26/10/2018

Quand le trotskiste tire sur les anarchistes

L’édifice du système économicopolitique du néolibéralisme craquèle, en France et ailleurs. En Grande-Bretagne, en Allemagne, en France les gestes de désespoir se multiplient, censure d’internet, perquisitions médiatisées.

L’anarchisme, ce modèle d’une société égalitaire, dont l’idée, s’inspire des pensées de l’économiste et sociologue français, Pierre-Joseph Proudhon, est développée, au milieu du 19ème siècle, dans la commune suisse de Saint-Imier, et vécue, à cette époque, par des milliers d’ouvriers horlogers du Jura bernois, avec l’assistance de l’écrivain et historien suisse James Guillaume, le petit patron graveur Adhémar Schwitzguebel de Sonvilier, ainsi que le philosophe russe Mikhaïl Bakounine.

Ils défendaient tous un courant de pensée qui préconise la socialisation des moyens de production sans l’intervention d’un état régulateur, le terme anarchie venant du grec « anarkhia », absence de pouvoir et d’hiérarchie.

Absent des manuels scolaires depuis deux siècles, réduit à un courant terroriste et destructeur, parce qu’infiniment plus dangereux pour le statu quo que le communisme, qui n’en représente que sa continuation sous la forme du « capitalisme d’état », l’anarchisme devient, à l’ère de l’automatisation et la digitalisation une réelle alternative possible comme modèle de société.

Mikhaïl Bakounine, mort à Berne en 1876, provoqua la scission avec Karl Marx au sein de la première « Internationale » sur la question, essentielle, du rôle de l’état dans la transformation de la société vers une société égalitaire. Alors que Marx considéra l’Etat centralisateur comme une étape intermédiaire vers le but idéologique final, Bakounine contesta l’intervention d’une quelconque autorité dans cette transformation, voulue par les deux. Pour Bakounine « là où commence l’Etat, la liberté individuelle cesse, et vice et versa. » L’histoire lui donna raison.

1917, le tsar de Russie prend la fuite. Les conseils d’ouvriers, de paysans et de soldates, les « soviets », organisés selon le modèle de l’anarchisme, fondés après la première révolution de 1905, collectifs que Lénine considérait « trop à gauche », s’emparent des usines par l’insurrection spontanée, croyant que leur modèle de société allait finalement s’installer en Russie. (« Ni dieu ni maître », film documentaire Arte)

En 1908, le « Mouvement marxiste révolutionnaire russe », crée en 1898 par Vladimir Lénine, se scinda en deux, le courant des « mencheviks », les modérés, et celui des « bolchéviks », les radicaux, qui fondèrent, sous la direction de Lénine, le « Parti communiste de l’Union Soviétique », usurpant le nom « soviet » du mouvement anarchiste, se saisissant du pouvoir absolu, en matant, en 1921, l’ultime révolte des marins, soldats et ouvriers à Kronstadt, ville portuaire située sur la mer Baltique, par l’« Armée Rouge » sous le commandement de Léon Trotski, éliminant systématiquement tous les adversaires politiques encore en état de nuire par la suite.

A cette occasion un conseil s’impose, celui de la lecture de la nouvelle « Animal Farm » ou « La ferme des animaux » de George Orwell, une illustration pertinente de la crainte du mouvement anarchiste au sujet du pouvoir et de la hiérarchie.

La répression sanglante du mouvement anarchiste russe par les figures mythiques des mouvements de gauche des années 60, vénérés par l’intelligentsia parisienne et autre, Vladimir Lénine et Léon Trotski, mouvement qui, par ailleurs, s’est toujours méfié de l’hégémonie des intellectuels, mouvement sans lequel la révolution n’aurait jamais été possible, illustre l’ignorance historique de l’élite et à quel point, par leur faute, l’absence d’une conscience historique cohérente dans les manuels scolaires est propice à la « fabrique du consentement ».

Le haut lieu du mouvement anarchiste russe se trouva en Ukraine. Avec la signature du traité de « Brest-Litovsk » en 1918, mettant fin aux combats au front de l’est, Lénine céda l’Ukraine à l’Allemagne. Livrée à elle-même elle continua seule la lutte contre les forces contre-révolutionnaires, l’« Armée blanche », soutenue financièrement par les puissances alliées, avec son « Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne », la « Makhnovchtchina », une force armée de 40'000 volontaires défendant un front de 1'000 km, sous la direction de son leader charismatique Nestor Makhno. (« Ni dieu ni maître », film documentaire Arte)

Le rôle dans l’étouffement du mouvement anarchiste russe joué par la figure de proue de l’intelligentsia « 68arde », Léon Trotski, n’est pas glorieux. En utilisant la propagande de dénigrement, moyen de répression utilisé par le « Parti Communiste » jusqu’à sa désintégration en 1989, présentant les anarchistes ukrainiens comme des saoulards et des criminels, il finit par se faire éliminer lui-même par Staline au Méxique.

En 1921, à la mort de Pierre Kropotkine le 8 février, un des pères de l’anarchisme, figure vénérée par tous les mouvements anarchistes internationaux, le Parti bolchévique organisa des funérailles nationales en grand pompe, relayées par les caméras, permettant, dans un sursaut de miséricorde, aux anarchistes emprisonnées d’assister à la cérémonie, pour les emprisonner à nouveau, une fois les caméras éteintes. Sur ordre de Lénine, un grand nombre de figures anarchistes furent fusillés par la suite dans les prisons de la police politique, la « Checa ».

Le 18 mars 1921 se tint, à Moscou, le « Congrès du Parti communiste » date soigneusement choisie pour coïncider avec la date anniversaire de la « Commune de Paris », comble de l’hypocrisie. Au printemps 1921, il ne restait plus que la « Makhnovchtchina » pour s’opposer à l’hégémonie bolchévique. Lors d’une fête cosaque dans le port de Sébastopol, sur les rives de la Mer noire, fêtant une victoire sur l’Armée blanche, la cavalerie et les officiers ukrainiens furent surpris dans leur sommeil et assassinés par les sbires de l’« Armée rouge », sur ordre de Léon Trotski. Le camarade Staline s’était chargé de l’élimination des anarchiste restants dans les goulags sibériens. (« Ni dieu ni maître », film documentaire Arte)

Les disciples de Trotski sont toujours parmi nous, bien embourgeoisés. Convertis au capitalisme, ils exercent leur métier de journaliste, se cachant derrière leur masque de la bien-pensance, peaufinant leur discours selon la direction du vent. Gare à ceux qui oseraient se mettre à travers leur chemin ils les dénigreraient sur la page web de leur « média participatif online », à l’instar de leurs illustres ancêtres.

16:23 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

17/10/2018

GAFA ou cette censure qui vous veut du bien

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Hudson River depuis la publication, en 1922, du livre « Public Opinion » par le journaliste et intellectuel américain Walter Lippmann, lauréat du Prix Pulitzer, considéré par d’éminents intellectuels comme « l’œuvre fondatrice du journalisme moderne. »

D’autres figures contemporaines, dont un disciple de Lippmann, le publicitaire austro-américain Edward Bernays, neveu du père de la psychanalyse, Sigmund Freud, adaptèrent le concept de « la propagande politique » ou ce que Lippmann appela « la fabrique du consentement », concept par ailleurs également copié par le ministre du Reich à l’éducation du peuple et à la propagande, Josef Goebbels, entre 1933 et 1945, au domaine de l’économie, en utilisant la publicité pour préparer l’ascension irrésistible du corporatisme planétaire.

Basé sur les nouvelles connaissances dans le domaine de la psychologie et les moyens modernes de la communication, Lippmann explora « de nouvelles pratiques de la démocratie » se servant de la « manipulation de l’opinion publique ». Walter Lippmann décrit les masses comme « un troupeau de moutons égarés qui doit être gouverné par une classe d’intellectuels et experts, intervenant en tant que « machine du savoir » pour éluder le défaut principal de la démocratie, l’illusion de l’idéal d’un citoyen tout-puissant », une attitude conforme au capitalisme moderne de l’époque, capitalisme qui se renforça inexorablement par l’omnipotence de la consommation de masse.

En août 1938, une flopée d’intellectuels se rencontrèrent à Paris au « Colloque Walter Lippmann » dans le but d’élaborer une stratégie pour combattre « la montée du socialisme ». En définissant les contours d’une société libérale et moderne, ils ouvrirent la voie à une nouvelle ère qu’ils appelèrent le « néolibéralisme ». Neuf ans plus tard, le 8 avril 1947, l’économiste Friedrich Hayek fonda la « Société du Mont Pèlerin » dans la petite commune suisse du même nom, jetant du coup la base de la société capitaliste dans laquelle nous vivons actuellement.

Trente ans après son premier livre, Walter Lippmann révisa d’ailleurs sa théorie du « citoyen inculte » dans un nouvel ouvrage, en déclarant que « l’élite intellectuelle ronge le fondement de la démocratie ». Trop tard. La boîte de Pandore fut déjà grande ouverte.

Nous sommes en 2018 et l’objectif reste intacte, le maintien du statu quo, ou pour paraphraser l’ancien éditeur du magazine « TIME », Richard Stengel, qui déclara, le 20 avril dernier, lors d’un colloque du « think-tank » « Council on Foreign Relations », pour lequel Walter Lippmann fut d’ailleurs un ardent contributeur, que, je cite : « Le rôle des médias est de servir d’outil de propagande pour préserver les intérêts supérieurs de l’état ».

Dans ce contexte, l’agence Reuters nous apprend, le 7 août dernier, que la multinationale « facebook », revenus 40 milliards USD en 2017, à l’origine une plateforme neutre d’échange de contenu sur internet, déclare « avoir découvert et mis hors d’état de nuire une campagne de propagande semant la discorde parmi les électeurs américains dont les pages suspectes elle (facebook) a immédiatement partagé avec une équipe d’experts du « laboratoire digital » du think-tank « Atlantic Council » », laboratoire fondé par Graham Brookie, ancien conseiller en matière de sécurité nationale dans l’administration Obama. Une trentaine de pages, notamment attribués à des milieux d’activistes de gauche, auraient d’ores et déjà été supprimées.

Il faut savoir qu’actuellement se préparent, aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat du 6 novembre prochain, renouvelant l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges au Sénat, ainsi que les postes de 39 gouverneurs et de nombreux sièges dans des gouvernements municipaux. L’enjeu est donc de taille, pas tant pour le président, mais surtout pour l’aile progressiste à l’intérieur du parti démocrate, une voix qu’il s’agit de faire taire.
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Pour ceux qui ne connaissent pas l’organisation « Atlantic Council ». Voici un bref aperçu : Il s’agit d’un « think-tank » américain, fondé en 1961, se proclamant impartial, dédié à la sécurité et la prospérité économique internationale, réunissant l’élite intellectuelle, politique et économique internationale, membre actif de l’ATA (Atlantic Treaty Association) une organisation faitière de support à l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique du Nord) réunissant diplomates, hommes politiques, académiciens, militaires et diplomates.

Le danger pour l’establishment, de gauche autant que de droite, d’une rupture de système s’appelle « internet » et l’obstacle à une rupture d’un système qui finira par s’auto-détruire de toute manière, se nomme, en politique, « la gauche » ou ce que l’écrivain et journaliste américain Chris Hedges, ancien reporter au Moyen Orient pour le « New York Times », appelle « the liberal class ».

A l’issue du deuxième tour des primaires du Parti démocrate, duquel la candidate Hillary Clinton était sortie vainqueur, Chris Hedges avait demandé au candidat progressiste, Bernie Sanders, pourquoi il ne s’était pas présenté sous la bannière d’un nouveau parti, Sanders répondit : « Les démocrates m’auraient détruit ». C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient fait avec la candidate « verte » indépendante Jill Stein, l’accusant d’avoir fait perdre Hillary Clinton, et, il y a 18 ans avec l’outsider Ralph Nader, l’ayant accusé d’être responsable de l’élection de George W. Bush, au détriment du candidat démocrate Al Gore.

A l’approche des élections de mi-mandat, pour cette « liberal class », qui se fout d’ailleurs des questions environnementales autant que la droite républicaine pour avoir renversé sa propre résolution du mois de juin dernier, celle de ne plus accepter de dons de la part de l’industrie fossile, tous les moyens sont bons pour venir à bout du courant progressiste, inclut la censure sur « internet ».

Pour s’en convaincre, il suffit de suivre les récents développements dans la course au Sénat et à la Maison des représentants du 6 novembre prochain. La new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, une progressiste, vainqueur des primaires démocrates du 14ème district de New York, vient de soutenir dans un message télévisé, le candidat démocrate au poste de gouverneur de New York, Andrew Cuomo, connu pour ses positions ultra-conservatrices et qui avait appelé la victoire électorale d'Ocasio-Cortez « un feu de paille ».

Le vainqueur des primaires démocrates au poste de gouverneur de la Floride, Andrew Gillum, un progressiste, soutenu par Bernie Sanders (éducation gratuite pour tous, assurance maladie pour tous), vient de se montrer dans une vidéo avec le sénateur démocrate de New Jersey Cory Booker (privatisation de l’éducation, contre une assurance maladie pour tous) qui vient de voter contre une loi proposée par Bernie Sanders proposant la légalité de l’importation de médicaments meilleur marché en provenance du Canada, Cory Booker étant un récepteur reconnaissant de l’industrie pharmaceutique (opensecrets.org).

Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui par ailleurs vient de pousser la multinationale Amazon à payer à ses employés un salaire horaire minimum de 15 USD, n’échappe pas à la mainmise de l’establishment démocrate, le DNC, pour avoir « reconnu », tout récemment, la nécessité de renverser le régime du dictateur syrien Bachar Al Assad.

Puisque plus personne ne regarde la télévision ni lit les journaux, ce sont les nombreux journalistes qui se sont évadés sur internet qui fournissent ce genre d’information, soit en ayant fondé leur propre journal, soit par le lancement d’une radio ou une « Web-TV » sur « youtube », un foisonnement qui inquiète l’establishment médiatique et politique.

Une des plus importantes plateformes progressistes d’informations américaines, diffusée sur internet via « youtube », « The Young Turks », 4,2 millions d’abonnés, lancée par le journaliste Cenk Uygur, ancien présentateur de la chaîne câblée MSNBC, est peut-être déjà devenu victime de son succès commercial.

Il se trouve que, « Young Turks » ouvre sa plate-forme à d’autres programmes progressistes sur internet, dont celui du comédien et commentateur politique Jimmy Dore (The Jimmy Dore Show), un des rares progressistes à appeler pour une rupture sans concession avec le statut quo. Etant également comédien « stand-up » il ne va pas quatre chemins quand il s’agit de défendre ses positions.

Un récent échange verbal houleux entre Jimmy Dore (The Jimmy Dore Show) et Steve Oh, chef des opérations de la chaîne « TYT networks », au sujet de la censure en général et celle des multinationales, telle que « facebook », en particulier, est symptomatique pour l’ambiguïté de la « liberal class » envers la censure d’une part et la rupture politique avec le système de l’autre. Il faut savoir que la chaîne câblée, CNN, externalise sa « vérification des faits » à une entreprise tierce.

Le désaccord se portait notamment sur le sujet de la déprogrammation de la plateforme du polémiste raciste Alex Jones par « facebook », sans doute dans l’espoir qu’en fermant le parapluie que la pluie s’arrêterait, décision qui provoqua ce qu’on appelle dans les milieux digitaux un « shitstorm ».

Les arguments des deux protagonistes sont parlants, l’establishment versus la liberté d’expression.

Steve Oh (TYT) : « Je ne veux pas que le gouvernement espionne et censure le discours politique. (Qui contredirait ?), ce qui ne veut pas dire que « facebook » n’aie pas le droit d’exclure quelqu’un pour une raison ou une autre (?). (Il se trouve que « facebook », partiellement financé par de l’argent public (recherche fondamentale), est devenu un monopole, grâce au capitalisme du « laisser faire », ce qui fait que de nombreux contributeurs, dont le business est l’information, ne peuvent plus contourner la multinationale.)

Jimmy Dore : « Pour des comportements illicites il y a le droit et les tribunaux qui règlent ce genre de différent. Ce n’est pas le travail d’une entreprise privée. Ce processus manque de transparence. Attendez le jour que votre chaîne d’information (TYT) soit déprogrammée par « youtube » parce que vous vous exprimez contre les guerres que mène ce pays.

Steve Oh (TYT) « Si quelqu’un harcèle une autre personne, ils ont le droit de l’exclure. »

Jimmy Dore : « Qui est « ils » ?

Steve Oh : « facebook, youtube. Je suis en faveur de leur droit à la censure. »

Une nouvelle d’août 2017 pourrait expliquer, en partie, cette ambiguïté. « The Young Turks » annoncent, avoir recueillit 20 millions USD, dans le but d’augmenter son staff, par la société de venture capital « WndrCo », détenue par le milliardaire Jeffrey Katzenberg, contributeur généreux du « Democratic National Committe », le Parti démocrate, et les campagnes présidentielles de Hillary Clinton et Barack Obama, en particulier.

On se souvient d’une citation par Marc Zuckerberg lui-même, citation qui semble semer encore davantage la confusion: « Je suis juif et je vois tous ces commentaires antisémites haineux sur « facebook ». Ce n’est pas à moi de les censurer. » Fin de citation. Facebook ne s’intéresse pas à la censure per se, mais au dégât commercial qu’une « non censure » pourrait provoquer, car la multinationale subit les pressions de l’establishment.

Une nouvelle vague de suppression de pages « facebook » vient d’être annoncée par la multinationale, dont quelques-unes suivies par des millions de « followers ».

La route vers l’enfer est pavée de bonnes intentions.

20:37 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

11/10/2018

Capitale respicit aequitatem

Tous égaux devant le capitalisme, ou plus prosaïquement, « tous bouffés à la même sauce ». Des privilégiés il y en aura de moins en moins comme le démontre l’évolution récente de la pratique du gouvernement suisse, très à droite depuis les élections législatives de 2015, à propos de « l’échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers en matière fiscale (EAR), permettant de lutter contre la soustraction d’impôts sur le plan international », convention signées par une centaine de pays, dont la Suisse, s’engageant à l’adoption d’une norme commune de la transparence fiscale (source DFF). »

Comme le soulève un récent éditorial du quotidien zurichois « Tagesanzeiger », ce sursaut helvétique de respectabilité en la matière ne touche pas uniquement les vilains fraudeurs, mais également les malheureux serviteurs du système, les braves soldats, trahis par leurs généraux, des milliers d’employés de banque, d’études d’avocats et de gestionnaires de fortune, avec, en toile de fonds la désertion progressive par le secteur bancaire du territoire suisse, « la délocalisation tertiaire », une conséquence de la suppression du secret bancaire.

L’interprétation, libérale, de cette « assistance administrative et entraide judiciaire en matière fiscale » par l’actuel ministre des finances, le très conservateur Ueli Maurer du parti agraire UDC, première force politique du pays, est quelque peu contestée. En effet, dans un acte d’obéissance par anticipation, notre ministre, par ailleurs très à cheval sur les questions de la souveraineté, s’apprête à fournir aux autorités fiscales américaines des listes, en vrac, sur lesquelles ne figurent non seulement les noms des présumés pécheurs mais également les noms de milliers de citoyens suisses, employés du secteur de la finance.

Pourtant, la « loi sur l’assistance administrative fiscale » interdit formellement la transmission de l’identité de personnes tierces, mais le Département des finances d’Ueli Maurer a d’autres priorités. Voici le souci principal du ministre agraire. « Les autorités américaines insistent sur la transmission du plus grand nombre de noms. Sur le plan de la politique extérieure l’assistance administrative fiscale est d’une importance capitale car des sanctions d’états tiers sont à craindre. » (La Suisse, ou plutôt les multinationales suisses, gagnent 2 francs sur 5 à l’étranger ndlr). Aucun des contrats en question ne stipule pourtant que des noms, autres que ceux des contribuables étrangers, seraient censés être dévoilés (Tagesanzeiger).

Du coup, dans le domaine de la souveraineté, le ministre agraire et son parti se mélangent copieusement les pinceaux. En effet sur invitation de la plus importante force politique de ce pays, le parti UDC, le peuple suisse sera appelé à voter, à nouveau, le 25 novembre prochain, sur une initiative populaire dite « le droit suisse au lieu de juges étrangers », (initiative pour l’autodétermination) qui vise à « consacrer la primauté du droit constitutionnel suisse sur le droit international », la quadrature du cercle, car, puisque 2 francs suisses sur 5 sont gagnés à l’étranger, on a du mal à comprendre les élucubrations de notre ministre des finances et des siens.

13:47 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |