24/02/2017

Difficile de rompre avec le passé

L’année électorale 2017 changera la face de l’Europe. Contrairement à ce que suggèrent les médias, le statu quo n’est plus une option, et d’options il n’en restent pas tant. Une possible variante est actuellement testée aux Etats-Unis.

La couverture de la campagne électorale en France par la plupart des médias est symptomatique d’une sorte de « détermination sournoise » de maintien d’un système, d’idéologie néolibérale, en place depuis trente ans, défendu par ailleurs par à peu près tous les courants politiques, et qui sert de « plateforme de transfert » du pouvoir politique à une oligarchie, qui utilise la presse, dont elle a fait l’acquisition successivement depuis une dizaine d'années, comme outil de propagande. Les journalistes, dont certains sont sans doute trop payés pour faire autrement, se laissent instrumentaliser pour la cause. Pour s’en rendre compte, il suffit de visionner les nombreuses vidéos des plateaux de télévision, qui traitent de l’élection présidentielle, publiées par les internautes sur « youtube » et de parcourir les titres de la presse écrite, de gauche et de droite.

Est-ce que Benoit Hamon et Martin Schulz auront le courage de rompre avec le passé, bravant l’appareil de leur parti et sa collusion avec le pouvoir économique ? On peut en douter, mais on peut aussi l’espérer. En tout cas, la droite française, cliniquement morte, et la CDU de la chancelière, au même titre que le SPD avant l’effet « Schulz » , au plus bas dans les sondages, l’avenir politique et économique de l’Europe dépendra de la réponse.

La « conscience social démocrate » du « PS » et de la « SPD », « La France insoumise » et « Die Linke », imposent la condition « inacceptable » qui met en rage les médias: « Rompre avec le passé ou perdre les élections. » Même pour l’establishment européen « l’expérience américaine » comporte trop d’impondérables. Pourtant, elle devrait servir de leçon à l’Europe, car l’élection du président actuel n’est rien d’autre que la suite logique d’une politique, intérieure et extérieure, dictée par l’argent de Wall Street et les multinationales, dont l’ancien président et son parti dépendent, comme le junkie de sa seringue.

La presse allemande « célèbre » actuellement le nouveau messie, Martin Schulz, dont les sondages dépassent celle de la chancelière, ce qui rappelle l’effet « Macron » en France. Populaire chez les petites gens, il est pourtant la personnification de la politique d’austérité bruxelloise depuis vingt ans. En tant que président du parlement européen et co-gestionnaire de la crise grecque, en tandem avec la commission de Jean-Claude Juncker, il a contribué à la descente aux enfers de l’économie grecque au niveau de celle d’un pays du tier monde.

En 2009, le même Martin Schulz s’était engagé pour une deuxième mandature de la commission « Barroso », du même José Manuel Barroso qui s’était vu offrir, une fois abandonné sa fonction publique, un poste de conseiller dans la « City » par la banque qui fait la pluie et le beau temps à Washington, « Goldman Sachs ».

Au même titre que le président français, le chef du parti SPD, Sigmar Gabriel, a dû se laisser convaincre par son parti, de réorienter sa carrière. Comme les militants du PS en France, avec Benoit Hamon, les militants du SPD en Allemagne essayent la quadrature du cercle avec Martin Schulz. Faire table rase avec le passé, mais pas trop.

Mise à part les sondages, pour Martin Schulz cela commence plutôt mal, car l’OLAF, « L’Office européen de lutte antifraude » mène actuellement une enquête pour savoir si les accusations, répandues dans la presse, dont le prétendant est la cible, concernant un supposé favoritisme à l’égard d’un de ses proches, sont fondées.

Les citoyens américains redécouvrent soudainement les bienfaits de la démocratie, par la force des choses, car les droits civiques, déjà bien entamés par l’administration Obama, subissent actuellement une véritable coupe à blanc. Par conséquent, les bureaux des sénateurs et représentants, démocrates autant que républicains, sont assiégés par des foules en colères qui réclament des comptes à leurs élus. Certains ont dû être évacués sous la protection des forces de l’ordre.

17:48 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17/02/2017

Le chemin est encore long

La Suisse a accepté, le week-end passé, un référendum contre un projet de loi visant à réduire massivement les impôts sur les bénéfices des entreprises au détriment d’une péjoration sans précédent des finances publiques. Le peuple Suisse se serait-il soudainement réveillé d’un songe trompeur dans lequel les « décideurs » économiques lui susurrent sans cesse à quel point le néolibéralisme ne veut que son bien, lui donne un travail, mal payé certes, mais un travail tout de même, ou n’était-ce qu’une petite vague à contre-courant dans une mer de conformisme ?

La presse suisse pense avoir déniché les raisons de cet affront à l’establishment. Ce serait, pour les uns, un langage plus agressif, emprunté à la droite extrême, qui aurait permis ce succès du parti socialiste dans les urnes. Pour les autres, ce serait un refus populaire de se faire imposer une règle, par l’Union Européenne en l’occurrence, celle de supprimer le traitement de faveur des sociétés holdings qui choisissent la Suisse comme domicile pour sa clémence fiscale.

Mais, peut-être les suisses n’ont tout simplement plus envie d’être le dindon de la farce. Peut-être ils ont compris qu’une fiscalité des entreprises au rabais ne crée pas d’emplois.

Le magazine allemand « Der Spiegel » reporte ces jours que le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, connaissait depuis 2011, une pratique d’évasion fiscale des banques allemandes qu’on appelle dans les cercles initiés le « dividend stripping », une pratique que le législateur n’interdit définitivement que depuis 2016. Ce manque d’empressement de la part du ministre a causé au fisc allemand un manque à gagner annuel de 6 mia EU.

La chose est plutôt technique, mais pour faire simple, des banques allemandes vendaient, à découvert sans posséder, avant la date de paiement des dividendes, des actions pour les racheter, après le paiement des dividendes « ex dividend ». Dans le registre des actionnaires figuraient propriétaire A autant que propriétaire B comme détenteurs d’actions, ayant droit au paiement du dividende, soumis celui-ci à déduction d’un impôt à la source de 25%, récupérable auprès du fisc. Pendant que l’état ne déduit qu’une fois les 25%, les actionnaires eux font valoir la somme deux fois.

Le même ministre des finances qui critique le gouvernement grecque pour son incapacité de prélever des impôts a volontairement fait perdre aux contribuables allemands chaque année 6 mia EU depuis 2011.

La lutte contre le néolibéralisme et la dérégulation a encore de beaux jours devant elle. Contre toute attente, le parlement européen a adopté cette semaine le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada, traité « provisoirement » en vigueur à partir du mois d’avril de cette année en attente de la ratification des 28 parlements de l’Union.

La surdité des parlementaires européens mérite un traitement en profondeur. Les tribunaux arbitraux se substituant aux états pour juger des litiges entre multinationales et pouvoirs publics font toujours parti du deal.

Ainsi le nivellement vers le bas des standards environnementaux et la lente érosion des droits civiques continuent à progresser jusqu'à ce que les réactions des citoyens deviennent plus pressants, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis, où des foules en colères assiègent les bureaux des élus, leurs domiciles et les interpellent lors de leurs déplacements.

11:40 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07/02/2017

Les guerres commencent par un mensonge

Le président américain est sur le point d’en provoquer une autre au Moyen Orient.

Lors d'une conférence de presse mercredi passé, son Conseiller à la Sécurité Nationale, Michael Flynn, hausse le ton face à l’Iran. Parlant de « récentes provocations iraniennes » il émet une très officielle mise en garde à l’égard de ce pays avec à la clé de « possibles représailles ». Pour la petite histoire Mr. Flynn s’était fait remercier par l’administration Obama de son poste de directeur de la « Defense Intelligence Agency », une des 19 services de renseignements américains, pour « comportement abusif envers ses subordonnés » et « mauvaise gestion » en 2014. (NYT)

En écoutant la suite de son intervention, on apprend qu’il il ne s’agit en fait pas de l’Iran directement, mais de rebelles « Houthis » du Yémen, tribu de confession chiite, soutenus par le régime chiite d’Iran, en guerre contre le gouvernement sunnite, soutenu celui-ci par le régime « Wahabbite » de l’Arabie Saoudite. Il n’est pas sûr, que Donald Trump connaisse toutes ces subtilités ou même qu’il s’y intéresse.

Quoi qu’il en soit, ces mêmes rebelles « Houthi » auraient lancé, il y a une semaine, une roquette contre un navire saoudien, ce que l’administration « Trump » considère comme » un acte belliqueux » de la part du régime iranien contre les intérêts américains, car, comme le prétend Mr. Flynn, « L’Iran continue à menacer les alliés et amis des Etats-Unis dans la région, mettant en péril la prospérité et la stabilité ». En outre, Mr. Flynn estime « que l’Iran viole, par cet acte, la résolution 2231 de l’ONU, au sujet de la non-prolifération des armes nucléaires.» Il poursuit: «Au lieu d’être reconnaissant envers les Etats-Unis pour les accords, mis en place par l’administration Obama, qui sont par ailleurs et de toute façon totalement inefficaces, l’Iran s’obstine à faire jouer ses muscles ». Fin de citation.

Il est intéressant de noter que l’Arabie Saoudite et les états du Golfe ne sont pas concernés par la récente interdiction d’entrée aux Etats-Unis. Or ce n’est un secret pour personne que ces pays soutiennent tacitement le terrorisme sunnite en Iraq et en Syrie. Mais, « business is business ».

Le nouvel attaché de presse de la Maison Blanche, Sean Spicer, un homme doté d’une remarquable capacité de contorsion rhétorique, en remet une couche. Demandé par un journaliste, ce que Mr. Flynn entendait par « mise en garde », Sean Spicer enfonce le clou en disant que « L’Iran s’en était pris à un navire américain, ce que le président considère comme un acte de guerre ». Il continue: « Je pense que le général était assez clair hier. L’Iran a violé la résolution 2231 de l’ONU en attaquant un navire américain ». Quand le reporter de CBS le corrige, « un navire saoudien », Sean Spicer marmonne de façon à peine audible « Sorry, yes, a Saudi vessel », sans rectifier par ailleurs qu’il s’agissait supposément d’une attaque de rebelles « Houthi » et non de l’Iran. Ce genre de rhétorique guerrière mensongère a jadis déclenché des guerres.

L’opération « Liberté Iraquienne » de 2003 visant la chute du régime « Basssiste » de Saddam Hussein était basée sur un mensonge de la CIA.

On pense également à la prétendue attaque de navires américains par le « Vietcong » dans le « Golfe de Tonkin » en 1964, qui a mené à la « Résolution du Golf de Tonkin » approuvée par le congrès américain, autorisant le président Lyndon Johnson à déclencher une offensive de l’armée américaine au Vietnam, un épisode sanglant de la guerre, qui s’était finalement avéré être basé sur un mensonge de la CIA, découvert par le « New York Times » en 2010 (The Intercept).

Ou, plus loin dans l’histoire, en 1888, le naufrage du navire de guerre « The Maine », dû à une explosion dans le port de « La Havane », attribuée par la presse américaine de William Randolph Hearst, à la Marine Espagnole, et qui finit par déclencher une guerre entre les deux pays. Sortis vainqueurs du conflit, avec le contrôle sur Cuba, les Etats-Unis purent commencer à étendre leur sphère d’influence à l’Amérique Latine toute entière.

Un article de presse, publié dans le « Washington Post » en 1998, basé sur une investigation de la « Navy » en 1970, révèle qu`en fait l’explosion était dû à un feu dans la soute à charbon. (The Intercept).

Peut-être l’Union Européenne devrait repenser son soutien inconditionnel à la politique interventionniste américaine au Moyen Orient, ne serait-ce que pour sa propre sécurité.

13:05 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (13) | | | |