27/07/2017

Le Crédit Suisse et la banqueroute du Mozambique

Est-ce que le Crédit Suisse serait coresponsable de la banqueroute de la République du Mozambique ? L’Autorité Fédérale de Surveillance des Marchés Financiers, FINMA, en tout cas, s’intéresse depuis quelque temps à cette question, ainsi qu’aux circonstances dans lesquels un crédit de 2 mia USD avait été organisé par la banque suisse en faveur de trois entreprises publiques mozambiquaises pour l’acquisition de 24 bateaux de pêche, de navires de patrouille ainsi que d’équipement nautique divers.

L’exécution de la commande avait été confiée à la société « Privinvest Group » de l’entrepreneur franco-libanais Iskander Safa, deuxième fortune du Liban, derrière celle de la famille Hariri. Le 5 mars 2013, les ouvriers du chantier naval de la « maison Safa », « Constructions mécaniques de Normandie » à Cherbourg, avaient fêté cette commande dignement, en présence de l’entrepreneur et du président François Hollande. Toutefois, la joie fut de courte durée, car il s’avérait par la suite que 16 des 24 navires furent construit par « Shipyard ATG Giurgiu » en Roumanie à un coût inférieur de 30 à 40%.

La société d'audit américaine « Kroll », mandatée par le gouvernement mozambiquais et dont le rapport vient de sortir, révèle, que, selon les estimations de ses experts, la République du Mozambique aurait surpayé la livraison de ces navires, qui rouillent actuellement dans le port Maputo faute de personnel compétent sans avoir pêché un seul poisson, de 487 mio USD. Cherchez l’erreur !

« Privinvest » justifie la différence de prix avec le transfert de « know how » et « un projet sur mesure » incluant également la livraison de « marchandise » et annonce d’ores et déjà de vouloir attaquer la société « Kroll » en justice.

Le rapport révèle, en outre, que le Crédit Suisse aurait encaissé pour la transaction des commissions d’une valeur de 160 mio USD. Celle-ci conteste.

Gretta Fenner, directrice du « Basel Institute on Governance », une organisation non gouvernementale, associée à l’Université de Bâle, déclare dans l’émission « Frontal 21 » de la télévision allemande ZDF que le produit de l’émission obligataire, n’avait pas été versé au gouvernement du Mozambique, mais à « Privinvest » qui elle reversait les fonds à ses propres sociétés mozambiquaises, spécialement créées à cet effet. En d’autres termes, « Privinvest » avait commandé les bateaux auprès de « Privinest ».

Outre le fait que le parlement mozambiquais n’avait jamais été consulté, ce qui est anticonstitutionnel, bien qu’Iskander Safa affirme que celui-ci aurait autorisé la transaction après coup, au mois d’avril de cette année, il s’avère également que la société publique mozambiquaise « EMATUM » qui réceptionna les bateaux, pêche, en moyenne, du thon d’une valeur de 450'000 USD par année. Les projections de vente annoncées par le gouvernement en vue de l’obtention du crédit en 2013 étaient de 18 mio USD par année, des projections qui ne semblent pas avoir ému outre mesure le Crédit Suisse. (Oxfam)

Pour la petite histoire, Andrew Pearse, architecte du deal, a quitté le Crédit Suisse juste après la transaction et travaille depuis étroitement avec l’empire de l’homme d’affaires libanais Iskander Safa (Oxfam). On le comprend.

L’implication du gouvernement français dans la livraison du matériel militaire, accompagnant la transaction « de pêche », pose la question sur le respect du « code de conduite européen » en matière d’exportation de matériel de guerre.

Toujours est-il, le « Fonds Monétaire International » a cessé ses paiements en faveur du Mozambique depuis avril 2016, avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer pour un des pays les plus pauvres de la planète. Selon Oxfam, en 2016, celui-ci dépensait 12,6 % de ses revenus pour le service de sa dette extérieure.

Entre-temps « Privinvest » continue à faire de bonnes affaires, notamment avec l’armée allemande. Sa branche berlinoise « German Naval Yards » vient de décrocher un contrat pour la livraison de 5 frégates d’une valeur de 2,5 mia USD. L’affaire du Mozambique ne semble pas avoir ému non plus Ursula Von der Leyen, la ministre de la défense allemande.

« German Naval Yards est déjà dans les « starting blocks » pour un autre projet de l’armée allemande, l’acquisition de plusieurs navires de guerres polyvalents d’une valeur de 4,5 mia USD.

12:25 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

21/07/2017

La nouvelle stratégie en politique, la non-stratégie

Depuis le sacre du dernier monarque français, une sorte de Louis XVI des temps modernes, le monde semble définitivement entrer dans une phase de fin de règne, fin de règne qui a réellement débuté avec l’élection de l’actuel président américain. Le modèle politique et économique néolibéral atteint ses limites et une alternative peine à se dessiner.

L’hyperactivité de ce début de mandat cache mal l’absence totale d’un quelconque projet de société, plutôt une vague volonté de retour de la France sur la scène internationale. Pas sûr que ça marchera. En tout cas, l’invitation du président américain au défilé du 14 juillet n’a été que moyennement goûtée par les français et l’invitation du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv n’a pas contribué à l’apaisement des esprits non plus.

L’humiliation en public du chef de l’armée peut être considérée, en quelque sorte, comme la cerise sur le gâteau. Un des premiers hauts fonctionnaires à pointer le doigt sur les incohérences entre ambitions gouvernementales et moyens mis à disposition se voit désavoué et démissionne. Avec cette indélicatesse le président se met les forces armées à dos, pas très habile vu le contexte international plus que tendu.

On pourrait ajouter à la non-stratégie du président Macron le récent mépris, affiché envers le continent africain en disant : « Le défi de l’Afrique est « civilisationnel ». Quand dans des pays africains les femmes ont encore entre 7 et 8 enfants, vous pouvez encore dépenser des milliards, vous ne stabilisez rien. » ou, dans un autre registre « Le drame de l’Afrique est que l’homme africain n’est jamais entré dans l’histoire (L’Huminanité 18.07.2017) Pour la petite histoire, le taux de fécondité de l’Afrique est de 4,7 enfants par femme. (Wikipedia)

Soucieux de rafler encore quelques voix auprès des électeurs, issus de l’immigration, lors de la campagne présidentielle, Monsieur Macron s’était empressé à l’époque, à l’occasion d’une visite à Alger, de comparer la colonisation de l’Algérie par la France à un « crime contre l’humanité ». Mais ça, c’était avant.

Le gouvernement anglais n’est pas en reste dans ce qu’on peut appeler la poursuite de la non-stratégie. Pendant la campagne électorale, lors de l’émission télévisée de la BBC « Question Time », la premier ministre britannique Theresa May s’était fait interpeler par une infirmière du « National Health Service » qui se plaignait de ne pas avoir obtenu d’augmentation de salaire depuis 2009, sur quoi Mrs. May répondit que le « magic money tree » n’avait pas encore été inventé.

Quelques semaines plus tard, après avoir perdu la majorité parlementaire, contrainte de gouverner avec la droite extrême d‘Irlande du Nord, le « magic money tree » est soudainement apparu. En effet, Mrs. May vient de proposer une série d’investissements en Irlande du Nord, d’une valeur de 1 mia £, dans une région jusque là totalement délaissée par Londres. C’est le prix à payer pour rester au pouvoir.

Son « Chancelier de l’Echiquier », Philip Hammond, multimillionnaire et gros propriétaire terrien, n’a rien à envier au cynisme de la premier ministre. Il a déclaré récemment dans la presse anglaise que les fonctionnaires du service public étaient surpayés de 10%.

Visiblement en manque d’inspiration Mrs. May vient de demander à l’opposition une « coopération constructive » dans les négociations du « Brexit » avec Bruxelles, sur quoi la députée « Labour » Emily Thornberry, « Shadodw first secretary of State », lui suggère d’instaurer une boîte à idées à Westminster et son chef Jeremy Corbyn l’invite tout simplement à adopter le « Labour Manifesto ». De son côté, le député européen et ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, médite à haute voie sur une « possible consultation » de l’opposition britannique. Ca sent les élections anticipées.

Aux Etats Unis, gouvernés par un président, homme d’affaires, qui a déjà fait faillite à six reprises dans sa vie et qui n’est pas près à bourde de plus ou de moins, même la non-stratégie est un mystère.

En effet, le sénat américain, dominé par ailleurs par le parti républicain, vient de rejeter le plan de réforme de l’assurance santé « Trumpcare », projet qui aurait potentiellement laissé 20 mio de citoyens américains sans couverture médicale. Même dans le parti républicain, divisé entre les sénateurs qui trouvaient que la réforme n’allait pas assez loin et ceux provenant d’états pauvres, pour lesquels cette loi aurait provoqué une hécatombe, le gouffre s’élargit.

Le président, de son côté, regrette cette décision, suggérant d’abroger tout simplement l’actuel système « Obamacare » et d’attendre des temps meilleurs, espérant une collaboration bienveillante avec les démocrates, un peu comme Theresa May et sa boîte à idées.

Il y a comme un air de fin de règne, en Europe et aux Etats-Unis. L’élite est en train de brader l’argenterie et se prépare au sauve qui peut, le temps pour faire encore quelques bonnes affaires.

Le candidat Trump l’avait bien dit devant un parterre de responsables de la CIA, au mois de septembre 2016, après son malheureux accrochage avec l’agence, en parlant de la guerre en Iraq : « Je n’ai jamais été favorable à une invasion, mais tant qu’on y est, autant en profiter », car, citant Jules César, excusez du peu, « To the victor belongs the spoils ». « Si nous avions gardé le pétrole, nous n’aurions pas à combattre l’état islamique, car c’est avec le pétrole qu’il finance le djihad. Nous aurions du garder le pétrole, mais nous y sommes entré et sorti de la pire des manières qui soit. » Fin de citation

Devant un parterre de hauts responsables politiques et militaires à Riyadh cette fois, au mois de mai de cette année, il saisit une autre occasion pour préciser sa pensée. Parlant du terrorisme islamique il dit ceci : « Pour combattre le terrorisme il faut empêcher le financement en faveur de l’état islamique et démasquer leur idéologie lâche. Mais toute discussion sur les moyens d’éradiquer ce fléau serait incomplète sans la mention du régime qui abrite les terroristes, leur fournit un soutient financier inconditionnel et qui se trouve à la source de l’instabilité au Moyen Orient. Je veux bien entendu parler de l’Iran. » L’applaudissement de l’audience lui est assuré.

Amnesty International annonce d’ailleurs ces jours que 14 détenus politiques, dont l’un d’eux n’avait que 17 ans lors de son arrestation, embarqués pour participation à des manifestations pacifiques, sont actuellement transférés depuis les prisons provinciaux à destination de la capitale, ce qui augure des décapitations proches. (Democracy Now)

Le contrat d’armement d’une valeur de 110 mia USD, signé lors de la visite du mois de mai dernier, servira d’ailleurs à « maintenir la stabilité dans la région ».

Le porte parole officieux du gouvernement Trump, le « New York Times », un modèle de journalisme indépendant, sous la plume de son éditorialiste Tim Arango, chef du bureau NYT à Baghdad, lui emboite le pas, en écrivant le 15 juillet dernier : « Quand les Etats-Unis avaient envahi l’Iraq il y a 14 ans, dans le but de renverser Saddam Hussein et son parti Baath, ils voyaient dans ce pays la pierre angulaire d’un Moyen Orient prônant les valeurs démocratiques occidentales. L’Amérique a versé le sang de 4'500 soldats ( Qu’en est il des 1 mio d’iraquiens morts durant le conflit ?) et avait dépensé la somme astronomique de 1'000 mia USD pour la « cause démocratique », tandis que l’Iran a profité de la crise pour étendre son influence dans la région, en alimentant les tensions sectaires dans les états d’obédience sunnite, alliés des Etats-Unis, notamment l’Arabie Saoudite. L’Iraq ne représente qu’une partie des velléités expansionnistes du régime iranien. L’utilisation de moyens de propagande iranienne se répand dans toute la région, au Liban, en Syrie, au Yémen et en Afghanistan. » Fin de citation.

Voilà la pensée intime de Donald Trump, véhiculée par le docile « New York Times ». L’objectif primaire ne serait donc pas l’éradication du terrorisme, ce sera fait de toute façon, mais bel et bien la provocation d’un nouveau conflit avec l’Iran. L’armée américaine réoccuperait l’Iraq, pour se saisir du butin, le pétrole, qui se trouve sous le sol du « futur » état de Kurdistan, futur état vassal des Etats-Unis (?). Est-ce que la France participerait au projet ? En invitant Benjamin Netanyahou en même temps que le président Trump il y a de quoi se poser des questions. Décidément ce nouveau monarque est plein de surprises.

L’Europe peut donc se préparer à un nouvel afflux de réfugiés après le tarissement de celui en provenance de la Syrie.

07:59 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12/07/2017

La liste d’invités du « Washington Post »

Elizabeth Graham Weymouth, rédactrice en cheffe du fleuron de la presse américaine, fille de Philip Graham (1915-1963) et Katharine Meyer Graham, éditrice du « Washington Post » jusqu’à sa mort en 2001, fête, cette année, son 74ème anniversaire. Pour marquer l’événement elle vient de donner une réception haute en couleur dans sa demeure des Hamptons. L’invité vedette, le metteur en scène Stephen Spielberg, était là pour parler de son nouveau film « The Papers » dont le scénario loue l’engagement de la regrettée Katharine Meyer Graham en faveur de la liberté de la presse.

« The Papers » font référence aux « Pentagon Papers », documents militaires, classées « top secret », publiées une première fois par le « New York » Times en 1971, grâce à l’activiste anti-guerre Daniel Ellsberg, mettant en lumière la politique douteuse des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam, entre 1945 et 1967, notamment l’élargissement du conflit au pays voisins, le Cambodge et le Laos.

Daniel Ellsberg fut poursuivi par le gouvernement Nixon pour vol, conspiration et espionnage, accusations abandonnées en 1973 suite à des révélations dans le contexte du scandale du « Watergate » devant une commission sénatoriale, scandale par ailleurs révélé par les journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein du « Washington Post ».

A l’époque de la guerre en Iraq, Ellsberg prit à nouveau position contre l’intervention américaine, contre l’avis de la presse américaine cette fois. Plus récemment, sa « Freedom of the Press Foundation » avait soutenu financièrement le soldat Chelsea Manning dans sa lutte contre la machine judiciaire et défendu le lanceur d’alerte Edward Snowdon dans un article paru dans le « Guardian ».

Bien que les « Pentagon Papers » furent surtout compromettants pour les administrations Kennedy et Johnson, le secrétaire à la défense, Henry Kissinger, convainquit le président Nixon d’empêcher leur publication dans le but de laisser le champ libre à d’éventuels futures opérations secrètes. Après quelques tentatives infructueuses auprès du NYT de cesser volontairement la publication, le procureur général John Mitchell, par ailleurs condamné quelques années plus tard à deux ans et demi de prison pour conspiration et obstruction à la justice dans le contexte du scandale du « Watergate », obtint une injonction de la cour fédérale, obligeant le « Times » de cesser la publication des dits documents.

Suite à cette décision, ce fut un des éditeurs du « Washington Post », Ben Bradlee, personnifié dans le film de Spielberg par Tom Hanks, qui prit le relais. Ayant reçu une partie des documents de la part d’Ellsberg, Bradlee commença à publier ses propres séries d’articles. A l’instar du NYT il reçut, lui aussi, un appel du procureur, exigeant de renoncer à la publication des documents compromettants, ce que le journaliste refusa. (Wikipedia)

Cette affaire fut le prélude à ce qui devint le scandale du « Watergate » dont la publication de l’enquête par les journalistes du « Washington Post » Bob Woodward et Carl Bernstein reçut le soutient inconditionnel de la part de Katharine Graham.
En 2013 le « The Washington Post » finit en mains du milliardaire Jeff Bezos, fondateur de l’entreprise de commerce électronique « Amazon ».

Depuis que les éditeurs ont cédé leur place aux financiers, le journalisme d’investigation des grands titres de presse a cessé d’exister. Devenus des outils de propagande ils sont allé jusqu’à offrir au candidat Donald Trump une présence médiatique d’une valeur de USD 2 mia, selon le NYT, pour se voir museler par le président Donald Trump, à l’instar de la chaîne d’information CNN.

On s’étonne d’autant plus du curieux mélange des genres qu’entretiennent presse et pouvoir, transcendant les « convictions ». En consultant la liste des invités d’Elizabeth Weymouth, journaliste, révélée par Jimmy Dore, humoriste et commentateur politique sur sa chaîne « Youtube » on se demande si ces gens ont des valeurs:

Le couple Jared et Ivanka Kushner-Trump, Kellyanne Conway « conseillère » du président Trump, interdite d’antenne chez CNN pour les mensonges qu’elle profère au nom du président, le sénateur Chuck Schumer, chef du groupe du parti démocrate au sénat, Gray Christopher Ruddy fondateur de « Newsmax Media », une chaîne de télévision ultraconservatrice, copain avec Bill O’Reilly, viré récemment de « Fox News » pour harcèlement sexuel, proche du président Trump, Robert Hormats, président de la société de conseil « Kissinger Associates » appartenant à l’ancien conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger (sans rancune), Carl Icahn, financier multimilliardaire ayant inspiré Oliver Stone pour son film « Wall Street », Charles Koch, multimilliardaire, militant pour l’abrogation d’Obamacare voulant aller encore plus loin que le président Trump, John Paulson, financier, devenu multimilliardaire en vendant à découvert des titres de « subprimes », Dina Powell ancienne directrice et partenaire de la maison Goldman Sachs, actuellement conseillère du président Trump en matière de sécurité, Georges Soros, financier multimilliardaire et philanthrope d’origine hongroise…

10:32 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |