02/08/2016

Le partage du pouvoir, un nouveau modèle pour l’Europe !

Le peuple suisse n’aime pas les têtes qui dépassent. Souvent moquée par les milieux économiques et les observateurs politiques, cette curiosité bien helvétique est pourtant à la racine de la prospérité et la stabilité politique du pays.

Dans les nations qui nous entourent les têtes qui dépassent font actuellement de gros dégâts, sociaux, politiques et environnementaux.

La démocratie représentative est une bonne chose, à condition qu’elle soit accompagnée de moyens de censure efficaces tels que l’initiative populaire et le référendum facultatif. La grosse fatigue de la démocratie européenne s’explique par la quasi absence de ces réprimandes populaires, accordées par le pouvoir exécutif au bon vouloir et au compte-gouttes.

Les suisses ont ce privilège de censure systématique, probablement unique au monde. Pourtant, le taux de participation lors des votations, certes fréquentes, ne dépasse que rarement les 50%, raison pour laquelle, les électeurs de ce pays seraient bien inspirés à veiller sur leurs droits, qui, comme le démontre l’actualité, ne sont pas acquis ad aeternam.

L’introduction des outils de démocratie directe, tels que le référendum facultatif et l’initiative populaire, dont les citoyens européens auraient cruellement besoin, apporterait un nouveau souffle au projet de Robert Schumann.

Pourtant, les réflexes monarchiques ont la vie dure chez les politiciens, successeurs dignes des rois déchus. Ils ne sont pas prêts à partager le pouvoir. Même les verts allemands, jadis des trublions quasi anarchiques, ont pris le goût du pouvoir et ne s’en lassent pas. C’est tellement humain.

Ainsi, en Angleterre, où l’outil du référendum est une chimère démocratique et où les citoyens ne s’expriment quasi jamais sur des sujets politiques, c’est le premier ministre « himself » qui choisit le moment et le sujet d'un plébiscite, sur un coup de poker, en quelque sorte, de façon à ce que, l’électeur, plutôt que de rendre un verdict censé, saisit l’occasion pour laisser libre cours à sa colère et sa frustration refoulée et se venge, quitte à se tirer un autogoal.

Suite à l'autogoal du BREXIT, le gouffre entre les élites anglaises et leurs élus s’est encore élargi un peu, alors qu’en pleine tempête politique éclate une querelle au sein de « Labour » parce que les ténors du parti se vengent des adhérents pour avoir élu un président qui ne leur convient pas. Ainsi ils imposent deux de leurs propres candidats pour faire tomber celui du plebs.

La tradition monarchique des politiciens européens n’est pas propre aux anglais. Les français sont imbattables dans la discipline. Eux aussi choisissent le lancement d’un référendum quand ils jugent les électeurs « mûrs » pour une décision qui irait dans leur sens

Heureusement, les candidats progressistes et anti système sont dans les "starting-blocks" pour les présidentielles de 2017. Ils promettent une refonte des institutions et une sixième république, c’est bonne chose. Toutefois, les réflexes impérialistes et la nostalgie de la « Grande Nation » ont la vie dure. Avec une telle attitude, même de la part des politiciens progressistes, les Etats-Unis d’Europe ne sont pas pour demain.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, qu’on ne pourrait guère soupçonner de nationalisme primaire, rêve d’une francophonie, unie sous les auspices de la "Grande Nation". Décidément c’est dans les gênes. A moins que la France ne se détache du continent et prenne le large sur une plaque tectonique pour se rattacher au « Québec libre », elle est un pays européen.

L'anti-germanisme et l'anglophobie des insoumis ne sont pas compatibles avec leur programme économique et politique progressiste. Un peu plus d’engagement pour « l’Europe d’après » serait souhaitable.

En Allemagne, ni Madame Merkel ni Monsieur Schäuble, ne dévieront de leur idée d’une Europe austère et vertueuse, à l’image de la fameuse « ménagère souabe », et même les verts y croient. Décidément le goût du pouvoir fait oublier les idéaux d’antan.

La Turquie, qui fait et ne fait pas parti de l’Europe a finalement pris ses distances avec la démocratie. Les électeurs l’ont cédé, démocratiquement, à la dictature, tel que les allemands l’avaient fait longtemps avant eux.

Mustafa Kemal aurait vu les choses autrement, lui qui voulait la démocratie et le sécularisme pour son peuple. Seulement, Mustafa Kemal était un homme de pouvoir et un homme pressé qui n’avait nullement l’intention de prendre le temps et préparer le terrain pour laisser la gloire et le privilège d’avoir son buste sur les places publiques à un successeur.

Ainsi, sous son règne, la démocratisation et la sécularisation s’opérait à la vitesse grand V. Atatürk pensait pouvoir introduire ses réformes en une génération, un processus qui a pris des centenaires en Europe. La division actuelle de la société turque montre que beaucoup de malentendus persistent. L’exercice démocratique demande de la doigtée et de la pédagogie avec le risque d’un résultat imprévisible, la volonté du peuple.

Pourtant, la meilleure forme de gouvernement parmi les pires a encore de beaux jours devant elle. Espérons.

16:05 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

01/08/2016

Valeurs et politique, un oxymore ?

Un parfum de « Weimar » flotte sur le paysage politique européen, une ambiance de fin de règne qui présage un changement radical, pour le meilleur ou le pire.

Certes, nous ne sommes pas en période d’après-guerre et la précarité actuelle n’est pas comparable à la misère d’antan, toutefois l’insatisfaction généralisée et la nostalgie pour le retour d’un « homme fort », ou une femme, rappelle ces jours sombres. Le sentiment de la fin d’une époque est palpable, pas la fin de règne d’une monarchie cette fois, mais la fin de règne d’un système, celui d’une philosophie économique et politique néolibérale qui domine la société occidentale depuis une vingtaine d’années et dont les jours sont comptés.

Des prétendants pour reprendre le flambeau ne manquent pas à l’appel, entre la droite nationaliste et les fondamentalistes religieux ce sera, à nouveau, l’establishment économique qui choisira la formation politique qui lui conviendra, à moins que…

A moins que la démocratie, un peu rouillée actuellement, ne se remette en marche. Les signes encourageants sont nombreux. Aux Etats-Unis, par exemple, la jeune génération Y, sort de sa réserve et se passionne pour la politique. Il suffisait qu’un vieux routier de la vie publique leur explique les droits civiques les plus élémentaires. Cela paraît révolutionnaire.

Ainsi, Bernie Sanders, qui est au-delà de la logique électoraliste depuis longtemps, vient de créer le « Bernie Sanders Institute » qui aura pour mission de revigorer la démocratie participative, en fournissant un soutien financier et logistique aux futures campagnes électorales de tout citoyen américain progressiste qui souhaite se présenter pour un mandat politique local ou au niveau national. Première échéance, les élections du congrès de mi-mandat. Actuellement, une centaine de politiciens progressistes sont activement soutenus. Le financement est assuré, par les dons des sympathisants, 30 USD environ par contribution. Ce mode de financement « grassroots », aux antipodes du monde du lobbying, est en train de faire des petits en Europe.

Pour suivre la campagne électorale démocrate sur youtube : Young Turks, Democracy Now, Jimmy Dore, Secular Talk

En Angleterre, les membres du parti « Labour », parti qui perd les élections de 2014 à la faveur de la droite néolibérale du premier ministre David Cameron, élisent, au mois de septembre 2015, au nez et à la barbe de ses parlementaires à Westminster, avec 59% des votes, un nouveau leader progressiste, Jeremy Corbyn, un ancien « backbencher », un dinosaure de la politique qui, depuis 30 ans, ne cesse de prêcher dans le désert et de défendre une politique social-démocrate conforme aux valeurs du parti. Il se situe constamment en marge du courant néolibéral « Blair-Brown » dominant, un peu à l’instar du sénateur américain, Bernie Sanders face à l’establishment du parti démocrate.

A la suite de cette élection, le nombre des inscriptions, au prix de 3 £, a littéralement explosé à 370'000 membres. Depuis, fort du mouvement progressiste « Momentum », crée par de jeunes militants, ce chiffre dépasse actuellement la barre de 500'000 membres, un record historique. Rien que depuis le referendum sur le BREXIT, 100'000 nouveaux membres se sont inscrits.

Pour mémoire, ce chiffre culmine à 405'000 membres en 1997 lors de l’élection de Tony Blair comme Premier Ministre, pour s’éroder ensuite, de façon continue, jusqu’à 195'000 membres en 2014, année de la grande débâcle du malheureux candidat Ed Miliband.

A l’instar de l’establishment du parti démocrate américain, qui a fini par se débarrasser du candidat gênant, Bernie Sanders, les ténors du parti, veulent quelqu’un de leurs rangs pour diriger le parti. Décontenancés par les conclusions accablantes de la commission « Chilcot » sur le rôle de l’ancien Premier Ministre Tony Blair et son gouvernement dans l’invasion militaire en Iraq, ils préfèrent actuellement un bras de fer avec la base. Ainsi, 170 parlementaires sur 230, contestent actuellement le leadership de Jeremy Corbyn, élu il y a à peine une année, en présentant un candidat de leur choix, un candidat de l’establishment contre le peuple, en quelque sorte. Affaire à suivre.

En Allemagne, le « SPD », qui, comme « Labour » a jeté par-dessus bord ses valeurs « social démocrates » démodées depuis longtemps, commence à se sentir de plus en plus à l’étroit dans son rôle de partenaire junior dans la coalition néolibérale d’Angela Merkel. Ainsi, Sigmar Gabriel, président du « SPD » et ministre de l’économie et de l’énergie parle actuellement de la fin de l’austérité budgétaire. Une hérésie au pays des retraités.

Côté gauche de la gauche, Gregor Gysi, le politicien le plus populaire des allemands, co-fondateur du parti « Die Linke » et chef de son groupe parlementaire au Bundestag entre 2005 et 2015, actuellement à la semi-retraite, parle d’une fenêtre historique pour une coalition « rouge, rouge, vert » en 2017. Il y aura du boulot, il le sait. Fin tacticien et orateur hors pair il est toutefois le mieux placé à gauche pour rapprocher les positions, à ce jour encore, disparates.

Actuellement, « Die Linke » peine à dépasser l’extrême droite montante, « AFD », qui cartonne notamment dans les Länder de l’ancienne RDA et qui ne manquera pas son entrée au Bundestag l’année prochaine. De leur côté, le « SPD » et « les Verts » sont en perte de vitesse et un rapprochement des positions, entre les trois partis, notamment en matière de politique extérieure s’annonce laborieux. La bonne nouvelle est, que la CDU/CSU non plus n’a la faveur des électeurs.

Une entente entre Lafontaine et Gysi, fondateurs du parti, permettrait déjà de clarifier la position de la gauche de la gauche, notamment dans le dossier épineux des réfugiés. La récente tentative de rapprochement maladroite aux positions de l’AFD, de la part de l’épouse d’Oscar Lafontaine, Dr. Sahra Wagenknecht, a déclenché un tollé d’indignation. Ce genre de tentative de pêche aux voix, une erreur politique à ne pas commettre, est, ce qu’on appelle au foot, un autogoal.

Le cas de figure de la France est probablement le plus intéressant en Europe. Avec un parti socialiste qui perdra probablement le pouvoir en 2017, une droite qui tente de séduire les électeurs avec d'anciens et futurs repris de justice et une extrême droite qui, finalement, dans la bonne tradition de la politique française, s’est fait pincer par le fisc et la justice, le vide politique est abyssal.

Le trublion Jean-Luc Mélenchon a commencé à le remplir cet espace, avec son site internet participatif et son discours pédagogique à la Bernie Sanders. Orateur hors pair et homme cultivé, il a la capacité de séduire les jeunes électeurs, las de la langue de bois. Il s’est taillé un costume d’homme d’état abandonnant la rhétorique guerrière à la faveur d’un discours rassembleur et responsable. Les autres prétendants ne manqueront pas de copier la recette. Toutefois, les électeurs préféreront probablement l’original.

En Espagne, le mouvement « Podemos » avec son charismatique leader Pablo Iglesias a encore du pain sur la planche. A l’instar du parti « Die Linke » en Allemagne, une coalition avec le « PSOE » demande encore du travail conviction pour faire changer la feuille de route aux socialistes. La patience sera payante.

14:00 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

20/07/2016

Chicago 1968 – Philadelphia 2016 ?

La convention nationale démocrate se tiendra cette année dans la ville de Philadelphie. Entre le 25 et 28 juillet prochain, 4765 délégués choisiront le candidat démocrate à la présidence et la vice-présidence des Etats-Unis.

Face à un parti républicain en déliquescence, qui tiendra son congrès entre le 18 et 21 juillet prochain à Cleveland, ce sont les démocrates qui poseront les jalons d’une Amérique à la croisée des chemins et, en effet, du monde occidental. Vu le contexte actuel, l’événement se tiendra sous haute tension, un peu à l’instar de « Chicago 1968 », et la jeunesse tiendra à nouveau la vedette.

En 1968, l’Amérique est en colère. En effet, l’année est marquée par une série d’émeutes raciales particulièrement violentes, deux assassinats politiques, celui du pasteur Dr. Martin Luther King et du sénateur démocrate, Robert F. Kennedy, ainsi qu’une contestation massive contre la politique guerrière du président démocrate Lyndon B. Johnson au Vietnam.

Le choix du candidat, téléguidé par le président Johnson, le vice-président de l’époque, Hubert Humphrey, divise le parti, dont la base préfère le prétendant anti-guerre, le sénateur du Minnesota, Eugene McCarthy, très populaire auprès de la jeunesse américaine. Celle-ci se plie en quatre pour son idole et va jusqu'à se couper les cheveux longs et les barbes pour faire du porte à porte pour Eugene. « Get clean for Gene ».

Néanmoins, la convention se plie au choix « présidentiel », Hubert Humphrey, qui, fatalement, perdra les élection nationales en faveur du camp républicain et l'ambitieux Richard Nixon. Le reste, c'est de l'histoire. Celui-ci réussira, par la suite, à enfoncer le pays encore davantage dans le guêpier vietnamien, avec l'aide de son humble serviteur, le diabolique Dr. Kissinger. Tout ça pour ça.

Au parti démocrate, il ne reste plus qu'à réparer les pots cassés. Il mettra sur pied la commission McGovern-Fraser, avec pour mission de réformer son système électoral. Ses conclusions mènent à l’introduction des élections primaires, organisées état par état. Depuis, 80% du processus électoral est ainsi décidé par les membres et 20% par les ténors du parti, les fameux « super delegates ».

Nous sommes en 2016, l'Amérique est en colère, et, à l'instar de 1968, le parti démocrate est divisé. D'un coté la génération du « baby-boom », de l'autre la jeunesse, la « génération Y ». L’affrontement entre partisans est programmé, salutaire et constructif cette fois, il faut espérer.

Bernie Sanders, la version 2016 d’Eugene McCarthy, continue à se battre pour un « manifesto » progressiste. Fort de ses 13 millions de supporteurs, majoritairement jeunes, il met la pression au parti pour une injection d'une dose de progressisme nécessaire : gratuité des frais scolaires, impôt progressif sur le revenu et la fortune, renégociation des traités de libre échange, démantèlement des banques et réintroduction de la loi « Glass-Steagall », interdiction du « fracking » fracturation hydraulique, réforme du système pénitentiaire, légalisation du cannabis.

Hillary Clinton saura-t-elle faire oublier son incarnation de l'establishment et sa proximité avec Wall Street ? Les jeunes électeurs, les « millennials », qui se sont inscrits au parti en masse, inspirés par la campagne du sénateur Sanders, ne seront pas dupes et ne se laisseront pas amadouer pas les récentes concessions faites par la candidate. Les promesses électorales, on sait ce qu'elles valent. On se souvient de « yes we can ».

Le capitalisme à bout de souffle et le fascisme de l’ère digital en plein essor, les enjeux sont existentiels pour le modèle de société à venir de la génération « facebook ».

17:21 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |