• Ambiguïté et discorde

    Imprimer

    C’est une particularité de l’état de droit démocratique et pas le moindre des paradoxes que la protection du bien suprême, la constitution, soit généralement confiée aux services secrets, qui par leur nature, sont l’antithèse de la démocratie.

    En effet, ce qui contrevient ou non à l’esprit de la constitution est largement laissé à leur libre appréciation. Ainsi, on observe que, dans le cadre de la gestion de la pandémie du virus SARS-CoV 2 par les pouvoirs publics, une contestation des règles sanitaires ou même une simple mise en question peut facilement être interprétée comme un acte de sédition et ses contrevenants considérés comme ennemis de la constitution.

    Le premier amendement de la constitution des Etats-Unis, un modèle pour les pays démocratiques de l’hémisphère occidental, stipule, de manière indubitable, que

    « Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice, ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparation des torts subis » (Wikipedia)

    Ainsi, pour garantir le respect de ce qui précède, l’Allemagne a instauré le « Verfassungsschutz », la Grande-Bretagne le « MI5 » et les Etats-Unis le « Bureau fédéral d’enquête », le « FBI », historiquement dans le but de combattre l’ennemi principal de toutes les constitutions occidentales, le communisme, bien qu’aucune d’entre elles n’en fasse mention.

    La cible de ce qui fut considérée pendant longtemps comme une théorie de complot, le projet COINTELPRO ou « Counter intelligence program », lancé par le Bureau fédéral d’investigation, le FBI, en 1956, et dont on ignore s’il existe encore sous une forme ou une autre, fut donc, sans surprise, le Parti communiste des Etats-Unis.

    Toutefois, très vite, à partir des années 1960, à part les mouvements d’extrême gauche, furent également pris pour cible d’autres mouvements, considérés comme subversifs par le FBI, tels que les mouvements des droits civiques, ceux contre la guerre au Vietnam, les mouvements environnementalistes et animalistes, amérindiens et afro-américains, ainsi que des mouvements féministes, au même titre que le « Ku-Klux-Klan » et le « parti néonazi américain ».

    En même temps l’agence recrutait d’anciens membres de l’organisation nativiste et anti-communiste « Minutemen », un mouvement similaire aux « Proud boys », à l’origine de l’assaut du Capitole le 6 janvier dernier, pour former une troupe paramilitaire illégale, dans le but d’infiltrer tous les mouvements présumés « infestés par le germe du communisme ».

    En 1964, peu après sa nomination pour le Prix Nobel de la Paix, le FBI fit parvenir au révérend Dr. Martin Luther King, le leader du « Mouvement américain des droits civiques des noirs américains », une lettre anonyme, accompagnée d’une cassette vidéo, l’invitant à se suicider, le menaçant de rendre public ses infidélités conjugales.

    Une note confidentielle du FBI, datant du 27 avril 1970, rendue public sous le « Freedom of information Act » cibla l’actrice Jean Seberg. Note : « Mrs. Seberg est un soutien financier au mouvement des « Black Panthers » et devrait être « neutralisée ». Il est porté à notre connaissance qu’elle est enceinte, alors qu’elle est encore mariée. Nous suggérons donc de faire parvenir un « tuyau » à un chroniqueur de potins à Hollywood, de la part d’une personne fictive, dans le but de salir son image et de nuire à sa carrière. »

    Afin de se prémunir de ces éléments subversifs, présentant un danger pour la constitution, les services secrets furent prêts à aller jusqu’au meurtre.

    Sentant, en 1969, un début de convergence des luttes de ce qui n’était jusqu’ici qu’un amoncellement hétéroclite de groupuscules contestataires, convergence initiée par le militant du mouvement des « Black Panthers » de Chicago, Fred Hampton, réunissant, sous l’appellation « Rainbow Coalition », le mouvement de sudistes blancs « Young Patriots Organization » et le mouvement latino « Young Lords » dans leur lutte anticapitaliste et anti-raciste, le FBI commença aussitôt à s’alarmer.

    Sur un indice d’un petit délinquant, une taupe du FBI, la police de Chicago débarqua un matin du 4 décembre 1969 dans l’appartement du militant Fred Hampton, l’assassinant lui et un autre militant, Mark Clark, en tirant une centaine de coups de feu.

    Ternis par une série de « mésaventures » vers la fin des années 1960, début 1970, surveillance de la population américaine, tentatives d’assassinat de dirigeants politiques, révélées par le journaliste d’investigation Seymour Hersh, tels que Fidel Castro, Rafael Trujillo et Patrice Lumumba, ainsi que l’assassinat du général chilien René Schneider, culminant en l’éclatement du scandale du « Watergate » en 1972, la communauté du renseignement reçut un « lifting » par l’instauration de la commission Church en 1975, nommée après le sénateur démocrate de l’Idaho, Frank Church, « United States Select Committee to study Governmental Operations with respect to Intelligence Activities », menant à l’instauration d’une surveillance parlementaire bicamérale des 18 agences de renseignements, au Sénat par le « Senate Select Committee on Intelligence » et à la Chambre des Représentants par le « House Permanent Select Committee on Intelligence », et dont la direction opérationnelle est actuellement confiée, par l’administration Biden, à la juriste Avril Haines, ancienne conseillère adjointe à la Sécurité nationale dans l’administration Obama, un pur produit de la CIA et « worst choice possible » selon l’ancien agent de la CIA et lanceur d’alerte, John Kiriakou.

    Quand le directeur adjoint du FBI, James Adams 1978-1979, déclara devant la « Commission Church » que « Nous nous sentons investis d’une mission, mais nous n’avons pas de mandat explicite de la part du Congrès » il résuma bien l’ambiguïté, volontairement entretenue et voulue, entre les responsabilités de l’administration et les 18 agences de renseignement, car certaines activités furent explicitement approuvées par les présidents en fonction, tandis que d’autres restèrent secrets.

    Cette même ambiguïté, malgré l’instauration des subséquents organes de surveillance parlementaires, n’a jamais pu être éradiquée, comme le prouvent les révélations de « Wikileaks » concernant les assassinats de civils et journalistes de l’agence « Reuters » à Bagdad, ainsi que la surveillance massive de la population américaine et dirigeants étrangers, révélés par l’ancien informaticien de la CIA et NSA, Edward Snowden. Il est apparu également dans la presse, en 2014, que, selon l’aveu même du directeur de la CIA de l’époque, John Brennan, l’agence avait pour coutume d’espionner fréquemment les membres du « Senate Select Committtee on Intelligence » l’organe de surveillance parlementaire des agences de renseignements.

    En réalité, le maintien permanent de cette ambiguïté sert d’outil à une structure de pouvoir, que ce soit celle d’un état ou d’une entreprise privée, dans le but de garantir sa pérennité.

    Ainsi a connu, au début des années 1980, une véritable renaissance, sous l’impulsion d’éminents économistes comme Friedrich von Hayek et Milton Friedmann, le mouvement du libéralisme, aujourd’hui connu sous l’appellation néolibéralisme, mouvement censé redonner au commun des mortels sa liberté individuelle face à l’emprise de l’état, se servant, pour sa promotion, en guise de figure de proue, du président élu Ronald Reagan, ancien gouverneur de la Californie, jadis connu pour ses interventions publicitaires pour le groupe « General Electric » et le savon liquide « Boraxo » en tant qu’acteur de séries B.

    Le néolibéralisme a cela de particulier qu’en apparence il s’accommode de tout. L’état c’est bien, à condition qu’il « travaille » avec le privé, la compétition c’est bien, mais il faut aussi un peu de social et de la protection de l’environnement, la concurrence c’est bien, mais les monopoles aussi, la liberté c’est bien, mais il faut aussi le contrôle.

    La clé de voute de ce système, craquelant actuellement sous le poids du COVID, fut le contrôle de l’information, ou de la désinformation, c’est selon, comme l’avait révélé un autre volet du rapport de la « commission Church » ayant trait à l’infiltration des médias par la CIA, connu sous le nom de « Operation Mockingbird », impliquant 400 journalistes, travaillant pour des titres aussi prestigieux que le « New York Times », « Newsweek », « Time Magazine », « CBS », « ABC », « Associated Pres »s et « Reuters ».

    Etant donnée qu’à l’ère d’internet le contrôle de l’information soit devenu quasi impossible, même pour des institutions comme les services secrets, ni du coup, le contrôle des masses par la propagande, l’ouverture de la boîte de pandore, internet, laisse présager le meilleur autant que le pire.

    Lien permanent 2 commentaires
  • Magic money tree

    Imprimer

    Elle le répétait à qui voulait l’entendre, l’ancienne Premier Ministre britannique, Theresa May, digne héritière de la défunte papesse du néolibéralisme, Lady Thatcher: « L’argent ne pousse pas sur les arbres ».

    Pour parer au sous-financement chronique de l’ancienne « Rolls » des systèmes de santé « National Health Service » NHS, 10 milliards £ chaque année, l’ancienne Premier Ministre, tombée en disgrâce avant l’heure, comptait surtout sur les ressources « libérées » grâce à la « résiliation de l’abonnement à l’Union Européenne », plutôt que sur l’effet redistributif d’une augmentation de certains impôts, suivant à la lettre l’avertissement monétariste d’outre-tombe « En matière de santé la demande est infinie, gare au déséquilibre des finances publiques ».

    Fondé en 1948, entièrement financé par le budget de l’état, à partir des années 1980, l’état du système de santé NHS n’a cessé de se dégrader. En termes de nombre de médecins et personnel soignant per capita, la Grande Bretagne se trouve actuellement à la place 19 des 21 pays les plus industrialisés et, en l’espace de trente ans, le nombre de lits hospitaliers disponibles a diminué de moitié pour arriver à 2,6 unités par 1'000 habitants, un tiers de ce dont dispose l’Allemagne. (King’s Fund)

    Ce n’est donc pas une surprise qu’un service public exsangue et sous-financé à tel point ne soit pas en mesure de faire face à un incident majeur tel que la pandémie du virus SARS-Cov 2. Ainsi, la Grande Bretagne affiche le taux de mortalité, directement imputable au virus, le plus élevé d’Europe, suivi par le Portugal, les Pays Bas et la Suisse qui, derrière les Etats-Unis, dispose également du système de santé le plus onéreux de la planète, un parfait exemple du partenariat public-privé.

    Pourtant, en flagrante contradiction avec Mrs. May, la vénérable « Bank of England » quant à elle, admet qu’ils existent bel et bien, les « magic money trees ». Ce sont les banques privées, en conjonction avec la Banque Centrale, qui créent de l’argent, « ex nihilo », simplement en octroyant de nouveaux crédits à leurs clients. Cela s’appelle le système de réserves fractionnaires ou couverture partielle. Ainsi, 97% de la masse monétaire en circulation existe sous forme scripturale contre seulement 3% sous forme de billets de banque, dont la Banque Centrale détient le monopole d’émission. (Banque d’Angleterre 2014, « Money creation in the modern economy »)

    Par conséquent, contrairement à la doctrine dominante et communément admise, les banques centrales n’ont aucune mainmise directe sur la taille de la masse monétaire en circulation et donc sur le niveau de l’inflation dont elles sont pourtant censées garder le contrôle, prétexte avancé pour justifier la rigueur budgétaire de l’état. Le seul moyen dont elles disposent est un moyen incitatif, le taux d’intérêt qu’elles chargent aux banques privées et celui auquel elles rémunèrent leurs dépôts. Pour s’en convaincre il suffit d’observer le taux d’inflation depuis l’éclatement de la dernière crise financière de 2008 qui stagne à un niveau proche de zéro tandis que la taille de la masse monétaire en circulation, dans les pays industrialisés, a littéralement décuplé.

    Bien qu’il s’agisse d’un phénomène aisément observable, même par le commun des mortels, il n’est pour ainsi dire jamais thématisé par les médias traditionnels, et, quand on en parle dans la presse spécialisée, jamais en relation avec les finances publiques, pour d’évidentes raisons. Cela explique peut-être la relative méconnaissance du public, mais pas celle de nos élus. En effet, selon un sondage, effectué en 2017, par l’ONG britannique « Positive Money », 85% des parlementaires britanniques sont totalement ignorant du mécanisme de la création monétaire et il est fort à parier qu’il en soit de même dans d’autres pays.

    Il n’est donc pas impossible que la politique d’austérité, menée par à peu près tous les gouvernements européens depuis une vingtaine d’années, avec des conséquences désastreuses pour le fonctionnement du service public, en l’occurrence celui de la santé, est basée sur une flagrante méconnaissance du fonctionnement de l’économie de la part de nos élus.

    L’unique côté positif de la tragédie de la crise sanitaire du COVID, si on peut dire ainsi, réside dans la révélation de l’échec patent d’un système économique aux abois depuis longtemps et, fait jusqu’ici inconnu, la complicité de la communauté scientifique. Le fait que celle-ci se soit laissée embobiner pendant des décennies par une théorie économique dépourvu de tout fondement scientifique est tout de même un comble.

    Ainsi, c’est un secret de polichinelle que, depuis la dernière crise financière de 2008, considérablement affaibli par la crise sanitaire, le système financier international se trouve actuellement sous assistance respiratoire et cherche désespérément une issue. Par conséquent, il est fort à craindre que, pour sortir de la crise, le libéralisme se voie contraint à nouveau de faire une énième entorse à son dogme, la liberté individuelle, ce qui laisse à penser que, finalement, il n’ait jamais été question de liberté individuelle, mais plutôt de préservation d’une structure de pouvoir ancestrale.

    Les signes avant-coureurs sont nombreux, censure, état d’urgence sanitaire, vaccination obligatoire, centralisation du système financier international, suppression des moyens de paiement anonymes (cash), introduction d’un revenu de base inconditionnel, suppression des prestations sociales.

    Contrairement à la thèse thatchérienne « TINA » (There is no alternative) il y a bel et bien une alternative face aux propositions transhumanistes avancées par d’éminents « think tanks » et autres groupes d’experts.

    Contrairement aux sciences naturelles, soumises aux dures réalités du cosmos, la science économique se limite à l’analyse d’une activité humaine, l’organisation de la production, l’échange et la consommation de biens et de services. Dans ce contexte, l’aspect monétaire n’est qu’une composante parmi de nombreuses autres et dont le rôle pourrait aisément être redéfini démocratiquement.

    Lien permanent 4 commentaires
  • Démocratie

    Imprimer

    Pour paraphraser le major-général prussien, Carl von Clausewitz, la démocratie est la continuation du servage par d’autres moyens.

    Un peu comme le 14 juillet 1789, quand des hordes de sans culottes illettrés, instigués par une nouvelle aristocratie marchande montante, les capitalistes, assaillirent le centre de détention parisien, la Bastille, ce furent les « proud boys », vêtus de casques de viking et de peaux de bête, chauffés à blanc par une oligarchie nationaliste, qui prirent d’assaut le centre du pouvoir américain, le Capitole de Washington, ce 6 janvier 2021. Rien de nouveau sous le soleil.

    En pleine session d’onction du nouveau régent, les députés furent pris de court, au même titre que les médias. Les derniers dénonçant de façon unanime une « attaque contre la démocratie », inutile d’épiloguer sur les raisons de tant d’hypocrisie, le concept du servage faisant également partie intégrante du fonctionnement des médias.

    Le maintien de la population dans la conformité par la propagande fit déjà recette au 18ème siècle où la noblesse marchande s’associa à la noblesse intellectuelle dans le but de faire miroiter au peuple un semblant de liberté. Le philosophe Voltaire, figure de proue des « Lumières », le résuma bien en disant que « l’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ». Ses adeptes diront que la phrase est sortie de son contexte. Quoi que, quel que soit le contexte, elle est tout de même parlante.

    Le principe démocratique fondamental des « checks and balances », inspiré de la pensée du baron de Montesquieu, auquel la modernité a ajouté la diffusion de l’information en tant que quatrième pouvoir dans l’état, n’a plus cours depuis longtemps au pays de la liberté. Les mauvaises langues prétendent qu’il n’a jamais fait partie de l’ADN de l’ancienne colonie britannique.

    On ne peut certes pas taxer le système électoral américain de « suffrage censitaire », toutefois, considérant le coût de l’accès à la fonction publique suprême, la Présidence, qui s’élève désormais à la somme astronomique de 14 milliards USD, on n’est pas loin. En outre, le choix de l’électeur se limitant à deux partis politiques dont les programmes, à l’exception d’enjeux sociétaux controversés, pour faire diversion, sont sensiblement identiques, on a du mal à discerner le côté démocratique de ce système, tant vanté par nos médias.

    Pour compléter le tableau on ajoutera les conditions, parfois assez rocambolesques, auxquelles les deux partis politiques daignent octroyer le droit de vote, conditions adaptées aux couleurs locales.

    Une fois en place, le pouvoir législatif fonctionne comme un seul homme, indépendamment de la couleur politique, verrouillé par les instances des partis et leurs puissants donateurs. Un récent épisode révélateur touchant au fonctionnement du Parti démocrate, passé sous le radar des médias, illustre à quel point la mainmise du capital sur le processus démocratique, aux Etats-Unis et en Europe d’ailleurs, empêche tout débat de fond ou remise en question du statu quo.

    Lors des élections de mi-mandat, en 2018, le renouvellement des 435 sièges de la Chambre des Représentants, 35 des 100 sièges du Sénat, ainsi que 39 postes de gouverneurs, en renforcement de l’aile gauche du Parti démocrate, la Chambre des Représentants vit l’entrée de quatre nouvelles députées progressistes, femmes de couleur de moins de cinquante ans, appelées familièrement « The Squad », Alexandria Ocasio-Cortez de New York, Ilhan Omar du Minnesota, Ayanna Pressley du Massachusetts et Rashida Tlaib du Michigan.

    A moins de se trouver dans la situation rêvée de disposer d’un pourvoir d’arbitrage, il est vrai que l’aile progressiste du Parti démocrate n’a que peu de moyens de pression contre le dogme néolibéral du comité national démocrate DNC, à moins que, soudainement, une telle fenêtre de tir s’ouvre.

    En effet, simultanément avec l’entrée en fonction du nouveau Président fut également à l’ordre du jour le renouvellement du mandat de la présidence de la Chambres des Représentants, occupé par la californienne démocrate, Nancy Pelosi, qui se présenta à sa propre succession. Disposant d’une courte majorité, l’heure de l’aile progressiste sembla arrivée ce 3 janvier 2021 pour faire valoir certaines revendications en échange d’un vote favorable.

    Seulement, s’il fallait encore une preuve supplémentaire de l’absence totale de tout contre-pouvoir politique, aux Etats-Unis et en Europe d’ailleurs, c’est bien la brillante réélection, sans concession, de Nancy Pelosi au poste de Présidente de la Chambre des Représentants.

    Sachant que l’appareil judiciaire américain s’apparente davantage à un souk qu’à l’institution d’un état de droit on mesure à quel point lui aussi est infesté du dogme néolibéral biparti. Ainsi, seulement 2% des affaires instruites arrivent au procès dont la tenue est étroitement liée aux ressources financières de l’accusé. Inutile de rajouter que de ce fait le taux de réussite du Ministère public atteint des sphères staliniennes de 98%. (1)

    C’est d’ailleurs grâce à l’ex sénateur du Delaware et futur Président, Joseph Biden, que les Etats-Unis disposent d’un des systèmes judicaires les plus répressifs produisant la plus importante population carcérale per capita de la planète. En collaboration avec la « National Association of Police Organizations » NAPO le futur Président Biden fut l’auteur de la version sénatoriale du « Violent Crime Control and Law Enforcement Act » ou « crime bill » promulgué, en 1994, par le Président de l’époque, William Jefferson Clinton.

    C’est également grâce à une notable exception du 13ème amendement de la Constitution des Etats-Unis, approuvé par le Congrès le 6 décembre 1865, qui scella, en principe, l’abolition de l’esclavage, à l’exception d’un « châtiment d’un crime pour lequel tout citoyen aura été dûment condamné » que l’industrie pénitentiaire privée se sait actuellement à l’abri de la foudre des syndicats.

    Ainsi, le salaire mensuel d’un détenu dans un pénitencier américain se situe autour de 9,5 USD et le prix moyen d’un repas s’élève à 1 USD, pour le plus grand bonheur du fabricant de lingerie « Victoria’s Secret », la chaîne de cafés « Starbucks », le fabricant de voitures de sport « Shelby Cobra », le fabricant d’articles de sport « Eddie Bauer », ainsi que les branches de production « Gameboy » du fabricant japonais « Nintendo » et « souris informatiques » de la maison « Microsoft » (Paul Wright).

    Quand 90% des médias s’offusquent d’une « attaque contre les valeurs de la démocratie » lorsqu’une poignée de cinglés réussit sans encombre à franchir le dispositif de sécurité du centre du pouvoir de la première puissance militaire on est en droit de se demander de quel côté se trouvent les cinglés.

    Pour conclure on ne peut s’empêcher de penser à cette interview, accordée par la future Chancelière allemande Angela Merkel, citoyenne de l’ex RDA, au journaliste Günter Gauss le 28 octobre 1991, dans laquelle elle dévoila, en accord avec le philosophe Voltaire, le fond de sa pensée au sujet de la démocratie. Citation : « Ce n’est que tardivement que j’ai fait l’expérience de la démocratie et je dois dire que j’ai toujours ressenti une certaine méfiance à l’égard des mouvements démocratiques. J’estime qu’ils ont trop souvent tendance à se perdre dans des discussions inutiles, or le politique se doit d’agir en tant que prestataire de services pour le citoyen qui attend de solutions à ses problèmes. Dans ce contexte, la démocratie peut bien-sûr représenter un atout. »

    (1) https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/01/23/l-extraterritorialite-et-ses-larbins-296899.html

    Lien permanent 3 commentaires