• Bill et sa Weltanschauung

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    Sur le plus haut trône du monde on n’est jamais assis que sur son cul. Quoique, certains se voient bien au-dessus encore, plus proche de Dieu en quelque sorte. Toujours est-il, que ce soit en matière de santé publique, d’éducation ou encore de planning familial, en sa qualité de Créateur, le natif de Seattle a une idée sur tout. Enfin, il a surtout des idées, comme dirait l’humoriste français, Coluche.

    319 millions USD, c’est la somme que consacre la « Fondation Bill & Melinda Gates » à l’éducation et la formation de l’opinion publique, une estimation prudente du site web d’actualité américain « MintPress » (1). Source : BMGF

    30'000 bénéficiaires se partagent le gâteau dont les plus nécessiteux, comme la chaîne de télévision d’information en continu CNN, dont la mission impartie, contre rétribution de 3,6 millions USD, consiste en l’occurrence en la promotion d’un « journalisme respectueux de l’égalité des sexes », visant notamment les populations incultes dans les contrées sous-développées du continent africain.

    Aperçu non exhaustif de donations en faveur des médias

    National Public Radio NPR principal réseau de radiodiffusion non-commercial et de service public des Etats-Unis, contribution 24,6 millions USD

    The Guardian quotidien britannique,12,9 millions USD

    Cascade Public Media ONG domiciliée à Seattle, journalisme communautaire, 10,8 millions USD

    The Conversation media indépendant en ligne, à but non lucratif, proposant du contenu académique, 6,6 millions USD

    Univision plus important réseau de chaînes de télévision de langue espagnol aux Etats-Unis, 5,9 millions USD

    Der Spiegel, magazine d’information allemand, 5,4 millions USD (dernière contribution, octobre 2021, 2,9 millions USD)

    Project Syndicate organisation médiatique tchèque (459 médias dans 159 pays), 5,2 millions USD

    Education Week organisation de presse américaine indépendante couvrant des sujets touchant à l’éducation de la petite enfance, 4,8 millions USD

    WETA-TV principale chaîne de télévision américaine du service public PBS (Public Broadcasting Services), 4,5 millions USD

    NBCUniversal Media conglomérat de médias américain, filiale du premier câblo-opérateur américain Comcast, 4,3 millions USD

    The Nation Media Group (Kenya) plus important groupe de médias d’Afrique de l’Est et d’Afrique Central, presse écrite, radiodiffusion et internet, 4 millions USD

    Le Monde, quotidien français, 4 millions USD

    Bheki Sisa (Afrique du Sud), ONG, centre de journalisme médical et de justice sociale, 3,9 millions USD

    El Paìs, quotidien espagnol, 3,9 millions USD

    BBC British Broadcasting Corporation, Société de radiodiffusion britannique publique, 3,6 millions USD

    CNN Cable News Network, chaîne de télévision américaine d’information en continu, 3,6 millions USD

    KCET chaîne de télévision éducative californienne à but non lucratif, 3,5 millions USD

    Population Communications International media promouvant le planning familial, 3,5 millions USD

    The Daily Telegraph, quotidien britannique, 3,4 millions USD

    Chalkbeat organisation de presse américaine à but non lucratif, active dans le domaine de l’éducation, 2,6 millions USD

    The Education Post, filiale du réseau « brightbeam », réseau d’activistes dans le domaine de l’éducation, promouvant le système (américain) des « charter schools », des écoles privées, financées par les pouvoirs publics.

    Rockhopper Productions UK production de films documentaires, 2,4 millions USD

    Corporation for Public Broadcasting ONG américaine, promotion de médias et contenus audiovisuels publics, organisme à l’origine de Public Broadcasting Services PBR et National Public Radio NPR, 2,3 millions USD

    UpWorthy site web américain spécialisé dans la diffusion de « contenus viraux », 2,3 millions USD

    Financial Times quotidien économique et financier britannique, 2,3 millions USD

    The 74 Media site web américain à but non lucratif, centré sur les questions touchant à l’éducation, 2,2 millions USD

    Texas Tribune organisation médiatique à but non lucratif visant la promotion du journalisme citoyen, 2,3 millions USD

    Punch Newspapers quotidien nigérian, 2,1 millions USD

    News Deeply société de journalisme et de technologie regroupant des site web d’actualité dont « Syria deeply » fondé en 2012 dans le but de couvrir la guerre civile en Syrie, 1,6 millions USD

    The Atlantic magazine mensuel culturel américain, s’était fait remarquer récemment pour sa critique virulente envers le Dr. Rober Malone, pionnier d’une nouvelle technologie vaccinale utilisant une copie transitoire d’une portion de l’ADN, l’ARN messager, pour sa position critique face à la gestion de la pandémie du SARS-Cov-2, 1,4 millions USD

    Minnesota Public Radio radio publique du Minnesota, 1,2 millions USD

    YR Media (anciennement Youth Radio) réseau américain de jeunes journalistes et artistes 1,1 millions USD

    The New Humanitarian ONG, fondée par les Nations Unies en 1995 dans le contexte de la guerre civile au Rwanda, journalisme indépendant touchant aux crises humanitaires dans le monde. 1 million USD

    Sheger FM station de radio éthiopienne, 1 million USD

    Al Jazeera chaîne de télévision satellitaire qatarienne, 1 million USD

    Le reportage d’investigation n’est pas en reste, avec une attention toute particulière pour le développement d’un journalisme indépendant en Afrique. 38 millions USD sont ainsi consacrés à ce stade, aux organisations professionnelles de journalisme, dont

    International Center for Journalists organisation professionnelle à but non lucratif, domiciliée à Washington DC, 20,4 millions USD

    Premium Times Centre for Investigative Journalism, ONG africaine, dédiée à la promotion d’un journalisme indépendant en Afrique de l’Ouest, visant à promouvoir les droits humains et une gouvernance transparente par le biais de l’accès aux données ouvertes et la « technologie civique », 3,8 millions USD

    The Pulitzer Center for Crisis Reporting, media américain fondé en 2006, sponsorisant des reportages indépendants au sujet des enjeux planétaires, à l’intention du public et des autorités, 2,4 millions USD. Dans le contexte de la pandémie du SARS-Cov-2 PCCR lança, en 2020, le programme « News Collaboration Challenge » dans le but de « développer une approche innovative dans la communication entre rédactions de médias nationaux et internationaux ». (Wikipedia)

    Fondation EurActiv fondation d’utilité publique de droit belge « dédiée à soutenir la santé et la vitalité du secteur des médias en Europe », 2,3 millions USD

    International Women’s Media Foundation fondation américaine consacrée aux femmes « oeuvrant dans les médias », 1,5 millions USD

    Center for Investigative Reporting organisation de presse non-lucrative californienne, dédiée à la lutte contre la corruption, 1,4 millions USD

    InterMedia Survey Institute prestataire américain d’études de marché, 1,2 millions USD

    Bureau of Investigative Journalism ONG britannique consacrée à la production d’articles d’investigation, 1 million USD

    En guise de conclusion, l’auteur de l’article (1), Alan MacLeod, ne peut s’empêcher de mettre de l’eau dans son vin, on ne sait pas trop pourquoi, en déclarant : « Tout cela ne veut pas dire que les organisations bénéficiaires de donations de la part de la Fondation Bill & Melinda Gates sont irrémédiablement corrompues, ni que la dernière ne ferait pas également le bien dans le monde ».

    La mission de la philanthropie, épine dorsale du prosélytisme capitaliste, vise à consolider les structures de pouvoir, nul besoin de relativiser.

    (1) Revealed: Documents Show Bill Gates Has Given $319 Million to Media Outlets (mintpressnews.com)

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  • Despotisme éclairé

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    « L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume » pourtant nous continuons à remplir des vases.

    Le despotisme éclairé, une doctrine politique, née au 18me siècle, issue du mouvement des Lumières, popularisée par le philosophe Voltaire et ses « followers », combine, chez celui qui a le pouvoir, force déterminée et volonté progressiste, tout en sélectionnant, pour le peuple, le savoir qu’il juge utile, savoir qu’il distille, à compte-gouttes, à travers le système éducatif et les médias, qui, en hiérarchisant son contenu, assurent le maintien de la structure de pouvoir.

    Walter Lippmann (1889 – 1974) avait beaucoup médité sur la chose avant de la théoriser dans son ouvrage « Public Opinion », paru en 1922. Son concept de la « fabrique du consentement » fut disséquée plus loin par l’oracle du « Massachusetts Institute of Technology » MIT, Noam Chomsky, un fervent critique de Lippmann, mais qui, avec l’âge, conduit, sans doute malgré lui, la pensée « lippmannienne » vers son apothéose, en déclarant dans une interview traitant de la pandémie du SARS-CoV2, en accord avec la doxa « voltairienne » ambiante, que, pour le Bien du peuple, il faudra se résoudre à écouter les experts et, si besoin, procéder à une « ségrégation entre les personnes vaccinées et les non-vaccinés, allant jusqu’à priver de nourriture les derniers, afin de les faire plier au consensus scientifique. »

    A l’instar de son homologue contemporain William Henry Gates III, Walter Lippmann finit par quitter l’université de Harvard sans diplôme, ce qui ne l’avait pas empêché de devenir une des personnalités publiques américaines les plus influentes du 20ème siècle. Père du journalisme moderne, lauréat du Prix Pulitzer à deux reprises, il s’intéressait tout particulièrement au rôle des médias en tant que vecteur d’un discours politique consensuel, discours approuvé au préalable par un cercle restreint d’intellectuels et d’experts, dans un système démocratique, devenu obsolète à ses yeux car « personne ne s’attend à ce qu’un ouvrier métallurgiste connaisse les secrets de la physique quantique. Pourquoi devrait-il s’y connaître en politique ? »

    Dans le but de populariser sa thèse d’une gouvernance élitiste de la chose publique, il fonda en 1914, avec quelques condisciples « progressistes », le magazine « The New Republic », racheté, pour la petite histoire, en 2012, par Chris Hughes, co-fondateur du réseau social « facebook », et dont un des nombreux éminents contributeurs fut le psychologue et philosophe John Dewey (1859 – 1952), figure majeure du courant philosophique du pragmatisme, par conséquent un ardent critique de la thèse élitiste de Walter Lippmann, et qui, contrairement à ce dernier put se prévaloir d’un parcours académique impressionnant.

    Le pragmatisme met en avant la capacité d’adaptation de l’être humain aux contraintes de la réalité, se référant à la théorie darwinienne de l’évolution, contrairement aux adeptes du darwinisme social du sociologue britannique Herbert Spencer, qui préconisent que c’est la compétition qui assure la survie, concept devant in fine trouver son apothéose dans une société régie par l’anarcho-capitalisme.

    Quant à la vérité, pour Dewey, en accord avec Lippmann, elle n'existe pas a priori, mais, contrairement à Lippmann, elle n’est pas fabriquée par des savants et des journalistes, mais, elle se révèle progressivement à chacun par sa propre expérience. Par conséquent l’intelligence a pour finalité la capacité d’agir et non la connaissance, ou en d’autres termes, elle n’est pas une fin en soi. Or pour Lippmann, la connaissance prend une forme quasi religieuse sans finalité, au point que la diffusion de l’actualité doit se limiter à la communication d’un événement, tandis que la diffusion de la vérité consiste en la mise en lumière et la contextualisation de faits choisis, dans le but de construire une nouvelle réalité, censée permettre au public d’agir.

    La modernité, de nos jours on pourrait évoquer l’accès illimité à l’information via internet, menace, selon Lippmann, la stabilité des structures de pouvoir, patiemment construites depuis la révolution industrielle, tout au long du 19ème siècle. Par conséquent il lui paraissait indispensable qu’une nouvelle classe dirigeante s’approprie à nouveau le pouvoir pour faire face aux nouveaux défis. Dans ce contexte, on constate actuellement une volonté affichée de censurer internet.

    « Etant donné que le public est coutumier de se forger une opinion avant de disposer des faits, il est préférable qu’une élite du savoir « assainisse » ceux-ci, avant leur publication par les médias, afin d’éviter qu’ils soient pollués par des « stéréotypes », une expression crée et popularisée par Lippmann pour décrire un moyen efficace de manipulation d’un public insuffisamment instruit pour mesurer le degré d’importance des différents sujets d’actualité. Ainsi, une forme discrète, néanmoins omnipotente de contrôle sur les médias est indispensable lorsque l’autocensure s’avère insuffisante. »

    Alors que pour John Dewey, le public consiste en de multiples publics à l’intérieur de la société en tant que telle, qui s’auto-éduquent et s’approprient le savoir, l’intelligence collective, pour arriver à former une société nouvelle du savoir.

    Soucieux de préserver la stabilité et l’équilibre social, Lippmann imagina la mise en place d’un « bureau de renseignement » semi-gouvernemental, censé évaluer les informations connues de lui, dans le but de déterminer, par le biais d’un processus « essai-erreur » entre intellectuels et scientifiques, lesquels de ces informations seraient publiées et lesquels seraient épargnées au public. »

    En faisant de la question du libéralisme son cheval de bataille, surtout de la question à savoir combien de liberté(s) il convient d’accorder au peuple, il s’attira la sympathie du grand capital, car évidemment la notion de liberté est un double tranchant. Il y a d’un côté la liberté qui protège le citoyen contre l’arbitraire du souverain et de l’autre la protection par le souverain contre la misère matérielle, la liberté économique, ou la discrimination. Ainsi, partant d’un motif louable, celui de protéger le peuple contre soi-même en prévenant, par la propagande bienveillante, qu’il s’expose à des « fake news » susceptibles de lui nuire, il fait le jeu du grand capital.

    Suite à la publication de son ouvrage « The Good Society » s’organisa en 1938 à Paris ce qu’on appelle le « Colloque Walter Lippmann », un rassemblement de 26 économistes et intellectuels libéraux débattant de la capacité du libéralisme à faire face à la modernité et, en 1947, dans la commune suisse de Mont Pèlerin, la « Mont Pèlerin Society », composée d’intellectuels et journalistes, dont l’économiste Friedrich Hayek, père spirituel de la défunte Premier-ministre britannique Margaret Thatcher, Milton Friedman, père adoptif de l’équipe des « Chicago boys », moteur du coup d’état chilien du Général Pinochet, l’économiste autrichien Ludwig Van Mises, le philosophe autrichien Karl Popper.

    En 1981 fut fondée à Arlington en Virginie l’ONG « Atlas Network » un réseau de 500 « Think-tanks » néolibéraux éparpillés dans une centaine de pays à travers le monde, ONG qui doit son nom au roman « Atlas shrugged » de la romancière russo-américaine Ayn Rand, muse de l’ancien président de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan.

    En analysant le contexte économique et social actuel, une conséquence directe d’un siècle de pensée néolibérale dominante, force est de constater l’absence de réactivité d’une grande majorité de la population face au déroulement d’un nouveau projet sociétal, totalitaire et transhumaniste, sonnant l’avènement d’une nouvelle ère, celle du post-capitalisme, malgré un accès illimité à l’information, un état de fait jamais atteint auparavant dans l’histoire de l’humanité.

    On ne peut que spéculer sur les raisons de cette servitude volontaire, mais peut-être pour beaucoup il ne s’agit pas d’une dystopie orwellienne mais bien au contraire d’une utopie, celle de l’absence de souffrance et d’effort, grâce aux progrès de la médecine et de la technologie.

    Il semble y avoir une confiance quasi illimitée dans la capacité supposée de la science de perfectionner la nature et d’augmenter l’homme. Quoi de plus séduisant dans ces circonstances que de déléguer la maitrise sur son corps et son esprit à un « cercle restreint d’intellectuels et de scientifiques ».

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