10/04/2017

La cupidité, le talon d’Achille du néolibéralisme

C’est une curieuse histoire que rapporte le quotidien américain « Washington Post » dans ses colonnes. Le 11 janvier dernier, juste 9 jours avant l’investiture du nouveau président, une réunion « informelle » se serait tenue sur l’archipel des Seychelles.

A l’initiative de l’émir d’Abou Dhabi, Khalifa ben Zayed, une délégation américaine sous la houlette du sulfureux homme d’affaires Erik Prince, ancien membre des forces spéciales de la US Navy, fondateur de la tristement célèbre armée privée « Blackwater » et généreux donateur au Parti Républicain, y aurait rencontré une délégation, proche du président russe dans le but d’établir un « canal de communication discret » entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Celui-ci nie l’existence d’une telle réunion.

Dans ce contexte on se rappelle des rencontres entre Michael Flynn et Jared Kushner, le gendre idéal, avec l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergey Kislyak, à New York pendant la période de transition, rencontre qui a coûté à Flynn son poste de conseiller à la sécurité nationale. Il est d’ailleurs suivi ces jours par Steve Bannon qui reste néanmoins à la Maison Blanche.

L’organisateur de l’obscur meeting, l’émir Ben Zayed, aurait voulu saisir l’occasion pour inciter le gouvernement russe de cesser son soutient aux mollahs iraniens, avec lesquels l’UAE (United Arab Emirates) est en contentieux sur de nombreux sujets. Il n’est pas sûr qu’il ait rencontré un quelconque succès. Erik Prince, en revanche, en tant qu’interlocuteur privilégié des monarchies du golfe, comptait bien tirer son épingle du jeu. Consultant en matière de défense, il assure la tranquillité des potentats et l’ordre public dans la région. A ce titre il est évidemment avide de « mandats de sécurité ».

Cenk Uygur, journaliste et fondateur de la chaîne d’information indépendante « Young Turks » ose faire le lien avec une autre affaire, rapportée par CNN le 10 mars dernier, au sujet d’une curieuse trouvaille d’un groupe de « cyber geeks » sur un des serveurs de l’équipe de campagne du candidat Trump, serveur situé dans un bled perdu de l’état de la Pennsylvanie du nom de Lititz, aussi discret que les Seychelles.

En 2016 ils, les « geeks », sont tombés, par hasard, sur un protocole d’échange de données sur internet du serveur en question. Celui-ci, programmé pour recevoir des messages sans pouvoir en émettre, a reçu entre le 4 mai et le 22 septembre 2016 pas moins de 2820 tentatives de connexion d’une banque russe du nom d’Alfa Bank, 80 % du trafic, et 714 tentatives (19%) d’une NGO, domiciliée à Grand Rapids dans le Michigan, du nom de « Spectrum Health ».

Il se trouve, qu’un des « trustees » de cette organisation est l’homme d’affaires et milliardaire Dick De Vos, mari de l’actuelle ministre de l’éducation Betsy De Vos, héritière, avec son frère Erik Prince, l’émissaire des Seychelles, de l’empire du milliardaire Edgar Prince. C’est sans doute une coïncidence.

Pour la petite histoire, l’héritage de 500 mio USD avait permis à Erik Prince de fonder son armées privée « Blackwater », qui s'appelle maintenant « Academi », et dont un des directeurs est par ailleurs l'ancien Procureur Général des Etats Unis du gouvernement de George W. Bush, John Ashcroft (Wikipedia).

Dans le contexte de l’enquête en cours du FBI sur les connections, supposées ou avérées, entre le nouveau président et le pouvoir politique et économique russe, cette histoire rajoute une nouvelle pierre à l’édifice de la vérité ultime sur les motivations de Donald Trump.

Les soupçons se précisent que dans cette affaire une main lave l’autre, dans le sens que Trump ne s’intéresse absolument pas à la politique, mais uniquement à l’argent et Vladimir Poutine ne s’intéresse pas à l’argent mais uniquement au pouvoir politique. C’est un peu la réponse du berger à la bergère après le démantèlement humiliant de l’Union Soviétique par le capitalisme sauvage.

C'est peut-être également une coïncidence que le parti politique français « Front National » dont la présidente se présente actuellement à l’élection présidentielle est également financé par des banques russes. (Mediapart). Marine Le Pen n’a pas de convictions politiques non plus, le pouvoir lui suffit, au prix, calculé, d’être à la botte du régime russe. Le cheval de Troie des démocraties européennes ?

Donald Trump de son côté veut faire des « deals ». Dans ce cas il ne s’agit pas de financement de parti, mais bel et bien d’affaires, car l’autre élément dans l’édifice de la vérité se trouve dans la nomination de Rex Tillerson, l’ancien PDG d’Exxon Mobil, à la tête du Département d’Etat.

Ces maudites sanctions économiques bloquent une transaction d’exploitation des réserves pétrolières russes dans l’Arctique et la Mer Noire entre Exxon Mobil et le conglomérat russe Rosneft d’une valeur de 500 milliards USD. Trump comme Poutine oeuvrent pour une renaissance du charbon et du pétrole, ainsi ils attendent, avec impatience, le dégel des voies maritimes du grand nord, ce qui favorisera à la fois l’extraction et le transport. Pour la petite histoire, Rosneft vient de vendre 19% de son capital, dont on ne connaît que 75% des repreneurs. Pour le reste, le Kremlin ne fait aucun commentaire.

Les autres pierres dans le jardin de Vladimir Poutine sont l’affaiblissement de l’Alliance de l’Atlantique Nord l’OTAN et la non ingérence en Syrie.

Certes, cette dernière promesse est, pour l’instant, rompue, non pas parce que Donald Trump aurait soudainement été submergé par des sentiments compassionnels, mais à cause d'une pression de plus en plus forte de la part des généraux, raison pour laquelle il a également dû se séparer de Michal Flynn et sortir Steve Bannon du Conseil de Sécurité Nationale.

Le récent bombardement de l’armée syrienne ne représente donc pas un changement de politique des Etats Unis. De toute manière il n’y a plus de politique aux Etats Unis, mais un tir à la corde entre les forces dans un gouvernement aux abois. Le fait que les médias et tout le gratin néolibéral européen tombent une fois de plus dans ce piège du « bon et du méchant » est sidérant. Sans aucun mandat de l’ONU, avant même qu’une commission d’enquête ait pu établir les responsabilités dans l’attaque au gaz Sarin en Syrie, les généraux américains peuvent à eux seuls déclencher la troisième guerre mondiale et tout le monde applaudit.

La désintégration des partis politiques est l’avant dernière étape de la révolution néolibérale du début des années 1980 juste avant la désintégration de l’état. A moins que les mouvements populaires se saisissent à nouveau de leurs droits démocratiques et changent les règles du jeu, il est fort à parier que le capital et les forces réactionnaires fassent à nouveau cause commune comme le 30 janvier 1933.

09:30 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

03/04/2017

Une antenne « Mediapart » en Suisse ?

« Mediapart » est un quotidien français, disponible uniquement sur internet, sans publicité, financé à 100% par ses lecteurs qui fête ses 9 ans d’existence. Comme son nom l’indique, il s'agit d'un média participatif, dont une importante partie est consacrée aux contributions des lecteurs sous forme de blogs et de commentaires.

Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du quotidien « Le Monde », président et co-fondateur du site, s’est arrêté à Genève, la semaine passée, pour participer au Festival « Histoire et Cité ». Dans une interview, accordée à l’émission « Médialogues » de la Radio Suisse Romande RSR il revient sur les raisons du succès d’un média, auquel personne ne donnait une chance de survie lors de son lancement.

Sur la question du journaliste, pourquoi on ne trouvait pas, ou peu de contenu sur d’autres régions francophones telles que la Belgique ou la Suisse romande sur le site de « Mediapart », Edwy Plenel répond que les journalistes et éditeurs suisses ne semblent pas croire en un média sur internet sans publicité, financé uniquement par ses lecteurs. En effet, lors du lancement du site, l’équipe autour d’Edwy Plenel avait également approché le journaliste Jacques Pilet et le groupe « Ringier » pour évoquer une possible collaboration.

Rappelons que Jacques Pilet avait lancé, en 1981, le magazine hebdomadaire « L’Hebdo » et, en 1991, le « Nouveau Quotidien », fusionné en 1998 avec le « Journal de Genève » pour former l’actuel « Le Temps ». Le premier vient de sortir son dernier numéro, ce qui fait deux titres de perdus pour la pluralité de la presse romande.

Ce mois, comme à son habitude « Mediapart » fait le bilan et publie ses comptes. Le nombre de ses lecteurs s’élève actuellement à 140'000 abonnés payants, ce qui, après neuf ans d’existence, et, comparé aux fleurons de la presse française, tels que « Libération » avec 50'000 abonnés, « Le Monde » et « Le Figaro » avec chacun entre 210'000 et 220'000 abonnés peut être considéré comme un exploit.

Avec un chiffre d’affaires de 11,3 mio EU, en hausse de 10% par rapport à l’année précédente, et un résultat net de 1,9 mio EU, dont 4,7 mio EU sont des provisions pour un contentieux fiscal TVA de 2014-2015, ce qui représente un rendement de 16,8 %, « Mediapart » peut envisager l’avenir avec sérénité.

En outre, 62% du capital est actuellement en mains des fondateurs, la société des amis de « Mediaprt » et les salariés, dont l’effectif a augmenté de 32 collaborateurs en 2009 à 74 en 2016.

A l’occasion de cette interview, Edwy Plenel renouvelle son appel aux journalistes suisses de réfléchir à une possible collaboration avec le média de l’avenir. Pourquoi pas une plateforme suisse romande ?

10:45 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |

29/03/2017

La fin des partis politiques

Ca y est ! Elu avec le score « stalinien » de 100% des votes, le désormais ancien président du parlement européen, Martin Schulz, est le nouveau chef du Parti Social Démocrate allemand SPD et candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel. Vive la démocratie !

Dans une récente interview dans le quotidien allemand « Bild », « saint Martin » annonce la couleur, sans ménagement: « pas de baisse d’impôts, égalité salariale entre hommes et femmes, parité hommes - femmes au gouvernement, une politique favorable aux travailleurs, renforcement des contrats de travail à durée indéterminée, investissement dans les métiers de la santé, augmentation limitée du budget de l’armée, meilleure contribution allemande à la maitrise de la crise en Europe. » Et, pour couronner le tout, l’heureux élu réservera un poste de ministre à son prédécesseur Sigmar Gabriel, le champion de l’impopularité, contraint à abandonner la présidence du parti, sous la pression des membres. C’est le supermarché Schulz, un peu pour tout le monde. Non, Martin Schulz n’a pas de projet, ni le SPD. Il veut être élu.

Plutôt que de faire du parlement européen un contre poids à la toute puissante « Commission Européenne », Martin Schulz a préféré utiliser son mandat pour jouer les alliances des puissants. A l’instar du parlement allemand, qui est gouverné depuis des lustres par une alliance entre la gauche et la droite (CDU/CSU/SPD), il a réussi à prescrire la même recette au parlement européen. Le Groupe du Parti Populaire Européen, un condensé des partis européens de droite, et l’Alliance Progressiste des Socialistes, l’ensemble des partis socialistes européens, contrôlent 406 des 751 sièges à Strasbourg. Il n’y a pas mieux pour faire le jeu de la toute puissante Commission, en tuant ainsi dans l’œuf tout débat contradictoire, et pour cimenter le statu quo de l’Europe de la rigueur budgétaire, si chère à Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, et son obsession avec les déficits et la dette des moutons noirs.

Les récentes élections parlementaires au land de la Sarre ont démontré qu’il faut un peu plus que de la rhétorique au parti de l’« Agenda 2010 » et « Hartz IV » pour convaincre les petites gens. A l’instar du candidat à la présidentielle du Parti Socialiste français, Benoit Hamon, Martin Schulz aura du mal à faire oublier le « flirt » des siens avec le néolibéralisme.

Le candidat du PS français, ou ce qui en reste, en fait actuellement les frais. Par opportunisme, toute une flopée d’actuels et anciens responsables politiques socialistes est en train de se ruer vers le mouvement néolibéral « En Marche » d’Emmanuel Macron, une communauté d’intérêts particuliers plutôt qu’un parti politique, marquant ainsi le début de la fin du parti socialiste français. Le grand gagnant de ce marasme à gauche est le candidat indépendant Jean-Luc Mélenchon qui avait prévu ce scénario avec une précision horlogère.

En Grande Bretagne, les « Tories » nagent dans le flou le plus total, après le vote sur la sortie du Royaume de l’Union Européenne. En ce qui concerne la gauche, à l’instar de Benoit Hamon, Jeremy Corbyn, pourtant élu haut la main à la présidence de « Labour » à deux reprises par la base, est détesté copieusement par l’establishment du parti et ostensiblement boudé par la presse. (Danger pour la démocratie / étude de la « London School of Economics ») Les nostalgiques guettent en arrière plan. Dans une récente interview, l’ancien Secrétaire d’Etat du gouvernement de Gordon Brown, David Miliband, frère du malheureux candidat au poste de Premier Ministre Ed Miliband, espère un retour de la politique de Tony Blair, puisant son espoir dans les succès d’Emmanuel Macron en France.

Aux Etats-Unis, le Parti Démocrate, toujours à la botte des grands donateurs, n’est plus que l’ombre de lui-même. Après la défaite à la présidentielle, provoquée par sa propre cupidité, il continue à bouder le mouvement « Our Revolution » du sénateur Bernie Sanders. Questionné récemment par la chaîne de télévision CBS au sujet du futur du Parti Démocrate, celui-ci répond : « Il (le parti) est en train de se noyer comme le Titanic et pourtant tout le monde se bat pour un siège en première classe. »

Le Parti Républicain, n’est pas en reste. Pourtant au pouvoir depuis à peine quelques semaines il produit bourde après bourde. Sous la pression des frères « Koch » généreux donateurs au parti, les élus républicains ont contribué à faire couler la réforme du système de santé de leur président. Dans une initiative, qu'on qualifierait en temps normal de corruption, les frères Koch avaient annoncé, avant le vote, l’ouverture d’un fonds de capital considérable, destiné à la réélection des élus républicains, mais accessible uniquement aux élus, opposés à la réforme. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas là d’un sursaut philanthropique des frères Koch. Non, pour eux, le projet de coupes dans les dépenses de santé ne va pas assez loin.

En Suisse, la seule mouvance politique qui tire actuellement son épingle du jeu est le parti socialiste. Le bilan d’une année de dominance bourgeoise est plus que calamiteux. Les partis de la droite suisse sont à peu près d’accord avec rien. A l’instar de leurs pendants européens, leur projet d’avenir est le statu quo.

Pour se démarquer davantage de ses pendants européens, le PS Suisse devrait s’inspirer de la campagne présidentielle de la « France insoumise » et de son « style pédagogique ». L’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de communication ne demande pas des investissements colossaux.

Sommes-nous en train de vivre la « destruction créatrice » ou le « darwinisme social » des partis politiques, des concepts, après tout, si chers au néolibéralisme.

09:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |