19/01/2017

Le maintien du statu quo, coûte que coûte

Le quotidien zurichois « Tagesanzeiger » titre dans ses colonnes: « Pourquoi le « Forum Economique Mondial » n’a-t-il pas vu venir la vague « Trump-Brexit » ?

Venant d’un membre de la « presse qui compte » la question ne manque pas d’impertinence, car à l’instar de l’économie qui prône la globalisation de l’outil de production, la presse internationale, pratique la globalisation de la pensée. Le sens critique ne fait plus parti du répertoire des médias depuis longtemps.

La même rédaction, économique en l’occurrence, du « Tagesanzeiger », nous apprend avec fierté cette bonne nouvelle du front des statistiques: « L’économie européenne a la pêche. Nous pouvons être optimistes, malgré le « Brexit », « Trump » et le référendum italien. La croissance est de retour. 1,9% rien que pour l’Allemagne ! Et l’état allemand enregistre un surplus impressionnant de 19 mia EU, qui lui permettra de réduire la dette. « Est-ce qu’après trente ans d’attente, les recettes néolibérales finiraient par faire de l’effet ? Le rédacteur du « Tagesanzeiger » y croit dur comme fer.

Le système économique néolibéral s’autodétruit, sans alternative à l’horizon, et le monde médiatique, spécialisé dans la communication et le marketing de l’actualité plutôt que dans l’analyse, commente le spectacle. Quel aveu d’impuissance de la part de la quatrième puissance !

A temps pour l’ouverture du « World Economic Forum » à Davos, la réunion des autorégulateurs, l’ONG britannique « Oxfam » refait ses calculs. Selon les derniers chiffres de la « Rich List de Forbes », une poignée de huit individus détiendraient actuellement plus que la moitié des richesses de l’humanité, contre 62 en début de l’année, dont le mexicain Carlos Slim actionnaire du prestigieux « New York Times » et Jeff Bezos, propriétaire du « Washington Post ».

Klaus Schwab, le fondateur du WEF comprend l’inquiétude des gens et la met sur le compte de la peur du progrès technologique et le manque de connaissance des bienfaits de la globalisation. Il appelle, une fois de plus, à davantage de solidarité de la part des décideurs, mais se garde bien de prononcer le gros mot dont personne ne veut entendre parler à Davos, la redistribution des fruits du progrès par une fiscalité plus équitable entre le capital et le travail.

Les conséquences de trente ans de néolibéralisme culmineront donc le 20 janvier prochain avec l’investiture du 45ème président des Etats Unis. Après avoir provoqué délibérément le phénomène Trump, la presse américaine et l’establishment de Washington ont pris peur. Ils essayent maintenant par tous le moyens d’éviter l’inévitable.

Ainsi, l’agence de renseignements américaine CIA, la plus connu des 19 agences de renseignements, bichonnées par l’administration Obama, publie via les témoignages d’un obscur espion britannique des allégations au sujet d’une présumée inconduite du futur président lors d’un séjour à Moscou et souligne le danger potentiel d’un hypothétique chantage de la part du président russe envers le futur président américain. Que pourrait-on bien apprendre de compromettant au sujet de Donald Trump qu’on ne sait pas déjà ?

Les médias ne s’interrogent guère sur la véracité de ces « révélations explosives » mais préfèrent supposer que c’est vrai. Simultanément, le magazine allemand « Der Spiegel » titre cette semaine « Clivage du monde occidental « Le BND » (Bundesnachrichtendienst), le service secret allemand, craindrait une manipulation des élections européennes et des fomentations de conflits sociaux par le gouvernement russe, à l’instar du supposé « hacking » russe du DNC (Democratic National Committee) pour empêcher la candidate Clinton d’accéder au pouvoir.

Le « Washington Post », encore lui, a publié, en début de cette année, un article, accusant des « hackers » proches du gouvernement russe de s’être introduit dans le système informatique d’une centrale électrique du Vermont. Suite à des recherches du journaliste d’investigation et fondateur du magazine en ligne « The Intercept » Glenn Greenwald, la rédaction du Post a du démentir et reconnaître qu’il s’agissait d’une pure invention.

Cela ressemble à de l’hystérie. Une hystérie dangereuse, car on apprend qu’en ce moment se déroule, sous le commandement de l’armée américaine, l’exercice militaire « Atlantic Resolve » ou « Détermination Atlantique ». L’armée américaine explique l’exercice sur son site internet européen. Il s’agit d’une démonstration de force, en réponse à l’intervention russe en Ukraine, pour rassurer ses partenaires que les Etats-Unis continueront à s’engager à garantir la paix et la stabilité en Europe. » On entend un autre son de cloche du côté de Washington ces temps. Mais, c’est vrai, les Etats-Unis prouvent quasi quotidiennement à quel point ils prennent au sérieux leur rôle de pacificateur dans le monde.

Ainsi, en continuation de la stratégie de renforcement de ses bases militaires dans les pays de l’ancien bloc soviétique, entamée en 2014, l’OTAN déplace actuellement 250 chars, 1'750 véhicules militaires, des containers de marchandise et 3'000 soldats supplémentaires vers Estland, Lettland, La Lithuanie et la Pologne, devant les portes de la Russie. (NTV Allemagne)

Le budget militaire annuel des Etats-Unis, le plus important au monde, s’élève actuellement à 637 mia USD tandis que celui de la Russie est à peu près de 70 mia USD, un peu plus que celui du Royaume Uni. (Wikipedia).

Les seuls politicien européens qui mettent en garde contre ces bruits de bottes et le danger d’une escalade d’un potentiel conflit en Europe sont le candidat à la présidentielle française Jean-Luc Mélenchon et le chef du parti travailliste britannique , Labour, Jeremy Corbyn, qui sont systématiquement taxés d’amis de Poutine, comme s'il s'agissait de Poutine, qui n’est pas éternel. Il s'agit du peuple russe, qui lui restera à nos frontières et avec lequel l’Europe ferait mieux d’être en bons termes, car la protection « gratuite » (Trump) du parapluie de l’OTAN n’existera bientôt plus. La diplomatie, c’est parler à des gens qu’on n’aime pas.

Voilà un sujet intéressant pour les médias.

11:27 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

10/01/2017

Tout va bien

L’Allemagne va bien. Selon la multinationale du conseil aux entreprises « Ernst & Young », les 100 plus importantes entreprises allemandes ont amélioré leurs bénéfices opérationnels de 24 % en 2016, malgré une baisse du chiffre d’affaires de 2,7 %, grâce à des mesures de rationalisation. Le taux de rendement sur le chiffre d’affaire est ainsi passé de 5,9% à 7,4%. (Die Zeit).

Sauf accident majeur, le gros des sociétés allemandes devrait annoncer, ce printemps, des chiffres record pour l’année 2016, au niveau des bénéfices autant qu’au niveau des dividendes. Pour l’année 2015 les 600 entreprises allemandes les plus importantes avaient déjà distribué la somme record de 42,3 mia EU, dont 64 % à des investisseurs étrangers. Globalisation oblige. (RIE III)

En outre, les nouvelles du front de l’emploi sont excellentes. « Die Welt », porte parole officieux du gouvernement allemand, titre le 30.12.2016 « Le miracle allemand de la création d’emplois entre dans sa seconde décennie.» Entre 2010 et 2016, le taux de chômage a baissé de 8% à 4,2%.

L’Allemagne semble en effet faire tout juste. Le taux de chômage moyen de la zone euro est de 10,1 % (France 9,9 %, Italie 11,5% Espagne 20,2%, Portugal 10,8%, Grèce 23,5%) et celui des jeunes européens de moins de 25 ans 18,8% (Eurostat).

Quelle est donc la recette du miracle allemand ? La sous-enchère salariale et l’export. En 2003 le gouvernement Schröder avait introduit la réforme du marché du travail « Hartz IV », une version plus « hard » des lois « Macron » et « El Khomri » en France, et tout misé sur l’export. Afin de « booster » la compétitivité des entreprises allemandes, l’état avait gelé les salaires et l’export flambait et continue à flamber.

Selon l’économiste allemand Heiner Flassbeck, c’est une manière d’exporter le chômage dans les autres pays de l’Union Européenne et l’économiste français, Thomas Piketty, remarque sur son blog que » la bonne mesure de juger de la performance économique d’un pays est sa productivité et non sa compétitivité. Si chaque pays faisait comme l’Allemagne, il n y aurait aucune autre zone économique au monde pour absorber des excédents de l’ordre de 8% du PIB chaque année. » (Thomas Piketty)

Si on mesure la performance économique de la France, l’autre poids lourd de la zone EURO, on constate que sa productivité est supérieure de 10% à celle de l’Allemagne. La mesure communément appliqué étant ce qu’un travailleur produit en une heure de travail. (PIB divisé par les heures travaillées).

La meilleure performance de l’Allemagne vis-à-vis de la France, et les autres pays partenaires, trouve son origine dans le non-respect de la part de l’Allemagne du taux annuel d’inflation de 2% convenu lors de la création de l’Euro en 1999 et voulu par l’Allemagne. Comme l’explique le professeur Flassbeck, l’inflation n’est pas la conséquence de l’expansion de la masse monétaire, la preuve, il n’y a pas d’inflation actuellement, mais du niveau de rémunération de la productivité, les salaires.

Le seul pays en Europe à avoir respecté cet objectif d’inflation de 2% est la France, qui rémunère ses salariés constamment 2% en dessus de sa productivité depuis la création de l’Union monétaire. Dans un monde idéal, chaque pays pourrait ainsi vivre à son rythme. Ceux qui veulent gagner plus, travaillent plus, ceux qui veulent plutôt profiter de la vie, gagnent moins. Le mercantilisme est incompatible avec la mondialisation. (Piketty)

L’économie allemande fait le contraire. Elle vit au dessous de ses moyens au détriment de ses travailleurs et son économie domestique, ainsi que de ses partenaires européens. Les ménages privés économisent à cause des incertitudes sur le marché du travail, les entreprises domestiques n’investissent pas à cause du faible pouvoir d’achat et les multinationales accumulent des profits hors norme et les distribuent à leurs actionnaires.

Pour qu’une économie tourne et pour que l’argent circule, il faut qu'il y ait des acteurs économiques qui s'endettent et qui investissent. Puisqu’en Allemagne ni les ménages, ni les entreprises, ni l’état veulent s’endetter, c’est l’étranger qui doit le faire.

Avec l’arrivée du prochain président à la Maison Blanche qui fait du protectionnisme son cheval de bataille et les élections en Europe il ne reste à l’Allemagne à peine quelques mois pour changer sa position et de sauver l’euro. Sinon, l’éclatement de monnaie unique est programmée et avec elle une masse de chômeurs allemands, car avec la sortie du premier pays commencera la course à la dévaluation des monnaies.

10:06 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

02/01/2017

Des signaux d’alarme en provenance de Washington

Les électeurs du futur président D.T. sont en train d’apprendre à quelle sauce ils seront mangés. En effet, ce dernier est actuellement occupé à choisir les personnages clé de son futur cabinet. La liste se lit comme le « Who is Who » de la finance et de l’industrie pétrolière.

On y trouve le futur secrétaire au trésor, Steven Mnuchin, ancien cadre de la nébuleuse Goldman Sachs, devenu riche grâce au coup de maître de l’industrie, l’affaire des « subprimes », à l’origine de la crise financière de 2008. Wilbur Ross, secrétaire au commerce, un milliardaire de 78 ans qui a fait son argent en restructurant des entreprises en difficulté dans le secteur de l’acier et du charbon, Betsy Devos, une généreuse donatrice à la campagne présidentielle (3 mio USD) fille et épouse de milliardaire et promotrice de la « liberté scolaire » contre la « domination » de l’état dans le domaine, à la tête du département de l’éducation. Tom Price, représentant de l’Alabama, féroce adversaire de la timide réforme « Obamacare » à la tête du « Department of Health and Human Services ». Rex Tillerson, patron d’Exxon-Mobil, qui ne connaît rien d’autre que le pétrole, mais cela suffira, à la tête du Département d’Etat, le ministère de l’extérieur, et ainsi de suite. Fini les promesses faites aux petites gens.

L’Europe, pendant ce temps, n’est pas en reste. En Allemagne, Angela M. s’accroche à un quatrième mandat, en Angleterre les Tories continuent à opérer avec les mêmes recettes néolibérales pour contrer le BREXIT, réduction des impôts sur les entreprises, diminution des prestations sociales, la chose habituelle. En France, la droite réactionnaire est en train de s’organiser, sous les applaudissements des médias, avec, à sa tête, un « rebelle antisystème » adorateur déclaré des recettes de la « regrettée » Margareth Thatcher ». Décidément !

Puisque nous y sommes, et, dans ce contexte, la Suisse s’apprête à adopter une réforme fiscale pour les entreprises qui risque de bouleverser les finances publiques pour les décennies à venir et, avec elle, la vie des petites gens. Le projet sera soumis au vote populaire le 12 février 2017.

A ce propos, l’association britannique OXFAM vient de publier le palmarès des meilleurs paradis fiscaux dans le monde, sur lequel la Suisse figure à la quatrième place derrière les Iles Cayman et les Pays-Bas. A qui profite le crime ? En tout cas pas aux petites gens, ni aux petites entreprises d’ailleurs, même suisses.

Le prétexte de la réforme ? Une anomalie qui ronge les budgets des états de l’Union Européenne, le dumping fiscal ou politique de « beggar thy neighbour » une vieille tradition suisse. Prise de court, et sous la pression de ses partenaires, une fois de plus, comme pour le secret bancaire, la Suisse se voit contraint d’abolir un régime fiscal qui favorise notamment les sociétés holding, société de domicile et sociétés mixtes au détriment des entreprises indigènes. Il se trouve que les états européens trouvent cette démarche inamicale de moins en moins cool. Alors, fini la chasse aux boîtes à lettre ? Presque.

L’augmentation pour les sociétés holdings et autres sera « homéopathique ». Pour les nouveaux bénéficiaires, notamment les multinationales et grandes sociétés exportatrices, en revanche, elle sera, comment dire, appréciable. On parle d’une baisse de 10 % à un niveau de 13 à 14%, dont 52% des entreprises, petites et moyennes, ne profiteront pas, parce qu’elles ne font pas de bénéfice. Pour adoucir la pilule pour les holdings, voici quelques détails croustillants de la réforme qui valent le détour :

Extrait non exhaustif du livret d’explications du Conseil Fédéral à l’intention des électeurs :

« Les mesures proposées visent principalement à encourager l’innovation » En clair, les entreprises pourront déduire dorénavant les frais de recherche à 150% du coût effectif. On se demande pourquoi il faut encourager les entreprises à faire de la recherche. N’est-ce pas dans leur propre intérêt d’en faire ?

L’introduction d’une « patent box » permettra aux entreprises de séparer leurs bénéfices opérationnels du bénéfice découlant de brevets et autres droits comparables. Sur les derniers elles seront autorisées à faire des déductions allant jusqu’à 90%.

Sous le titre barbare de « impôt sur le bénéfice corrigé des intérêts sur le capital propres supérieur à la moyenne » figure une autre « carotte » qui permettra aux entreprises de déduire des intérêts sur le capital qui dépasse le capital, nécessaire à l’activité à long terme. On se demande, pourquoi les entreprises auraient besoin de capital autre que celui nécessaire à leur activité à long terme.

La liste continue et les nombreuses mesures, accompagnant la réforme, rivalisent de complexité entre elles. Est-ce que l’architecte, le menuisier et l’agriculteur qui ira voter le 12 février prochain comprendra ? En tout cas, les multinationales de l’audit et de l’ingénierie fiscale se frottent d’ores et déjà les mains.

Ceux qui ne se frottent pas les mains, sont les pouvoirs publics. Selon l’économiste de l’Union Syndicale Suisse, Daniel Lampart, le manque à gagner pour la Confédération se chiffre, à l’heure, entre 2,7 et 2,9 mia CHF. Les seuls cantons des Genève et Zurich s’attendent à des pertes fiscales de CHF 550 mio pour le premier, et, entre CHF 635 et 725 mio pour le deuxième. La ville de Zurich, qui à elle seule s’attend à une perte de 300 mio, médite déjà sur une augmentation des impôts, à la charge des petites gens celle-ci.

Certains responsables politiques n’ont toujours pas compris que l’autorégulation et l’incitation fiscale ne sont pas créatrices d’emplois. La France l’a appris à ses dépens.

Elle a essayé la même « carotte », ou plutôt son gouvernement socialiste. Pour inciter les entreprises à créer de l’emploi, il octroie à ses entreprises depuis 2013 des baisses d’impôt sans précédent sous le nom de « crédit impôt compétitivité » avec la vague promesse des milieux économiques de créer 1 mio de nouveaux emplois en contrepartie. Après avoir profité de la manne publique, Pierre Gattaz, le chef des chefs ne se souvient plus de la promesse.

La « fleur » a coûté à la collectivité française, à ce jour, la bagatelle de 40 mia EU pour 50'000 à 100'000 nouveaux emplois entre 2013 et 2014 (Le Monde du 28.09.2016). Mais elle a permis à l’une ou l’autre entreprise de rénover sa cafétéria, d’agrandir le parking du personnel ou d’acheter quelques distributeurs de boissons.

Pour la petite histoire, la droite bourgeoise du parlement suisse vient de sortir une autre surprise de son chapeau. « Inquiète » de l’explosion du coût de la santé elle a décidé d’indexer la franchise sur la prime d’assurance maladie obligatoire au coût de la santé, un « perpetuum mobile » en quelque sorte.

L’industrie pharmaceutique et les assureurs privés peuvent continuer à se sucrer sur le dos de la collectivité. But déclaré de l’intervention : Eviter que les citoyens consultent leur médecin pour chaque « bagatelle ». La culpabilité, encore. Ca marche à tous les coups. Car elle est sans doute là, la raison de l’explosion du coût de la santé. Une famille suisse avec deux adolescents en formation paye une prime mensuelle de CHF 1'600.00 ou EU 1'450.00 avec une participation de 10% aux frais médicaux et une franchise minimale de CHF 300.00. Le coût des médicaments en Suisse est le double de celui dans l’Union Européenne.

Quand est-ce que les citoyens et votants se réveilleront-ils? Pour les américains il est sans doute trop tard.

11:06 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |