Le blog de Bruno Hubacher

  • Journalistes

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    La nouvelle conception des relations internationales, vue par le président américain Woodrow Wilson (1913 – 1921), fut en complète rupture avec le consensus isolationniste, formulé par le président James Monroe, un siècle avant lui (1817 – 1825). Basée sur la pensée du philosophe allemand Emmanuel Kant, celle-ci reposa, mise à part l’abandon de l’isolationnisme, sur l’autodétermination des peuples, ainsi que sur la promotion des valeurs américaines dans le monde, telle que la démocratie et le modèle économique capitaliste.

    Le 8 janvier 1918, devant le Congrès américain, il présenta son fameux plan de sortie de la Première guerre mondiale, projet de quatorze points, visant à rendre aux peuples leur droit à l’autodétermination, lançant par la même occasion l’idée de la création d’une entité supranationale, la Société des Nations, précurseur des Nations Unies, censée préserver la paix dans le monde pour les générations futures, un vadémécum, élaboré par 150 académiciens, des géographes, historiens et politologues, sous la direction du diplomate Edward House. Un poste clé dans ce dispositif fut attribué à un certain Walter Lippmann, père du néolibéralisme et concepteur du « journalisme moderne ».

    L’idéalisme wilsonien fut diversement apprécié par les vainqueurs, avec scepticisme par ceux qui préféraient l’ancien ordre mondial, colonial, à un nouvel ordre mondial, potentiellement géré par les Etats-Unis d’Amérique, comme le président du Conseil des ministres français, Georges Clemenceau qui, en apprenant la nouvelle, s’exclama : « Quatorze points ? C’est ambitieux. Dieu n’avait trouvé que dix. »

    Toujours est-il, le traité de Versailles, non ratifié d’ailleurs par le Congrès américain, toujours attaché à la tradition non-interventionniste, permit finalement de mettre de l’eau dans le vin wilsonien, avec les conséquences qu’on connaît.

    Il fallait attendre la fin de la Deuxième guerre mondiale pour que l’idéalisme wilsonien vécut sa renaissance avec la création des Nations Unies et toute sa ribambelle d’organisations supranationales spécialisées, comme le Fonds monétaire international FMI, la Banque mondiale, OMS, OMPI, OIT, UNESCO, FAO etc. sous la houlette des Etats-Unis cette fois-ci.

    Entre temps Walter Lippmann eut loisir de méditer sur le libéralisme et ses travers, notamment le danger qu’il représentait pour la suprématie de la classe dirigeante, issue du capitalisme patriarcal du 19ème siècle, une époque à laquelle le peuple savait se tenir à carreau. On avait donc intérêt à l’encadrer ce libéralisme, de préférence par une nouvelle forme d’autoritarisme, plus moderne, le néolibéralisme.

    Etant donnée que, selon Walter Lippmann, le commun des mortels est incapable de formuler ne serait-ce que le début d’une pensée politique, il faut lui en fabriquer une. A cet effet on « délègue la pensée » à une élite intellectuelle qui se réunit régulièrement dans le cadre de nouvelles institutions, inventées par Lippmann, les « Think tanks » ou « groupes de réflexion », dont les élucubrations des experts sont censées servir aux élus de bien gérer la chose publique. Et pour mieux faire passer la pilule auprès du grand public, les médias serviront de courroie de transmission en diffusant la « propagande bienveillante » sortie des cercles initiés.

    En 1938 le faiseur d’opinion organisa à Paris le fameux colloque Walter Lippmann, une réunion de 26 économistes et penseurs libéraux, sur le thème « les causes du déclin du libéralisme », conférence servant de modèle plus tard à la célèbre Société du Mont Pèlerin, animée par le regretté Friedrich August von Hayek, économiste autrichien, père spirituel de la non moins regrettée Lady Thatcher, défunte Premier ministre britannique.

    A l’issue de la Deuxième guerre mondiale débuta le programme secret « Operation Mockingbird », initié par Frank Gardiner Wisner, directeur des opérations de l’Office of Strategic Services OSS, destiné à infiltrer les médias dans le but de diffuser la propagande atlantiste et néolibérale, impliquant plus de 3'000 journalistes pour des rétributions parfois dérisoires.

    L’opération fut reprise en 1954 par le premier directeur de la Central Intelligence Agency CIA, Allen Dulles, et continuait à fonctionner jusqu’aux années 70. A en croire le témoignage de l’ancien journaliste du quotidien allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » Udo Ulfkotte, décédé en 2017, la pratique perdure. (Gekaufte Journalisten, 2014)

    Il ne croyait pas si bien dire. On connaissait le rôle des « sévices secrets » américains, depuis leur création, dans le « maintien de l’ordre international et la défense des valeurs démocratiques », on connaît moins le volet « médias » ou « propagande bienveillante ».

    En contraste avec les beaux jours de la Guerre froide, actuellement, à l’ère d’internet, les choses ne se passent plus en secret.

    Ainsi le « Think tank » ou « groupe de réflexion » écossais « Institute for Statecraft », dédié à la « propagation de la démocratie », fondé par d’anciens miliaires qui « pensent que les gouvernements occidentaux devraient être mieux informés au sujet des agissements d’espions russes (Wikipedia) », financé par le Département de la défense britannique, le Département d’Etat des Etats-Unis, l’Otan et la multinationale américaine » Meta », anciennement « facebook », affiche fièrement sa mission sur son site internet. (1)

    Le fait que quasi l’ensemble des médias, inclus les médias alternatifs, grâce au réseau « pro-démocratie » du milliardaire Pierre Omidyar (2), soit déjà sous contrôle, ne satisfait pas le consensus atlantiste, qui traque les quelques poches de résistance qui restent, tels que l’ancien reporter de guerre du « New York Times », Chris Hedges en leur imposant la censure, ou en les privant des cotisations de leurs lecteurs en bloquant l’accès aux systèmes de paiement tel que « Paypal » (Omidyar ?), ainsi arrivé aux sites d’information américains « Consortium News » et « Mintpress », ou tout simplement en salissant leur réputation dans le cas du site « Grayzone ».

    Le chevalier blanc pour la cause de la démocratie dans ce cas apparaît en la personne d’un journaliste, comment en pouvait-il être autrement, le britannique Paul Mason, ex-star du service public BBC et Channel 4, fréquent contributeur au quotidien de gauche « The Guardian », ancien trotskiste et agent dormant en mission au sein du Parti Labour, conspirant en secret, avec succès, contre « l’ennemi public numéro un », Jeremy Corbyn.

    Un échange d’emails auquel le site d’information « Grayzone » a eu accès (3), implique, outre le sémillant journaliste Paul Mason, Amil Kahn, CEO de « Valent Projects » (4), une organisation dédiée à la lutte contre la désinformation, Emma Briant, une académicienne britannique, spécialiste en propagande, désinformation, guerre de l’information et surveillance, ainsi que Andy Pryce, au service du Ministère britannique des affaires étrangères, section désinformation et médias.

    En une sorte de « brainstorming », le quartet, dévoué corps et âme à la propagation de la démocratie et des valeurs occidentales, brasse des idées, comment décrédibiliser, voire ridiculiser les journalistes, contributeurs du site d’information « Grayzone ».

    Dans un tout autre registre du domaine de l’information, ou désinformation, c’est selon, franco-français cette fois-ci, plus amusant peut-être, on apprend ces jours-ci, sur le site d’information français « Fakir », le témoignage d’un (e) journaliste pigiste (5), agissant « tantôt en tant qu’experte en économie, expert en géopolitique de l’énergie » tantôt en tant que « journaliste écrivain gabonais, consultant en énergies renouvelables et solutions alternatives » tantôt « en tant qu’ancienne infirmière cadre devenue consultante dans la santé »,tantôt « professeur d’histoire géographie spécialiste des questions africaines, chargé d’études techniques actuarielles » tantôt « entrepreneur rédacteur en chef, juriste spécialisée en droit de l’internet, consultant en nouvelles technologies, auditeur risques à l’international...de la junte militaire thaïlandaise ».

    Comme quoi, ne mords pas la main qui te nourrit.

    (1) La fabrique de l’intox - Le blog de Bruno Hubacher (tdg.ch)
    (2) Que cache Pierre Omidyar ? - AgoraVox le média citoyen
    (3) Leaked emails expose Paul Mason’s collusion with senior British intelligence agent - The Grayzone
    (4) Valent Projects (valent-projects.com)
    (5) Moi, journaliste fantôme au service des lobbies… - Journal Fakir (fakirpresse.info)

    British “Watchdog” Journalists Unmasked as Lap Dogs for the Security State (mintpressnews.com)

    https://thegrayzone.com/2022/06/07/paul-masons-covert-intelligence-grayzone/
    (We could use the Jacques Baud article on Ukraine as an example of purposefully created disinfo) Jacques Baud, ancien colonel de l'armée suisse, analyste stratégique, spécialiste du renseignement et du terrorisme ndlr)

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  • Crypto

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    C’est par le terme hébreu « Amen » que les fidèles terminent leurs prières. C’est par son synonyme latin « fiat », ainsi soit-il, que les banquiers des temps modernes achèvent les leurs.

    Une monnaie fiduciaire (fiat currency) est une monnaie, dont la valeur nominale est supérieure à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire, la bonne administration des richesses matérielles de son émetteur, l’état, la différence, ou, pour utiliser un terme comptable, le goodwill, étant la confiance que le détenteur concède à l’émetteur.

    Dans le cas du système monétaire de l’étalon or, l’unité monétaire, émise par l’état, correspond à un poids fixe d’or.

    Le préfixe crypto, provenant du grecque, signifiant « caché », un antonyme pour « transparent », est utilisé pour décrire la dernière version, moderne, de la monnaie « fiat », la cryptomonnaie, dont l’émetteur n’est plus le représentant d’un collectif social, vivant sur un territoire géographiquement délimité, et dont les membres exercent une activité économique, un état, mais une machine.

    Le principe du papier-monnaie fut introduit pour la première fois, en France, par un écossais, comment pouvait-il en être autrement, John Law, en 1720, dans le but d’effacer la dette colossale du Roi-Soleil, Louis XIV, au train de vie dispendieux, principe repris ensuite par les révolutionnaires en 1789, sous l’appellation d’assignats, billets de banque, gagés sur les « biens nationaux », les richesses volées au clergé.

    N’ayant rien à envier aux goûts de luxe du plus dépensier des Bourbons, les révolutionnaires activèrent aussitôt la planche à billets, à volonté, pour financier la guerre, cela sonne familier (?), de façon, à ce que le nombre de billets émis, dépassa rapidement la valeur des biens, volés au clergé, créant ainsi…de l’inflation.

    C’est donc la confiance, la base de la théorie quantitative « moderne » de la monnaie, le monétarisme, et non les modèles mathématiques sophistiqués que personne n’est censé comprendre, le même subterfuge d’ailleurs avancé par les inventeurs de la cryptomonnaie, la complexité supposée.

    Il s’appelle Do Kwon, l’inventeur coréen de la cryptomonnaie « Terra », une nouvelle monnaie électronique, censée être liée au cours du dollar US. Pour ce faire il aurait fallu accumuler, avec l’afflux des devises de la part des investisseurs, en lieu et place de lingots d’or, des titres du trésor américain, afin de soutenir le cours de la nouvelle monnaie, en cas de perte de confiance des investisseurs. Il aurait fallu. (1)

    Il semblerait que Do Kwon ait trouvé un autre usage, plus personnel. En lieu et place il avait créé la monnaie jumelle « Luna », dont la valeur fut purement fonction de l’offre et de la demande. Afin d’obtenir le sésame, la monnaie « Terra », l’investisseur devait d’abord acquérir la monnaie « Luna », dont la valeur fut multipliée par 100 à son apogée, sous le poids de la demande. Pour 100 dollars US on pouvait donc acquérir une unité « Luna » et l’échanger, si on voulait bien le faire, contre une unité « Terra », supposément sécurisée par une unité de la valeur de première qualité, des bons du trésor américain, par exemple, d’une valeur réelle de 1 dollar US.

    Le fait que « Luna » ait perdu, en l’espace de quelques jours, près de 100 % de sa valeur, et que la valeur de sa jumelle « Terra » soit tombée en dessous de sa parité vs le dollar US, est un indice que la valeur du gage, censé protéger « Terra », fut très probablement insuffisante, ou inexistante (?), un peu à l’instar de la fortune du clergé, pillée au fur et à mesure par les révolutionnaires pour financer la guerre, servant de gage aux assignats, émis par les derniers. Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil.

    On pourrait objecter que Do Kwon est un escroc et les banquiers, à plus forte raison les banquiers centraux, des gens bien. Après tout, contrairement à monsieur Kwon, les derniers travaillent pour le bien commun, disposant de modèles mathématiques sophistiqués, toujours à l’affut du moment opportun pour approvisionner l’économie avec la quantité nécessaire de monnaie pour garantir son bon fonctionnement, tout en laissant aux banques commerciales privées le choix des heureux bénéficiaires du précieux sésame. Cela va sans dire. C’est le libéralisme économique après tout. Et si les heureux bénéficiaires sont des fonds d’investissement, tels que Black Rock, Vanguard ou State Street, et non l’économie réelle, soit.

    Il n’est donc pas étonnant qu’aux temps de la raréfaction, simulée par la spéculation ou réelle, cela reste à démontrer, de valeurs tangibles, telles que les matières premières, la valeur des cryptomonnaies, crée du néant, à l’instar de celles des banques centrales, censées protéger ses investisseurs contre l’inflation, un peu comme celles des banques centrales, s’effondre.

    Quant à l’inflation, qui touche tout le monde, elle est attisée par le retour de la masse de monnaie, crée du néant, depuis 2008 à un rythme effréné qui représente un multiple de la croissance économique, dans le simple but de sauver du naufrage un système économique et financier, déjà pourri jusqu’à la moelle, le capitalisme.


    (1) Terra und Luna – oder wie der Mond die Erde vernichtete - Relevante Ökonomik (relevante-oekonomik.com)

    (1) Heiner Flassbeck, économiste allemand, Secrétaire d’Etat au Ministère fédéral allemand des finances, conseiller économique du Ministre allemand des finances, Oscar Lafontaine, entre 1998 et 1999, Directeur du Département « Macroeconomics and Development » à United Nations Conference on Trade and Development UNCTAD à Genève entre 2003 et 2012.

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  • Consensus de Washington

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    Le consensus est à l’économie ce que le Credo est à la foi catholique.

    Le consensus de Washington est un ensemble de recommandations en matière de politique économique, émises par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, ainsi que le Département du trésor américain, tous basés à Washington, à l’intention des nations latino-américaines, en proie à de graves difficultés économiques et financières, suite à la crise des dette souveraines vers la fin des années 1980.

    Furent mises en exergue comme conditions « sine qua non » pour l’obtention d’un prêt en US dollars auprès de ces éminentes institutions, notamment, une discipline fiscale rigoureuse, évitant des déficits budgétaires excessifs (En 2021 le déficit budgétaire des Etats-Unis s’élevait à 2'800 milliards USD ou 12,4 % du produit intérieur brut, le triple par rapport à l’année 2019 ndlr), baisse des impôts, notamment ceux sur les bénéfices des entreprises, dérégulation des taux d’intérêts, taux de change compétitif, libéralisation du commerce extérieur, libéralisation des taxes douanières, privatisation du service public, garantie des droits de propriété.

    Ce qui, sur le plan macro-économique, fut sans doute un succès pour les caciques de Washington, occulte la réalité sur le terrain, le renversement de la clé répartition des richesse produites, au détriment du travail, en faveur du capital, ainsi que l’abandon de la souveraineté économique et sociale en faveur d’institutions supranationales, contrôlés par les Etats-Unis.

    Profitant du changement de paradigme actuellement en cours, déclenché par la crise ukrainienne, du moins en ce qui concerne le rapport de force entre grandes puissances, l’économiste américain Michael Hudson publie son nouveau livre « The Destiny of Civilization » Finance Capitalism, Industrial Capitalism or Socialism, un condensé d’une série de conférences que l’ancien professeur à l’université de Beijing, Wuhan et Hong Kong avait tenues devant un parterre chinois. (1)

    Les prévisions en matière d’économie étant plutôt difficiles, du moins celles qui concernent l’avenir, l’extrapolation de la brève histoire du capitalisme, à peine 200 ans, que tente le professeur dans son ouvrage, pour en tirer ses propres conclusions sur son avenir, peut paraître audacieuse, si on tient compte des 200'000 ans que l’humanité a déjà parcourus et du fait que la notion de « civilisation », une société densément stratifiée, maintenue par une entité autoritaire, un monarque ou un gouvernement, prête à sacrifier sa liberté et sa vie pour « le bien commun », est apparue il y a à peine 5'000 ans avec les dynasties des pharaons de l’Egypte antique (The Dawn of Everything, Graeber, Wengrow ndlr). (2)

    Toujours est-il, pour Michael Hudson, il y a le bon et le mauvais capitalisme. Le bon c’est celui de l’Angleterre du 19ème siècle, le capitalisme industriel, et le mauvais, c’est celui qui domine aujourd’hui, le capitalisme financier.

    En effet, les capitalistes anglais, les premiers à tenir tête à la noblesse terrienne, qui vivait de la rente sans rien produire, comme le font les banquiers de nos jours, défendaient la liberté économique contre le capitalisme rapace, celui du prélèvement de loyers, d’intérêts et de taxes.

    Ceci dit, libéralisme et liberté sont des termes parfaitement antinomiques, car la volonté de la part de la classe capitaliste de se débarrasser de l’aristocratie terrienne, par l’introduction de la démocratie, ne fut pas le fruit d’un sursaut philanthropique, mais bien davantage la volonté de créer une société de consommation.

    Pour ce faire des figures ultraconservatrices comme le Premier Ministre de l’époque Benjamin Disraeli ordonnait l’assainissement des services publics, notamment la codification dans la législation de l’accès aux soins médicaux, en créant le « Public Health Act » de 1875, et le Chancelier allemand Otto von Bismarck d’introduire un système des retraites, dont, certes, l’âge fut soigneusement aligné sur le niveau de l’espérance de vie, des acquis sociaux, qui, entre de nombreux autres, avaient fait progresser la qualité de vie du plus grand nombre de manière spectaculaire, du moins jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale, date du retour de la classe des rentiers, la finance, annonçant le début l’ère du néolibéralisme

    Le retour des rentiers, marqua également le début de la désindustrialisation des économies occidentales et la montée en puissance de la Chine qui se servait des bonnes vieilles recettes du capitalisme industriel du 19ème siècle pour sortir sa population de la misère. La Russie, dont le niveau de vie était bien supérieur à celui de la Chine avant la désintégration de l’Union des républiques socialistes soviétiques, s’était vue envahie par le capitalisme prédateur américain et européen dès 1991, cherchant à exploiter à vil prix les ressources naturelles disponibles en abondance, causant un appauvrissement considérable de la population, jusqu’au véto d’un certain Vladimir Poutine.

    Un empire ne laisse pas contrecarrer ses plans sans réagir. Ainsi, on peut citer un responsable du Département d’Etat des Etats Unis qui déclare que : « Le mieux serait de morceler la Russie en quatre pays différents, afin d’avoir un meilleur contrôle sur ses ressources naturelles. Cela nous laisserait la main libre pour nous occuper ensuite de la Chine, où nous pourrions orchestrer des révoltes populaires en y envoyant quelques djihadistes, je pense à la province du Xinjiang. »

    Ainsi, le monde est actuellement divisé en deux camps, d’un côté les Etats-Unis et l’Europe, désindustrialisés et financiarisés, assis sur un montant colossal de monnaie fiduciaire, crée du néant, et de l’autre l’Asie avec la Chine en tête, première puissance économique, à la pointe du développement technologique, disposant d’une base industrielle solide, avec la Russie comme voisin, premier fournisseur mondial de produits agricoles et exportateur majeur de ressources énergétiques.

    Ce qui reste à l’Ouest ce sont les sanctions économiques et la machinerie de guerre américaine, alimentée par la création monétaire. Ainsi, le produit intérieur brut annuel des Etats-Unis se situe actuellement autour de 24 billions USD tandis que sa dette souveraine, financée, pour la toute petite histoire, en grande partie par des pays disposant d’une balance commerciale excédentaires, la Chine en tête, oscille autour de 30 billions USD, la différence, remarque un économiste latino-américain, de 6 billions USD, représente grosso modo le produit intérieur brut annuel de l’ensemble des pays d’Amérique latine.

    Il n’est donc pas étonnant que le prochain président du Brésil, du moins selon les derniers sondages, Luiz Inàcio Lula da Silva, préconise d’ores et déjà la création d’un système monétaire latino-américain, indépendant du dollar américain, sans parler de l’aspiration de la Chine, de la Russie, des états d’Asie centrale, de l’Iran et de l’Inde de faire autant, par la force des choses, sans parler de l’Afrique avec ses ressources naturelles.

    Quoi qu’il en soit on reste dans la logique capitaliste de l’organisation de la production et la répartition des richesses produites, peu démocratique en fin de compte, car dominée par une classe, qu’elle soit industrielle out financière, peu importe finalement.


    (1) Economist Michael Hudson on decline of dollar, sanctions war, imperialism, financial parasitism | MR Online
    (2) “The Dawn of Everything”: David Wengrow & the Late David Graeber On a New History of Humanity - YouTube

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