03/03/2017

Qui paiera ?

En 2016, le volume mondial de transactions en devises s’élevait à 5'100 mia USD par jour, selon la « Banque des Règlements Internationaux » BIS à Bâle.

A titre de comparaison, le produit mondial brut GWP, donc toutes les marchandises et services produits en une année dans le monde, s’élève à 75'000 mia USD. Autrement dit, deux semaines de transactions en devises équivalent les échanges commerciaux réels, le reste est de la spéculation. En outre, le rapport entre le niveau mondial des transactions en valeurs boursières et le total des marchandises et services, produits en une année, a augmenté de 20% à 160% entre 1992 et 2015.

Cette bulle financière continue à être alimentée, bien sûr par la planche à billets des banques centrales, mais aussi par les multinationales qui rachètent leurs propres actions et versent des dividendes à leurs actionnaires, prétendument faute d’opportunités d’investissement dans l’économie réelle, dividendes qui sont réinvestis à leur tour dans les marchés financiers. Ceci pour la théorie économique néolibérale du « trickle down ». S’il en faut une preuve supplémentaire que le marché libre et dérégulé détruit l’économie, en voilà une.

La solution serait simple et ne ferait de mal a personne. Pour contrebalancer ce déséquilibre, il suffirait d’introduire une taxe universelle sur les transactions financières, un impôt progressif sur le capital, ainsi que sur le revenu du capital et, par la même occasion, une réduction du taux d’imposition sur le travail et une augmentation massive des salaires.

Taxer les robots est une fausse bonne idée, car le progrès technologique en soi est un bienfait pour la société. Il permet la réduction du temps de travail et donne la possibilité aux individus de dédier énergie et talents à d’autres activités, enrichissantes et même utiles. La tâche de la répartition équitable des fruits de ce progrès, découlant idéalement de choix démocratiques en revanche, devrait être assumée par les élus politiques, qui malheureusement manquent d’inspiration. Serait-ce parce qu’ils sont un peu trop souvent à la botte d’intérêts particuliers ?

Le capitalisme est capable de beaucoup de choses, mais il y une chose dont il est incapable: « faire des choix de société » Sinon le cimentier franco-suisse « LafargeHolcim » et le fabricant suisse de matériaux de construction Sika refuseraient de participer à l’appel d’offre pour la participation à la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats Unis et le cimentier « LafargeHolcim », encore lui, aurait tout simplement fermé son usine en Syrie en 2013, plutôt que de payer le « pizzo » à des groupes terroristes.

C’est un constat amer, mais depuis Ronald Reagan et Margareth Thatcher avec le lancement de leur société néolibérale, plus aucun parti politique ni politicien n’a eu de projet de société. Sauf, peut-être, le député européen et sénateur français, Jean-Luc Mélenchon, avec son mouvement « La France insoumise », mais, comme disait le comique Coluche: « Certaines choses on ne peut pas dire à la télévision, il y a trop de gens qui regardent. » Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, car la récente invitation sur un plateau de télévision de la chaîne publique française, pour présenter son programme, a dégénéré en un véritable guet-apens. On ne veut décidément pas entendre parler d’un changement du statu quo. Mais, peut-être ce n’est qu’une théorie de complot.

En ce moment, le parlement suisse se livre à une querelle de chiffonniers pour savoir si oui ou non il faut augmenter la rente mensuelle de CHF 70.00, le prix d’un bon repas, ou augmenter l’âge de la retraite pour les femmes à 65 ans pour contrecarrer un manque à gagner dans la prévoyance privée de capitalisation.

Le chancelier de l’empereur Guillaume 1er, Otto von Bismarck, avait introduit, en 1883, la première assurance sociale paritaire, dans le but d’apaiser les tensions sociales et de protéger la monarchie contre la montée du socialisme et les syndicats, et, en 1889 le système des retraites. Il était malin, Bismarck, car pouvait partir à la retraite à l’âge de 70 ans tous ceux qui avaient cotisé au préalable pendant 30 ans. Peu nombreux étaient les heureux élus, car l’espérance de vie au temps de Guillaume 1er était de 40 ans.

En Suisse, l’âge de la retraite est actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes, avec une espérance de vie entre 80 et 85 ans, une amélioration de 45 ans, ce qui fait que le calcul bismarckien ne fonctionne plus. Qui paiera ?

Des propositions de la boîte à outils de « Monsieur Bricolage » sont nombreuses, augmentation de la TVA. 0,6% ou 1%, augmentation de la contribution de la Confédération de 19,55% ou 20%, augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, augmentation générale de l’âge de la retraite à 67 ans. Tout cela rappelle l’arnaque bismarckienne

Ce n’est pas une question d’argent, c’est un choix politique. La seule réponse possible est une répartition plus équitable entre le capital et le travail. Contrairement à ce que veulent faire croire les clichés, qui ont la vie dure, le succès de l’économie suisse ne tient pas aux succès de ses banques, ni au fromage d’ailleurs. La part du secteur bancaire fournit moins que 6% des places de travail et son poids dans l’économie représente à peine 10%.

L’économie suisse doit son succès à sa démocratie directe et, par conséquent, à sa stabilité politique exemplaire, son système libéral à l’américaine couplé d’une paix sociale sagement négociée entre les partenaires sociaux, mais menacée actuellement par la disparition du contre pouvoir de la gauche au parlement lors des élections d’octobre 2015.

Preuve, en revanche, que la démocratie directe fonctionne à merveille dans ce pays, à condition qu’on prenne soin de toujours bien la bichonner, sont les récentes votations, lors desquelles le peuple suisse a décidé de ne pas accordé de baisse d’impôts aux entreprises.

Il serait donc temps d’avancer quelques pistes hérétiques supplémentaires, telles que taxer le secteur de la finance et le capital, à commencer par l’introduction d’une « taxe tobin » sur les transactions financières. Certes, peut-être quelques « sociétés de trading » partiraient. A Londres ? Non, pas à Londres elles partent de Londres à cause du « Brexit ». Le produit pourrait financer un tas de choses, l’éducation, la recherche, l’aide à la création de nouvelles entreprises, dans le domaine des énergies renouvelables, par exemple, la santé, des idées ne manquent pas.

Ensuite il y a la manne de la prévoyance, publique et privée, obligatoires les deux. Le « Fonds de Compensation » qui s’occupe de l’argent non utilisé, à moyen terme, pour le paiement des rentes de l’Assurance Vieillesse et Survivants AVS, de l’Assurance Invalidité AI et de l’Assurance perte de gains EO est géré par une cinquantaine de fonctionnaires à Genève, dont le site internet « compenswiss.ch » dévoile de plus en plus de secrets, grâce à la curiosité et l’assiduité du député vaudois PLR, Olivier Feller.

On y apprend, par exemple, que la gestion de 16 des CHF 34 mia, dont dispose le fonds, est confiée à des gestionnaires externes, suisses et étrangers. Le plus important d’entre eux, avec CHF 2,9 mia, est la multinationale américaine de gestion d’actifs et numéro un mondial, « Black Rock », qui à elle seule gère des capitaux d’une valeur de USD 5'000 mia et dont le vice président du conseil d’administration n’est personne d’autre que l’ancien président de la Banque Nationale Suisse, Philipp Hildebrand.

Parmi d’autres heureux élus sont le « Crédit Suisse » et « UBS » avec CHF 1,7 mia chacun, la maison « Pictet » avec CHF 1,3 mia, la maison « Schröder » avec CHF 1,3 mia, « Pramerica Investments » avec CHF 1,3 mia et ainsi de suite. La performance globale du fonds en 2015 était de - 0,95%.

Le secret du modèle d’affaire de la gestion de fortune est le fait que, contrairement à celui d'un avocat ou d'un médecin, le tarif est en fonction de la taille de la fortune sous gestion. Si on payait la gestion de fortune au tarif horaire le modèle s'effondrerait.

Alors, plutôt que de laisser partir un savoir faire à l’étranger ou même dans les banques indigènes, on pourrait annuler tous les mandats de gestion externes, engager une flopée de spécialistes sur place, pour le service public, fraîchement diplômés de nos universités. On économiserait quelques dizaines de millions en commissions et renforcerait le savoir faire en matière de finance. En outre, on pourrait investir davantage dans l’économie réelle sous forme d’aide à la création d’entreprises et la recherche, activité qui demande un savoir faire plus pointu que la simple gestion financière.

Pour résumer, et contrairement à ce que le courant d’opinion dominant veut faire croire, le progrès technologique qui engendre la réduction du temps de travail et l’amélioration de la santé publique qui engendre le vieillissement de la population sont une chance et non un problème. Tout ce qui reste à faire est de répartir les fruits de ce progrès de manière équitable en allant voter.

11:31 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

27/02/2017

Difficile de rompre avec le passé (bis)

Les 447 membres du Comité National Démocrate DNC se sont réunis samedi à Atlanta pour élire leur nouveau président.

Les prétendants étaient nombreux, mais deux favoris sortaient du lot, avec d’un côté l’ancien Secrétaire d’Etat au Travail sous l’administration Obama, Tom Perez, soutenu par l’ancien président, bien sûr, mais aussi par l’ancien vice-président Joe Biden, par l’ancien procureur général et chef du département de justice William Holden et, last but not least, par l’aile conservatrice de la malheureuse candidate à la présidentielle, Hillary Clinton, et, de l’autre côté, soutenu par le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, la sénatrice progressiste du Massachusetts Elizabeth Warren, ainsi que le chef du groupe parlementaire démocrate au sénat, Chuck Schumer, le candidat Keith Ellison, premier musulman à être élu membre du congrès, député pour l’état du Minnesota et supporteur du sénateur Sanders dès les premières heures de sa campagne des primaires.

En amont du congrès, une coalition de 200 leaders des « Millenials » et des mouvements citoyens dont « Black lives matter » et « Women’s March on Washington » avaient publié sur « facebook » une lettre ouverte de soutient à Keith Ellison, considérant qu’il était le seul candidat, apte à sortir le parti de sa dépendance de l’argent des multinationales et Wall Street.

Inquiets de voir leur parti basculer trop à gauche, 235 militants ont donc voté pour Tom Perez samedi, et seulement 200 pour Keith Ellison. Le sénateur Sanders a perdu une deuxième fois. L’argument des donateurs puissants a pesé plus lourd. L’argent en politique est comme une drogue et l’élection de Perez est un peu comme confier la gestion de la « Croix Bleue » à Gérard Depardieux.

En tout ca, ça augure mal pour la gauche progressiste et l’avenir de la Social-Démocatie européenne.

Au lieu de se poser la question, pourquoi il a perdu 1030 sièges législatifs, au niveau des états autant qu’au niveau fédéral, sous l’administration Obama, le parti démocrate espère ainsi reconquérir les électeurs avec les mêmes recettes, proposées par les mêmes pontes du parti, avec le même système de financement des « super pacs » au lieu d’essayer un concept nouveau, plus démocratique, tel que, par exemple, la collecte de fonds, basée sur le principe du « crowdfunding », réalisé avec succès par Bernie Sanders, qui avait réuni, avec son mouvement « grassroots », autant de fonds que son adversaire Hillary Clinton avec ses « super pacs ».

Le nouveau président de parti sera donc principalement en charge de la collecte de fonds, des grands contributeurs en l’occurrence, les multinationales et les banques, dans le but de regagner une majorité au congrès lors des élections de mi-mandat en 2018. Il comptera sans doute sur l’amnésie des électeurs.

En 2009, le président Obama disposait d’une confortable majorité au congrès, et pour ainsi dire « carte blanche » pour réformer en profondeur le secteur bancaire et trouver une solution équitable à la crise des « subprimes » entre les propriétaires de maisons, menacés d’expulsion, et les banques, à l’origine du désastre. Au lieu de cela, la politique, choisi par le président, et exécutée par son secrétaire au trésor Timothy Geithner, avait mené à pas moins que 9 mio de saisies et expulsions.

Le « Sherman Anti-Trust Act » de 1890 est resté lettre morte, sous l'administration Obama. L’année 2015 a vu un record absolu de fusions et acquisitions d’entreprises dans tous les domaines, de l’industrie pharmaceutique, en passant par la télécommunication aux plateformes internet et l’aviation. (Washington Post, 12 janvier 2017)

Une semaine avant le congrès du DNC, le candidat Tom Perez avait publié ce message sur son compte « Twitter »: « Nous devons écouter les jeunes supporteurs du Sénateur Sanders et admettre que l’élection primaire était truquée. Par conséquent, nous avons besoin d’une présidence transparente ».

Questionné au sujet de ce même « tweet » lors d’un débat télévisé sur CNN le 23 février dernier, le candidat Perez regrette avoir été « mal compris » et rétropédale: « Des amis m’ont interpellés au sujet de ce message et je veux être clair. Je me suis mal exprimé au sujet de l’élection de la candidate Hillary Clinton. Cette élection était bien entendu juste et équitable et elle a gagné davantage de votes que ses adversaires. »

Aurait-il agi sous la pression de puissants donateurs ? On peut le supposer.

Pas sûr toutefois que ce genre de contorsion rhétorique sera efficace comme « arme de destruction massive « contre Donald Trump et convaincra les électeurs de confier à nouveau une majorité du congrès au parti démocrate en 2018.

11:37 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

24/02/2017

Difficile de rompre avec le passé

L’année électorale 2017 changera la face de l’Europe. Contrairement à ce que suggèrent les médias, le statu quo n’est plus une option, et d’options il n’en restent pas tant. Une possible variante est actuellement testée aux Etats-Unis.

La couverture de la campagne électorale en France par la plupart des médias est symptomatique d’une sorte de « détermination sournoise » de maintien d’un système, d’idéologie néolibérale, en place depuis trente ans, défendu par ailleurs par à peu près tous les courants politiques, et qui sert de « plateforme de transfert » du pouvoir politique à une oligarchie, qui utilise la presse, dont elle a fait l’acquisition successivement depuis une dizaine d'années, comme outil de propagande. Les journalistes, dont certains sont sans doute trop payés pour faire autrement, se laissent instrumentaliser pour la cause. Pour s’en rendre compte, il suffit de visionner les nombreuses vidéos des plateaux de télévision, qui traitent de l’élection présidentielle, publiées par les internautes sur « youtube » et de parcourir les titres de la presse écrite, de gauche et de droite.

Est-ce que Benoit Hamon et Martin Schulz auront le courage de rompre avec le passé, bravant l’appareil de leur parti et sa collusion avec le pouvoir économique ? On peut en douter, mais on peut aussi l’espérer. En tout cas, la droite française, cliniquement morte, et la CDU de la chancelière, au même titre que le SPD avant l’effet « Schulz » , au plus bas dans les sondages, l’avenir politique et économique de l’Europe dépendra de la réponse.

La « conscience social démocrate » du « PS » et de la « SPD », « La France insoumise » et « Die Linke », imposent la condition « inacceptable » qui met en rage les médias: « Rompre avec le passé ou perdre les élections. » Même pour l’establishment européen « l’expérience américaine » comporte trop d’impondérables. Pourtant, elle devrait servir de leçon à l’Europe, car l’élection du président actuel n’est rien d’autre que la suite logique d’une politique, intérieure et extérieure, dictée par l’argent de Wall Street et les multinationales, dont l’ancien président et son parti dépendent, comme le junkie de sa seringue.

La presse allemande « célèbre » actuellement le nouveau messie, Martin Schulz, dont les sondages dépassent celle de la chancelière, ce qui rappelle l’effet « Macron » en France. Populaire chez les petites gens, il est pourtant la personnification de la politique d’austérité bruxelloise depuis vingt ans. En tant que président du parlement européen et co-gestionnaire de la crise grecque, en tandem avec la commission de Jean-Claude Juncker, il a contribué à la descente aux enfers de l’économie grecque au niveau de celle d’un pays du tier monde.

En 2009, le même Martin Schulz s’était engagé pour une deuxième mandature de la commission « Barroso », du même José Manuel Barroso qui s’était vu offrir, une fois abandonné sa fonction publique, un poste de conseiller dans la « City » par la banque qui fait la pluie et le beau temps à Washington, « Goldman Sachs ».

Au même titre que le président français, le chef du parti SPD, Sigmar Gabriel, a dû se laisser convaincre par son parti, de réorienter sa carrière. Comme les militants du PS en France, avec Benoit Hamon, les militants du SPD en Allemagne essayent la quadrature du cercle avec Martin Schulz. Faire table rase avec le passé, mais pas trop.

Mise à part les sondages, pour Martin Schulz cela commence plutôt mal, car l’OLAF, « L’Office européen de lutte antifraude » mène actuellement une enquête pour savoir si les accusations, répandues dans la presse, dont le prétendant est la cible, concernant un supposé favoritisme à l’égard d’un de ses proches, sont fondées.

Les citoyens américains redécouvrent soudainement les bienfaits de la démocratie, par la force des choses, car les droits civiques, déjà bien entamés par l’administration Obama, subissent actuellement une véritable coupe à blanc. Par conséquent, les bureaux des sénateurs et représentants, démocrates autant que républicains, sont assiégés par des foules en colères qui réclament des comptes à leurs élus. Certains ont dû être évacués sous la protection des forces de l’ordre.

17:48 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |