30/12/2016

La presse est morte, vive la presse !

« Mar-a-Lago Beach Resort and Club » Palm Beach, Florida, 19 décembre 2016. Sur invitation du maître des lieux et propriétaire, le futur président des Etats-Unis, Donald Trump, convie une sélection de journalistes à une causerie privée de 30 minutes « off the records ». Au menu: pomme chips et champagne « Trump ». Parmi les invités sont les représentants du New York Times, CNN, NBC News, Reuters, MSNBC, Bloomberg, Fox News et d’autres. Quelques photos autorisées sur « facebook » sont témoins du « happening ».

La presse américaine « in corpore », ou presque, s’est précipitée pour présenter ses hommages à Louis XIV, après avoir été copieusement arrosée d’insultes et de mépris tout le long de la campagne présidentielle par le futur président. Pommes chips et champagne en guise de remerciements pour la publicité gratuite d’une valeur inestimable offerte gracieusement par la confrérie, au détriment, par exemple, du candidat démocrate, Bernie Sanders., quasi absent des médias « mainstream ».

On se souvient d’une fameuse retransmission télévisée d’un meeting du candidat DT du 19 mars dernier, pendant laquelle un podium vide apparaissait sur tous les écrans CNN, MSNBC, Fox News durant près de 45 minutes, en attendant l’orateur et ses frasques, qui a finalement tout annulé, pendant que, à l’autre bout du pays, le sénateur Sanders tenait un meeting à Phoenix, Arizona devant 11'000 sympathisants. La couverture médiatique du candidat républicain était 23 fois supérieure à celle du progressiste Sanders (Democracy Now).

Aucun président, aussi malmené qu’il ait pu être par les médias, n’avait osé mettre en cause le premier amendement de la constitution américaine qui garanti, entre autre, la liberté de la presse, sauf Donald Trump, qui estime qu’« il y a trop de protection pour la liberté de la presse » et que « notre presse peut trop dire ce qu’elle veut ». Le futur président préfère communiquer via « Twitter ». D’ailleurs, sa dernière conférence de presse date du 27 juillet dernier.

Mais, il y a peut-être un dénominateur commun qui justifie la « démonstration d’unité » du 19 décembre dernier. Le pouvoir et l’argent !

Au mois de février de cette année, lors d’une conférence, organisée par la banque d’investissement Morgan Stanley, le patron de la chaîne de télévision CBS, Leslie Moonves, se félicitait de la nomination de Donald Trump en tant que candidat du Parti Républicain. « C’est peut-être une catastrophe pour les Etats-Unis, mais pour CBS « it’s damn good ».

A l’instar des médias européens, la presse américaine, en perte de vitesse, a subi, les dernières décennies, une concentration sans précédent. Actuellement, quelques conglomérats et milliardaires puissants, dont les intérêts conjuguent parfaitement avec le programme du futur président, continuent à oeuvrer à la consolidation du statu quo, l’un ordre économique néolibéral.

Certes, il y a des voix discordantes, telles que celle du propriétaire du « Washington Post », un fleuron de la presse écrite américaine, le milliardaire Jeff Bezos, également propriétaire et fondateur du marchand en ligne « Amazon ». Celui-ci s’est ostensiblement opposé au futur président en défendant la liberté de la presse. Selon ses dires, sa participation à la ligne rédactrice de son journal se limiterait à quelques rares réunions de nature administratives. On peut en douter cependant.

Il suffisait de suivre attentivement la couverture de la presse américaine, et, notamment du « Washington Post », de la campagne présidentielle 2016. L’agence de presse indépendante « Alternet.org », a analysé une série de 16 articles particulièrement négatifs à l’encontre du candidat Bernie Sanders, publiés sur le site internet du journal en l’espace de 16 heures seulement, un record, le 6 mars 2016, juste pendant un débat crucial du parti démocrate à Flint, Michigan, entre les candidats Clinton et Sanders.

Jeff Bezos n’aime pas le sénateur Sanders. Celui-ci s’est montré très critique, à plusieurs reprises, envers l’agence de renseignements CIA, voulant réduire son influence, et du coup son budget, or la société Amazon bénéficie de contrats de la CIA, d’une valeur de 600 mio USD. En outre, la firme de Seattle avait obtenu, en son temps, un contrat de 16,5 mio USD du « Département d’Etat » de l’administration de Bill Clinton (alternet.org).

Le 10.11.2015, le site « fair.org » (National Media Watch Group) avait publié un article sur un autre possible conflit d’intérêt entre le propriétaire du « Post » et son journal. Le journaliste y fait état d’une série d’articles au sujet du site de partage « UBER ».

En effet, en 2011 Jeff Bezos, avec « Menlo Ventures » et la banque d’affaires « Goldman Sachs », avait investi la somme de 32 mio USD dans la jeune « start up », un investissement dont la valeur actuelle s’élève à environ USD 1,5 mia. Certes, la somme paraît relativement modeste en comparaison avec sa fortune personnelle de 44,5 mia USD, mais le sujet « UBER » dépasse la simple (possible) « pub pour un produit ».

Il s’agit davantage d’une question idéologique, celle d’une nouvelle économie, dérégulée, celle du « partage » et, notamment, des « mini-jobs », prônée, par exemple, par la réforme de l’assurance chômage « Hartz IV » de l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder, mise en place entre 2003 et 2005.

Le journaliste de l’article met en avant le fait qu’UBER dépense 10 mio USD par mois en frais de justice, poursuivant ainsi un objectif à peine dissimulé, celui d’inciter les législateurs des pays, dans lesquels la firme de San Francisco déploie son activité, à déréguler le marché du travail.

Contrairement aux travailleurs, les journalistes sont doublement tributaires d’un système économique qu’ils ne peuvent critiquer ouvertement. D’un côté par leur statut d’employés et de l’autre côté par leur devoir déontologique. Certes, à l’ère d’internet, une censure « stalinienne » de la part des pontes des médias serait vouée à l’échec. Certes des voix « discordantes » se font entendre ici et là. Cela fait partie du devoir d’équité. Non, il s’agit plutôt d’une censure auto-infligée qui se manifeste par une « neutralité » paralysante.

La solution ? Une nouvelle presse, une presse indépendante. Le financement ? Les contributions des lecteurs à la place de la publicité. Actuellement, tous les grands titres sont sur internet, croyant que la solution à la désaffection des lecteurs soit le mode de diffusion, papier vs internet (I-Pad, I-Phone etc). Ce n’est pas le sujet. Ce qui intéresse le lecteur, c’est du contenu inédit. Le site internet « Mediapart » se porte à merveille, au niveau de ses lecteurs autant qu’au niveau financier, grâce à ses lecteurs.

Ce qui est vrai pour la presse l’est aussi pour la politique. Un exemple, inédit, passé sous le radar des médias lambda, la « stratégie numérique » du candidat à la présidentielle française Jean-Luc Mélenchon. (Le Point 20.12.2016)

Selon « Le Point », depuis la fin de l’été 2016 le candidat indépendant publie régulièrement des vidéos sur la chaîne youtube « dénotant des médias traditionnels pour mieux s’approprier le code des « youtubeurs » rois. Selon un rapport « Globalweb », 82% des jeunes entre 16 et 24 ans consultent « youtube » chaque mois et l’homme de gauche compte déjà 134'000 abonnés. » En outre, ses vidéos sont vus entre 100'000 fois pour les plus récentes jusqu’à 300'000 fois pour les plus anciennes.

« Mais la réelle innovation de la démarche est dans l’instauration de rendez-vous réguliers sous le titre « pas vu à la télé » pendant lesquels il revisite l’actualité en sélectionnant des sujets non-traités par les plateaux e télévision et le médias. »

Une idée pour le « Parti Socialiste Suisse » qui s’est arrogé tout récemment, sous l’impulsion de son président Christian Levrat, un programme résolument de gauche sous le titre prometteur « démocratie économique » et combattu mollement par les éternels nostalgiques social-libéraux dont les conseillers aux Etats Daniel Jositsch et Pascale Bruderer ?

S’il y a une conclusion que l’on peut tirer des événements de l’année 2016, c’est celle de médias qui ne reflètent plus les réalités de la société contemporaine. Le « phénomène Trump » continue à être réduit à une expression xénophobe et misogyne d’une Amérique bigote et rétrograde. Le « Brexit » serait le résultat de l’ignorance du peuple au sujet des bienfaits du libre marché et la montée de l’AFD en Allemagne serait dû au racisme latent des Länder de l’ancienne RDA, or l’Allemagne, un des pays les plus riches de la planète compte le plus de pauvres, proportionnellement à sa population.

Vive la presse, vive la démocratie !

10:35 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

01/12/2016

Ce peuple rétrograde et gâté

Le peuple suisse, ou plutôt les 45% qui ont daigné voter, a, une fois de plus, « obéi » contre son propre intérêt, ce week-end.

Il a préféré ménager son porte-monnaie, plutôt que de fixer un délai contraignant pour la sortie de son pays de l’énergie nucléaire. Le gouvernement peut donc continuer à méditer sur la date de l’arrêt, hypothétique, de la plus vieille centrale nucléaire en activité au monde.

Le conseiller aux Etats Ruedi Noser (PLR) membre du « Comité des Patrons contre l’Initiative sur la Sortie contraignante de l’Energie nucléaire » exulte. Supporteur de la fondation « Energy for Humanity » (ça sonne bien) il défend l’énergie nucléaire qu’il souhaite « inclure dans un mix idéal des énergies « propres » pour l’approvisionnement du pays ».

La fondation, philanthrope et sans but lucratif, « Energy for Humanity », propose, sur son site internet « une voie pour l’environnement ». Celui qui chercherait à savoir davantage, sur d’éventuelles propositions au sujet du stockage des déchets nucléaires, cherche en vain. Il trouve quelques explications, en revanche, sur le site internet de la fondation SES (Schweizerische Energie-Stiftung) sous le titre « Les déchets nucléaires, a never-ending story ».

« Après 45 ans de recherches intenses dans le domaine de l’élimination des déchets nucléaires, de nombreux problèmes persistent. Ainsi, on ne connaît pas les effets à long terme des radiations sur les matériaux des récipients, ni sur la roche environnante. En outre, il n’est pas clair de quelle façon les 33'000 générations suivantes connaîtront les emplacements pour éviter que des forages imprudents endommageront les fûts. »

Mais, les suisses, dans leur majorité, semblent être d’accord avec Monsieur Noser et l’industrie du nucléaire.

Aux Etats-Unis, les choses sont différentes. La démocratie n’y existe plus depuis quelque temps déjà, donc, les citoyens sont obligés de trouver d’autres moyens que le scrutin pour faire valoir leurs droits, en matière environnementale notamment.

Dernier exemple en date, la « Dakota-Access-Pipeline ». Le projet, un oléoduc de 1'886 km, censé transporter 500'000 barils de pétrole par jour, extraits des champs pétrolifères du Dakota du Nord, par la méthode décriée de la fracturation hydraulique (fracking), jusqu’à Pakota dans l’Illinois. Coût du projet, à 60% terminé, du consortium « Energy Transfer Partners »: 3,8 mia USD.

La pipeline passera par 50 comtés dans 4 états et traversera, notamment, des terres tribales indigènes et des sites sacrés, mais aussi des zones naturelles sensibles, des communautés locales, des terres agricoles et, par deux fois, la rivière Missouri, source d’eau potable majeure pour toute la région. Pour la petite histoire, le consortium « Energy Transfer Partners » est particulièrement connu pour ses antécédents en matière de fuites de pétrole pour avoir dû annoncer 200 cas les derniers 6 ans. (Reuters), plus que tous ses concurrents.

Depuis le 10 août de cette année, plus de 300 tribus indiennes (Apache, Sioux, Cheyenne) le plus grand rassemblement des peuples autochtones de tous les temps, occupent le site de « Standing Rock » pour empêcher le consortium de creuser sous la rivière « Missouri », avec le soutient notable de l’ancien candidat à la présidentielle, le sénateur Bernie Sanders, les actrices Susan Sarandon, Jane Fonda et Shaileen Woodley, d’une multitude d’ONG, tels que Greenpeace, Sierra Club, Bold Iowa, Bold Nebraska, Bold Louisiana. (Source: le site internet d’information gratuit « investig’action », un collectif de journalistes, défendant l’information indépendante)

Ils se font attaquer par des chiens de la police locale et du service de sécurité et asperger d’eau glacée et de bombes lacrimogènes, Des centaines de poursuites contre des journalistes ont été intentées, notamment contre Amy Goodman, la fondatrice du site d’information sur internet « Democracy Now », la première à avoir diffusé le sujet sur sa plateforme.

Des centaines d’appels de citoyens, solidaires avec les manifestants, occupent actuellement les centrales d’appels des bureaux des sheriffs pour faire connaître leur désapprobation d’une intervention policière. De nombreux sheriffs ont, de ce fait, déjà refusé de se déplacer sur le site.

Les médias américains ne se précipitent pas sur le sujet. Ils préfèrent montrer Barack Obama en train de découper sa dinde de « Thanksgiving ». C’est plus vendeur.

Pourtant, l’histoire commence à faire des vagues et risque de pourrir le « fin de mandat » du président. Mais, il l’a cherché. Après le scandale de l’eau, contaminée par le plomb, de la ville de Flint (Michigan), un thème majeur de la campagne présidentielle, et son indifférence face à la population désoeuvrée, il s’était contenté de se montrer lors d’une visite éclaire devant les caméras, buvant un verre d’eau en déclarant : Tout va bien !, le prochain scandale environnemental se dessine.

Pourtant, Mr. Obama ne daigne pas intervenir dans ce cas non plus, jusqu’ici, or, sur recommandation du « Corps des Ingénieurs de l’Armée », le « Département de Justice » a formellement interdit au consortium de creuser sous la rivière Missouri. Il a sommé l’entreprise de respecter le droit des indiens à leur terre. La réponse du consortium, « We will drill !»

A l’instar de Ruedi Noser, notre conseiller aux Etats à nous, qui promet, qu’après 40 ans de recherche, la science trouvera sans doute un jour une solution pour le stockage des déchets nucléaires, le directeur du consortium « Energy Transfer Partners », Kelcy Warren, déclare à la chaine de télévision PBS, qu’il fera tout ce qui sera dans son pouvoir pour éviter des fuites de pétrole (youtube).

Affaire à suivre.

11:01 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

21/11/2016

Thank you Mr. President

Le « encore » président des Etats-Unis, Barack Obama, fait sa tournée d’adieu en Europe, sous les applaudissements enthousiastes de ses fans. C’est vrai, il a de l’allure, une mixture entre Sidney Poitier et Michael Jordan. En tout cas, il plaît au public et aux médias. Ses discours ressemblent tellement à ceux d’Angela Merkel, François Holland, David Cameron qu’il fait partie de la famille européenne, en quelque sorte, et, sans rancune.

Lors d’une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel, qui, et ce n’est pas une plaisanterie, cherche un quatrième mandat, Mr. President a fourni un échantillon majestueux de langue de bois et la presse dans la salle prend des notes avec son assiduité et obéissance coutumière.

Mr. President lance un appel aux jeunes: « Nous vivons une époque paisible et stable, du moins dans les pays « avancés » (vraiment ?) et notre standard de vie s’est grandement amélioré. Toutefois, il y a une croyance, largement répandue dans la population, qui considère que cette tendance continuera éternellement. Notre système démocratique et notre standard de vie ne sont pas garantis et quand seulement 43% des électeurs se déplacent aux urnes, la démocratie est en danger. »

Mr. President fait référence à la démocratie américaine, qui n’est pas une démocratie mais une ploutocratie, et le manque d’enthousiasme des électeurs pour l’élection présidentielle de 2016 est facile à expliquer.

« The Intercept » le magazine online américain publie un article sous le titre « Commander in Chief Donald Trump will have terrifying powers - thanks to Barack Obama. »

Au mépris de ses promesses électorales, le président Obama n’a non seulement poursuivi la loi d’exception, instaurée par George Bush jun. après les attaques contre le World Trade Center, il l’a considérablement renforcée durant ses huit ans au pouvoir.

Mettant, de facto, fin à la séparation des pouvoirs, un principe inaliénable d’un état de droit, le président est dorénavant autorisé, à la barbe des tribunaux, d’emprisonner, ad aeternam, sans procès ni acte d’accusation tout citoyen américain, ou étranger, soupçonné d’acte de terrorisme ou activité contre l’état, au mépris du principe de base du droit anglo-saxon, le « habeas corpus ». Sont considérés ennemi d’état les terroristes et les journalistes, qui commettent un délit d’opinion, un choc pour la liberté de la presse.

Dans le cas d’une surveillance illicite par l’état, les citoyens ne peuvent dorénavant saisir les tribunaux uniquement s’ils sont en mesure de prouver le méfait commis par l’état au préalable.

Le nouveau président élu, Donald Trump, a promis de créer une « force de déportation » qui s’occupera de l’expulsion des immigrants illégaux. Ce ne sera pas nécessaire, car elle existe déjà. Des centaines de milliers d’immigrants sont actuellement détenus dans de nombreux centres, un peu partout à travers le pays, dans l’attente de leur expulsion. 2,5 million de personnes ont déjà été déportés sous l’administration Obama, plus que sous n’importe quelle administration précédente.

Le camp de prisonniers de Guatanamo héberge actuellement encore 60 détenus. En vertu des pouvoirs qui lui seront conférés par son prédécesseur, « Donny Tiny-Hands » ne se privera pas d’augmenter sa population rapidement.

Lors de sa tournée d’adieu, depuis la capitale péruvienne, Lima, Mr. President a tenté de rassurer le monde. « Laissez une chance à mon successeur. Il sera important que le monde ne porte pas de jugement hâtif, mais laisse une chance au président élu. On ne gouverne pas toujours comme on a fait campagne. » C'est tellement vrai.

11:17 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |