Despotisme éclairé

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« L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume » pourtant nous continuons à remplir des vases.

Le despotisme éclairé, une doctrine politique, née au 18me siècle, issue du mouvement des Lumières, popularisée par le philosophe Voltaire et ses « followers », combine, chez celui qui a le pouvoir, force déterminée et volonté progressiste, tout en sélectionnant, pour le peuple, le savoir qu’il juge utile, savoir qu’il distille, à compte-gouttes, à travers le système éducatif et les médias, qui, en hiérarchisant son contenu, assurent le maintien de la structure de pouvoir.

Walter Lippmann (1889 – 1974) avait beaucoup médité sur la chose avant de la théoriser dans son ouvrage « Public Opinion », paru en 1922. Son concept de la « fabrique du consentement » fut disséquée plus loin par l’oracle du « Massachusetts Institute of Technology » MIT, Noam Chomsky, un fervent critique de Lippmann, mais qui, avec l’âge, conduit, sans doute malgré lui, la pensée « lippmannienne » vers son apothéose, en déclarant dans une interview traitant de la pandémie du SARS-CoV2, en accord avec la doxa « voltairienne » ambiante, que, pour le Bien du peuple, il faudra se résoudre à écouter les experts et, si besoin, procéder à une « ségrégation entre les personnes vaccinées et les non-vaccinés, allant jusqu’à priver de nourriture les derniers, afin de les faire plier au consensus scientifique. »

A l’instar de son homologue contemporain William Henry Gates III, Walter Lippmann finit par quitter l’université de Harvard sans diplôme, ce qui ne l’avait pas empêché de devenir une des personnalités publiques américaines les plus influentes du 20ème siècle. Père du journalisme moderne, lauréat du Prix Pulitzer à deux reprises, il s’intéressait tout particulièrement au rôle des médias en tant que vecteur d’un discours politique consensuel, discours approuvé au préalable par un cercle restreint d’intellectuels et d’experts, dans un système démocratique, devenu obsolète à ses yeux car « personne ne s’attend à ce qu’un ouvrier métallurgiste connaisse les secrets de la physique quantique. Pourquoi devrait-il s’y connaître en politique ? »

Dans le but de populariser sa thèse d’une gouvernance élitiste de la chose publique, il fonda en 1914, avec quelques condisciples « progressistes », le magazine « The New Republic », racheté, pour la petite histoire, en 2012, par Chris Hughes, co-fondateur du réseau social « facebook », et dont un des nombreux éminents contributeurs fut le psychologue et philosophe John Dewey (1859 – 1952), figure majeure du courant philosophique du pragmatisme, par conséquent un ardent critique de la thèse élitiste de Walter Lippmann, et qui, contrairement à ce dernier put se prévaloir d’un parcours académique impressionnant.

Le pragmatisme met en avant la capacité d’adaptation de l’être humain aux contraintes de la réalité, se référant à la théorie darwinienne de l’évolution, contrairement aux adeptes du darwinisme social du sociologue britannique Herbert Spencer, qui préconisent que c’est la compétition qui assure la survie, concept devant in fine trouver son apothéose dans une société régie par l’anarcho-capitalisme.

Quant à la vérité, pour Dewey, en accord avec Lippmann, elle n'existe pas a priori, mais, contrairement à Lippmann, elle n’est pas fabriquée par des savants et des journalistes, mais, elle se révèle progressivement à chacun par sa propre expérience. Par conséquent l’intelligence a pour finalité la capacité d’agir et non la connaissance, ou en d’autres termes, elle n’est pas une fin en soi. Or pour Lippmann, la connaissance prend une forme quasi religieuse sans finalité, au point que la diffusion de l’actualité doit se limiter à la communication d’un événement, tandis que la diffusion de la vérité consiste en la mise en lumière et la contextualisation de faits choisis, dans le but de construire une nouvelle réalité, censée permettre au public d’agir.

La modernité, de nos jours on pourrait évoquer l’accès illimité à l’information via internet, menace, selon Lippmann, la stabilité des structures de pouvoir, patiemment construites depuis la révolution industrielle, tout au long du 19ème siècle. Par conséquent il lui paraissait indispensable qu’une nouvelle classe dirigeante s’approprie à nouveau le pouvoir pour faire face aux nouveaux défis. Dans ce contexte, on constate actuellement une volonté affichée de censurer internet.

« Etant donné que le public est coutumier de se forger une opinion avant de disposer des faits, il est préférable qu’une élite du savoir « assainisse » ceux-ci, avant leur publication par les médias, afin d’éviter qu’ils soient pollués par des « stéréotypes », une expression crée et popularisée par Lippmann pour décrire un moyen efficace de manipulation d’un public insuffisamment instruit pour mesurer le degré d’importance des différents sujets d’actualité. Ainsi, une forme discrète, néanmoins omnipotente de contrôle sur les médias est indispensable lorsque l’autocensure s’avère insuffisante. »

Alors que pour John Dewey, le public consiste en de multiples publics à l’intérieur de la société en tant que telle, qui s’auto-éduquent et s’approprient le savoir, l’intelligence collective, pour arriver à former une société nouvelle du savoir.

Soucieux de préserver la stabilité et l’équilibre social, Lippmann imagina la mise en place d’un « bureau de renseignement » semi-gouvernemental, censé évaluer les informations connues de lui, dans le but de déterminer, par le biais d’un processus « essai-erreur » entre intellectuels et scientifiques, lesquels de ces informations seraient publiées et lesquels seraient épargnées au public. »

En faisant de la question du libéralisme son cheval de bataille, surtout de la question à savoir combien de liberté(s) il convient d’accorder au peuple, il s’attira la sympathie du grand capital, car évidemment la notion de liberté est un double tranchant. Il y a d’un côté la liberté qui protège le citoyen contre l’arbitraire du souverain et de l’autre la protection par le souverain contre la misère matérielle, la liberté économique, ou la discrimination. Ainsi, partant d’un motif louable, celui de protéger le peuple contre soi-même en prévenant, par la propagande bienveillante, qu’il s’expose à des « fake news » susceptibles de lui nuire, il fait le jeu du grand capital.

Suite à la publication de son ouvrage « The Good Society » s’organisa en 1938 à Paris ce qu’on appelle le « Colloque Walter Lippmann », un rassemblement de 26 économistes et intellectuels libéraux débattant de la capacité du libéralisme à faire face à la modernité et, en 1947, dans la commune suisse de Mont Pèlerin, la « Mont Pèlerin Society », composée d’intellectuels et journalistes, dont l’économiste Friedrich Hayek, père spirituel de la défunte Premier-ministre britannique Margaret Thatcher, Milton Friedman, père adoptif de l’équipe des « Chicago boys », moteur du coup d’état chilien du Général Pinochet, l’économiste autrichien Ludwig Van Mises, le philosophe autrichien Karl Popper.

En 1981 fut fondée à Arlington en Virginie l’ONG « Atlas Network » un réseau de 500 « Think-tanks » néolibéraux éparpillés dans une centaine de pays à travers le monde, ONG qui doit son nom au roman « Atlas shrugged » de la romancière russo-américaine Ayn Rand, muse de l’ancien président de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan.

En analysant le contexte économique et social actuel, une conséquence directe d’un siècle de pensée néolibérale dominante, force est de constater l’absence de réactivité d’une grande majorité de la population face au déroulement d’un nouveau projet sociétal, totalitaire et transhumaniste, sonnant l’avènement d’une nouvelle ère, celle du post-capitalisme, malgré un accès illimité à l’information, un état de fait jamais atteint auparavant dans l’histoire de l’humanité.

On ne peut que spéculer sur les raisons de cette servitude volontaire, mais peut-être pour beaucoup il ne s’agit pas d’une dystopie orwellienne mais bien au contraire d’une utopie, celle de l’absence de souffrance et d’effort, grâce aux progrès de la médecine et de la technologie.

Il semble y avoir une confiance quasi illimitée dans la capacité supposée de la science de perfectionner la nature et d’augmenter l’homme. Quoi de plus séduisant dans ces circonstances que de déléguer la maitrise sur son corps et son esprit à un « cercle restreint d’intellectuels et de scientifiques ».

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Commentaires

  • Cher Monieur Hubacher, vous êtes un des rares bloggeurs a traité de sujets aussi intéressants et importants que le mondialisme et les divers thinktanks qu'il utilise pour diffuser son idéologie. A ce sujet, je vous recommande de lire tous les commentaires du billet suivant signés Alcofribas et Mermaid. Vous ne le regretterez pas, même si vous en savez sûrement déjà long sur le sujet:

    https://blogres.blog.tdg.ch/archive/2021/11/06/complotiste-l-archeveque-318379.html

    Bien à vous

  • @Henry
    Merci pour votre commentaire que j'ai décidé, exceptionnellement, de ne pas publier parce qu'il ne touche que de manière indirecte au sujet, mais, plus important, exprime une opinion au sujet de la votation du 28 novembre prochain. Bien que je partage votre position, je ne souhaite pas que cette plateforme serve d'outil de propagande politique. J'espère sincèrement de ne pas vous avoir offensé et je me réjouis de recevoir d'éventuels futurs commentaires de votre part.

  • Merci, Monsieur Hubacher, de nous faire cadeau d'un texte si riche en renseignements et en réflexions.
    Je livre au lecteur indulgent quelques réflexions qui ne sont pas à la hauteur du contenu intellectuel de votre article, mais qui attesteront au moins que l'on s'y intéresse et qu'on en apprécie l'apport.
    - La réflexion de Chomsky, si on ne la met pas au compte d'un affaiblissement de la pensée due à l'âge, me semble témoigner d'un certain désespoir face à des manifestations que l'on peut considérer comme et appeler vulgairement la "connerie humaine". Je viens de regarder un documentaire sur la menace qui pèse sur le pangolin dans certains pays s'Asie. Parce que la médecine traditionnelle chinoise considère que ses écailles ont des vertus curatives et qu'un certain nombre de personnes fortunées et ignorantes aiment déguster sa chair, le traffic de ses petits animaux si extraordinaires par leur apparence risque de mettre fin à leur lignée. Cet exemple n'est évidemment qu'un parmi des milliers d'autres où l'ignorance et la cupidité des hommes risque de détruire prématurément et inutilement des richesses que la nature a mis des millions d'années à élaborer.
    Comment ne pas avoir envie d'agir avec férocité (une férocité au moins égale à celle préconisée par Chomsky) contre ce genre d'ignorance et de cupidité? Même si nous étions capables, nous gens cultivés en sciences naturelles et en la diversité des comportements humains, de mettre en application des mesures aussi efficaces qu'elles seraient féroces, devrions-nous les adopter?
    - « personne ne s’attend à ce qu’un ouvrier métallurgiste connaisse les secrets de la physique quantique. Pourquoi devrait-il s’y connaître en politique ? »
    Cela sous-entend que la politique exigerait le même niveau de connaissance que la compréhension de la physique quantique ... Pour qui suit la politique internationale ou locale, cette prémisse "fait gentiment rigoler", selon une autre expression populaire, qui montre bien à quel point l'humble savoir populaire peut être parfois (parfois suffit pour contrer certaines prétentions) au niveau des prétentions de certains intellectuels (certains suffit à éviter un soupçon de position "populiste").
    - "On ne peut que spéculer sur les raisons de cette servitude volontaire"
    Je me contenterai de suppléer à l'absence (non critiquable et non critiquée) de notes en bas de page, de rappeler qu'il s'agit d'une référence au célèbre "Discours de la servitude volontaire" d'Étienne de La Boétie, publié en latin, par fragments en 1574, puis intégralement en français en 1576, et écrit à l'âge de 16-18 ans (Wikipédia), comme tous les politiciens du monde le savent.

  • Monsieur Hubacher, avant c'était les religions qui désiraient formater la volonté du bon peuple,
    maintenant ce sont les médias. Toutefois, comme tout n'est pas à rejeter dans les religions, rappelons le "Tu ne tueras point", tout n'est pas non plus à rejeter dans les médias. Et il faut les remercier de avoir, par exemple, alerté sur les dangers que présente le covid. Référons-nous à l'adage : "tout n'est pas tout noir ni tout blanc dans ce bas monde", ayons donc l'intelligence de tirer de tous despotisme, qu'il soit culturel, scientifique, philosophique, gouvernemental ou encore médiatique, le bon grain de l'ivraie.

  • Noam Chomsky est un crétin et l'a toujours été. Il soutient par exemple la version officielle des attentats du 911. Il a su se donner des airs de gauche, mais c'est de la frime comme le montre Monsieur Hubacher avec la prise de position d'icelui sur le "consensus scientifique" sur les vaccins qui n'existe que dans sa tête. Cette prise de position est très clairement une prise de position totalitaire.

    Les produits à mARN ne méritent pas le nom de vaccins, car ce sont des produits à obsolescence programmée (plus ou moins 6 mois!). Autrement dit la poule aux oeufs d'or. En plus on interdit l'accès aux vrais vaccins et aux médicaments qui peuvent guérir ou limiter la casse comme le Leitragin. Je parle de corruption quand on prétend vivre dans un marché de concurrence libre et non faussée.

    Pour soumettre un peuple, la peur est le meilleur moyen. Cette épidémie révèle combien trouillarde est la population suisse. Une population trouillarde n'est bonne à rien.

    Et donc elle est très facile en fin de compte à manipuler.

    Chantage et dictature sanitaires préparent la suite. Car cette maladie, ce n'est pas la grippe ricaine de 1918 et de loin.

    En terme de biologie, on parle de sélection naturelle, ici très, très douce. Toutes ces populations trouillardes devant l'idée de la mort n'ont pas protesté quand les "armées du bien" ont massacré (et continuent de massacrer) des millions de personnes (et des personnes de tous âges en bonne santé): pas grave, les massacrés ne sont pas nous, et pas de notre race.

    La peur de mourir est le propre des gens qui n'ont pas vécu.

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