Le blog de Bruno Hubacher - Page 7

  • La soudaine illumination de la social-démocratie allemande

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    La nouvelle présidente socialiste, Andrea Nahles, rue dans les brancards, au grand dam de la encore chancelière Angela Merkel et son parti composite CDU/CSU. A peine un an après les élections législatives de 2017, un désastre pour les deux formations politiques, la (re)naissance de la grande coalition noire et rouge craquèle déjà.

    Andrea Nahles ose finalement thématiser ce que ses prédécesseurs, Martin Schulz et autres Sigmar Gabriel, avaient soigneusement balayé sous le tapis, la politique (anti)sociale du parti et, surtout, le serpent de mer Hartz IV, la réforme du marché du travail, mise en place par le chancelier à la gourmette dorée, Gerhard Schröder, entre 2003 et 2005.

    Nommé après son père spirituel Peter Hartz, ancien chef du personnel chez Volkswagen, les réformes Schröder se donnent comme objectif principal la « responsabilisation » des chômeurs, suivant la devise « fördern und fordern » ou, plus prosaïquement, « la carotte et le bâton ».

    Ainsi, quand un travailleur tombe au chômage, il perçoit des allocations en tant qu’assuré, correspondant à 60% de son dernier salaire, pendant une année. Passé ce délai, il devient bénéficiaire d’une aide sociale de 424 EU par mois, à condition toutefois qu’il ne dispose d’aucune fortune et que son logement corresponde à son « nouveau statut social ». Compte tenu de l’objectif Hartz IV, 4,2 millions de bénéficiaires, la garantie d’un minimum vital, sont pris en charge par le même régime les chômeurs en fin de droit, les enfants, au même titre que les « travailleurs pauvres », dont les salaires sont subventionnés par l’état.

    Ces derniers, dont le nombre s’élève à 1 million, sur un total de 44,8 millions d’actifs, dont 550'000 cotisent à l’assurance chômage, ne sont pas pris en compte dans la statistique de l’emploi, qui affiche un taux de chômage de 3,2%, un record en Europe, mis à part la Suisse. Par conséquent, la présidente socialiste, Andrea Nahles, propose, comme première mesure, une augmentation du salaire minimum légal de 30% à 12 EU l’heure, l’œuf de Colomb !

    Ainsi, le parti préconise l’instauration d’un « droit au travail » et, par conséquent un droit à une formation professionnelle, ainsi que la transformation de la charité publique en « Bürgergeld », une notion qui s’approche du revenu inconditionnel de base.

    Au grand dam de son partenaire de coalition, la nouvelle direction du SPD semble déterminée à détricoter l’œuvre de Gerhard Schröder, un bon présage, bien que, compte tenu de l’état actuel des rapports de force, guère plus qu’une colombe, qui, comme on sait, ne fait pas le printemps. Nonobstant, l’opinion publique semble lui donner raison. Après des années de traversée de désert, les sondages sont à nouveau favorables au SPD. Sondage Handelsblatt 23.02.2019: CDU/CSU 29 %, SPD 19 %, Verts 16 %, AFD 13 %, FDP 9 %, Linke 9 %.

    S’il y a une nation en Europe, à part la Suisse (*), qui a les moyens de s’offrir le luxe de ces extravagances socialistes, c’est bien l’Allemagne. En effet, Olaf Scholz, le ministre des finances et vice-chancelier, socialiste par ailleurs, vient d’annoncer, le 22 février dernier, un énième surplus des finances publics de 58 milliards EU, le plus important depuis la réunification, bien que, Dieter Kempf, le président de l’Union fédérale de l’industrie allemande ne l’entend pas de cette oreille. Le patron des patrons préconise plutôt, qui l’eût cru, une réduction de l’imposition des bénéfices des entreprises allemandes de 30% à 25 %, afin de « renforcer » la compétitivité de l’industrie allemande et de « garantir la sauvegarde » des places de travail.

    Les récentes prévisions du gouvernement allemand en matière de croissance économique pour 2019, le chiffre fétiche de la croissance de l’accumulation, de 1,1% vs 1,8% pour l’année 2018, devrait tout de même faire réfléchir Monsieur Kempf. Est-ce vraiment l’impôt qui guide les décisions d’investissement ou ne serait-ce pas plutôt le niveau de la demande, en contraction, autant à l’interne, dû au faible pouvoir d’achat, que, dans un futur pas si lointain, aussi à l’externe, d’un côté à cause de la résurgence de la guerre des tarifs et de l’autre, l’effondrement prévisible de la croissance américaine, bâtie uniquement sur l’explosion de la création monétaire depuis dix ans, sans aucune réalité économique de gain de productivité. La Chine, deuxième économie mondiale et seul moteur de croissance restant, vital pour une économie exportatrice comme l’Allemagne, montre également les premiers signes de ralentissement.

    Pourtant, il y aurait une issue, celle que la Chine avait choisi après le crash financier de 2008, un programme d’investissement sans précédent dans ses infrastructures, financé par l’endettement, en YUAN. L’Allemagne qui n’investit plus dans ses infrastructures depuis des décennies n’aurait même pas besoin de recourir à l’endettement. Elle pourrait ainsi servir de moteur de croissance pour l’Europe entière, en dopant son économie domestique, pour le bien de ses citoyens.



    (*) La Suisse, copie collée du modèle allemand, n’a d’ailleurs rien à envier à sa grande sœur. Notre ministre des finances, Ueli Maurer, dont la précision de tir s’apparente à celle d’une taupe, annonce à son tour, à nouveau, un surplus « inattendu » de 2,9 milliards CHF pour l’année écoulée au lieu des 300 millions CHF prévus.

    En 2017, il fallait cacher une partie du surplus un peu trop clinquant de 4,8 milliards CHF sous le poste « provisions pour impôt anticipé » pour arriver à un surplus plus acceptable de 2,8 milliards CHF « seulement », ce qui avait valu à notre ministre des finances un blâme du « Contrôle fédéral des finances ». En 2016, la Confédération enregistra un surplus de 750 millions CHF au lieu de CHF 500 millions projetés. En 2015, elle avait fait encore mieux, avec 2,3 milliards CHF de surplus au lieu de 400 millions CHF. En 2013, au lieu d’un déficit projeté de 400 millions, apparut un surplus de 1,3 milliards CHF. En 2012, un budget équilibré projeté 1 milliard CHF de surplus fut enregistré. La loi sur les finances de la Confédération oblige l’utilisation du produit de ce pactole au remboursement de la dette, ce qui a pour conséquence qu’il s’évapore dans la sphère financière au lieu de servir une utilité publique, telle que l’assainissement des œuvres sociales, par exemple, pour ne nommer qu’une parmi tant d’autres.

    Par ailleurs, la dette cumulée de la Suisse (Confédération, Etats et Communes) s’élève à peine à 200 milliards CHF ou 29,5% du BIP (produit intérieur brut). Depuis le frein à l’endettement, introduit en 2003, celle-ci a continuellement baissé depuis son pic de 48,9% du PIB en 1998.

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  • L’arroseur arrosé

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    « It’s one big club and you ain’t in it. » George Carlin, grand comédien « stand-up » américain, mort en 2008, nous avait prévenu. En 1972 déjà !

    L’homme le plus riche de la planète, Jeff Bezos, est en instance de divorce. Après 25 ans de mariage, le propriétaire du conglomérat « high-tech » Amazon, a décidé de se séparer de son épouse MacKenzie et la presse people en fait ses choux gras. C’est de bonne guerre. Ainsi, le magazine américain « The National Enquirer », fondé en 1926 par un protégé du légendaire William Randolph Hearst, l’inventeur de la « yellow press », publie des détails croustillants sur la liaison extraconjugale du milliardaire avec la présentatrice de télévision et actrice Lauren Sanchez.

    Il est de notoriété publique que le magazine salace, qui se vautre dans ces indiscrétions, est un ardent supporteur du président Trump, étant allé jusqu’à payer de coquettes sommes à des mannequins et starlettes un peu trop bavardes, afin de les convaincre d’oublier leurs ébats inavouables avec le candidat à la présidence des Etats-Unis.

    Jeff Bezos de son côté, accessoirement propriétaire du « Washington Post », n’a jamais fait un mystère de son aversion pour le candidat dissident des Républicains. L’assassinat du chroniqueur Jamal Khashoggi n’a pas contribué à l’apaisement.

    Ainsi, après avoir engagé un détective privé pour connaître les sources de ces indiscrétions, notamment de messages électroniques interceptés par le « tabloïd », il a décidé de se saisir de la plume pour nous faire part du fond de sa pensée dans la section de blogs du site web « Business Insider ». En effet, la victime soupçonne une attaque d’ordre politique, liée à son engagement dans le « Washington Post », orchestrée par la « Maison Blanche », et accuse le magazine de chantage. (Democracy Now)

    La réponse du berger ne s’est pas fait attendre. La maison mère, « American Media Inc », rétorque, en menaçant de publier des photos compromettantes si Bezos ne retire pas son accusation de manipulation politique.

    Il va sans dire qu’« American Media » protège ses sources et refuse de divulguer l’identité du « corbeau ». Celui-ci ne semble pas issu des milieux des services de renseignement, contrairement à ce que suggère Jeff Bezos. En effet, le site d’information « Buzzfeed » et autres « Daily Beast » aurait trouvé la fuite. Il s’agirait d’un dénommé Michael Sanchez, attachée de presse de sa sœur Lauren Sanchez, la nouvelle maîtresse de Jeff Bezos « himself ». Il s’avère que celui-ci compte parmi ses amis proches l’ancien lobbyiste de la campagne présidentielle de Donald Trump, Roger Stone, arrêté le 25 janvier dernier pour subornation de témoin, ainsi que Carter Page, consultant en matière de politique étrangère de … la campagne Trump.

    La multinationale « Amazon », fondée en 1994 seulement, est connu du grand public comme librairie du net et grand distributeur en ligne de biens de consommation. Ce qui est moins connu est le fait qu’une partie croissante de son chiffre d’affaires est générée par des contrats lucratifs avec des agences de renseignement américaines tels que la CIA (contrat de services de stockage « cloud » pour USD 600 millions), la NSA, le Pentagone (en position favorable pour l’obtention d’un contrat exclusif de USD 10 milliards pour la mise à disposition de ses services de stockage de données « cloud »), US Air Force (contrat pour le développement de fusées militaires et de satellites d’espionnage pour USD 500 millions via sa société Blue Origin), le FBI (reconnaissance faciale et vocale), la police britannique, mais également de gouvernements étrangers.

    L’étendue de l’intrusion dans la vie privée des citoyens aux Etats-Unis et, en effet, ailleurs dans le monde, par les agences de renseignement américaines s’était vu confirmée par la publication de documents confidentiels de la NSA « National Security Agency », datés du 3 octobre 2012, par l’ancien employé de la CIA, Edward Snowden, via Wikileaks.

    Le lauréat du « Prix Pulitzer » Glenn Greenwald décrit dans un article, paru dans le « Huffington Post » le 26 novembre 2013, un programme secret de la NSA, de la sorte que Jeff Bezos aurait pu le concevoir, à l’aide duquel celle-ci scrutait, ou scrute encore, les activités de navigation sur internet, notamment des visites de sites pornographiques, de potentiels cibles, à l’époque notamment de musulmans, aujourd’hui ce seraient plutôt les milieux progressistes, dans le cadre du liberticide « Patriot Act », dans le but de salir leur réputation.

    La commercialisation du programme de reconnaissance faciale « Rekognition », basé sur l’intelligence artificielle, développé par Amazon dans le but de reconnaître jusqu’à cent individus instantanément dans une foule, a débuté en novembre 2017 et s’adresse en premier lieu aux forces de police du monde entier.

    Le programme « Ring », développé en Ukraine, est commercialisé sous forme de caméras miniatures à l’intention des propriétaires, soucieux de dénoncer d’éventuels intrus, ainsi que toute personne s’approchant de la propriété, tel que le facteur, directement à la Police et dont les données sont stockées chez Amazon via son service « cloud ».

    Un récent article du site d’information « The Intercept » du 15 novembre dernier révèle le dépôt d’un brevet par Amazon pour le développement d’un programme d’identification, associé à la détection de l’emplacement physique, basé sur l’adresse IP, capable de reconnaître des caractéristiques physiques d’un personne, son ethnicité, son état émotionnel par l’analyse vocale, extrayant par la même occasion tout bruit sonore de fond pour analyse.

    La volonté d’une généralisation du partenariat public-privé, si cher à la doctrine néolibérale, y trouve tout son sens et la privatisation totale du pouvoir politique s’approche ainsi d’un pas supplémentaire vers sa réalisation.

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  • L’état profond et la parapolitique

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    Selon Peter Dale Scott, professeur de littérature à l’Université de Berkeley, la politique profonde serait l’exercice d’un pouvoir politique parallèle, où la transparence est consciemment atténuée par l’utilisation de para-structures étatiques, insuffisamment contrôlées par les pouvoirs publics, tels que les agences de renseignements (CIA, NSA, FBI, IRS), usant des activités clandestines plutôt que la conduite des affaires publiques par le débat rationnel, activités contrôlées par un cercle informel, confidentiel et restreint, connu sous le nom d’establishment, dont la plupart des membres se connaissent un minimum, sans pour autant avoir nécessairement les mêmes intérêts ni les mêmes convictions.

    Les grandes messes se célèbrent aux abords des pistes de ski, c’est bien connu. Ainsi, le « Sundance Film Festival », le haut lieu du film indépendant, vient de clore son édition 2019 à Park City, une station de sport d’hiver dans l’état d’Utah. Fondé en 1978, rendu célèbre par l’acteur américain Robert Redford, le « Sundance » offre tout ce que Hollywood n’offre plus depuis longtemps.

    Comme chaque année, il y a, parmi les films documentaires présentés, des pépites qui collent à l’actualité. « Where’s my Roy Cohn ? » retrace la longue carrière d’un personnage clé de ce qu’on appelle communément l’état profond (deep state), en référence à ces forces troubles et obscurs qui tirent les ficelles derrière la scène officielle.

    L’avocat newyorkais Roy Marcus Cohn, mort en 1986, fut accessoirement mentor d’un de ses clients les plus illustres, Donald Trump. Ensemble avec le lobbyiste et militant Roger Stone, (campagnes présidentielles des républicains Richard Nixon, Ronald Reagan et Donald Trump) arrêté par le FBI le 25 janvier dernier à Miami, Florida, pour subornation de témoin dans le cadre de l’investigation sur de supposées interférences russes dans l’élection présidentielle de 2016, les trois protagonistes formèrent un triumvirat qui servit fidèlement l’état profond pendant près de cinquante ans.

    Par ailleurs, l’investigation en cours du procureur Robert Mueller, sans preuves tangibles pour l’instant, confirmerait bien l’hypothèse du professeur Scott « d’intérêts et convictions, pas forcément convergents, à l’intérieur de l’état profond ».

    Monsieur « impunité », Roy Cohn, se retrouva sous le feu des projecteurs une première fois à l’âge de 24 ans, un 6 mars 1951, en tant qu’assistant du procureur newyorkais, Irving H. Saypol, un fervent chasseur de communistes, dans le procès du siècle qui opposa le Ministère public au couple Ethel et Julius Rosenberg, des communistes newyorkais et juifs, accusés de conspiration en vue d’espionnage au profit de l’Union Soviétique et qui finirent leur vie sur la chaise électrique le 19 juin 1953 dans la prison de Sing Sing.

    Dans son autobiographie Roy Cohn se vante d’avoir été l’instigateur des nominations du procureur Irging H. Saypol, ainsi que du juge Irving Kaufmann, et que son insistance auprès du juge aurait conduit celui-ci à prononcer la peine de mort, autant pour Julius que pour Ethel, dont le rôle fut plutôt accessoire dans l’affaire. Les fréquentes discussions « ex parte » entre le procureur et le juge pendant le procès, orchestrées par l’indispensable Roy, en dehors de la salle d’audience, auraient, en outre, contribué à établir « une certaine cohérence » dans le dossier, la justice consensuelle à la sauce américaine en quelque sorte.

    A cette époque, Roy Cohn, avait fréquenté les tribunaux depuis quelque temps déjà. Agissant d’abord du côté du Ministère public où il put s’enorgueillir d’une certaine efficacité. Sur les 200 accusés auxquels il eut affaire il n’y eut pas un seul acquittement. Côté défense en revanche ce fut un autre son de cloche. Il obtint l’assentiment d’une des figures les plus puissantes de la mafia américaine, Frank Costello, et d’autres illustres membres de la pègre vinrent enrichir son fichier de clients tout au long de sa carrière, telles que Tony Salerno, John Gotti et Carlo Gambino.

    Le procès Rosenberg coïncida avec le début de la guerre froide et une chasse aux sorcières des communiste et des homosexuels sans précédent dans l’histoire américaine, ciblant les milieux intellectuels, les médias et le cinéma, période connu sous le nom de « Maccarthysme » après le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy.

    Le rôle, joué par Roy Cohn dans cette vendetta qui influa également sur le procès Rosenberg, attira l’attention d’un autre anti-communiste et homophobe notoire, J. Edgar Hoover, le premier directeur du FBI, en charge pendant 37 ans jusqu’à sa mort en 1972. Il n’est pas inutile de rappeler qu’autant que Roy Cohn, Hoover était lui-même un homosexuel refoulé, ce qui en dit long sur l’effet de la répression sur le psychisme.

    Hoover recommanda Cohn au sénateur Joseph McCarthy en tant que conseiller juridique. Mandaté de la collecte de preuves à charge contre de supposés conspirateurs communistes à l’intérieur du « Département d’état » ainsi qu’à l’encontre de fonctionnaires, supposément homosexuels, potentiellement susceptibles de subir du chantage par l’ennemi, celui-ci fut preuve d’un acharnement inqualifiable.

    Dans le cadre d’audiences d’un sous-comité sénatoriale, en charge d’arbitrer le bien-fondé des accusations du sénateur, le duo menait une guerre médiatique d’une rare férocité. Après s’être pris au « Département d’état » du président sortant, Harry S. Truman et du nouveau président, Dwight D. Eisenhower, sans succès ni preuves tangibles, McCarthy, sous l’insistance de son protégé Roy Cohn, s’en prit à plus fort que lui, l’armée américaine. Ce fut le début de la fin de l’ère McCarthy et la descente aux enfers du sénateur, qui meurt d’alcoolisme à l’âge de 49 ans, ainsi que de son protégé.

    Celui qui pense toutefois que le « maccarthysme » termina la carrière de Roy Cohn connaît mal « l’état profond », animé par l’establishment américain ou, en l’occurrence newyorkais, où une main lave l’autre, aussi longtemps que celle-ci serve des intérêts.

    Sa carrière suivit son cours, sans encombre, encore pendant trente ans jusqu’à sa radiation du barreau en 1986, cinq semaines avant sa mort, pour, entre autres, subornation de témoin. Conseiller des ex-présidents Nixon et Reagan, membre du « think-tank » anti-communiste « John Birch Society », il conseillait une brochette de personnalités hauts en couleur, tels que l’australien Rupert Murdoch, propriétaire de la presse américaine et britannique, l’armateur grecque, Aristote Onassis, mort en 1975, le club de baseball « New York Yankees », l’archidiocèse de New York, le professeur de droit à la retraite de l’Université de Harvard, Alan Dershowitz, dont le nom figure dans le dossier du milliardaire Jeffrey Epstein, accusé de pédophilie, et tant d’autres.

    En 1973 l’illustre avocat fut connaissance d’un jeune héritier du nom de Donald Trump, dont le père avait fait fortune grâce à l’attribution d’un important marché public dans le cadre d’un développement immobilier newyorkais, le « Mitchell-Lama Housing Program », censé offrir aux newyorkais des logements abordables. Voulant garder le bien immobilier « all white », il se trouve que Donald Trump junior fut accusé par l’état de discrimination raciale lors de l’attribution de logements subventionnés.

    Au lieu de proposer une négociation, l’avocat véreux inculqua au jeune freluquet une devise que celui-ci devra garder comme sienne toute sa vie, l’attaque est la meilleure défense et, ne jamais admettre une faute.

    Ainsi, le duo attaqua l’état en grand pompe pour 100 millions USD de dommages et intérêts. Le fait que les deux devront finalement trouver un arrangement avec le gouvernement et payer une amende trois ans plus tard ne sera jamais admis comme défaite.

    Après avoir appris que Cohn souffrait du SIDA, Donald Trump ne lui avait plus jamais adressé la parole. Se sentant quand-même « un peu » coupable il assista tout de même à son enterrement en août 1986.

    L’écrivain américain Gore Vidal, mort en 2012, appelait son pays « United States of amnesia » ou, pour citer Karl Marx, « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ».

    Dans ce contexte on peut apprécier la chasse aux sorcières « anti-russe » qui sévit actuellement au sein du « Parti démocrate », ainsi que dans les médias américains et britanniques, prenant en étau un président hors cercle, devenu gênant pour l’état profond, jusqu’à lui enlever le contrôle de la politique étrangère, celle-ci étant dorénavant dirigée par le « Conseiller à la Sécurité nationale », John Bolton, qui à l’instar du feu Roy Cohn peut être considéré comme l’incarnation du mal, et le « Secrétaire d’Etat », Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, cette agence « insuffisamment contrôlée par les pouvoirs publics ».

    Acculé par l’investigation du procureur Robert Mueller, ancien directeur du FBI, sur de possibles liens entre le gouvernement de la Russie et des individus, liés à la campagne présidentielle de Donald Trump, le président se serait exclamé : « Where is my Roy Cohn ? », ce qui aurait donné le titre au documentaire du réalisateur Matt Tyrnauer. En tout cas, c’est qui se dit à Washington.

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