• Nouvel ordre mondial

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    « Les perspectives économiques des Etats-Unis ne sont pas brillantes, mais celles de l’Europe sont pires. » Michael Hudson, économiste (1)

    « Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la Commission européenne, gardienne des traités, fondée en 1957 et composée d’émissaires des états membres, sert de bras armé au Département d’Etat des Etats-Unis, subissant, à travers l’histoire, les aléas de sa politique extérieure qui, actuellement, déplace son centre d’intérêt vers l’Asie, laissant l’Europe sur le banc de touche dans le jeu de la géopolitique mondiale. » (Michael Hudson)

    L’économiste américain Michael Hudson publie actuellement la troisième édition de son ouvrage « Super-Imperialism, The Economic Strategy of American Empire » (2) dont la première édition parut en 1972, une année après l’événement historique qui bouleversa l’ordre économique mondial établi, la suspension de la convertibilité du dollar en or par le président Richard Nixon.

    Sorti victorieux de la Deuxième guerre mondiale, seule nation avec une économie florissante à l'époque, le nouvel empire américain naissant se trouvait alors dans une position unique dans l’Histoire, pavant le chemin vers une gouvernance planétaire.

    Un nouvel ordre économique mondial fut pour ainsi dire décrété le 22 juillet 1944, par les Etats-Unis et son « junior partner », la Grande Bretagne, à l’hôtel Mount Washington, dans la station de ski huppée de Bretton Woods dans le New Hampshire, sous la direction de l’économiste britannique John Maynard Keynes et l’assistant au Secrétaire du trésor américain, Harry Dexter White, dont évidemment la proposition finale fut retenue, à savoir la création d’un nouveau système monétaire international, basé sur le dollar américain, avec un ancrage à l’or, faisant du dollar américain la monnaie de réserve internationale, toutes les devises du monde devant dorénavant être définies par rapport au dollar et, seul le dollar, par rapport à la valeur de l’or.

    Les dépenses militaires des belligérants pendant, et le boom économique grâce à la reconstruction, après la Deuxième guerre mondiale, permirent aux Etats-Unis d’enregistrer de larges excédents commerciaux et, par conséquent, l’accumulation d’un important stock d’or, trois quarts des réserves mondiales, entreposées dans les coffres de la base militaire de Fort Knox dans le Kentucky.

    En contrepartie, chaque nation aura dorénavant le droit, hypothétique, de se faire livrer de l’or par le trésor américain, en échange de dollars, à un cours de change prédéfini, un gage de confiance en quelque sorte, dans le but de garantir la stabilité du système financier international.

    L’Europe, dévastée par cinq années de conflit, ne disposant plus de ressources (or), nécessaires pour financer la reconstruction, voire son développement futur, dépendait entièrement des crédits du trésor américain qui, lui, détenait des réserves d’or en suffisance pour créer des dollars. Un vaste programme de financement fut mis sur pied, connu sous l’appellation « Plan Marshall », programme assorti d’une condition sine qua non, celle de l’obligation des débiteurs d’importer uniquement du matériel en provenance des Etats-Unis.

    Au fur et à mesure que l’Europe sortait de la récession et ses entreprises se mirent à exporter des biens et services à leur tour, leurs recettes en dollars, converties en monnaie locales, créant ainsi de la nouvelle monnaie locale, sont déposées au fur et à mesure, via les banques commerciales, auprès des banques centrales respectives, qui à leur tour investissent ces dollars en bon du trésor américain.

    Comme toute médaille, celle-ci a également deux faces.

    Ce système, permettait aux Etats-Unis, et permet encore à ce jour, d’activer la planche à billets, au-delà du raisonnable, et surtout, de financer une machinerie de guerre que l’ancien président Dwight D. Eisenhower appelait le « complexe militaro-industriel », avec les surplus commerciaux de ses partenaires. Dans les années 1970 et 1980, par exemple, le Japon finançait jusqu’qu’à 20 % du déficit budgétaire américain avec le surplus de sa balance commerciale.

    Avec la création simultanée d’instances supranationales, également sous la férule des Etats-Unis, telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce GATT, devenu Organisation mondiale du Commerce OMC en 1995, la dollarisation, décidée à Bretton Woods, s’étendait à la planète entière en guise d’outil de promotion du « made in America » et de contrôle militaire.

    Sous prétexte de réduire la pauvreté dans le monde, ces institutions accordent des crédits aux nations qui en ont besoin, à condition que celles-ci recyclent les dollars obtenus en produits américains, notamment agricoles, dans le cas de la Banque mondiale.

    Ainsi, au lieu d’aider les pays débiteurs, notamment d’Amérique Latine, d’atteindre une autosuffisance alimentaire, les crédits sont essentiellement destinés à financer l’exportation de céréales américaines, ou, dans le cas d’aliments qui ne poussent que dans les tropiques, tels que le sucre, les bananes, le café ou l’huile de palme, d’exploiter des plantations par des conglomérats américains dans le but d’écouler les récoltes sur le marché américain.

    La dépendance ainsi crée est ensuite utilisée à des fins de pressions politique voir militaires, en cas de velléités démocratiques ou indépendantistes, voire de réformes sociales indésirables.

    Ainsi s’expliquent les nombreux coups d’états et autres assassinats politiques par la CIA dans l’arrière-cour des Etats-Unis à travers l’Histoire, dont un des derniers en date, le coup d’état, orchestré par la Secrétaire d’état Hillary Clinton, en 2009, au Honduras où le président Manuel Zelaya, pourtant issu d’une grande famille de propriétaires terriens, avait la mauvaise idée de lancer une réforme agraire, ou à Haïti, où la sémillante Hillary sut empêcher une augmentation de salaire des travailleurs d’ateliers clandestins de 37 à 45 cents l’heure. (Wikileaks)

    En créant des déficits budgétaires de plus en plus insoutenables, notamment par les dépenses militaires, notamment pendant les guerres de Corée et du Vietnam, déficits qui s’additionneront année après année à la dette souveraine, les partenaires commerciaux commencèrent à douter de la solidité du système et à exiger la livraison de « leur or », comme le malheureux président Charles De Gaulle, qui cherchait à convertir les dollars, investis par les américains dans la guerre d’Indochine en or au lieu d’acheter docilement des bons du trésor américain. (Michael Hudson)

    Mal lui en avait pris, car, comme se vantait la CIA plus tard, les révoltes de mai 1968, qui avait conduit à la chute du héros de la Deuxième guerre mondiale, furent encouragées avec enthousiasme par les agents de Langley, qui, par ailleurs, réussirent également à débarrasser l’Italie de son Parti communiste. Toujours est-il, en 1972, le président Richard Nixon, déclara unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar en or et ouvrit, par la même occasion, la « Boîte de Pandore » de la création monétaire sans lendemain.

    On inventa, entre tant d’autres subterfuges, les pétrodollars, le recyclage des recettes pétrolières, notamment de l’Arabie Saoudite en actifs financiers américains, bons du trésor, immobilier, actions, sans jamais autoriser une prise de contrôle décisive bien entendu, comme c’est d’ordinaire le cas pour les vassaux du FMI, et les japonais et autres allemands et français continuaient à recycler leurs surplus commerciaux en dollars, ce qui mit une pression à la hausse de sa valeur, 50 % face aux plus importantes devises entre 1980 et 1985, hausse exacerbée par la nouvelle politique fiscale néolibérale du président Ronald Reagan, favorisant le capital au détriment du travail, ou, ce que le président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan appelait « le syndrome des travailleurs traumatisés », menant du même coup à une flambée des taux d’intérêts, due au besoin accru de financement du trésor public.

    L’accord de Plaza, signé le 22 septembre 1985 à l’hôtel Plaza à New York, entre les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon et le Royaume Uni, visa à réduire les déséquilibres commerciaux en dévaluant le dollar par des interventions massives sur les marchés des devises. Le résultat fut particulièrement douloureux pour le Japon qui vit flamber sa monnaie, occasionnant une bulle immobilière qui éclata en 1992 et dont le pays du soleil-levant n’a jamais récupéré jusqu’à ce jour.

    L’effet sur les déséquilibres économiques fut de courte durée, car la planche à billet du trésor américain continuait à tourner à plein régime, favorisant une financiarisation de sa propre économie et une délocalisation sans précédent de sa base de production vers des cieux plus cléments en matière fiscale et de coût du travail, tels que le Mexique ou la Chine.

    Le résultat fut une économie domestique non compétitive, faute d’investissements, et une triple dette, souveraine, actuellement de 28'000 milliards USD, privée, de 15'000 milliards USD, et une dette des entreprises domestiques de 12'000 milliards USD.

    S’il y a un pays qui a appris la leçon de cette « Histoire » c’est la Chine et son défunt leader spirituel Deng Xiao Ping, pour qui « peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris ».

    Aujourd’hui, la Chine a réussi à éradiquer l’extrême pauvreté telle que la définit la Banque Mondiale et qui touchait encore 750 millions de ses habitants en 1990. En même temps, 1,1 milliards d’habitants ont accédé à ce que la Banque Mondiale définit comme la « classe moyenne », 5,5 USD de revenu quotidien, grâce à ce que le Parti communiste à son tour appelle « économie socialiste de marché », un modèle économique mixte, pas très éloigné du modèle allemand des Trente glorieuses, l’économie sociale de marché, très éloigné en revanche du néolibéralisme.

    Dans une économie mixte, telle que la Chine, les besoins fondamentaux, tels que logements, santé, éducation, transport sont financés exclusivement par les pouvoirs publics et, contrairement aux économies européennes classiques de ce type, qui ne sont plus tellement classiques d’ailleurs puisqu’ils favorisent le modèle néolibéral du partenariat public-privé, la clé de la redistribution des richesses, la création monétaires, y est en mains de l’état.

    La privatisation de la création monétaire, entre les mains des banques commerciales, conduit in fine à la financiarisation de l’économie. Dans le but de maximiser les profits et de minimiser les risques, les banques ne prêtent pour ainsi dire que contre la mise en gage d’un actif financier existant (80% des crédits octroyés aux Etats-Unis). Elles ne contribuent donc pas à la création de nouveaux moyens de production, ce qui se vérifie aisément en observant la bulle financière et immobilière qui est actuellement sur le point d’éclater à nouveau.

    Ainsi, contraire au sauvetage des banques par le trésor américain en 2008, une éventuelle mise en faillite du conglomérat immobilier chinois « Evergrande », qui représente entre 2 et 3 % de l’économie chinoise, touchera en premier lieu les créanciers imprudents, puisque la Chine n’a pas de contentieux basé sur la dollarisation.

    Au contraire, la Chine vise une diversification en renforçant ses liens avec la Russie, l’Iran et le Venezuela, tous touchés par des sanctions économiques américaines.

    Son projet phare, la « Nouvelle route de la soie », un ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l’Europe, englobant 68 pays, représentant 4,4 milliards d’habitants ou 40 % du PIB mondial, un outil de restructuration de la gouvernance mondiale selon certains, laissera l’Europe le cul entre deux chaises devant un choix plus que cornélien.

    (1) Michael Hudson, économiste américain professeur à l’université Missouri- Kansas City, mettant l’accent de ses analyse sur l’effet de la dette sur le développement économique,
    (2) 3rd Edition: Super-Imperialism | Michael Hudson (michael-hudson.com)

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  • Red Herring

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    « Pandora Papers », c’est le nom de la dernière « bombe », lâchée par le « Consortium international des journalistes d’investigation » ICIJ, succédant aux désormais célèbres scandales des « Luxembourg Leaks » en 2014, des « Swiss Leaks » en 2015, des « Panama Papers » en 2016 et des « Paradise Papers » en 2017, des feuilletons sur des milliardaires qui trichent.

    « N’était-ce pas le service de paiements en ligne « Paypal » qui, visant à empêcher la publication des crimes de guerre, commis par le complexe militaro-industriel américain, procéda au blocage des dons en faveur de la plateforme « Wikileaks » ? » La question du journaliste britannique Afshin Rattansi ne semblait guère perturber le rédacteur du « ICIJ », Fergus Shiel : « Nous ne recevons pas d’instructions de la part de nos sponsors que par ailleurs je n’ai jamais rencontré, inclus Pierre Omidyar. Je ne connais même pas leurs noms. » (1) (2)

    C’est plutôt fâcheux pour un journaliste, car il se trouve que Pierre Omidyar, fortune personnelle 23,2 milliards USD selon Forbes, fondateur du site web de commerce en ligne « eBay », acheteur du système de paiement « Paypal » en 2002, détenant encore 5% des actions actuellement toujours selon Forbes, a justement injecté 100 millions USD dans l’association journalistique au moment même de la publication des « Paradise Papers » et des « Panama Papers » en 2016-2017. (Max Blumenthal)

    La liste des noms d’autres donateurs du « ICIJ » est publiée sur le site internet de l’association, aperçu qui offre une brève incursion dans le monde douillet de la philanthropie: « Adessium Foundation « (pour une société équilibrée), « Laura and John Arnold Foundation » (fonds d’investissement, santé, éducation, justice pénale, finances publiques ), « Bay and Paul Foundation » (éducation, droits humains) , « Barbra Streisand » (chanteuse et actrice), « Bertha Foundation », (activistes, storytellers, avocats) « The Ford Foundation » (défense de la démocratie, réduction de la pauvreté dans le monde), « Franklin Philanthropic Foundation » (religion, éducation, science), « Fritt Ord Foundation » (liberté d’expression), « Fund for Nonprofit News at the Miami Foundation », « Green Park Foundation » (santé), « Hollywood Foreign Press Association » (médias cinéma), « Luminate Foundation » (Pierre Omidyar) « Open Society Foundation « (George Soros) « John and Florence Newman Foundation » (education, environnement), « Meryl Streep » (actrice, The Laundromat, L’Affaire des Panama Papers, film réalisé par Steven Soderbergh, sorti en 2019) « Jonathan Logan Family Foundation » (justice sociale), « Swedish Postcode Foundation » (développement durable), « Wellspring Philanthropic Fund » (droits humains, justice sociale) « Tinius Trust » (détenteur d’un bloc d’actions dans le conglomérat de médias scandinaves, Schibsted), « Amazon » (Jeff Bezos)

    En outre, un groupe de 70 journalistes, contribuant aux publications du « ICIJ », travaillent également pour l l’ONG « Organized Crime and Corruption Reporting Project » impliquée de façon déterminante dans la publication des « Panama Papers « et des « Pandora Papers » , organisation financée, entre autres, par le « Département d’Etat » des Etats-Unis, USAID, « National Endowment for Democracy », « Open Society Foundation », « Luminate Foundation », « European Instrument for Democracy and Human Rights », financé à son tour par l’Union Européenne, « Rockefeller Foundation », « UK Foreign and Commonwealth Office » (source Benjamin Norton, Grayzone)

    Le quotidien britannique « The Guardian », connu pour sa couverture médiatique équilibrée, partie prenante dans la belle aventure à travers son journaliste vedette Luke Harding, célèbre pour sa fabrication prolifique de « canulars conspirationnistes russes », publie un article dont surtout l’image qui le précède saute aux yeux, davantage que le texte. Quoi que.

    Un photomontage qui ressemble à une affiche annonçant le prochain « James Bond », montrant un groupe de dictateurs « tiers-mondistes » aux allures de gangsters, dont celui de la Russie, est suivi par un texte lourd de sens. Extrait : « Le Président russe, Vladimir Poutine, que les Etats-Unis soupçonnent de détenir une fortune secrète quelque part, n’est pas mentionné dans les « Pandora Papers », mais de nombreux de ses associés, dont son ami intime depuis son enfance, le défunt Peter Kolbin, dont certains critiques lui avaient attribuée le surnom « porte-monnaie », ainsi qu’une femme avec laquelle le leader russe semble avoir eu une liaison. » fin de citation. Quand un journaliste n’a pas davantage à dire, il devrait se taire. (Coluche)

    On pourrait ajouter, pour la petite histoire, que le « Consortium international des journalistes d’investigation » ICIJ compte également sur les services de l’expert autoproclamé en matière de droits de l’homme dans la province chinoise du Xinjiang, l’allemand Adrian Zenz.

    Ce que le philanthrope William Henry Gates est pour la santé de la planète, Pierre Omidyar, de manière bien plus discrète, l’est pour la digitalisation de l’Afrique et l’hémisphère sud, pauvre, et la diffusion d’une information alternative par des médias alternatifs de l’hémisphère nord, riche. (Max Blumenthal, Grayzone) (3)

    Premier investisseur, en 2013, (250 millions USD) via sa société « First Look Media », dans le site d’information, alternatif, « The Intercept », à l’origine des révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden, publiées par la réalisatrice Laura Poitras et le journaliste Glenn Greenwald à partir de 2013, le « mogul » poursuit un objectif précis, celui d’apparaître aux yeux du public comme défenseur de la liberté d’expression en particulier, et celui de la presse en général, notamment celui des médias alternatifs.

    Le maintien de la façade, du moins en ce qui concerne « The Intercept », aura quand-même duré six ans et s’écroula au mois d’octobre 2020 avec la démission fracassante du journaliste Glenn Greenwald, suite à une tentative flagrante de censure de la part de l’équipe du site, d’un de ses articles au sujet du silence des « médias mainstream » concernant les accusations de corruption envers le Président Joe Biden, et son fils Hunter en sa qualité d’administrateur de la société ukrainienne « Burisma Holdings » ».

    Dans un article, paru en 2019, cosigné par le journaliste Alexander Rubinstein du site d’information « MintPress News », le duo s’essaye à un éclairage des activités tentaculaires du milliardaire. (4)

    Tout en finançant des médias « progressistes », tel que « The Intercept », Pierre Omidyar ne recule pas non plus devant un soutien inconditionnel à un journaliste et éditorialiste néo-conservateur, tel que William Kristol et son « think-tank » « Project for the new American Century » PNAC. Le milliardaire joue sur tous les tableaux.

    Par ailleurs, une de ses protégées les plus prometteurs, si l’on puit dire ainsi, bénéficie actuellement d’une vaste couverture médiatique pour avoir obtenu le Prix Nobel de la Paix, la journaliste philippine Maria Ressa du site web d’information « Rappler », personnalité de l’année 2018 de l’hebdomadaire américain « Time », une création de la maison « Omidyar ». (Max Blumenthal)

    A l’instar de son pendant « sanitaire » William Henry Gates, un des terrains de chasse préférés de l’aficionado du « Big Data » c’est l’Afrique, un continent qui offre l’avantage de disposer d’une population jeune, pauvre et majoritairement peu éduquée, donc manipulable.

    En partenariat avec la « Fondation Bill & Melinda Gates », USAID et le conglomérat financier « VISA » Pierre Omidyar vise à apporter aux communautés rurales du « contient noir » la digitalisation sous forme de paiements électroniques, dont le but ultime consiste en l’abandon de l’argent liquide, créant ainsi une situation de dépendance similaire à celle des paysans du « tiers monde » face au géant de la chimie « Monsanto », aujourd’hui sous contrôle allemand, tout en écrémant la richesse produite par le prélèvement d’une commission sur chaque transaction.

    Après une semaine inhabituellement chargée en événements dramatiques, on ne peut que s’étonner de la simultanéité de ces incidents, entre les révélations du ICIJ, le black-out historique du réseau social « facebook » et l’émergence soudaine, d’une lanceuse d’alerte de l’intérieur du « sérail ». (5)

    « Fini le temps où les réseaux sociaux, tels que « facebook », envahissent notre vie privée, promeuvent des contenus toxiques et manipulent notre jeunesse. » Le sénateur démocrate Edward Markey du Massachusetts est catégorique. Il y aura régulation, légifération.

    Et à la sénatrice démocrate de l’Etat de New York Kirsten Gillibrand de renchérir sur « twitter » : « facebook » priorise le profit au détriment de la vie privée. La lanceuse d’alerte Frances Haugen exige la mise en place d’une nouvelle instance régulatrice afin de les tenir responsables (réseaux sociaux ndlr) et je suis d’accord. Il est temps d’établir une agence de protection des datas à cet effet. »

    Quant au sénateur démocrate Richard Blumenthal du Connecticut d’ajouter : « Vous avez été un catalyseur (Frances Haugen ndlr) pour le changement comme je n n’en ai encore jamais vu et je travaille sur ces sujets depuis 10 ou 15 ans. » (RTS) En effet, qui peut légitimement s’opposer à la protection des plus vulnérables, nos enfants ?

    Cette audience devant la « Commission sénatoriale du commerce », coïncidant opportunément avec un black-out historique du réseau, ayant duré plus de trois heures, il s’imposait naturellement aux « médias mainstream » de livrer à leurs lecteurs des résumés digestes et circonscrits, courant, peut-être, le risque d’omettre certains détails du récit qui ne sont pas sans intérêt.

    Extrait du récit de Frances Haugen: « Depuis quelque temps « facebook » s’est vu dans l’incapacité à recruter, voir retenir du personnel, indispensable pour l’achèvement d’un certain nombre de ses projets vitaux, dont notamment, celui pour lequel j’avais travaillé avant de quitter l’entreprise, le contre-espionnage et le contre-terrorisme, des questions vitales pour la sécurité des Etats-Unis, notamment la lutte contre les violations des droits humains dans des états, tels que la Chine, contre sa minorité des ouighours, la Russie, l’Iran, le Myanmar, l’Ethiopie. Ce que nous avons vu à Myanmar, et ce que nous voyons maintenant en Ethiopie ne représente que le début d’un chapitre d’une histoire terrifiante. Le Congrès américain peut changer les règles, que « facebook » a décidé d’adopter de son propre chef (sous-effectif ndlr), et ainsi abréger la souffrance engendrée. Nous connaissons maintenant la vérité de l’impact destructif de « facebook » et j’apprécie la diligence dont font preuve les membre du Congrès et de la « Securities and Exchange Commission » SEC dans cette affaire que j’ai décidé de déclencher en courant un risque personnel considérable. » fin de citation

    On connaissait l’attitude hostile des Etats-Unis envers la Russie, la Chine et l’Iran, également le soutien qu’apporte le groupe de réflexion « National Endowment for Democracy » financé par le Congrès américain à l’ancienne cheffe du gouvernement birman Aung San Suu Kyi dans son combat contre les généraux, mais l’Ethiopie ?

    Il semblerait que, par une heureuse coïncidence, l’Ethiopie soit également le nouveau « dada » du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken et l’administratrice de l’« Agence des Etats-Unis pour le développement international » USAID, l’ancienne journaliste Samantha Power.

    Deuxième plus importante nation d’Afrique en termes de sa population, alliée historique de la Chine, située dans une zone hautement stratégique, la corne de l’Afrique, sur le point de régler ses différents avec son voisin l’Erithrée, l’Ethiopie fait partie du projet de la nouvelle Route de la Soie, une épine dans le pied de l’administration américaine.

    L’origine de la concentration du pouvoir médiatique se trouve dans un des préceptes du capitalisme néolibéral, la dérégulation. Fidèle à ses pères spirituels, Milton Friedman et Friedrich Hayek, ainsi que les exécuteurs dociles, le Président défunt Ronald Reagan et la Premier ministre britannique, défunte elle aussi, Margaret Thatcher, le progressiste démocrate William Jefferson Clinton, acheva l’œuvre, dans le domaine de la finance, en abolissant ce qu’on appela le « Glass-Steagall Act » et, dans le domaine de la communication, en remplaçant le « Communications Act de 1934 » par une nouvelle loi, le « Telecommunications Act » de 1996, dérégulant les services et équipements de télécommunication.

    Ce qui est réellement en jeu actuellement, c’est le libre accès à l’information. En effet, avant l’avènement d’internet une claire distinction fut établie par le législateur entre un éditeur et un distributeur d’informations quant aux responsabilités civiles et pénales. Ainsi, un libraire ne pouvait pas être tenu responsable du contenu des livres qu’il mettait en vente, ce qui n’était pas le cas pour l’éditeur d’un journal.

    Dans le cyberespace, une plateforme, telle que « facebook », prend le rôle d’un libraire, à condition, bien-sûr, qu’elle n’intervienne pas dans la rédaction, voir dans la censure du contenu, un état de fait qui n’est manifestement pas respecté actuellement, ce qui anime certains sénateurs américains à envisager, peut-être, à proposer une modification du « United States Communications Decency Act », notamment de l’article 230, qui libère actuellement les plateforme internet de toute responsabilité quant au contenu diffusé.

    Une abrogation de cet article de loi les obligerait à l’auto-censure, ce qui irait dans leur sens et, notamment, celui du législateur, mais ce qui serait la mort de la neutralité de l’internet.

    (1) Pandora Papers: The Trillion Dollar Offshore Shadow Economy Exposed- ICIJ's Fergus Shiel - YouTube
    (2) Omidyar Network grants up to $4.5m to support ICIJ projects - ICIJ
    (3) How tech oligarch Pierre Omidyar funds regime-change networks and partners with CIA cutouts - The Grayzone
    (4) Ebay Founder Pierre Omidyar is Funding a Global Media Information War (mintpressnews.com)
    (5) Are US spies behind Pandora Papers? And shady Facebook 'whistleblower' wants more censorship - YouTube

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  • Le libre marché

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    Expression même de la liberté individuelle, selon ses adeptes, le libre marché, colonne vertébrale de notre système économique, se targue de proscrire toute transaction économique, effectuée sous l’effet de la tromperie et de prise illégale d’intérêt, ainsi que de l’intervention d’un tiers, notamment des pouvoirs publics dans le but de fausser la formation libre des prix. C’est du moins ce que préconisent les manuels scolaires.

    La société américaine « Moderna », anciennement « ModeRNA Therapeutics », une création du fonds de capital-risque « Flagship Pioneering » et son PDG, l’homme d’affaires français Stéphane Bancel, ancien PDG du groupe pharmaceutique français « BioMérieux » (Boston Business Journal), fortune personnelle 4,3 milliards USD (l’Obs), entreprise de biotechnologies, fondée en 2010, à Cambridge dans l’état du Massachusetts, également le domicile de la prestigieuse université privée « Harvard » et le « Massachusetts Institute of Technology » MIT.

    En 2019, celle-ci elle obtint de l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments « Food and Drug Administration » FDA une autorisation spéciale provisoire (fast track) de mise sur le marché d’un vaccin expérimental contre le virus SARS-CoV-2.

    « Fast track » est une de cinq procédures accélérées d’autorisation de mise sur le marché rapide d’un nouveau médicament, les autres étant priority review, breakthrough therapy, accelerated approval, regenerative medicine advanced therapy (Wikipédia), procédures en vigueur depuis l’introduction du « FDA Modernization Act » de 1997, conçues pour « faciliter le développement d’un nouveau médicament prometteur pour le traitement d’une maladie mortelle ou en cas d’un besoin non satisfait pour cause d’absence de traitement adéquat ». Tout laboratoire a la possibilité d’en faire la demande, avant ou pendant des essais cliniques. Des procédures similaires ont cours également en Europe, au Japon et au Canada.

    Au mois de mars 2019, neuf mois avant le début de la pandémie du coronavirus, « Moderna » déposa une demande de modification de son brevet 16-368270, dans les tiroirs de l’instance américaine des brevets et marques déposées « US Patent & Trademark Office » depuis 2015, afin d’ajouter à la famille des virus ARN, les « Coronaviridae », cibles de son vaccin, le genre des « Betacoronavirus ».

    « Moderna » justifia sa demande de modification, et par conséquent la demande d’approbation définitive de son brevet original datant de 2015, par « un danger imminent d’une réapparition d’un nouveau virus SARS ou une dissémination virale intentionnelle ». Le document (0011) rend attentif les experts de l’agence au fait que le syndrome de détresse respiratoire SARS avait déjà émergé en Chine en 2002 et s’était répandu par la suite dans d’autres pays avant d’être mis sous contrôle.

    Ce fut donc suite à des craintes d’une réapparition d’un nouveau virus, soit de manière spontanée ou par une dissémination intentionnelle, que la mise en route de la recherche d’un nouveau vaccin fut entamée, neuf mois avant le début de la pandémie, avec la bénédiction de la FDA, en accord avec la procédure accélérée « Fast track ». (Ben Swann ISE Media) (1)

    Le brevet, en attente de validation depuis 2015, fut refusé par l’agence « US Patent & Trademark » au mois de décembre 2019, malgré la demande de modification, pour être tout de même accepté au mois de mai 2020, pour un procédé dont la nouvelle technologie fut en réalité développée entre- temps par des scientifiques du groupement des « institutions, chargées de la recherche médicale et biomédicale » NIH, un organisme public.

    On pourrait donc, par pure hypothèse, soupçonner la « biotech », entre temps domiciliée dans l’état de Delaware, connu par sa clémence fiscale, et l’agence fédérale FDA, subventionnée par ailleurs à hauteur de 45 % par l’industrie pharmaceutique, de délit d’initié, puisqu’apparemment les autorités sanitaires américaines favorisaient à cette époque déjà la technologie vaccinale, ciblant le genre des « Betacoronavirus », et en accordant à la « biotech » la procédure « Fast track », la FDA rendit la dernière également éligible à de juteuses subventions publiques, 2,5 milliards USD selon « New York Times ».

    Au mois de décembre 2019, le NIH, sous la responsabilité du « Département de la Santé et des Services sociaux des Etats Unis » HHS et la firme « Moderna » signèrent un contrat sur le développement d’un nouveau vaccin, utilisant une technologie vaccinale novatrice à base de protéines « Spike » synthétiques.

    S’ajoute au grief, hypothétique, du délit d’initié, celui, hypothétique aussi, d’une possible violation de brevet, car il se trouve également que « Moderna » est en litige avec la société canadienne « Arbutus Biopharma » (sigle ABUS, NASDAQ), spécialisée dans le domaine de l’encapsulation de médicaments ou vaccins dans des liposomes, dans le but de faciliter leur transport à l’intérieur du corps. (Reuters 23.07.2020)

    Dans le registre « optimisation fiscale », et pour conclure, (le peuple suisse a tout récemment accordé à son gouvernement sa bénédiction pour la consolidation du « paradis fiscal suisse » (RFFA 19.05.2019)), on pourrait ajouter le fait que « Moderna » vient de choisir une des bastions de l’industrie pharmaceutique mondiale, la ville suisse de Bâle, taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises : 13,04 % selon « Crédit Suisse », comme « hub » de production pour son vaccin en Europe, profitant de la proximité avec son partenaire suisse « Lonza ».

    En guise de remerciement, si l’on puit dire ainsi, le gouvernement suisse a gracieusement commandé d’ores et déjà 4,5 millions de doses, auxquelles s’ajouteront 7 millions de doses pour livraison fin 2022 et une option supplémentaire de 7 millions de doses pour 2023. (Le Temps)


    (1) Ben Swann, journaliste d’investigation américain, travaillant, entre autres, pour FOX News, RT America et ISE Media - News and Entertainment ,adepte de la théorie du complot et sympathisant « anti-vaccin » de droite, selon sa fiche « Wikipédia »

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