiller économique dans l’administration Eisenhower déjà, sous la direction de l’économiste Arthur F. Burns (1904-1987), une sommité dans son domaine à l’époque, dont le Chancelier Helmut Schmidt disait d’ailleurs qu’il était le pape des sciences économiques. J’avais découvert, à ma stupéfaction, que le même Burns avait autorisé un sauvetage public de la société « Penn Central », une compagnie, mal gérée par ses dirigeants, jusqu’à ce qu’un fonctionnaire incorruptible du nom de Bryce Harlow, pointait sur un conflit d’intérêt éclatant, car la compagnie faisait appel aux services de l’ancienne étude d’avocat dans laquelle Burns était un partenaire. Il n’y avait donc pas de sauvetage public possible. Et vous savez quoi ? Le système financier s’en est retrouvé renforcé. »

    John Taylor : « Que nous prépare l’avenir ? »

    George Shultz : « Cela me semble évident. Le concept du marché libre fonctionne et tout contrôle gouvernemental est voué à l’échec. Regardez la situation actuelle du Chili. Je me souviens, à l’époque, ce pays était un désastre économique, raison pour laquelle nous y avions envoyé nos meilleurs professeurs de l’Université de Chicago dans le but de débusquer les étudiants les plus prometteurs, capables de suivre un cursus universitaire en matière d’économie, spécialement préparé par nos soins. »

    « Après qu’Allende fut délogé, Pinochet ne savait pas non plus quelle politique économique adopter. C’est ainsi que nos « Chicago boys » se manifestèrent en disant : « Nous avons la solution. » Ce fut la meilleure solution de toute l’Amérique Latine. C’était sensationnel. »

    Seulement il y avait un petit problème. La constitution chilienne prévoyait des élections présidentielles tous les dix ans et avec un président qui s’accrochait à son mandat cela aurait pu provoquer des émeutes. Castro envoyait bien des armes, mais nous avions su les intercepter. Regardez ce qui se passe au Chili maintenant. C’est le chaos. Ce qui m’inquiète le plus c’est qu’autour du globe les gens s’opposent à nos idées. C’est une problématique dont nous devons nous occuper. »

    John Taylor : « Absolument, d’autant plus que le Chili représente l’expérience « in vivo » par excellence du modèle de société de la « Mont-Pèlerin Society ». Mais cela concerne également les autres pays d’Amérique Latine. »

    George Shultz : « C’est une préoccupation qui dépasse le continent américain. »

    John Taylor : « Il faut se rappeler qu’à l’époque le courant des économistes de la « Mont-Pèlerin Society » fut minoritaire. Actuellement, on a l’impression que nous sommes appelés à lutter à nouveau. Si seulement les gens comprenaient qu’une mauvaise gestion économique aboutit à une mauvaise politique et qu’une bonne gestion économique aboutit à une bonne politique. Ce n’est pas simplement une question d’idées mais surtout le fruit d’un rassemblement de gens comme vous pour les mettre en pratique. »

    En scrutant la liste des participants on tombe sur des noms de personnalités, pour le moins surprenantes. On y trouve notamment le nom d’Ayaan Hirsi Ali, femme politique et écrivaine néerlando-américaine d’origine somalienne, réfugiée politique et députée du parlement néerlandais entre 2003 et 2006, fille d’un opposant politique au régime du dictateur et général somalien Mohamed Siad Barre (1919-1959), réfugiée au Kenya avant la déposition de sa demande d’asile aux Pays-Bas.

    Avocate contre la pratique de l’excision, proche du metteur en scène néerlandais, Théo Van Gogh, assassiné en 2004, elle se rendit à Paris le 10 février 2008 pour y recevoir le prix « Simone de Beauvoir » pour la liberté des femmes, en présence de la femme politique « multipolaire » Ségolène Royal, ainsi que de la Secrétaire d’état, chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme du gouvernement Sarkozy, Rama Yade, également avocate et soutien inconditionnel de l’ancien Conseiller de Sécurité américain John Bolton et de l’ancien Maire de New York et conseiller juridique du Président Donald Trump, Rudy Giuliani, dans leur lutte pour la « libération du peuple iranien ». (3)

    Son intervention se lit comme le vadémécum du néolibéralisme. Simone de Beauvoir doit se retourner dans sa tombe.

    « Comment transformer la liberté en engagement concret, quelques réflexions sur l’éducation supérieure »

    « Une réforme urgente du système éducatif supérieur est requise, pas seulement dans ce pays. Les universités forment les futurs leaders, capitaines d’industrie, ainsi que la prochaine génération d’enseignants et professeurs d’université. Si, comme c’est le cas actuellement, le système de l’éducation supérieure n’enseigne pas à ses étudiants le principe fondamental de la recherche indépendante et non-biaisée, les perspectives pour la liberté individuelle seront mornes. »

    On respire profondément. Voici la suite du récit d’une ancienne réfugiée somalienne, lauréate du prix « Simone de Beauvoir ».

    « Un sondage, effectué en 2017 en Grande-Bretagne avait révélé que 70% des étudiants universitaires déclaraient voter pour Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste, bien que Corbyn était connu comme personnage politique clivant, entretenant des liens avec des groupes extrémistes tels que le mouvement « Hamas ». Entre 2015 et 2019 « Labour » était le parti favori des étudiants, malgré son antisémitisme et son soutien à l’islamisme. »

    « La popularité de candidats d’extrême gauche, tels que Jeremy Corbyn, parmi les étudiants britanniques, soulève de sérieuses questions quant à l’état de la pensée critique et de la liberté intellectuelle dans les universités britanniques. Mais, ce problème ne concerne pas uniquement les universités britanniques. »

    « Les étudiants américains entre 18 et 29 ans de leur côté déclarent être favorables à un modèle de société à du type socialiste à 51% contre 45% en faveur du capitalisme seulement. »

    « Afin de remédier à cet état de fait je propose quelques pistes : une profonde réforme, une mise en valeur du modèle de société occidental dans le but de contrer le nihilisme ambiant dans la jeunesse qui focalise trop sur les méfaits de celui-ci. Je cite l’essayiste français Pascal Bruckner qui appelle cela « le masochisme de l’Occident » et il a raison. »

    « Il faut faire une claire distinction entre éducation et endoctrinement. Plutôt que de s’adonner à la poursuite de la vérité objective (concept philosophique de l’objectivité ndlr), la compréhension des classiques et de la beauté, il y a une espèce de mode dans les universités américaines, la poursuite de ce qu’ils appellent « la justice sociale ». Le concept de l’économie de marché est souvent accusé d’exploiter les individus or ce système leur donne les moyens de se réaliser. »

    Etant donné que le corps enseignant aux Etats-Unis peut globalement être considéré comme être « de gauche », leurs idées se retrouvent forcément dans les attitudes de leurs étudiants. Une plus grande diversité doit donc être imposée. »

    Conclusion : « Je suis préoccupée par le fait que les courants progressistes à gauche du spectre politique, tels que les avocats de la « justice sociale », fassent preuve d’une rigidité stérile face à des enjeux capitaux tels que la question israélienne, l’islam, la dictature cléricale en Iran et tant d’autres. »

    Ces réflexions, sans doute mûrement réfléchies, sortant de la bouche d’une ancienne réfugiée somalienne, ne sont pas sans rappeler le « Syndrome de Stockholm ».

    Seulement, dans ce cas, et, en effet, dans celui de tous ces participants à ce 13ème « Special meeting » de la « Mont-Pèlerin Society », la psycho-analyse ne nous est d’aucune utilité. Cherchons plutôt un début d’explication dans l’œuvre de la politologue allemande Hannah Arendt (4) et sa théorie sur le totalitarisme, une intellectuelle dont l’œuvre se résume à cette phrase « Ich will verstehen ».



    (1) La Révolution française, Henri Guillemin (1903-1992), historien français ayant vécu la majeure partie de sa vie en Suisse, à Neuchâtel, iconoclaste et pamphlétaire, orateur hors pair, doté d’un sens de l’humour grinçant, une qualité si rare pour un académicien, critiqué par ses pairs pour sa « méthodologie historique », bref, une sorte de professeur Raoult de la confrérie des historiens

    (2) La « règle de Taylor » est une règle de politique monétaire, établie par l’économiste John B. Taylor en 1993, selon laquelle le taux d’inflation serait fonction du taux d’intérêt décidé par la Banque centrale et l’écart entre le niveau du PIB (Produit intérieur brut) et son potentiel, le potentiel du PIB étant le niveau du PIB le plus élevé, soutenable à long terme. Si le niveau de la production s’établit en dessus de la production potentielle les « facteurs de production » tournent « à plein régime » ce qui entrainera une augmentation du coût de ceux-ci, dû à la forte demande et, par conséquent, à une accélération de l’inflation. (Wikipedia) On notera, pour la petite histoire, que depuis la dernière crise financière en 2008 l’économie de certains pays tourne « à plein régime » (Chine, Etats-Unis), toujours selon les chiffres officiels, et il n’y a pas d’inflation.

    (3) https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2018/12/23/qui-veut-la-peau-du-regime-iranien-296350.html

    (4) Hannah Arendt (1906-1975), politologue allemande, et non philosophe comme elle n’avait de cesse de répéter, car elle se méfiait des professionnels de la pensée qui, selon elle, feraient trop facilement cause commune avec le pouvoir, connue pour son activité politique et ses écrits sur le totalitarisme et la philosophie de l’Histoire, connue également pour son concept de la « banalité du mal », concept issu d’une série d’articles, parus d’abord dans le magazine « The New Yorker » et publiés sous forme d’un livre par la suite, sur le procès du dignitaire nazi Adolf Eichmann en 1961 à Jérusalem.

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  • Un président ne devrait pas faire ça

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    Il est d’usage qu’après le banquet du traditionnel « White House Correspondents’ Dinner » un humoriste se paie la tête du Président. Ce 30 avril 2016, cependant, ce fut le Président sortant, Barack Obama lui-même, connu pour son sens de l’autodérision, qui, devant un parterre du gratin journalistique de la capitale, se saisit du micro pour présenter son « sketch d’adieu ».

    « Me voici, devant vous, participant une dernière fois à cet événement unique, et je suis enthousiaste. Si mon allocution passe bien ce soir, je pourrais bien utiliser quelques passages pour une prestation à « Goldman Sachs » l’année prochaine. » Eclats de rire et tonnerre d’applaudissements. « Il faut bien que je gagne quelques « Tubmans », rires encore.

    Mr. President utilisa là une figure de style particulièrement déplacée, dans un contexte particulièrement trouble, et, en effet, un véritable doigt d’honneur à la communauté noire américaine, sa communauté. Ce fut à Harriet Tubman, qu’il fit allusion, une ancienne esclave, qui jouait un rôle déterminant dans l’abolition de l’esclavage, personnage historique dont l’effigie fut destinée à figurer au verso du billet de 20 dollars US.

    Fidèle à sa promesse, à la sortie de son mandat, le Président courait en effet les parterres des banques d’investissement de Wall Street appliquant un tarif de 400'000 USD par discours. Lors d’une de ses allocutions, pleins d’humour, dont il a le secret, il s’adressa, au mois de novembre 2018, à un parterre d’industriels du secteur pétrolier et de banquiers d’affaires, dans les locaux du groupe de réflexion « Baker Institute for Public Policy », nommé d’après l’ancien Secrétaire d’Etat de l’administration George W. Bush, James Baker, « think tank » attaché à l’Université de Rice au Texas, une institution privée, en déclarant « Vous devriez me remercier pour tout ce que j’ai fait pour vous », un appel qui, manifestement, n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd, puisqu’il permit la collecte de 5,4 millions USD. (Max Blumenthal)

    Ce fut pourtant dans le chaos que débuta le premier mandat d’un des présidents américains les plus charismatiques, la crise des « subprimes ». Après deux mandats catastrophiques d’un chef d’état à la botte du complexe militaro-industriel, par l’intermédiaire de son Vice-président Richard Bruce Cheney, appelé Dick, se soldant par une crise financière sans précédent, l’Amérique réussit finalement, au grand soulagement de la communauté internationale, à élire un Président doté d’un quotient intellectuel à la hauteur de la tâche, un Président du et pour le peuple, et de couleur, par-dessus le marché.

    En charge de la mise en œuvre du programme TARP « Troubled Asset Relief Programme », un outil de gestion de crise, plafonné à 700 milliards USD, mis en place à la hâte par l’administration de son prédécesseur, des clopinettes face aux 6'000 milliards USD actuellement déployés, à ce stade, pour le sauvetage d’une économie en souffrance, dans le cadre de la pandémie du « coronavirus », le nouveau Président allait sans doute donner un sérieux coup de pied dans la fourmilière.

    Eh bien, non. 245 milliards USD furent utilisés pour la « stabilisation du secteur bancaire », 175 milliards pour le sauvetage de l’industrie et la finance, dont 80 milliards USD pour le sauvetage de l’industrie automobile, notamment les firmes « General Motors » et « Chrysler » et 68 milliards pour l’assureur « AIG ».

    L’objectif primaire de ce plan de sauvetage fut le rétablissement de la croissance économique par le biais de rachats d’actifs dépréciés par les pouvoirs publics, dans le but d’alléger les bilans des banques, un peu comme cela se fait actuellement, opérations suivies par l’introduction d’une législation de régulation du secteur de la finance le « Dodd Franck Wall Street Reform and Consumer Protection Act » un « tigre de papier » à la mesure des attentes de la clientèle.

    Une somme de 46 milliards USD supplémentaires fut généreusement allouée au secteur bancaire encore, décidément, sans condition aucune, dans le but d’éviter des saisies immobilières, toujours dans la mesure du possible bien entendu, dans le cadre du programme HAMP « Home Affordable Modification Programme », un programme de restructuration des dettes hypothécaires de certains débiteurs éligibles, la feuille de vigne néolibérale du « ruissellement administratif », dont 70% des demandes furent rejetées.

    Des 5 millions de ménages, éligibles à ce programme, seul 1,6 millions en bénéficièrent réellement, dont un tiers finit par déclarer forfait et forcé d’abandonner leur domicile à leurs banquiers.

    Dans l’état de la Californie, dans le cadre de ce programme généreux, Wells Fargo, qui reçut 1,8 milliards USD jusqu’en 2016, fut éligible pour 1,5 milliards USD supplémentaires étalés sur 7 ans et JPMorgan et Bank of America, qui reçurent 1,9 milliards USD et 1,4 milliards USD respectivement, eurent droit à 1,1, milliards USD supplémentaires chacun par la suite. (LA Times décembre 2016)

    En matière d’immigration Président Obama réussit également à battre les records de ses prédécesseurs. Entre 2009 et 2015 son administration déportait un total de 2,5 millions d’immigrés, davantage que tous les présidents du 20ème siècle pris ensemble, chiffre qui ne tient compte ni des immigrés, refusés d’entrée à la frontière, ni ceux qui retournaient volontairement dans leurs pays pendant cette période, ni ceux expulsés pendant la dernière année de sa mandature, chiffres qui ne sont pas connus.

    Entassés d’abord dans des centres de déportation par centaines de milliers ils furent expédiés dans leur pays d’origines par la suite. Certains, notamment les mineurs, se virent refusés toute assistance juridique (NYT).

    L’extension des outils de surveillance de masse en mains de l’Etat, dans le cadre de la loi anti-terroriste, « USA Patriot Act » (Uniting and Strenthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorisme) initiée par l’Administration Bush, dont le reste du monde récolte actuellement les fruits dans le cadre de la gestion de la pandémie du « coronavirus », fut l’œuvre de l’administration Obama. La surveillance des chefs d’Etat européens par la CIA n’a en rien entaché son image de ce côté de l’Atlantique. On s’y prépare déjà à une présidence démocrate sous Joe Biden.

    Sous le couvert de la lutte antiterroriste, tout citoyen américain, soupçonné d’acte de terrorisme ou activité contre l’état, peut, depuis l’ère Obama, et dorénavant sous l’ère Trump, être arrêté, sans acte d’accusation ni procès et emprisonné pour une durée indéterminée à la barbe des tribunaux, mettant fin à une notion juridique fondamentale, ancrée dans le droit anglo-saxon, « Habeas corpus », selon laquelle nul ne peut être emprisonné sans jugement. Toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Elle peut être libérée sous caution, puis amenée dans les jours qui suivent devant un juge. (Wikipedia)

    Le non-respect des institutions et de la séparation des pouvoirs était une constante de l’administration Obama. L’extension du nombre de guerres par procuration à sept, sans accord du Congrès, en violation flagrante de la Constitution, américaine et sans doute celles de tout autre état de droit, ne semble guère émouvoir les alliés européens, qui eux se mettent actuellement à imiter le procédé dans le cadre de la lutte contre la pandémie du « coronavirus » en vidant subrepticement le contenu de leurs constitutions, sous prétexte de crise sanitaire, à l’instar des Présidents Bush et Obama qui eux prirent comme prétexte le terrorisme.

    On pourrait citer les opérations conjointes du service secret CIA et celui de l’Arabie Saoudite « Timber Sycamore » consistant à l’approvisionnement en argent, armes de guerre et entrainement à de groupes terroristes de diverses couleurs, dans le but de renverser un énième régime incommode, syrien, en l’occurrence, l’opération d’infiltration « Fast and Furious » du « Bureau of Alcool, Firearms and Explosives » (AFT) des cartels de drogue mexicains via l’Etat d’Arizona, entre 2009 et 2010, en les l’approvisionnant clandestinement en armes à feu dans le but de débusquer leurs dirigeants.

    Sachant que les régions du nord mexicain, Sonora, Sinaloa, Chihuahua, dont la ville Ciudad Juàrez est la ville la plus dangereuse de la planète, sont infestées par le crime organisé, on imagine l’impact sur la population d’arrivages d’armes à feu en provenance des Etats-Unis, un peu à l’instar du peuple syrien d’ailleurs.

    Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, vient d’ouvrir une enquête à ce sujet, enquête censée déterminer le degré d’implication de son prédécesseur Enrique Peña Nieto dans cette affaire.

    On pourrait continuer à énumérer, à l’infini, ces nombreuses infractions au nom de la sécurité nationale, dont bon nombre sont encore et toujours couvertes, et bientôt imitées (?) par les états européens.

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