Le blog de Bruno Hubacher - Page 2

  • New Deal

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    Robert Reich est déçu. Cela fait quatre ans que l’ancien Secrétaire au Travail du président Bill Clinton, un vieux de la vieille du Parti démocrate, déverse ses vitupérations sur le président antisocial et belliqueux, Donald Trump, dans la cyber-sphère, et maintenant cela. Son poulain, Joseph Biden, propose au Congrès un budget miliaire plus ambitieux encore que son prédécesseur. (The Nation)

    Pourtant, selon le Pentagone, le renforcement du budget de la défense le plus important de la planète, 715 milliards USD pour l’année 2022, ou 3,5% du PIB, davantage que l’ensemble des dix pays suivants, 11 milliards USD de plus que sous Donald Trump, permettra « une augmentation significative des ressources, dédiées au renforcement des démocraties dans le monde, l’avancement des droits humains, le combat contre la corruption et l’autoritarisme ». Cible principale de ces efforts de démocratisation est, sans grande surprise, la Chine.

    Ainsi le rapport du Pentagone désigne la Chine comme « top challenge » et souligne la nécessité absolue de donner satisfaction aux exigences du Commandement Pacifique, l’US Indo-Pacific Command, de « poursuivre la « Pacific Deterrence Initiative », en doublant son budget. Sans une stratégie efficace de dissuasion, la Chine deviendrait un facteur dominant dans la région et dans le monde, une menace pour les intérêts vitaux des Etats-Unis. »

    Entre autres, ce budget vise, « une expansion massive du réseau de missiles conventionnelles de précision, « Precision Strike Missiles » dont l’achat profitera la maison « Lockheed Martin », stationnées le long de ce qu’on appelle « First Island Chain » » (Asia Nikkei), il y en a cinq en tout, une sorte de « Ligne Maginot » asiatique, un serpent d’îles, encerclant la Chine entre la péninsule russe de Kamtchatka au nord, les îles des Kouriles, le Japon, avec sa base militaire d’Okinawa où sont stationnés 55'000 GI’s, l’archipel japonais des Ryukyu, Taiwan, le nord des Philippines, l’île de Bornéo et la péninsule Malaise au sud, des îles se situant précisément dans des eaux, réclamées par la Chine.

    La stratégie d’encerclement de la Chine et la Russie par la mer, « Island chain strategy », mentionnée pour la première fois en 1951 par le commentateur politique et futur Secrétaire d’Etat, John Foster Dulles, en 1951 lors de la guerre de Corée (Wikipedia), est toujours la pièce maîtresse du dispositif de défense des forces américaines en Asie de l’Est.

    Il faut dire que tout cela n’intéresse pas trop les médias qui préfèrent célébrer le nouveau « Che Guevara » à la Maison Blanche, qui propose au Congrès, outre un budget militaire ambitieux, un « New Deal » rooseveltien, un programme de lifting des infrastructures américaines dont le très libéral magazine « Barron’s » dresse un état des lieux peu flatteur dans un article du 15 mars dernier, sous le titre évocateur « What America can learn from China about Infrastructure », âmes sensibles s’abstenir.

    « Entre 1992 et 2011 la Chine a investi, en moyenne, chaque année, 8,5% de son PIB dans son infrastructure, dans les domaines transport, social et digital ». (En 2018 ce taux, toujours très élevé, était de 5,7%, pendant que le « plan Biden » propose un investissement de rattrapage, ou devrait-on dire de rafistolage, de 8 % du PIB, 1% par année pendant huit ans, « American Jobs Plan » (Magazine Intelligencer) ndlr.)

    « Dans son rapport annuel, la société américaine des travaux publics donne aux infrastructures américaines la note de C, et, dans 11 des 17 catégories notées, un D ». (Barron’s) Pour comparaison, la meilleure note que l’agence de notation financière « Standard & Poor’s » attribuerait à une entreprise serait un AAA.

    « Les connexions internet sont inexistantes dans certaines régions rurales et incomplètes dans certaines régions urbaines. Dans de nombreuses agglomérations, l’eau potable, dont l’accès n’est toujours pas assuré à plus de 30 millions d’américains, près de 10 % de la population, contient un niveau préoccupant de plomb (crise de l’eau potable, Flint, Michigan ndlr). Le niveau des investissements dans les infrastructures, relatif au PIB, s’est littéralement effondré, pour atteindre celui de 1980, (Barron’s), le coup d’envoi de la révolution néolibérale, coïncidant avec le début de la mandature du président Ronald Reagan (ndlr)).

    « Ce sous-investissements chroniques, un frein à la croissance économique, coûte à chaque famille américaine, en moyenne, 3'300 USD par année. » (Barron’s)

    « En Chine, la grande majorité des marchandises, destinées à la consommation intérieure, sont transportées par voie ferrée, aux Etats-Unis 60% de la marchandise passe toujours par le réseau routier. En ce qui concerne la planification et l’exécution des travaux publics, la Chine a des leçons à donner au reste du monde. » (Barron’s)

    « La théorie du « ruissellement » ne marche pas », a déclamé solennellement le nouveau président en s’adressant aux membres du Congrès américain, avec un peu de retard sur le président du « World Economic Forum », Klaus Schwab, invalidant quarante ans de politiques économiques.

    Il s’agit, bien entendu, d’une boutade, car, la proposition du magazine « Barron’s », d’une « planification et exécution centralisée des travaux publics » serait contraire aux intérêts du grand capital, donc il y aura bien « ruissellement ».

    L’objectif du plan de relance « historique », proposé par Joe Biden, « American Rescue Plan », 1,9 billions USD, est de « donner aux américains la chance de s’en sortir ». A part un programme ambitieux de vaccination il y aura des chèques de 1'400 USD pour chaque américain, enfin presque.

    Il y aura un coup de pouce hebdomadaire supplémentaire du gouvernement fédéral de 300 USD jusqu’au 6 septembre pour les chômeurs. Vu que 30 à 40 millions d’américains feront probablement face à des expulsions, ils auront la possibilité de demander des aides, sous certaines conditions, mais il y aura également une distribution de bons d’achat. Toujours est-il, il y aura un moratoire de saisies immobilières jusqu’au mois de juin, de cette année. (Forbes)

    Dans le registre néolibéral de l’économie de l’offre il y aura de nombreux crédits d’impôt divers et variés, ce qui est rassurant pour ceux qui gagnent peu ou perdent leur revenu. En ce qui concerne l’assurance maladie, privée, dont ne bénéficient que ceux qui ont un travail, il y aura certaines subsides, limités dans le temps. (Forbes)

    Le salaire minimum, au niveau fédéral, se situe, depuis 2009, à 7,25 USD l’heure. Indexé aux gains de productivité de l’économie américaine, celui-ci devrait actuellement dépasser 20 USD, pendant que 32,8 millions d’américains, 10 % de la population, n’ont pas de couverture médicale faute de moyens. (CDC)

    Le candidat démocrate Joe Biden avait fait deux promesses électorales phares, l’augmentation du salaire minimum au niveau fédéral à 15 USD et l’introduction d’un système d’assurance géré par les pouvoirs publics, accessibles à tous les américains. Ces deux mesures sociales ne se trouvent pas dans le plan de relance néolibéral du nouveau « Che Guevara ».

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  • Alliance thé au lait

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    La noblesse anglaise avait beau prendre l’habitude de diluer le thé avec du lait, à l’époque victorienne, la consommation effrénée du précieux breuvage pesait tout de même lourd sur la balance commerciale, d’autant plus que l’Empire du Milieu demandait à être payé en argent, sonnant et trébuchant, faute de trouver un produit britannique digne d’intérêt.

    De nos jours, en Chine, on continue à le consommer sans lait, contrairement aux quelques vestiges, nostalgiques de l’Empire britannique, ici et là en Asie du Sud-Ouest.

    « Milk Tea Alliance » est un mouvement de solidarité démocratique et des droits de l’homme, composé de « netizens », un mot- valise pour citoyens du « net », originaires de Thaïlande, Myanmar, Taiwan et Hong Kong, se livrant à une guerre de « mèmes internet » sans merci à l’encontre de la « toute-puissante » Chine, une sorte de « cyber-guerre » à coup d’émojis, spécialement crées par « twitter » pour l’occasion. (BBC)

    Ce qui avait commencé par la simple maladresse d’une vedette de télévision thaïe sur « twitter », est devenu un enjeu géopolitique, grâce aux concours des médias occidentaux, « mainstream et alternatifs », qui se sont emparés du sujet avec gratitude, appelant « l’événement » « un moment rare de solidarité régionale ».

    La malheureuse star avait commis l’indélicatesse de qualifier la région administrative spéciale, Hong Kong, de pays souverain, ce qui lui avait valu un « shit-storm » entre cyber-geeks chinois d’un côté et thaïs, birmans, taiwanais et hongkongais de l’autre.

    En déclenchant la Révolution culturelle, le Grand Timonier, Mao Tsé-Toung, s’était déjà amplement servi de la plus ancienne stratégie politique qui soit, diviser pour mieux régner, « divide et impera ».

    Actuellement, c’est le « National Endowment for Democracy », pour le compte d’un Empire déclinant, qui s’y essaye, en déplaçant le centre de gravité du « printemps arabe » vers l’est, avec un message, facile à comprendre pour tout le monde, « la liberté ou l’oppression ».

    Seulement, la Chine, cible de ces « efforts de démocratisation », n’est pas une quelconque « pétrodictature », mais bientôt la première puissance économique de la planète.

    Le « National Endowment for Democracy » est une organisation privée « d’utilité publique », fondée en 1983 sous le gouvernement du Président Ronald Reagan, financée par le Congrès américain, dont l’objectif déclaré est « le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde ». Wikipedia

    Simultanément avec les efforts de démocratisation de la vie publique de la « région administrative spéciale » de Hong Kong par des figures de proue du NED, l'activiste Joshua Wong et le magnat de presse Jimmy Lay, condamné récemment à un an de prison pour son implication dans les manifestations « pro démocratie » de 2019 et la « campagne d’information » sur de présumés violations des droits de l’homme dans la province autonome de Xinjiang, s’ouvre, de manière inespérée, un nouveau front, au sud-ouest de la Chine, au Myanmar.

    Ancienne colonie multi-ethnique de l’Empire britannique, 130 minorités ethniques, le Myanmar est essentiellement dirigé depuis 1962 par une junte militaire, depuis 1988 par un « Conseil d’état pour la paix et le développement » pour laisser place en 2011 à une sorte de « pouvoir civil », toujours sous contrôle des généraux, avec finalement un « intermezzo démocratique » entre 2015 et le 1er février 2021, date à laquelle les généraux déclarèrent l’état d’urgence, en arrêtant la Premier Ministre Aung San Suu Kyi, fille du défunt libérateur de la nation du joug britannique, le général Aung San, ainsi que le président Win Myint, en nommant le général Myint Swe président par intérim.

    Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine et la Russie, contrairement au reste du monde, comment en pouvait-il être autrement, exigent, certes, la libération immédiate de la Premier Ministre et le Président, se refusent en revanche à toute ingérence dans les affaires d’un état souverain.

    Il faut dire que pour le « National Endowment for Democracy » Aung San Suu Kyi n’est pas n’importe qui. Un peu à l’instar de l’icône ouïghoure, la milliardaire Rebiya Kadeer, 6ème fortune de Chine, présidente du « World Uyghur Congress » entre 2006 et 2017, et le « Dalaï-lama », la « passionaria » birmane, certes tombée momentanément en disgrâce à cause de sa gestion calamiteuse de la crise des Rohingyas, ou plutôt à cause de quelques têtes brûlées parmi ses supporters (1), qui sillonnent actuellement les rues de la capitale économique Yangon, anciennement Rangoon, joue à nouveau pleinement son rôle d’avocate pour la démocratie.

    Pétrifié par la crainte d’un déclin économique et social, plutôt que de s’inspirer de certains aspects positifs d’une gouvernance alternative des affaires publiques, l’occident, l’Europe et les Etats-Unis, préfèrent continuer leur politique d’endiguement des temps de la Guerre froide, une erreur.

    Contrairement aux pays occidentaux, qui, depuis la dernière crise financière en 2008 ne cessent de pomper des sommes astronomiques dans les marchés financiers, dans le but de maintenir en vie un système économique à bout de souffle, la Chine avait saisi l’occasion pour investir massivement dans son infrastructure.

    Actuellement, la Chine dispose d’un réseau ferroviaire ultraperformant de 141'000 km, transportant chaque année 1,7 milliards de passagers, dont 37'900 km de lignes à grande vitesse, deux tiers du réseau mondial de trains à grande vitesse. D’ici 2035 les autorités chinoises comptent doubler cette capacité. (2)

    Pour comparaison, les Etats-Unis disposent d’une seule ligne de train à grande vitesse et le Royaume Uni fut capable d’en construire une en vingt ans entre Londres et l’entrée du tunnel sous la Manche, ce qui représente 0,2% du réseau chinois. En ce qui concerne le réseau ferroviaire allemand de la « Deutsche Bahn », jadis un gage de fierté nationale, n’est plus que l’ombre d’un passé glorieux, grâce aux efforts de privatisation de son ancien directeur Hartmut Mehdorn entre 1999 et 2009, d’abord sous le gouvernement socialiste de Gerhard Schröder et ensuite sous l’actuelle Chancelière Angela Merkel.

    Au niveau du coût, une comparaison entre la Chine et les pays qui favorisent le partenariat public-privé parle d’elle-même. En Europe, 1 km de tracée à grande vitesse coûte entre 25 et 39 millions USD et aux Etats-Unis 56 millions USD. En Chine ce coût se réduit à 17 millions USD par km avec un prix moyen du billet de train trois quarts moins cher que dans le reste du monde. Le coût de la main d’œuvre et les prix fonciers y sont certes plus avantageux, mais, comme tout capitaliste qui se respecte sait, c’est le profit qui fait le prix.

    Il faut dire que pour un bénéfice économique et social global, le Parti communiste est prêt à construire à prix coûtant, reliant des régions aussi éloignées que le Tibet ou la capitale du Xinjiang, Ürümqi avec le reste du pays.

    On attend avec impatience les premiers résultats du plan de relance du nouveau président américain Joseph Biden qui vient de découvrir les bienfaits d’une infrastructure moderne pour l’économie. Toujours est-il, son nouveau Secrétaire aux Transports, Pete Buttigieg, qui dispose d’une large expérience en la matière en tant qu’ancien maire de la commune de South-Bend dans l’état d’Indiana, veut que « Les Etats-Unis deviennent le leader mondial du transport ferroviaire à grande vitesse ».

    (1) https://www.youtube.com/watch?v=Hr24DLS16C8 Does US meddling in Myanmar risk Syria / Libya style war?
    (2) https://www.youtube.com/watch?v=belm4kDAHgM China High Speed Rail Network

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  • Amnésie collective

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    Il date du 17 août 2003, cet article de presse, publié par le quotidien « progressiste » britannique « The Guardian », sous le titre « Comment mentir sur l’Iraq » (1). Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Tamise, et de ceux de la Moskova, si l’on puit dire, mais, dans l’entre-soi médiatique, rien n’a fondamentalement changé.

    Ainsi, ce fut à nouveau le tour au quotidien « New York Times », ancien porte-voix de la journaliste, « icône » de la désinformation et va-t-en-guerre de service, Judith Miller (2), tombée en disgrâce entre-temps, de lancer, au mois de novembre 2019, le coup d’envoi d’une nouvelle, énième « intrigue géopolitique », à l’encontre de la Chine cette fois.

    Vu le destin de tant de communautés tribales ancestrales à travers l’Histoire, de l’Afrique (Libye), du Moyen Orient (accords Sykes-Picot, déclaration Balfour), jusqu’en Asie (Afghanistan), objets des convoitises néocoloniales, on s’interroge sur les motifs « altruistes » qui animent cette fois le vénérable quotidien new-yorkais, et, en effet ses consoeurs britanniques et européennes, pour s’intéresser à ce point au bien-être d’un peuple turcophone, musulman par-dessus le marché, du fin fond d’Asie-centrale, la minorité ouïghour de la province autonome chinoise du Xinjiang.

    Le Xinjiang, partie de la Chine depuis le 18ème siècle, d’abord sous le règne de la dernière dynastie impériale des Qing et, à partir de 1949, sous le contrôle de la République populaire de Chine, est située au nord-ouest de l’empire du Milieu, abritant, hors des 12 millions d’ouïghours, la moitié de la population, d’autres ethnies, tels que des kazakhs, kirghizes, tibétains, tadjiks, mongols et russes, ainsi que des membres de l’ethnie chinoise des Han.

    Il se trouve qu’entre 1997 et 2014 une série d’attentats terroristes islamistes et d’émeutes, perpétrés par des indépendantistes ouïghours, avaient ébranlé la province, faisant des centaines de morts et de blessés.

    Toujours est-il, au mois de novembre 2019 la rédaction du « New York Times » reçut, de source anonyme, une série de documents confidentiels et inédits en provenance du sérail du Parti communiste chinois, les « Xinjiang Papers » au sujet de supposés mauvais traitements, subis par des indépendantistes ouïghours récalcitrants dans les prisons de la province Xinjiang. Quelques jours plus tard suivirent, le 24 novembre 2019, les « China cables », envoyés par une autre source anonyme au « Consortium international de journalistes d’investigation » CIJI et décortiqués depuis par une équipe, composée de journalistes du « Guardian », BBC », « Süddeutsche Zeitung », « Le Monde », ainsi que « Associate Press » AP et « Kyodo ».

    En matière de traitement de terroristes islamistes, avérés ou non, les Etats-Unis, de leur côté, disposent d’une belle longueur d’avance. Des procédures extra-judiciaires et extraterritoriales dans des « black-sites » opérés par la CIA, éparpillés à travers le monde, ainsi que dans la prison de la base militaire de Guantanamo Bay ont largement permis de soulager l’appareil judiciaire américain en lui évitant des procès inutiles.

    Couvrant un sixième de son territoire, situé sur la trajectoire de la « Nouvelle route de la soie », il se trouve que le Xinjiang, revêt d’une importance stratégique et énergétique primordiale pour la Chine.

    Frontalière avec le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan, l’approvisionnement en pétrole est assuré par une série d’oléoducs, réalisés ou en construction, reliant la Chine aux champs pétrolières des anciennes républiques soviétiques via le Xinjiang, diminuant ainsi progressivement la dépendance envers les pays du Moyen Orient. (Figaro)

    Pour compléter le mix énergétique, le Xinjiang est également le premier fournisseur domestique en énergies renouvelables (éoliennes) et non renouvelables, uranium, gaz naturel et pétrole, sans compter des gisements de 138 différents types de minerais. (Figaro)

    Contrairement aux Etats-Unis et l’Europe, le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui abrite pourtant une des plus importantes communautés ouighour sur son territoire (50'000) reste de marbre face à tant de soif de justice et d’indépendance du peuple musulman et turcophone des ouighours. On en veut pour preuve la signature, le 26 décembre dernier, d’un traité d’extradition avec la Chine, susceptible de favoriser le retour d’ouighours, accusés de terrorisme par les autorités chinoises, malgré le démenti embarrassé du chef de la diplomatie turque. (TV5monde)

    Un autre pays qui restera sans doute sourd face aux « injustices » subies par les ouighours du Xinjiang est l’Iran, qui par ailleurs s’est d’ores et déjà assuré le contrôle sur son voisin, ancien ennemi juré, l’Iraq, grâce au travail précieux sur le terrain des troupes américaines. Grâce également aux sanctions économiques, américaines et européennes, la Chine est devenue, avec le temps, le partenaire commercial privilégié de la République islamique. Ainsi, l’achèvement de la « Nouvelle route de soie » permettra un approvisionnement facilité du pétrole iranien vers l’empire du Milieu.

    En ce qui concerne la Russie, en conflit avec la Chine sur l’influence grandissante du puissant voisin sur les anciennes colonies soviétiques par l’avancement inexorable de la « Nouvelle route de la soie », celle-ci se voit néanmoins confortée dans ses efforts de rapprochement avec son ennemi d’antan par la récente logorrhée télévisée du président américain, suivie par les vociférations et menaces, sous la pression constante des Etats-Unis, des gouvernements européens, de suspension des travaux du dernier tronçon du gazoduc « Nordstream II », censé approvisionnée l’Allemagne avec du gaz russe, dont le dernier a pourtant désespérément besoin, faute d’alternative (s). L’allié le plus fervent des Etats-Unis dans cette affaire est par ailleurs l’ancien parti de « peace and love », les Verts allemands, qui préparent d’ores et déjà la prochaine Chancelière. Avec des soutiens d’Outre-Atlantique ?

    Un récent sondage, effectué en Russie révèle un peuple, dorénavant majoritairement tourné vers l’Asie.

    Dans ce contexte, on peut apprécier la récente rencontre du Ministre russe des affaires étrangères Sergeï Lavrov avec son homologue chinois lors duquel fut à nouveau abordé le sujet de la « dédollarisation », jusqu’à évoquer la déconnexion des deux puissances du système de paiements interbancaires international d’origine belge, SWIFT « Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication », une société coopérative bancaire, quel bel oxymore.

    En effet, la part du dollar dans les échanges russo-chinois s’élevait encore à plus de 90% en 2013 pour passer, en 2018, sous la barre de 50%, et depuis 2019, l’euro dépasse le poids du dollar. La part des échanges, réglés en roubles, est passé d’à peine 1 % en 2013 à 10 % l’année dernière. (Sputnik)

    Dans ce contexte, les documents confidentiels, procès-verbaux et autres directives des autorités chinoises, dont dispose le « New York Times » et le consortium journalistique CIJI font état, entre autres, de

    « détention arbitraire, depuis 2017, de centaines de milliers d’ouïghours, kazakhs et autres musulmans dans des camps d’internement, dans le but d’éradiquer « le virus de l’islamisme » et de transformer les détenus en loyaux sujets du service public et du Parti communiste, des directives spécifiques s’appliquant en particulier à de jeunes étudiants de retour au Xinjiang » (d’Afghanistan, d’Iraq, de la Lybie et de Syrie, ndlr)

    Depuis une vingtaine d’années émergent à travers le monde une multitude d’organisations ouïghours, aux Etats-Unis et en Europe, visant l’établissement d’un état démocratique turcophone indépendant, dont la religion d’état serait un islam modéré. La plupart de ces organisations et leurs efforts de démocratisation sont financés par le « think-tank » « National Endowment for Democracy » un appendice du Congrès américain, également très actif à Hong Kong, ainsi que directement par le Département d’Etat des Etats-Unis.

    Ce mois de mars 2021 fut particulièrement propice en révélations fracassantes, notamment répandues par le quotidien britannique « progressiste » à la mémoire courte, « The Guardian », au sujet du « premier rapport indépendant » sur les exactions du régime chinois sur le peuple ouïghour, en violation flagrante de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », un traité de droit international, approuvé à l’unanimité, le 9 décembre 1948, par l’Assemblé générale des Nations Unies, du lourd.

    Le rapport dont fait état la presse « mainstream » fut publié le 8 mars dernier par « Newlines Institute for Strategy and Policy » en collaboration avec le « Raoul Wallenbberg Centre for Human Rights », une ONG, basée à Montréal, dont les conclusions ont poussé l’administratrice de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), Samantha Powers, à la déclaration audacieuse : « Ce rapport démontre que la Chine commet en effet un génocide sur le peuple ouïghour ». Fin de citation

    Selon le site d’information « Grayzone » (3) un des seuls médias alternatifs qui a su éviter l’inquiétante « Gleichschaltung » des médias alternatifs américains qu’on espérait pourtant récupérables (The Intercept, Democracy Now), l’auteur principal du rapport « indépendant » en question, Yonah Diamond, est également co-auteur d’un article, publié le 21 janvier 2021 par le magazine d’information canadien « Foreign Policy » sous le titre « US China policy must confront the genocide in Xinjiang first ».

    Le rapport, financé par « Fairfax University of America » une université privée, située dans l’état de Virginie, auquel le Département de l’Education de la pourtant très permissible ex-Secrétaire « trumpienne » aux idées ultralibérales, Betsy DeVos, avait dû retirer la licence en 2019, à cause d’un « niveau académique insuffisant », s’appuie principalement sur l’expertise de l’anthropologue allemand Adrian Zenz, un fondamentaliste chrétien, surgi du néant il y a peu, hostile à l’avortement, voire au contrôle des naissances, une thématique si chère au Parti communiste chinois, ainsi qu’à la « pratique » de l’homosexualité. (Grayzone) Que du bonheur.

    La prose « académique » du Dr. Zenz a toujours su éviter ce qui est pourtant l’essence d’une publication scientifique, on le sait depuis le « Covid », le « peer reveiw » ou évaluation par les pairs.

    Le fondateur de l’ONG canadienne « Raoul Wallenberg Centre for Human Rights », Irwin Cotler, ancien Ministre de la Justice et Procureur général du Canada, accessoirement avocat et conseiller juridique de Leopoldo Lopez, homme politique vénézuélien au « sang noble » selon le quotidien « progressistes » « The Guardian », homme politique, aspirant ardemment à s’y saisir du pouvoir et dont l’épouse siège au conseil d’administration de l’ONG humanitaire.

    Mais, Mr. Cotler a, semble-t-il, d’autres cordes à son arc. Proche de la dirigeante de l’« Organisation des moudjahiddines du peuple iranien » MEK, Maryam Rajav, mouvement de résistance armée au régime de la « République islamique d’Iran, considéré par les Etats-Unis comme organisation terroriste entre 1997 et 2012, ainsi que par le « Conseil de l’Union européenne » entre 2002 et 2009 et par le Home Office britannique jusqu’en 2008 (Wikipedia), Mr. Cotler peut également s’enorgueillir d’avoir participé au coup d’état haïtien, en 2004, renversant le gouvernement du président Jean-Betrand Aristide.

    A l’origine de la nomination pour le « Prix Nobel de la paix » de l’organisation « humanitaire » des « casques blancs », organisation de défense civile syrienne, formée pendant la guerre civile syrienne par l’ONG néerlandaise « Mayday Rescue Foundation » de l’officier britannique James le Mesurier, décédé récemment dans des circonstances mystérieuses, Mr. Cotler eut également le plaisir d’assister, en tant que conseiller juridique, le dissident chinois d’obédience néolibérale, Liu Xiaobo, lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2010, mort en 2017, militant convaincu de la nécessité de l’occidentalisation de la Chine et de la privatisation de son économie.

    Walter Lippmann (1889 -1974), journaliste américain et père spirituel du journalisme moderne considérait que le métier de journaliste devait essentiellement remplir une fonction de propagande et non d’information, car, selon lui, le lecteur serait inapte à comprendre les enjeux de la vie publique, raison pour laquelle il faut lui préparer un narratif émotionnel auquel il peut facilement s’identifier.

    (1) https://www.theguardian.com/politics/2003/aug/17/media.davidkelly
    (2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Judith_Miller
    (3) https://thegrayzone.com/2021/03/17/report-uyghur-genocide-sham-university-neocon-punish-china/

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