Le blog de Bruno Hubacher - Page 6

  • Reversal of fortune

    Imprimer

    En matière de droit pénal le système judiciaire américain s’adapte volontiers au modèle économique du « libre marché ». Ainsi, dans 90% des affaires criminelles, les verdicts, ainsi que les peines privatives, sont négociés entre le procureur et la défense sous forme de « plea bargains » ou « négociations de peine », avec la bénédiction du juge.

    Dans le but d’éviter la tenue d’un « procès devant jury », une procédure jugée trop coûteuse et trop compliquée, les acteurs choisissent la négociation (90% des cas jugés), un procédé hautement préjudiciable à l’accusé moyen, très avantageux, en revanche à l’accusé fortuné, qui dispose des moyens nécessaires pour rétribuer des avocats de haut niveau, indispensables pour l’obtention de conditions favorables. On pourrait ajouter que la majorité des avocats de renom ont fait au moins un détour au « Ministère public » pendant leur carrière, raison pour laquelle dans bien des cas ils connaissent personnellement les procureurs.

    En échange d’une peine « plus légère » l’accusé renonce à la tenue d’un procès et libère de ce fait le procureur de l’obligation de rechercher des preuves supplémentaires, susceptibles de démontrer son innocence. Il se laisse d’autant plus facilement convaincre qu’en cas d’une tenue de procès, le juge fixerait une caution pour permettre à l’accusé de préparer sa défense en liberté. Etant donné que la majorité des accusés n’ont pas les moyens, ils resteraient, vu la longueur des procédures, en prison jusqu’au procès, parfois pendant des années.

    Cette justice pour les 1% les plus riches s’est révélée particulièrement perverse dans le cas du milliardaire Jeffrey Epstein, arrêté par le FBI samedi dernier, le 6 juillet, à l’aéroport de Teterboro dans le New Jersey, à bord de son jet privé en provenance de Paris où il passait quelques jours de vacances.

    L’acte d’accusation présentée par le « Procureur général » du district sud de New York, Geoffrey Berman, devant la presse est lourde, « mise en place d’un trafic sexuel avec des jeunes filles mineures entre 13 et 16 ans, entre 2002 et 2005, les attirant dans son domaine à New York et Palm Beach, Florida avec l’aide de complices. Issues de foyers modestes, souvent en ruptures avec leurs familles, les victimes étaient forcées de procéder à des massages pour ensuite subir des actes sexuels. Moyennant rémunération, 200 USD en règle générale, ses victimes lui apportaient sans arrêt de la « chair fraîche ». On parle de centaines de cas.

    Dans ce contexte, on pourrait ajouter que selon de nombreux témoignages de victimes, l’ex-petite amie d’Epstein, Ghislaine Maxwell, fille du milliardaire et magnat de presse britannique Robert Maxwell, mort dans de mystérieuses circonstances sur son yacht « Ghislaine » aux larges des îles Canaries, le 5 novembre 1991, juste avant la déconfiture de son empire, agissait en tant que « Madame Claude » pour Epstein, en recrutant également de la « chair fraîche », ce qu’elle dément.

    Outre l’énormité du cas, ce qui est proprement scandaleux est le fait que l’accusé se livre à ce trafic en totale impunité depuis près de vingt ans et que la justice américaine, celle de Miami en l’occurrence, proche d’un de ses lieux de résidence, Palm Beach, lui avait accordé en 2008, en pleine crise financière, une négociation de peine » arrangée par une floppée d’avocats, payés grassement par Epstein, sous la direction du célèbre professeur de droit à l’université de Harvard, Alan Dershowitz, immortalisé dans le film « Reversal of Fortune » (revirement de situation) du metteur en scène, Barbet Schröder, racontant l’histoire de l’acquittement spectaculaire, obtenu par la défense sous Dershowitz de Claus von Bülow, accusé d’avoir empoisonné son épouse Sunny, restée dans le coma pendant 25 ans jusqu’à sa mort.

    Egalement de la partie fut l’ancien procureur indépendant, Kenneth Starr, nommé à l’époque dans le cadre de l’enquête atour de l’affaire de la stagiaire « Monica Lewinski », impliquant l’ex président Bill Clinton.

    Au nom du Ministère public agissait le procureur pour le district sud de la Floride, Alexander Acosta, l’actuel Secrétaire au Travail du gouvernement Trump.

    Au stade des connaissances du FBI à l’époque, l’acte d’accusation faisait état de 40 jeunes filles mineures abusées, dont une des victimes, Courtney Wild, aujourd’hui âgée de 31 ans, déclarait au « Miami Herald », grâce à la ténacité duquel, et notamment de sa journaliste d’investigation Julie Brown, à laquelle l’affaire fut jugée à l’époque, qu’elle subissait de fortes pressions après la conclusion de l’accord.

    On pourrait ajouter que la journaliste d’investigation du magazine « Vanity Fair », Vicky Ward, avait déjà mené une enquête au sujet des agissements délictueux de Jeffrey Epstein en 2003 « The talented Mr. Epstein ». Après l’avoir interviewé à plusieurs reprises celui-ci l’avait menacé à plusieurs reprises. Après une intervention musclée de Jeffrey Epstein auprès de l’éditeur de l’époque, Graydon Carter, celui-ci avait cédé à ses pressions et choisit finalement de publier un portrait de son activité purement professionnelle.

    Les principales conditions du « marché Dershowitz / Acosta » furent : « emprisonnement de 13 mois en semi-liberté (16 heures de liberté de mouvement par jour) dans une aile de la prison de Palm Beach, spécialement aménagée, fichage dans le registre des délinquants sexuels, immunité des complices, dont quatre sont nommés, et de tous ceux qui pourraient potentiellement être impliqués. Dans ce contexte professeur Dershowitz, co-architecte du deal, est accusé lui-même par une des victimes de contrainte sexuelle, ce que celui-ci nie. Accusé dans ce cadre est également le Duc d’York, le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth.

    Epstein avait fêté sa sortie de prison à l’époque dans sa résidence new yorkaise, l’ancienne « Birch Waton School » transformée en manoir de 7 étages, situé à la 5ème Avenue, d’une valeur de 77 millions USD, en présence de George Stephanopoulos, ancien directeur de communication de l’ex-président Bill Clinton, Charlie Rose, présentateur de la chaîne de télévision PBS, le metteur en scène, Woody Allen, ainsi que le prince Andrew. La décoration intérieure des lieux révèle quelque peu le goût et l’état d’esprit du propriétaire, notamment un imposant échiquier, placé dans le hall d’entrée, juste sous l’escalier en marbre menant à l’étage supérieur, dont les figurines représentent les domestiques féminines en sous-vêtement.

    Absents de la cérémonie furent notamment deux de ses amis les plus illustres, l’actuel président Donald Trump, qui déclara à son sujet en 2002, « J’aime bien Jeffrey Epstein avec qui je partage le goût pour les jeunes femmes. Lui, il les aime vraiment très jeune » et, surtout, l’ancien président Bill Clinton qui l’avait accompagné à 26 reprises dans son Boeing 727 privé, nommé « Lolita Express », plusieurs fois, entre 2002 et 2005, à destination de son île privée, située dans l’archipel des « Iles Vierges Britanniques » du nom de « Little St. James », comme le prouve le journal de bord du « Lolita Express », dont l’ancien pilote avait rapporté à un journaliste avoir également transporté l’ancien président israëlien Ehud Barak. En outre, le prince Andrew, ainsi que Lord Mandelson, ancien membre du gouvernement labour de Gordon Brown y séjournaient fréquemment.

    La fondation philanthropique, « Jeffrey Epstein Foundation » domiciliée et enregistrée à St. Thomas (BVI), pour des raisons pratiques de proximité sans doute, y invite régulièrement d’éminents scientifiques, comme le britannique Stephen Hawking, mort en 2018, pour participer à des colloques, mais pas que.

    Interviewé par le journal britannique à sensation « Daily Mail », un couple sud-africain, engagé par Epstein en 1995 en tant que gestionnaire du domaine, décrivait l’activité débordante qui y régnait en la comparant à celle d’un hôtel cinq étoiles où personne ne paie la note, ainsi que la présence de nombreuses jeunes filles, défilant à poil autour de la piscine, dont certaines leur semblaient « vraiment très jeunes ». De nombreuses personnalités politiques, scientifiques et artistiques y auraient séjourné « aux frais de la princesse » ou du prince plutôt.

    Selon des documents dont dispose je journal d’investigation « Miami Herald », le gouvernement américain aurait reconnu, en 2013, que des procureurs fédéraux se seraient plié sans conteste aux pressions de l’équipe juridique autour d’Alan Dershowitz et Kenneth Starr.

    En effet, il s’avère aujourd’hui que l’accord, conclu en 2008, enfreint la loi de manière flagrante, car il viole le « Crime Victim’s Rights Act » qui stipule que les victimes de crimes doivent impérativement donner leur accord au préalable à un tel « marché », or aucune des plaignantes ne fut mise au courant, ce qui fragilise particulièrement l’actuel Secrétaire au Travail du gouvernement Trump, Alexander Acosta, nommé en 2017. Sa défense ne manque pas de cynisme « Actuellement, disposant de nouvelles preuves, le procureur de New York a une occasion importante de faire régner la justice ».

    Lien permanent 15 commentaires
  • L’asservissement de la justice

    Imprimer

    Charles Dickens aurait pu la raconter, cette histoire, tirée tout droit de l’univers victorien du libéralisme manchestérien du début du 19ème siècle. Pourtant, nous sommes en 2019, en région parisienne, où Oliver Twist, 20 ans, vient d’être condamné par un tribunal à 6 mois de prison ferme pour le vol d’un sandwich au thon et deux bouteilles de jus d’orange, parce qu’il avait faim.

    L’anecdote s’inscrit dans un contexte social plus que tendu. Dépassé par l’émergence « inattendue » du mouvement social des « Gilets jaunes » le pouvoir politique français, dans un acte de désespoir absolu, se sert de la justice comme « arme de destruction massive », sortant de ses tiroirs des lois d’exception, un peu comme l’avait fait la justice américaine avec sa loi antiterroriste « Patriot Act » au mois d’octobre 2001, donnant du même coup carte blanche aux services secrets et le FBI pour instaurer une surveillance orwellienne permanente.

    Ainsi, depuis le début de la révolte des « sans-dents », on ne compte pas moins que 2'000 arrestations dont 40% de condamnations à des peines de prison ferme, la Ministre de la Justice, garde des sceaux « royaux », un vestige, dont même la « Révolution » n’est pas parvenu à se défaire, place ses procureurs, courroie de transmission de la volonté politique, au gré des événements. (Corruption et servitude, interview « Le Média 24.06.2019)

    Mais, le phénomène de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, une pratique jusqu’ici réservée aux républiques bananières, est loin d’être un phénomène français. Insidieusement orchestrée par ce qu’on pourrait appeler « l’Internationale néolibérale », et bienveillamment relativisée par les médias, la gangrène de la judiciarisation infeste toutes les démocraties, ou ce qui en reste.

    Le cas de l’éditeur australien Julian Assange, actuellement détenu en isolement cellulaire dans une prison de haute sécurité britannique, est emblématique pour la fragilité de la justice face aux pressions économiques et politiques. En 30 ans le néolibéralisme a réussi ce que la guerre froide avait empêché les 45 ans précédents, le contrôle absolu de l’état et de ses institutions par le capital.

    Ainsi, une démocratie aux valeurs humanitaires, à priori au-dessus de tout soupçon, la Suède, jette par-dessus bord les valeurs cardinales d’un état de droit, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice, en se laissant instrumentaliser par le champion de l’extraterritorialité, les Etats-Unis d’Amérique.

    Quelques jours après la publication par « Wikileaks », le 21 août 2010, de 77'000 documents confidentiels et compromettants au sujet de la présence de l’armée américaine en Afghanistan, la justice suédoise enregistre une plainte pour « viol mineur » (refus d’arrêter les ébats sexuels après rupture d’un préservatif lors d’un rapport consentant) à l’encontre de l’Australien. Toutefois, rapidement le parquet suédois décide d’abandonner les poursuites et autorise l’accusé de quitter le territoire.

    Le 18 novembre 2010, quelques jours après la publication de nouvelles révélations par Wikileaks au sujet des agissements peu diplomatiques de la diplomatie américaine cette fois, le même parquet émet un mandat d’arrêt international « à des fins d’interrogatoire » dans le but d’élucider des accusations, « d’agression sexuelle » cette fois-ci. La police britannique arrête le « fugitif ». (Wikipedia)

    Après la validation du mandat d’arrêt international par la « Cour Suprême britannique » l’ennemi public numéro un trouve refuge dans l’ambassade de l’Equateur à Londres, bénéficiant de l’asile politique et de la citoyenneté équatorienne, accordés par le président de l’époque, Rafael Correa, qui, par ailleurs, et pour la petite histoire, fut un fervent opposant, durant tous ses mandats, aux « propositions » faites par le « Fonds monétaire international » FMI et la « Banque mondiale » à son pays.

    Rafael Correa, est actuellement résident en Belgique, demandeur d’asile à son tour, car poursuivi par la justice du gouvernement équatorien de son successeur, Lenin Moreno, au pouvoir depuis le 24 mai 2017, pour « corruption passive ». Il est accusé, d’avoir, en sa qualité de président, « favorisé des contrats commerciaux au détriment de l’état, au bénéfice de la Thaïlande et de la Chine » ?! En outre, on lui reproche une « tentative d’enlèvement d’un membre du parti d’opposition », ainsi que la fomentation d’une campagne de propagande contre le groupe pétrolier « Chevron » par des militants indigènes avec de l’argent public.

    Moreno qui fut, par ailleurs, son ancien Vice-président entre 2007 et 2013 et membre du parti « Alianza Paìs », une coalition de partis de gauche dont l’objectif déclaré, outre celui de gouverner le pays, est « une révolution citoyenne, aboutissant à l’implantation du socialisme en Equateur, et par extension, en Amérique Latine ».

    En tant que successeur du président Correa, à qui la constitution interdit de se présenter pour un quatrième mandat, Lenin Moreno, dès son accession au pouvoir, réinterprète la philosophie socialiste de son parti et décide de faire le ménage. En août 2018 il annonce le retrait de « l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique » ALBA, et propose de rejoindre « l’Alliance du Pacifique » une communauté économique d’obédience néolibérale.

    Dès août 2017, son Vice-Président, Jorge Glas, allié de Correa, est dans le viseur de la justice pour corruption présumée dans l’affaire « Odebrecht », du nom de ce conglomérat brésilien, de construction, de technologie, de défense, de pétrochimie, de transport et de logistique, impliqué dans une gigantesque affaire de corruption du nom de « Lava Jato » qui fait l’objet d’une investigation dirigée par le charismatique et insoupçonnable juge brésilien Sérgio Moro, actuel « Ministre de la justice et de la Sécurité publique » du gouvernement de Jair Bolsonaro.

    A l’instar de Jorge Glas, l’ancien président brésilien, Luiz Inàcio Lula da Silva, aurait également bénéficié des faveurs de la firme brésilienne, dans son cas, sous forme d’un luxueux appartement avec vue sur la mer d’une valeur de 1,1 million USD, en échange de l’attribution de marchés publics. Destitué de son mandat, le Vice-président équatorien Glas est condamné en 2018 à six ans de prison par la Cour suprême, à l’instar de son compagnon d’infortune brésilien.

    En mars 2018, le président Moreno, qui a maintenant les coudés franches, ordonne au personnel de l’ambassade équatorienne à Londres de couper les systèmes de communication, dont l’accès à internet, à Julian Assange, pour autoriser la police britannique, le 11 avril 2019, de s’introduire dans les locaux, en violation de l’article 22 de la « Convention de Vienne sur les relations diplomatiques » ainsi qu’en violation flagrante de la « Convention relative au statut des réfugiés » dont le Royaume Uni est signataire, pour arrêter le citoyen australo-équatorien.

    Résultat des courses. En février 2019, le gouvernement équatorien annonce fièrement avoir obtenu un prêt de 10 milliards USD du « Fonds monétaire international » FMI et de la « Banque mondiale », assorti d’une palette de mesures d’austérité draconiennes.

    Pendant ce temps une certaine presse, ultra minoritaire, fait son travail. Ainsi, le journaliste américain, Glenn Greenwald, rédacteur du magazine en ligne « The Intercept », domicilié à Rio de Janeiro, publie ces jours les premières évaluations d’une archive monumentale de documents non exploitées, encore plus importante en volume que celle révélée par l’ancien employé de la CIA Edward Snowden, archive dont la plateforme est également à l’origine et dont elle garde les droits exclusifs de publication.

    Dans des enregistrements de conversations électroniques via la messagerie « Telegram » qui révèlent les dessous de l’investigation « Lava Jato », débutée en 2014, le jeune procureur Deltan Dallagnol, qui ne s’était pas privé d’en faire ses choux gras dans la presse, vantant ses mérites de magistrat incorruptible dans un livre, et le personnage du juge « mani pulite » Sérgio Moro, qui, en juillet 2017 condamne Lula à 9 ans et demi de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent, apparaissent sous un tout autre jour.

    Lula da Silva, qui fut élu président en 2002 et en 2006 avec plus de 60 % des voix, avait quitté la présidence, faute de pouvoir se présenter pour plus que deux mandats consécutifs, avec une cote de popularité de 87%, inégalée dans l’histoire brésilienne. Par conséquent, désigné par son parti, le « Parti des travailleurs » PT, pour être le candidat à l’élection présidentielle en 2018, favori dans tous les sondages, lui donnant entre 30 et 40% des intentions de vote au premier tour, le « Tribunal suprême fédéral » prononce finalement son inéligibilité le 31 août 2018.

    Contraire à l’image non-partisane des protagonistes du dossier « Lava Jato », le procureur Deltan Dallagnol, révèle le fonds de sa pensée dans une conversation avec Carol, une collaboratrice du juge Moro.

    Carol : Deltam, mon ami
    Carol : Tu peux compter sur ma solidarité en cette période difficile. Nous sommes comme dans un train incontrôlable et nous ne savons pas ce qui nous attend.
    Carol : La seule certitude est que nous travaillons ensemble.
    Carol : La possibilité d’un retour du « Parti des travailleurs » PT au pouvoir m’inquiète, mais je prie Dieu d’éclairer notre population et de produire un miracle pour nous sauver.
    Dallagnol : Je suis avec vous, Carol
    Dallagnol : En effet, faites des prières, nous en avons besoin pour notre pays.

    D’autres documents révèlent de quelle manière le juge Moro conseille le procurer Dallagnol dans la construction du dossier et quelles erreurs, susceptibles d’affaiblir l’acte d’accusation, celui-ci devrait éviter lors de sa présentation devant la cour.

    De l’aveu même du procureur, l’acte d’accusation comportait de sérieuses lacunes et qu’en réalité le cas aurait dû être traité par la juridiction, dans laquelle se trouve l’appartement dont Lula est accusé d’avoir bénéficié, et dont celui-ci réfuté d’être le propriétaire.

    En réaction à la publication de l’archive, le procureur Dallagnol ne réfute pas son authenticité et le juge Moro, actuel « Ministre de la justice », estime que le sort des auteurs du piratage devrait être le même que celui que la justice anglaise réserve à Julian Assange, raison pour laquelle il « regrette la non-divulgation de la source à l’origine de la fuite et déplore le fait que « The Intercept » ne l’ait pas contacté avant la publication, ce qui, selon lui, serait contraire à toute déontologie journalistique.

    « The Intercept » affirme par ailleurs avoir pris ses précautions pour protéger ces données en les stockant en dehors des frontières du Brésil et assure que l’accès sera accordé à de nombreux journalistes dans le monde entier.

    Il reste à espérer que le journaliste, Glenn Greenwald, fera preuve de discernement dans l’attribution des droits de diffusion, gardant en mémoire le traitement actuellement réservé, par les médias américains et européens au sort de Julian Assange.

    Lien permanent 4 commentaires
  • Amnesty Multinational

    Imprimer

    Dans un article du 20 février dernier le responsable du ressort « International » d’un grand quotidien suisse exprime son indignation face aux « violations des droits de l’homme », perpétrées par le régime chaviste du Venezuela.

    « Selon « Amnesty International » écrit-il « le régime du président Nicolas Maduro utiliserait la torture et des exécutions sommaires pour faire taire ses opposants. Il serait donc urgent que la communauté internationale intervienne ». Pour appuyer son propos, le journaliste scandalisé en rajoute une couche sur le réseau social « Twitter » : « Les apologistes du président Maduro seront jugés par l’histoire », pour revenir à la charge le 2 mai lors du coup d’état manqué du « président intérim autoproclamé » Juan Guaido.

    Il a raison. Comment ne pas croire une organisation humanitaire dont se seul but est de faire le bien ?

    Fondée en 1961 à Londres, forte de 7 millions membres, « Amnesty International » est une organisation non gouvernementale dont les activités sont essentiellement dédiées à la protection des droits de l’homme à travers le monde. Dotée d’un budget annuel de 300 millions USD, elle est entièrement financée par les contributions de ses membres, enfin presque. On trouve tout-de-même un coup de pouce ici et là, du gouvernement britannique, du « Département d’Etat » des Etats-Unis, de la « Commission Européenne » ainsi que de la « Fondation Rockefeller », mais bon. (Wikipedia)

    Parmi les nombreux autres soutiens, notamment dans les milieux du « showbiz », on trouve, entre autres, le producteur de films américain, Harvey Weinstein, et sa société « The Weinstein Company » avec laquelle l’ONG avait co-financé un long-métrage sur la vie de la figure de proue de la lutte contre la politique d’« Apartheid » en Afrique du Sud, Nelson Mandela, sous le titre de « Long Walk to Freedom ».

    Lors de la première du film, en 2013, le célèbre « séducteur », par ailleurs militant pour de nombreuses autres causes humanitaires, telles que la recherche contre SIDA, la sclérose en plaque et le diabète, la lutte contre la pauvreté dans le monde, le soutien en faveur des femmes metteur en scène et tant d’autres, avait dit ceci : « Il est essentiel qu’un grand nombre de spectateurs s’inspirent de la vie de Nelson Mandela, dans l’espoir que le militantisme social amènera des changements positifs dans le monde. »

    Pourtant, il semblerait que ce qui amènerait de réels « changements positifs dans le monde », souhaités par Mr. Weinstein et Amnesty International, serait plutôt l’exercice démocratique libre par les peuples souverains, dans le but de déterminer leur propre destin. Mais voilà.

    Il se trouve que le mandat du président vénézuélien actuel découle du résultat des élections présidentielles du 20 mai 2018, lui donnant une légitimité par 68% des votants. Le taux de participation de 46% étant certes faible, en comparaison avec de précédentes élections, mais, toujours bien au- dessus de celui qu’on mesure habituellement lors d’élections européennes.

    Le bureau du « Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme », faisant part de ses préoccupations au sujet de présumées exécutions extrajudiciaires, le parlement européen adopte, le 8 février 2018, une résolution, 480 députés pour, 51 contre et 70 abstentions, demandant des sanctions économiques à l’encontre du gouvernement du président Nicolas Maduro.

    Le 23 mars 2018, un haut responsable des « Nations unis » annonçait que, finalement, l’organisation avait décidé de ne pas envoyer de commission spéciale d’observation des élections au Venezuela, sans fournir plus d’explications.

    Par ailleurs, le ministre vénézuélien des affaires étrangères, Jorge Arreaza, gendre du défunt président Hugo Chavez, avait fait parvenir une invitation formelle à son homologue européen, Federica Mogherini, à constituer une délégation européenne d’observation. Celle-ci n’avait pas donné suite non plus, invoquant des « difficultés à réunir » une telle commission. Finalement l’exercice fut mené à bien par un collectif de 150 observateurs internationaux.

    Certes, l’opposition vénézuélienne invoque l’exclusion du scrutin de certains partis, membres du MUD, majoritaire au parlement depuis les élections législatives de 2015, une coalition, fondée en 2010, rassemblant un groupement hétéroclite de partis politiques d’obédiences idéologiques diverses, droite conservatrice, démocratie chrétienne, libéraux et parties de la Social-démocratie, une sorte de coalition néolibérale, dont l’unique dénominateur en commun est l’objectif de renverser le parti bolivarien au pouvoir, le PSUV.

    La décision d’exclure certains partis de l’opposition du processus électoral fut basée sur une résolution de l’ »Assemblée nationale constituante », invoquant l’appel au boycott des élections municipales précédentes par certains membres du MUD.

    En réalité, l’opposition n’était pas à son coup d’essai, car le 3 mai 2016, le MUD avait déposé une pétition contre le président de deux millions de signatures, dont 700'000 furent attribuées, après vérification par le « Conseil national électoral » à des personnes décédées ou dépourvues de droits politiques, mineurs ou personnes incarcérées.

    On ne peut s’empêcher de comparer les sanctions imposées au peuple vénézuélien, saluées par la communauté internationale et « Amnesty International », aux sanctions économiques et bombardements humanitaires » à l’encontre de l’Afghanistan, l’Iraq, la Libye et la Syrie.

    Le 14 mai dernier, Erika Guevara-Rosas, directrice pour l’Amérique à « Amnesty International » a dénoncé « une importante détérioration des conditions de vie au Venezuela, due à un manque cruel de médicaments et de nourriture, ainsi que des violations systématiques des droits humains « probablement » perpétrées par le régime du président Maduro.

    Au sujet de la guerre en Syrie, autre théâtre de l’horreur, l’organisation humanitaire écrit ceci : « Ce pays est ravagé par la guerre depuis sept ans et nous demandons à la communauté internationale d’assumer ses responsabilités, les principes d’impartialité et d’indépendance étant pourtant inscrits dans la charte d’ »Amnesty International », et d’agir de toute urgence pour mettre un terme aux souffrances, infligées par le régime, à des millions d’innocents, faisant allusion, entre autre, aux attaques chimiques, imputées au régime syrien, notamment celles contre le quartier de la Ghouta à Damas en 2013 et la ville de Douma en 2018. »

    Il n’est pas inutile de rappeler, à cette occasion, que, une fois de plus, comme pour les précédentes attaques chimiques, imputées au pouvoir en place, (Seymour Hersh, journaliste d’investigation, lauréat du Prix Pulitzer, entre autre à l’origine de la révélation du massacre de My Lai, perpétré par l’armée américaine au Vietnam en 1968) la dernière en date est également débusquée par un rapport, fuité de l’« Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques » OPCW.

    Au sujet de l’allégation par l’administration américaine qu’une bombe chimique aurait été larguée par un avion de chasse de l’armée syrienne sur un hôpital au nord du pays, l’OPCW déclare, je cite : « Des observations faites sur place suggèrent que ces deux bombes y avaient été posées manuellement. »

    Le 22 mai dernier, selon un militaire russe, Kupchishin, cité par chaîne d’information russe RT « des militants syriens, capturés par l’armée russe, affirmeraient avoir été recrutés dans le but de mettre en scène des attaques chimiques dans les villes syriennes de Saraquib et Jarjanaz, dans le but de les imputer au régime de Bachar el-Assad. »

    Justement, à propos des « violations des droits de l’homme », parlons-en !

    Un récent rapport du « Center for Economic Policy Research » CEPR, basé à Londres, sous le titre « Des sanctions économiques en tant que punition collective, le cas du Venezuela » signé par les économistes Mark Weisbrot and Jeffrey Sachs, par ailleurs conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, démontre l’effet pervers de cette « punition collective » sur la population civile, sanctions, dont le peuple iraqien garde un souvenir plus qu’amer.

    En ce qui concerne l’aspect légal des sanctions économiques, imposées unilatéralement par l’administration américaine actuelle, et précédemment par l’administration du président Obama, cautionnées par l’Union Européenne, elles sont interdites par l’OAS, « Organisation of American States » dont les Etats-Unis sont signataire et membre, ainsi que par le « Droit humanitaire international » régis par une série de traités internationaux, signés par les Etats-Unis. Elles contreviennent également au droit américain, car elles se basent, faussement, sur un présumé état d’urgence.

    La stratégie militaire de l’asphyxie n’a pas été inventé par John Bolton, ni par Elliot Abrams, elle date du Moyen Age. Bien que le Venezuela soit assis sur les réserves pétrolières les plus importantes au monde, pour transformer ce pactole en devises, il faut un accès au système financier international, dominé par le dollar américain et l’euro.

    Ces sanctions économiques interdisent à toutes les banques américaines, ou banques étrangères installées sur sol américain, d’effectuer des transactions avec le Venezuela, ce qui restreint considérablement le champ d’action pour le gouvernement vénézuélien pour transformer le pétrole en devises, afin de régler les importations de médicaments et de nourriture. Pour l’année en cours, des estimations actuelles projettent une baisse des revenus pétroliers de 67% par rapport à 2018.

    Par ailleurs, dans un acte d’obéissance par anticipation, dont le gouvernement britannique est coutumier, les avoirs du gouvernement vénézuélien auprès de la « Banque d’Angleterre » sous forme de lingots d’or d’une valeur de 1,2 milliard USD ont tout bonnement été bloqués. Les gouvernements et citoyens des pays considérés comme « indélicats » se souviendront de la fiabilité du système financier britannique et réfléchiront à dois fois avant d’entrer en affaires avec les institutions de la « City ».

    Dû à une baisse des revenus pétroliers, les importations de nourriture du Venezuela ont baissé de 11,2 milliards USD en 2013 à 2,46 milliards USD en 2018, contribuant à une malnutrition générale, notamment chez les enfants. Selon une étude de l’ENCOVI (Encuesta Nacional de condiciones de vida), effectuées par trois universités vénézuéliennes, le taux de mortalité général a augmenté de 31% entre 2017 et 2018, ce qui représente une hausse de 40'000 décès.

    En outre, l’étude estime que 300'000 personnes souffrent actuellement de l’absence de traitements médicaux, dont 30'000 personnes souffrent d’infection du virus HIV, 16'000 personnes nécessitent des dialyses rénaux, 16'000 nécessitent des traitements contre le cancer et 4 millions de personnes souffrent de diabète et d’hypertension.

    Sans vouloir minimaliser les grandes réussites incontestables des organisations humanitaires, le risque qu’elles se laissent instrumentaliser augmente avec l’accroissement de leurs moyens et de leur influence. Elles contribuent ainsi, sans doute involontairement, à l’objectif des puissants, celui de réduire la contribution publique à la charité.

    Lien permanent 0 commentaire