Le sermon de Michael M.

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ou, quand le sage désigne la lune, Michael M. nous fait regarder le doigt.

Solidement ancré dans le mouvement syndicaliste des travailleurs de l’automobile, le réalisateur Michael Moore a grandi dans le milieu ouvrier de sa ville natale, Flint, dans l’état de Michigan. Il sait ce que c’est que d’être un « underdog ».

Seulement, depuis qu’il court les plateaux de la chaîne de télévision « centriste », MSNBC, porte-parole officieux du « Parti démocrate », pour parler politique, il semble avoir oublié les siens, notamment ceux qui souffrent de la pollution de l’eau potable de sa ville natale, eau qui contient encore et toujours un niveau de plomb à faire crever un cheval. (Jordan Chariton)

Entre l’éclatement du scandale de l’eau contaminée de Flint, en 2016, sous la gouvernance du républicain Rick Snyder, la non-intervention du Président démocrate de l’époque, Barack Obama, au règne de la gouverneure démocrate actuelle, Gretchen Whitmer, l’establishment, dont, finalement le réalisateur fait dorénavant partie, n’a daigné lever le petit doigt.

https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2016/03/09/nestle-waters-et-l-eau-de-flint-274682.html

Puisque la cause environnementale semble être une préoccupation majeure du réalisateur et producteur de « Roger and Me », « Bowling for Colombine », « Fahrenheit 9/11 » et « Sicko », on s’étonne néanmoins de ce sens particulier des priorités du réalisateur, apparemment davantage préoccupé par le sauvetage de l’humanité que de celui de la classe ouvrière de sa ville natale, un phénomène classique qui se manifeste habituellement quand la réussite s’installe durablement, ce qui n’est pas sans rappeler un certain William Henry Gates III.

La dernière œuvre cinématographique du géant de Flint, « Planet of the Humans », réalisée par le metteur en scène, Jeff Gibbs, s’en prend vertement au « mythe » des énergies renouvelables et annonce d’ores et déjà la couleur à son public. Nous serons tous appelés à pratiquer l’ascèse pour sauver la planète, car, il semblerait qu’on nous ait fait « avaler la fable des énergies renouvelables, censées nous sauver du changement climatique, or cela rapporte au système financier. On ne parle ni de surpopulation, ni de consommation, ni du suicide que constitue la croissance infinie, parce que cela nuirait au business » des truismes plutôt convenus, mélangés à des réflexions à la limite de l’eugénisme. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Rien n’est moins sûr. Michael Moore devrait se remettre à la lecture de quelques lignes de Karl Marx.

En effet, la réponse se trouve dans les premières quinze minutes du film, schématisant le fonctionnement du modèle économicopolitique et sociétal de distribution des richesses des Etats-Unis, la nation la plus vorace en énergies fossiles. Seulement, les acteurs économiques ne se mettront jamais à produire moins, puisque la logique intrinsèque du système économique réside dans la surproduction, une conséquence directe de la compétition pour un meilleur rendement financier. Ce n’est donc pas au consommateur de « sauver la planète », d’autant moins qu’il s’avérera compliqué d’amener des populations qui vivent avec moins d’un dollar par jour à la modération.

On pense notamment à la Bolivie, dont le produit de l’exploitation d’un des plus importants gisements de lithium de la planète devait servir à la fortification de l’Etat-social et non aux multinationales américaines comme c’est l’usage dans la région, projet avorté par un coup d’état, orchestré, une fois de plus, par le gouvernement américain, à la barbe du gouvernement allemand qui souhaitait approvisionner la toute nouvelle usine de la firme « Tesla » près de Berlin. Le capitalisme finira par manger ses enfants.

https://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/11/12/l-emergence-de-la-democratie-302224.html

« Flashback », 2009, crise financière, élection d’un jeune « Kennedy black », euphorie de renouveau « Yes, we can », annonce d’un plan de relance de 1'000 milliards USD, dont près de 100 milliards USD seraient consacrés au développement des énergies renouvelables.

Fidèle au mantra néolibéral, le gouvernement américain fait donc appel aux « job creators ». On ajoutera, pour la petite histoire, qu’en à peine trois semaines de « Coronavirus » la totalité des emplois crées depuis le début du mandat Obama sont partis en fumée. Ceci pour la robustesse de l’économie américaine.

A l’instar de l’actuel plan de sauvetage de l’administration Trump, une pluie de subventions s’abattit sur « Corporate America », une fois de plus, le partenariat public-privé. Il y a le fabricant d’automobiles General Motors, dont les contributions publiques permirent le lancement de son premier véhicule électrique, le « Chevrolet Volt ».

Dans la ville de Lansing au Michigan l’équipe de communication de GM fit face à la presse. Sur la question avec quel mix d’énergies le nouveau « Chevy » sera approvisionné, la porte-parole Kristin Zimmermann répondit : « Ce modèle de démonstration est connecté au réseau électrique de la ville. »

Le responsable de la compagnie « Water & Light », J. Peter Lark clarifia les choses. 95% de l’électricité, fournie par la ville de Lansing, provient d’une centrale à charbon.

Par l’intermédiaire de l’ancien Vice-Président du gouvernement Clinton, Al Gore, 1993-2001, le gouvernement Obama prit également à bord le milliardaire britannique Richard Branson, qui promit de dédier les bénéfices futurs de sa compagnie aérienne « Virgin Atlantic » au « combat contre le réchauffement climatique ». On parlait de 3 milliards USD.

Le co-fondateur de la firme « Sun Microsystems » Vinod Khosla dédia 1 milliard USD à la création de 50 « start-ups » vertes et le milliardaire Michael Bloomberg consentit à un investissement de 50 milliards USD en faveur de l’ONG californienne « The Sierra Club » avec comme mission « le combat contre le changement climatique ». La banque d’investissement « Goldman Sachs » de son côté chiffra les besoins en investissements dans les énergies renouvelables à 395 milliards USD par année.

Une musique hitchcockienne, accentue la scène accusatrice des méthodes d’exploitation des gisements de matières premières, utilisées pour la production de « l’énergie verte », travail des enfants, dégradation de l’environnement, charbon, acier, nickel, hexafluorure de soufre, (également utilisé en tant qu’agent de contraste lors d’échographies cardiaques et vasculaires), cuivre, lithium, étain, des arbres qu’on brûle pour produire de la biomasse (il y a ce qu’on appelle la gestion forestière, pour la combustion ce serait un défi technique), des arbres qui doivent faire place à des panneaux solaires et éoliennes (il y a des parcs éoliens marins), trichlorure de phosphoryle (photovoltaïque), graphite, terres rares (photovoltaïque).

C’est au chimiste français Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794) qu’on doit la phrase « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » et, pour paraphraser Marx, la moitié suffirait pour satisfaire tout le monde.

Seulement, l’œuvre de Jeff Gibbs et Michael Moore conclut : « Il n’y a pas de solutions technologiques ni politiques pour venir à bout du changement climatique. La seule solution c’est de consommer moins. » C’est voir le problème par le petit bout de la lorgnette.

Commençons par la politique, pour le côté technologique les experts s’écharperont entre eux.

Les Etats-Unis, champions mondiaux de la consommation énergétique, sont gouvernés par « Corporate America ». Ce n’est pas une théorie complotiste, c’est un fait, dû essentiellement à un système de financement illimité des deux partis politique qui contrôlent l’économie et la vie publique par le biais des conglomérats. (Décision de la Cour suprême du 21 janvier 2010 « Citizens united »).

En 2004, le militant écologiste et avocat pour la protection des consommateurs, Ralph Nader, du parti américain des Verts, si si, ça existe, décida d’amener un peu de pluralité dans le système politique en se présentant contre les mastodontes du système biparti John Kerry et George W. Bush.

Accusé à l'époque, entre autres, par Michael Moore, pourtant un sympathisant de la première heure, d’avoir divisé « la gauche » et d’avoir permis l’élection du Républicain George W. Bush, on constate, avec le recul et avec amertume, que, finalement, entre George W. Bush, Bill Clinton, Barack Obama et Donald Trump il n’y a que le style qui les différencie.

Pourtant, au mois d’octobre 2016 encore, le producteur de Flint, accusa le journaliste Julian Assange, qui croupit actuellement dans une prison anglaise, d’avoir publié des e-mails en provenance du serveur du DNC (Democratic National Committee), e-mails dévoilant pourtant la corruption du Parti démocrate et de la candidate Hillary Clinton, en déclarant : « Wikileaks et Assange, ce sont des anarchistes, comme tous ces gens qui votent pour Donald Trump, une sorte de « Cocktail Molotow » humain, qui veulent faire péter le système. C’est un mouvement anarchiste. » (Wikipedia) Appellera-t-il à voter pour Joe Biden cette fois ?

De quel côté est l’avocat de la liberté de parole ?

https://reporterre.net/Planet-of-the-Humans-la-diatribe-de-Michael-Moore-contre-les-energies-vertes

En accès libre jusqu’au 21 mai 2020

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Commentaires

  • Toujours aussi intéressant et utile. Merci.

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