Le blog de Bruno Hubacher

  • Bill et sa Weltanschauung

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    Sur le plus haut trône du monde on n’est jamais assis que sur son cul. Quoique, certains se voient bien au-dessus encore, plus proche de Dieu en quelque sorte. Toujours est-il, que ce soit en matière de santé publique, d’éducation ou encore de planning familial, en sa qualité de Créateur, le natif de Seattle a une idée sur tout. Enfin, il a surtout des idées, comme dirait l’humoriste français, Coluche.

    319 millions USD, c’est la somme que consacre la « Fondation Bill & Melinda Gates » à l’éducation et la formation de l’opinion publique, une estimation prudente du site web d’actualité américain « MintPress » (1). Source : BMGF

    30'000 bénéficiaires se partagent le gâteau dont les plus nécessiteux, comme la chaîne de télévision d’information en continu CNN, dont la mission impartie, contre rétribution de 3,6 millions USD, consiste en l’occurrence en la promotion d’un « journalisme respectueux de l’égalité des sexes », visant notamment les populations incultes dans les contrées sous-développées du continent africain.

    Aperçu non exhaustif de donations en faveur des médias

    National Public Radio NPR principal réseau de radiodiffusion non-commercial et de service public des Etats-Unis, contribution 24,6 millions USD

    The Guardian quotidien britannique,12,9 millions USD

    Cascade Public Media ONG domiciliée à Seattle, journalisme communautaire, 10,8 millions USD

    The Conversation media indépendant en ligne, à but non lucratif, proposant du contenu académique, 6,6 millions USD

    Univision plus important réseau de chaînes de télévision de langue espagnol aux Etats-Unis, 5,9 millions USD

    Der Spiegel, magazine d’information allemand, 5,4 millions USD (dernière contribution, octobre 2021, 2,9 millions USD)

    Project Syndicate organisation médiatique tchèque (459 médias dans 159 pays), 5,2 millions USD

    Education Week organisation de presse américaine indépendante couvrant des sujets touchant à l’éducation de la petite enfance, 4,8 millions USD

    WETA-TV principale chaîne de télévision américaine du service public PBS (Public Broadcasting Services), 4,5 millions USD

    NBCUniversal Media conglomérat de médias américain, filiale du premier câblo-opérateur américain Comcast, 4,3 millions USD

    The Nation Media Group (Kenya) plus important groupe de médias d’Afrique de l’Est et d’Afrique Central, presse écrite, radiodiffusion et internet, 4 millions USD

    Le Monde, quotidien français, 4 millions USD

    Bheki Sisa (Afrique du Sud), ONG, centre de journalisme médical et de justice sociale, 3,9 millions USD

    El Paìs, quotidien espagnol, 3,9 millions USD

    BBC British Broadcasting Corporation, Société de radiodiffusion britannique publique, 3,6 millions USD

    CNN Cable News Network, chaîne de télévision américaine d’information en continu, 3,6 millions USD

    KCET chaîne de télévision éducative californienne à but non lucratif, 3,5 millions USD

    Population Communications International media promouvant le planning familial, 3,5 millions USD

    The Daily Telegraph, quotidien britannique, 3,4 millions USD

    Chalkbeat organisation de presse américaine à but non lucratif, active dans le domaine de l’éducation, 2,6 millions USD

    The Education Post, filiale du réseau « brightbeam », réseau d’activistes dans le domaine de l’éducation, promouvant le système (américain) des « charter schools », des écoles privées, financées par les pouvoirs publics.

    Rockhopper Productions UK production de films documentaires, 2,4 millions USD

    Corporation for Public Broadcasting ONG américaine, promotion de médias et contenus audiovisuels publics, organisme à l’origine de Public Broadcasting Services PBR et National Public Radio NPR, 2,3 millions USD

    UpWorthy site web américain spécialisé dans la diffusion de « contenus viraux », 2,3 millions USD

    Financial Times quotidien économique et financier britannique, 2,3 millions USD

    The 74 Media site web américain à but non lucratif, centré sur les questions touchant à l’éducation, 2,2 millions USD

    Texas Tribune organisation médiatique à but non lucratif visant la promotion du journalisme citoyen, 2,3 millions USD

    Punch Newspapers quotidien nigérian, 2,1 millions USD

    News Deeply société de journalisme et de technologie regroupant des site web d’actualité dont « Syria deeply » fondé en 2012 dans le but de couvrir la guerre civile en Syrie, 1,6 millions USD

    The Atlantic magazine mensuel culturel américain, s’était fait remarquer récemment pour sa critique virulente envers le Dr. Rober Malone, pionnier d’une nouvelle technologie vaccinale utilisant une copie transitoire d’une portion de l’ADN, l’ARN messager, pour sa position critique face à la gestion de la pandémie du SARS-Cov-2, 1,4 millions USD

    Minnesota Public Radio radio publique du Minnesota, 1,2 millions USD

    YR Media (anciennement Youth Radio) réseau américain de jeunes journalistes et artistes 1,1 millions USD

    The New Humanitarian ONG, fondée par les Nations Unies en 1995 dans le contexte de la guerre civile au Rwanda, journalisme indépendant touchant aux crises humanitaires dans le monde. 1 million USD

    Sheger FM station de radio éthiopienne, 1 million USD

    Al Jazeera chaîne de télévision satellitaire qatarienne, 1 million USD

    Le reportage d’investigation n’est pas en reste, avec une attention toute particulière pour le développement d’un journalisme indépendant en Afrique. 38 millions USD sont ainsi consacrés à ce stade, aux organisations professionnelles de journalisme, dont

    International Center for Journalists organisation professionnelle à but non lucratif, domiciliée à Washington DC, 20,4 millions USD

    Premium Times Centre for Investigative Journalism, ONG africaine, dédiée à la promotion d’un journalisme indépendant en Afrique de l’Ouest, visant à promouvoir les droits humains et une gouvernance transparente par le biais de l’accès aux données ouvertes et la « technologie civique », 3,8 millions USD

    The Pulitzer Center for Crisis Reporting, media américain fondé en 2006, sponsorisant des reportages indépendants au sujet des enjeux planétaires, à l’intention du public et des autorités, 2,4 millions USD. Dans le contexte de la pandémie du SARS-Cov-2 PCCR lança, en 2020, le programme « News Collaboration Challenge » dans le but de « développer une approche innovative dans la communication entre rédactions de médias nationaux et internationaux ». (Wikipedia)

    Fondation EurActiv fondation d’utilité publique de droit belge « dédiée à soutenir la santé et la vitalité du secteur des médias en Europe », 2,3 millions USD

    International Women’s Media Foundation fondation américaine consacrée aux femmes « oeuvrant dans les médias », 1,5 millions USD

    Center for Investigative Reporting organisation de presse non-lucrative californienne, dédiée à la lutte contre la corruption, 1,4 millions USD

    InterMedia Survey Institute prestataire américain d’études de marché, 1,2 millions USD

    Bureau of Investigative Journalism ONG britannique consacrée à la production d’articles d’investigation, 1 million USD

    En guise de conclusion, l’auteur de l’article (1), Alan MacLeod, ne peut s’empêcher de mettre de l’eau dans son vin, on ne sait pas trop pourquoi, en déclarant : « Tout cela ne veut pas dire que les organisations bénéficiaires de donations de la part de la Fondation Bill & Melinda Gates sont irrémédiablement corrompues, ni que la dernière ne ferait pas également le bien dans le monde ».

    La mission de la philanthropie, épine dorsale du prosélytisme capitaliste, vise à consolider les structures de pouvoir, nul besoin de relativiser.

    (1) Revealed: Documents Show Bill Gates Has Given $319 Million to Media Outlets (mintpressnews.com)

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  • Despotisme éclairé

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    « L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume » pourtant nous continuons à remplir des vases.

    Le despotisme éclairé, une doctrine politique, née au 18me siècle, issue du mouvement des Lumières, popularisée par le philosophe Voltaire et ses « followers », combine, chez celui qui a le pouvoir, force déterminée et volonté progressiste, tout en sélectionnant, pour le peuple, le savoir qu’il juge utile, savoir qu’il distille, à compte-gouttes, à travers le système éducatif et les médias, qui, en hiérarchisant son contenu, assurent le maintien de la structure de pouvoir.

    Walter Lippmann (1889 – 1974) avait beaucoup médité sur la chose avant de la théoriser dans son ouvrage « Public Opinion », paru en 1922. Son concept de la « fabrique du consentement » fut disséquée plus loin par l’oracle du « Massachusetts Institute of Technology » MIT, Noam Chomsky, un fervent critique de Lippmann, mais qui, avec l’âge, conduit, sans doute malgré lui, la pensée « lippmannienne » vers son apothéose, en déclarant dans une interview traitant de la pandémie du SARS-CoV2, en accord avec la doxa « voltairienne » ambiante, que, pour le Bien du peuple, il faudra se résoudre à écouter les experts et, si besoin, procéder à une « ségrégation entre les personnes vaccinées et les non-vaccinés, allant jusqu’à priver de nourriture les derniers, afin de les faire plier au consensus scientifique. »

    A l’instar de son homologue contemporain William Henry Gates III, Walter Lippmann finit par quitter l’université de Harvard sans diplôme, ce qui ne l’avait pas empêché de devenir une des personnalités publiques américaines les plus influentes du 20ème siècle. Père du journalisme moderne, lauréat du Prix Pulitzer à deux reprises, il s’intéressait tout particulièrement au rôle des médias en tant que vecteur d’un discours politique consensuel, discours approuvé au préalable par un cercle restreint d’intellectuels et d’experts, dans un système démocratique, devenu obsolète à ses yeux car « personne ne s’attend à ce qu’un ouvrier métallurgiste connaisse les secrets de la physique quantique. Pourquoi devrait-il s’y connaître en politique ? »

    Dans le but de populariser sa thèse d’une gouvernance élitiste de la chose publique, il fonda en 1914, avec quelques condisciples « progressistes », le magazine « The New Republic », racheté, pour la petite histoire, en 2012, par Chris Hughes, co-fondateur du réseau social « facebook », et dont un des nombreux éminents contributeurs fut le psychologue et philosophe John Dewey (1859 – 1952), figure majeure du courant philosophique du pragmatisme, par conséquent un ardent critique de la thèse élitiste de Walter Lippmann, et qui, contrairement à ce dernier put se prévaloir d’un parcours académique impressionnant.

    Le pragmatisme met en avant la capacité d’adaptation de l’être humain aux contraintes de la réalité, se référant à la théorie darwinienne de l’évolution, contrairement aux adeptes du darwinisme social du sociologue britannique Herbert Spencer, qui préconisent que c’est la compétition qui assure la survie, concept devant in fine trouver son apothéose dans une société régie par l’anarcho-capitalisme.

    Quant à la vérité, pour Dewey, en accord avec Lippmann, elle n'existe pas a priori, mais, contrairement à Lippmann, elle n’est pas fabriquée par des savants et des journalistes, mais, elle se révèle progressivement à chacun par sa propre expérience. Par conséquent l’intelligence a pour finalité la capacité d’agir et non la connaissance, ou en d’autres termes, elle n’est pas une fin en soi. Or pour Lippmann, la connaissance prend une forme quasi religieuse sans finalité, au point que la diffusion de l’actualité doit se limiter à la communication d’un événement, tandis que la diffusion de la vérité consiste en la mise en lumière et la contextualisation de faits choisis, dans le but de construire une nouvelle réalité, censée permettre au public d’agir.

    La modernité, de nos jours on pourrait évoquer l’accès illimité à l’information via internet, menace, selon Lippmann, la stabilité des structures de pouvoir, patiemment construites depuis la révolution industrielle, tout au long du 19ème siècle. Par conséquent il lui paraissait indispensable qu’une nouvelle classe dirigeante s’approprie à nouveau le pouvoir pour faire face aux nouveaux défis. Dans ce contexte, on constate actuellement une volonté affichée de censurer internet.

    « Etant donné que le public est coutumier de se forger une opinion avant de disposer des faits, il est préférable qu’une élite du savoir « assainisse » ceux-ci, avant leur publication par les médias, afin d’éviter qu’ils soient pollués par des « stéréotypes », une expression crée et popularisée par Lippmann pour décrire un moyen efficace de manipulation d’un public insuffisamment instruit pour mesurer le degré d’importance des différents sujets d’actualité. Ainsi, une forme discrète, néanmoins omnipotente de contrôle sur les médias est indispensable lorsque l’autocensure s’avère insuffisante. »

    Alors que pour John Dewey, le public consiste en de multiples publics à l’intérieur de la société en tant que telle, qui s’auto-éduquent et s’approprient le savoir, l’intelligence collective, pour arriver à former une société nouvelle du savoir.

    Soucieux de préserver la stabilité et l’équilibre social, Lippmann imagina la mise en place d’un « bureau de renseignement » semi-gouvernemental, censé évaluer les informations connues de lui, dans le but de déterminer, par le biais d’un processus « essai-erreur » entre intellectuels et scientifiques, lesquels de ces informations seraient publiées et lesquels seraient épargnées au public. »

    En faisant de la question du libéralisme son cheval de bataille, surtout de la question à savoir combien de liberté(s) il convient d’accorder au peuple, il s’attira la sympathie du grand capital, car évidemment la notion de liberté est un double tranchant. Il y a d’un côté la liberté qui protège le citoyen contre l’arbitraire du souverain et de l’autre la protection par le souverain contre la misère matérielle, la liberté économique, ou la discrimination. Ainsi, partant d’un motif louable, celui de protéger le peuple contre soi-même en prévenant, par la propagande bienveillante, qu’il s’expose à des « fake news » susceptibles de lui nuire, il fait le jeu du grand capital.

    Suite à la publication de son ouvrage « The Good Society » s’organisa en 1938 à Paris ce qu’on appelle le « Colloque Walter Lippmann », un rassemblement de 26 économistes et intellectuels libéraux débattant de la capacité du libéralisme à faire face à la modernité et, en 1947, dans la commune suisse de Mont Pèlerin, la « Mont Pèlerin Society », composée d’intellectuels et journalistes, dont l’économiste Friedrich Hayek, père spirituel de la défunte Premier-ministre britannique Margaret Thatcher, Milton Friedman, père adoptif de l’équipe des « Chicago boys », moteur du coup d’état chilien du Général Pinochet, l’économiste autrichien Ludwig Van Mises, le philosophe autrichien Karl Popper.

    En 1981 fut fondée à Arlington en Virginie l’ONG « Atlas Network » un réseau de 500 « Think-tanks » néolibéraux éparpillés dans une centaine de pays à travers le monde, ONG qui doit son nom au roman « Atlas shrugged » de la romancière russo-américaine Ayn Rand, muse de l’ancien président de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan.

    En analysant le contexte économique et social actuel, une conséquence directe d’un siècle de pensée néolibérale dominante, force est de constater l’absence de réactivité d’une grande majorité de la population face au déroulement d’un nouveau projet sociétal, totalitaire et transhumaniste, sonnant l’avènement d’une nouvelle ère, celle du post-capitalisme, malgré un accès illimité à l’information, un état de fait jamais atteint auparavant dans l’histoire de l’humanité.

    On ne peut que spéculer sur les raisons de cette servitude volontaire, mais peut-être pour beaucoup il ne s’agit pas d’une dystopie orwellienne mais bien au contraire d’une utopie, celle de l’absence de souffrance et d’effort, grâce aux progrès de la médecine et de la technologie.

    Il semble y avoir une confiance quasi illimitée dans la capacité supposée de la science de perfectionner la nature et d’augmenter l’homme. Quoi de plus séduisant dans ces circonstances que de déléguer la maitrise sur son corps et son esprit à un « cercle restreint d’intellectuels et de scientifiques ».

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  • Nouvel ordre mondial

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    « Les perspectives économiques des Etats-Unis ne sont pas brillantes, mais celles de l’Europe sont pires. » Michael Hudson, économiste (1)

    « Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, la Commission européenne, gardienne des traités, fondée en 1957 et composée d’émissaires des états membres, sert de bras armé au Département d’Etat des Etats-Unis, subissant, à travers l’histoire, les aléas de sa politique extérieure qui, actuellement, déplace son centre d’intérêt vers l’Asie, laissant l’Europe sur le banc de touche dans le jeu de la géopolitique mondiale. » (Michael Hudson)

    L’économiste américain Michael Hudson publie actuellement la troisième édition de son ouvrage « Super-Imperialism, The Economic Strategy of American Empire » (2) dont la première édition parut en 1972, une année après l’événement historique qui bouleversa l’ordre économique mondial établi, la suspension de la convertibilité du dollar en or par le président Richard Nixon.

    Sorti victorieux de la Deuxième guerre mondiale, seule nation avec une économie florissante à l'époque, le nouvel empire américain naissant se trouvait alors dans une position unique dans l’Histoire, pavant le chemin vers une gouvernance planétaire.

    Un nouvel ordre économique mondial fut pour ainsi dire décrété le 22 juillet 1944, par les Etats-Unis et son « junior partner », la Grande Bretagne, à l’hôtel Mount Washington, dans la station de ski huppée de Bretton Woods dans le New Hampshire, sous la direction de l’économiste britannique John Maynard Keynes et l’assistant au Secrétaire du trésor américain, Harry Dexter White, dont évidemment la proposition finale fut retenue, à savoir la création d’un nouveau système monétaire international, basé sur le dollar américain, avec un ancrage à l’or, faisant du dollar américain la monnaie de réserve internationale, toutes les devises du monde devant dorénavant être définies par rapport au dollar et, seul le dollar, par rapport à la valeur de l’or.

    Les dépenses militaires des belligérants pendant, et le boom économique grâce à la reconstruction, après la Deuxième guerre mondiale, permirent aux Etats-Unis d’enregistrer de larges excédents commerciaux et, par conséquent, l’accumulation d’un important stock d’or, trois quarts des réserves mondiales, entreposées dans les coffres de la base militaire de Fort Knox dans le Kentucky.

    En contrepartie, chaque nation aura dorénavant le droit, hypothétique, de se faire livrer de l’or par le trésor américain, en échange de dollars, à un cours de change prédéfini, un gage de confiance en quelque sorte, dans le but de garantir la stabilité du système financier international.

    L’Europe, dévastée par cinq années de conflit, ne disposant plus de ressources (or), nécessaires pour financer la reconstruction, voire son développement futur, dépendait entièrement des crédits du trésor américain qui, lui, détenait des réserves d’or en suffisance pour créer des dollars. Un vaste programme de financement fut mis sur pied, connu sous l’appellation « Plan Marshall », programme assorti d’une condition sine qua non, celle de l’obligation des débiteurs d’importer uniquement du matériel en provenance des Etats-Unis.

    Au fur et à mesure que l’Europe sortait de la récession et ses entreprises se mirent à exporter des biens et services à leur tour, leurs recettes en dollars, converties en monnaie locales, créant ainsi de la nouvelle monnaie locale, sont déposées au fur et à mesure, via les banques commerciales, auprès des banques centrales respectives, qui à leur tour investissent ces dollars en bon du trésor américain.

    Comme toute médaille, celle-ci a également deux faces.

    Ce système, permettait aux Etats-Unis, et permet encore à ce jour, d’activer la planche à billets, au-delà du raisonnable, et surtout, de financer une machinerie de guerre que l’ancien président Dwight D. Eisenhower appelait le « complexe militaro-industriel », avec les surplus commerciaux de ses partenaires. Dans les années 1970 et 1980, par exemple, le Japon finançait jusqu’qu’à 20 % du déficit budgétaire américain avec le surplus de sa balance commerciale.

    Avec la création simultanée d’instances supranationales, également sous la férule des Etats-Unis, telles que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce GATT, devenu Organisation mondiale du Commerce OMC en 1995, la dollarisation, décidée à Bretton Woods, s’étendait à la planète entière en guise d’outil de promotion du « made in America » et de contrôle militaire.

    Sous prétexte de réduire la pauvreté dans le monde, ces institutions accordent des crédits aux nations qui en ont besoin, à condition que celles-ci recyclent les dollars obtenus en produits américains, notamment agricoles, dans le cas de la Banque mondiale.

    Ainsi, au lieu d’aider les pays débiteurs, notamment d’Amérique Latine, d’atteindre une autosuffisance alimentaire, les crédits sont essentiellement destinés à financer l’exportation de céréales américaines, ou, dans le cas d’aliments qui ne poussent que dans les tropiques, tels que le sucre, les bananes, le café ou l’huile de palme, d’exploiter des plantations par des conglomérats américains dans le but d’écouler les récoltes sur le marché américain.

    La dépendance ainsi crée est ensuite utilisée à des fins de pressions politique voir militaires, en cas de velléités démocratiques ou indépendantistes, voire de réformes sociales indésirables.

    Ainsi s’expliquent les nombreux coups d’états et autres assassinats politiques par la CIA dans l’arrière-cour des Etats-Unis à travers l’Histoire, dont un des derniers en date, le coup d’état, orchestré par la Secrétaire d’état Hillary Clinton, en 2009, au Honduras où le président Manuel Zelaya, pourtant issu d’une grande famille de propriétaires terriens, avait la mauvaise idée de lancer une réforme agraire, ou à Haïti, où la sémillante Hillary sut empêcher une augmentation de salaire des travailleurs d’ateliers clandestins de 37 à 45 cents l’heure. (Wikileaks)

    En créant des déficits budgétaires de plus en plus insoutenables, notamment par les dépenses militaires, notamment pendant les guerres de Corée et du Vietnam, déficits qui s’additionneront année après année à la dette souveraine, les partenaires commerciaux commencèrent à douter de la solidité du système et à exiger la livraison de « leur or », comme le malheureux président Charles De Gaulle, qui cherchait à convertir les dollars, investis par les américains dans la guerre d’Indochine en or au lieu d’acheter docilement des bons du trésor américain. (Michael Hudson)

    Mal lui en avait pris, car, comme se vantait la CIA plus tard, les révoltes de mai 1968, qui avait conduit à la chute du héros de la Deuxième guerre mondiale, furent encouragées avec enthousiasme par les agents de Langley, qui, par ailleurs, réussirent également à débarrasser l’Italie de son Parti communiste. Toujours est-il, en 1972, le président Richard Nixon, déclara unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar en or et ouvrit, par la même occasion, la « Boîte de Pandore » de la création monétaire sans lendemain.

    On inventa, entre tant d’autres subterfuges, les pétrodollars, le recyclage des recettes pétrolières, notamment de l’Arabie Saoudite en actifs financiers américains, bons du trésor, immobilier, actions, sans jamais autoriser une prise de contrôle décisive bien entendu, comme c’est d’ordinaire le cas pour les vassaux du FMI, et les japonais et autres allemands et français continuaient à recycler leurs surplus commerciaux en dollars, ce qui mit une pression à la hausse de sa valeur, 50 % face aux plus importantes devises entre 1980 et 1985, hausse exacerbée par la nouvelle politique fiscale néolibérale du président Ronald Reagan, favorisant le capital au détriment du travail, ou, ce que le président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan appelait « le syndrome des travailleurs traumatisés », menant du même coup à une flambée des taux d’intérêts, due au besoin accru de financement du trésor public.

    L’accord de Plaza, signé le 22 septembre 1985 à l’hôtel Plaza à New York, entre les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon et le Royaume Uni, visa à réduire les déséquilibres commerciaux en dévaluant le dollar par des interventions massives sur les marchés des devises. Le résultat fut particulièrement douloureux pour le Japon qui vit flamber sa monnaie, occasionnant une bulle immobilière qui éclata en 1992 et dont le pays du soleil-levant n’a jamais récupéré jusqu’à ce jour.

    L’effet sur les déséquilibres économiques fut de courte durée, car la planche à billet du trésor américain continuait à tourner à plein régime, favorisant une financiarisation de sa propre économie et une délocalisation sans précédent de sa base de production vers des cieux plus cléments en matière fiscale et de coût du travail, tels que le Mexique ou la Chine.

    Le résultat fut une économie domestique non compétitive, faute d’investissements, et une triple dette, souveraine, actuellement de 28'000 milliards USD, privée, de 15'000 milliards USD, et une dette des entreprises domestiques de 12'000 milliards USD.

    S’il y a un pays qui a appris la leçon de cette « Histoire » c’est la Chine et son défunt leader spirituel Deng Xiao Ping, pour qui « peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris ».

    Aujourd’hui, la Chine a réussi à éradiquer l’extrême pauvreté telle que la définit la Banque Mondiale et qui touchait encore 750 millions de ses habitants en 1990. En même temps, 1,1 milliards d’habitants ont accédé à ce que la Banque Mondiale définit comme la « classe moyenne », 5,5 USD de revenu quotidien, grâce à ce que le Parti communiste à son tour appelle « économie socialiste de marché », un modèle économique mixte, pas très éloigné du modèle allemand des Trente glorieuses, l’économie sociale de marché, très éloigné en revanche du néolibéralisme.

    Dans une économie mixte, telle que la Chine, les besoins fondamentaux, tels que logements, santé, éducation, transport sont financés exclusivement par les pouvoirs publics et, contrairement aux économies européennes classiques de ce type, qui ne sont plus tellement classiques d’ailleurs puisqu’ils favorisent le modèle néolibéral du partenariat public-privé, la clé de la redistribution des richesses, la création monétaires, y est en mains de l’état.

    La privatisation de la création monétaire, entre les mains des banques commerciales, conduit in fine à la financiarisation de l’économie. Dans le but de maximiser les profits et de minimiser les risques, les banques ne prêtent pour ainsi dire que contre la mise en gage d’un actif financier existant (80% des crédits octroyés aux Etats-Unis). Elles ne contribuent donc pas à la création de nouveaux moyens de production, ce qui se vérifie aisément en observant la bulle financière et immobilière qui est actuellement sur le point d’éclater à nouveau.

    Ainsi, contraire au sauvetage des banques par le trésor américain en 2008, une éventuelle mise en faillite du conglomérat immobilier chinois « Evergrande », qui représente entre 2 et 3 % de l’économie chinoise, touchera en premier lieu les créanciers imprudents, puisque la Chine n’a pas de contentieux basé sur la dollarisation.

    Au contraire, la Chine vise une diversification en renforçant ses liens avec la Russie, l’Iran et le Venezuela, tous touchés par des sanctions économiques américaines.

    Son projet phare, la « Nouvelle route de la soie », un ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l’Europe, englobant 68 pays, représentant 4,4 milliards d’habitants ou 40 % du PIB mondial, un outil de restructuration de la gouvernance mondiale selon certains, laissera l’Europe le cul entre deux chaises devant un choix plus que cornélien.

    (1) Michael Hudson, économiste américain professeur à l’université Missouri- Kansas City, mettant l’accent de ses analyse sur l’effet de la dette sur le développement économique,
    (2) 3rd Edition: Super-Imperialism | Michael Hudson (michael-hudson.com)

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