19/11/2018

Ce journalisme courageux

Pour les médias américains, ainsi que pour le DNC, le comité national démocrate, les élections de mi-mandat se sont déroulées à la satisfaction générale, selon le scénario coutumier, la continuité dans la diversité. Quatre scrutins restent toutefois à « clarifier », ceux des sénateurs de l’Arizona et de la Floride, ainsi que ceux des gouverneurs de la Géorgie et de la Floride. La plus grande « démocratie » de la planète est incapable de compter les voix de ses citoyens, c’est dire.

Pendant ce temps, « the media show must go on ». La scène, allègrement reprise par les médias européens, se joue le 8 novembre dernier, lors d’une conférence de presse, à la Maison Blanche, entre le reporter vedette de la chaîne câblée CNN, Jim Acosta, et le président américain, tous les deux friands de petits scandales qui font les choux gras de la presse spectacle. Cela évite de parler du fond, car du fond il y aurait.

Jim Acosta, coutumier de l’exercice, interroge le président sur la « caravane » des 5'000 réfugiés honduriens qui s’apprête à « envahir » le territoire américain, faisant appel à la fibre humanitaire du chef d’état. Celui-ci s’énerve et donne une occasion à son interlocuteur d’enchaîner sur une autre épine dans le pied du président, la présumée interférence de la Russie dans les élections de 2016. Suivent les insultes habituelles, l’intervention du journaliste Peter Alexander de la chaîne NBC, en défense de son confrère et, finalement, la révocation de l’accès à la Maison Blanche pour Jim Acosta.

Le tollé international est à la hauteur de l’enjeu, « pearl-clutching ». En effet, le communiqué de presse de CNN, en réponse à l’exclusion de son reporter de la Maison Blanche, vaut son pesant d’or : « Les attaques continues envers la presse de la part de ce président sont allées trop loin. Elles sont dangereuses et contraires à l’esprit américain. Le président ne respecte pas la liberté de la presse, pourtant indispensable pour le bon fonctionnement de la démocratie. Nous continuons à soutenir Jim Acosta et ses collègues dans leur travail. »

Il n’est pas inutile de rappeler à cette occasion que CNN avait embauché, comme commentateur politique, le directeur de campagne du candidat Donald Trump, Corey Lewandowski, pendant la campagne présidentielle, pour la modique somme de USD 500'000. Mais ça c’était avant. Par ailleurs, il paraît que Jim Acosta se fait fréquemment afficher comme le chantre de la démocratie dans les rallyes du président Trump pour se faire prendre en photo avec les supporteurs du président, une fois les caméras éteintes. (Evan Axelbank Fox 13)

Selon l’ONG « First Amendment Coalition » l’administration Obama abusait constamment de l’« Espionage Act » de 1917, considérablement renforcé sous l’ère Bush, pour procéder à de régulières et systématiques persécutions de journalistes et lanceurs d’alerte, d’une ampleur sans précédent dans l’histoire des Etats Unis. (Democracy Now)

Selon la fondatrice de l’ONG « Partnership for civil justice » Mara Verheyden, sous l’administration Obama, des participants aux manifestations de l’organisation ultra conservatrice « Tea Party » portaient régulièrement des armes, même lors d’événements, organisés par le président Obama, sans jamais avoir été inquiétés par les forces de l’ordre. En revanche, pendant cette même période, le FBI persécutait systématiquement les activistes pacifistes du mouvement « Occupy Wall Street ».

Ces faits, qui mettent dans une perspective différente l’actualité, ne trouvent que peu d’écho médiatique, car elles contreviennent à la vision du monde et la doxa néolibérale, préconisée par les médias mainstream, détenus par l’establishment et la docile caste des journalistes, exerçant leur métier soit par intérêt pécunier pour les uns ou par la peur pour les autres.

Pour revenir à l’intervention de la star de CNN au sujet de la caravane hondurienne, celle-ci n’est pas le résultat de la politique de l’actuel président, mais bien la conséquence de la politique étrangère américaine en Amérique Centrale sous la présidence Obama et, en particulier, celle de la secrétaire d’Etat de l’époque, Hillary Clinton, qui par ailleurs, vient de déclarer vouloir se présenter à nouveau à la présidentielle de 2020.

En effet, élu président du Honduras le 27 novembre 2005, Manuel Zelaya, un libéral de droite, fils d’un des plus importants propriétaires forestiers du pays, fut arrêté et expulsé vers le Costa Rica par l’armée le 28 juin 2009, sur ordre de la cour suprême et le congrès, sur instigation des milieux d’affaires, pour avoir voulu organiser un scrutin populaire sur la réunion d’une assemblée constituante.

Ce coup d’état fut par ailleurs condamné par l’ensemble de la communauté internationale, sauf par la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, qui déclara dans son livre « Hard choices » que : « Je n’ai pas trop apprécié la façon dont laquelle ce coup d’état avait été exécuté, mais, en destituant le président Zelaya, le congrès et la justice ont parfaitement respecté la constitution hondurienne. Par ailleurs l’Amérique Centrale n’avait pas besoin d’un autre dictateur de la trempe de Hugo Chavez et Fidel Castro. Pour notre part, une condamnation du coup aurait eu comme conséquence la suspension de toute aide financière, ce qui aurait aggravé inutilement la souffrance du peuple hondurien ». (Guardian)

A son début, axé principalement sur un programme sécuritaire, le président Zelaya prit un « virage social » à la fin 2007 en doublant quasiment le salaire minimum et en promulguant une loi pour la protection de la forêt hondurienne. Il lança également un programme scolaire, donnant accès à un million d’élèves à un ordinateur. En juin 2009, il procéda à la restitution des terres, occupées en guise de protestation, aux paysans contre une indemnisation aux propriétaires.

Lors de son arrestation il fît cette déclaration, lourde de sens pour un libéral : « Je pensais pouvoir procéder à des changements à l’intérieur du schéma néolibéral classique, mais j’ai dû constater que les riches ne veulent rien céder. Il n’y avait donc pas d’autre moyen pour provoquer les changements nécessaires que l’implication et le soutien de la population ».

La priorité pour Madame Clinton toutefois, sans doute avec la bénédiction du président Obama, fut, selon ses dires, de trouver immédiatement un remplaçant à Manuel Zelaya, compatible aux intérêts américains dans la région. Selon des révélations de l’ONG Wikileaks, Madame Clinton mit sous pression l’OAS, « Organisation des Etats américains », dont la mission est pourtant « la défense de la démocratie et des droits humains » d’accepter de nouvelles élections, dont Zelaya serait exclu, en dépit du soutien indéfectible de dizaines de milliers de manifestants honduriens, descendus dans les rues pour exprimer leur soutien au dernier.

Les subséquentes élections, favorisées par Madame Clinton, excluant la présence d’observateurs étrangers, à part une délégation du « Parti républicain » américain, boycottées par la majeure partie de la population, furent obscurcies par l’emprisonnement et la torture de nombreux opposants. Le nouveau gouvernement proposa immédiatement une série de lois pro-business sous forme d’allocations généreuses de concessions d’exploitation des ressources naturelles.

Entre 2009 et 2015 la détérioration de la sécurité et des droits humains fut catastrophique selon « Inter-American Commission of Human Rights ». 118 assassinats d’activistes environnementaux sont à déplorer, dont la militante écologiste Berta Càceres, ainsi que la mise en danger de vies de centaines de syndicalistes, avocats, activistes LGBT et activistes indigènes.

Le Honduras, plaque tournante pour 80% du trafic de cocaïne en provenance d’Amérique Latine, est actuellement le pays le plus violent de la planète, hors zone de guerre. (Guardian)

Que disait Donald Trump au reporter « parfumé » de CNN au sujet de l’afflux des réfugiés en provenance d’Amérique Centrale ? « Je défends la frontière des Etats-Unis ». Le soutien de ses supporteurs lui est assuré, car, après la délocalisation de l’industrie américaine, accélérée sous l’administration de son prédécesseur, laissant des millions de travailleurs sans perspective d’avenir, pour Trump « tout est bon dans le cochon ». Cela ne fera que renforcer sa popularité. Il enverra l’armée à la frontière mexicaine « pour défendre la patrie ».

Le show-business médiatique européen est à peu près aussi déconnecté de la réalité que celui des Etats-Unis, s’étonnant d’un côté de la montée de l’extrême droite, célébrant de l’autre le retour en politique des « fossiles » responsables du marasme social et environnemental. Il paraît que le nouveau livre de Michelle Obama fait un tabac. Tout le monde en parle.

La situation en Amérique Centrale étant identique à celle du Moyen Orient, ou partout ailleurs où l’ingérence militaire étrangère dans les affaires d’un pays génère des déplacements de populations qui, par ailleurs, concernent essentiellement les pays voisins et non l’Europe ou les Etats-Unis, où la « migration » continue à servir d’écran de fumée pour l’extrême droite, ainsi que pour les médias. La migration mondiale représente 3% de la population résidente planétaire avec des écarts notables selon les pays ou 23% de la population résidente du confetti prospère que représente notre pays, la Suisse, ou 3% pour la Hongrie. (OCDE)

Le second « pétard mouillé » lancé dans la salle de presse de la Maison Blanche par la star de CNN, Jim Acosta, fut la présumée interférence de la Russie dans les élections de 2016, l’épouvantail agité par la confrérie médiatique internationale depuis bientôt deux ans et que l’ancien reporter du « Washington Post », Bob Woodward, connu pour la révélation du scandale du « Watergate » considère, dans une récente interview, comme une « coquille vide ». (Jimmy Dore)

Copiant allègrement l’évolution de la presse à l’étranger, même dans notre petit pays démocratique, la Suisse, la liberté de la presse est en danger. A part la concentration rampante des médias, voici la privatisation du service public.

En effet, la nouvelle directrice de la RTS « Radio Télévision Suisse », Nathalie Wappler, annonce la couleur dans une interview récente. Préconisant le « journalisme neutre », elle veut en finir avec le journalisme d’opinion, préférant mettre l’accent sur la promotion de l’actualité locale, ainsi que sur une collaboration plus étroite avec le secteur privé, ce qui permettra d’économiser 100 millions CHF par année et la suppression de 47 postes. Pour Madame Wappler, le journalisme ne devrait en aucun cas être « voyeuriste ou dégradant », de préférence apolitique sans doute.

Ayant été critiqué, de façon répétée, de la part des milieux conservateurs, pour son « obédience de gauche », la RTS, sous sa nouvelle direction, compte y remédier résolument en se montrant déterminée d’en finir avec « le cliché du patron qui fume des cigares ». (citation Wappler)

Le vrai scandale dont les médias du monde entier, chantres de la liberté de presse et de la liberté d’expression, devraient avoir honte n’est pas leur « voyeurisme » ni même leur « outrance » mais bien leur silence.

Le traitement dégradant que subit depuis sept mois le journaliste australien Julian Assange, otage des gouvernements britanniques et américains, avec la complicité coupable de l’Union Européenne, détenu dans l’ambassade équatorienne à Londres, n’interpelle pas outre mesure les anciens profiteurs des révélations de « Wikileaks », les grands quotidiens de ce monde, « Guardian » et « New York Times », désormais silencieux voire méprisants.

Le 14 novembre dernier, le journaliste et écrivain américain, Chris Hedges, lauréat du Prix Pulitzer, congédié par son employeur, le « New York Times », après 15 ans de fidèles et loyaux services, pour avoir dénoncé l’invasion de l’Iraq par l’armée américaine, lance un appel de solidarité à la communauté internationale des journalistes en faveur de Julian Assange. Son sort pourrait être le leur dans un avenir pas trop lointain.

Grâce à Wikileaks le monde sait que la fondation Clinton avait touché des millions de dollars des gouvernements saoudiens et qataris. Grâce à Wikileaks le monde sait que Madame Clinton avait grassement récompensé le complexe militaro-industriel, contributeur assidu à son parti, en approuvant des ventes d’armes au royaume d’une valeur de 80 milliards USD, qui certes ont été surpassées depuis par le président Trump avec son contrat de 100 milliards USD. Grâce à Wikileaks le monde sait que Madame Clinton touche 675'000 USD pour une conférence chez Goldman Sachs. Grâce à Wikileaks le monde sait que Madame Clinton recevait en avance les questions, posées lors d’un débat public pendant les primaires. Grâce à Wikileaks le monde sait que Madame Clinton était favorable à l’invasion américaine en Libye parce que cela servait à sa carrière.

Sous la pression du gouvernement américain, mais surtout du DNC, le comité national démocrate, qui n’a pas pardonné à Assange ses révélations peu flatteuses, le gouvernement équatorien s’apprête à révoquer sa nationalité à Julian Assange.

10:26 Écrit par Bruno Hubacher | Tags : journalisme, julian assange, wikileaks, jima acosta, cnn, hillary clinton | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

06/11/2018

The people’s bank of Los Angeles

Les habitants de la ville de Los Angeles s’apprêtent, le 6 novembre prochain, par un vote populaire, à jeter les bases légales pour la création d’une banque publique municipale. En abrogeant une disposition dans la loi communale (Charter B Amendment), interdisant à la ville toute activité commerciale, ils ouvriraient ainsi la voie à la création d’une institution d'utilité publique novatrice.

Selon le comité d’initiative « Public bank LA », une telle banque municipale serait gérée par une commission élue, représentative de la société civile. La banque investirait directement dans l’infrastructure de la ville, ainsi que dans le tissu économique local, respectant des impératifs sociaux et environnementaux, tout en sauvegardant les biens de la communauté et en améliorant, de façon mesurable, la qualité de vie des citoyens.

Avec un budget annuel de 9 milliards USD, la municipalité de Los Angeles détient, dans les coffres des banques commerciales, des avoirs à court terme d’une valeur de 11 milliards USD et des investissements à long terme, tels que des fonds de pension, d’une valeur de 45 milliards USD, un pactole que les banques détesteraient voir s’envoler. Rien qu’en 2017, la ville avait déboursé pas moins que 170 millions USD en frais de transaction et de management à ses banques dépositaires et près de la moitié des sommes investies dans l’infrastructure part sous forme de paiements d’intérêts, s’élevant à 3 milliards USD par année. (Public bank LA, LA Sentinel)

Dans un éditorial du 20 septembre dernier, le très équilibré « Los Angeles Times » appelle ce projet « boiteux » et « mal conçu », déplorant « l’absence d’étude approfondie », se contredisant dans une seule phrase (faut le faire) prétextant que « pas une parmi les nombreuses villes et états proposant actuellement des projets analogues n’en aurait réalisé un, admettant tout de même une « expérience » probante, celle de la « Bank of North Dakota » fondée il y a cent ans. En effet, le quotidien admet que, ce qui est en jeu pour la finance, n’est pas du « chicken feed ».

Le fait que de nombreux états et municipalités étudient actuellement cette forme de « gestion fiscale » est proprement stupéfiant, dans un pays où 90% de la population croit que le socialisme est au mieux une insulte ou au pire une maladie vénérienne.

En Europe, le néolibéralisme a certes fait des dégâts, mais, contrairement à la réalité américaine, les structures d’importantes réalisations « sociales » d’antan sont toujours en place, quoique chancelantes. Raison pour laquelle les initiants du projet californien se servent, comme exemple, du système allemand des caisses d’épargne. Au même titre ils auraient pu citer celui des Banques cantonales suisses, qui, loin d’être des œuvres caritatives, avaient été conçues dans le même esprit, celui du « développement local et durable », dans lequel les « angelinos » envisagent de concevoir leur « people’s bank ».

La Suisse étant une Confédération, le fonctionnement des Banques cantonales est ancré dans les législations cantonales. Bien que conçues en tant qu’institutions de droit public, elles ont été « travesties » en sociétés anonymes, sociétés dont le souverain détient, encore, la majorité du capital, et qui se porte, en même temps, garant à 100% de toutes ses obligations.

Sous la pression des partis bourgeois, avec la complicité appréciable de la gauche, elles s’étaient aventurées de plus en plus vers des cieux plus profitables, exploitant des domaines, jusqu’à là réservés à leurs grandes sœurs multinationales, la gestion de fortune et la spéculation boursière, ce qui a coûté à nombre d’elles leur indépendance voire leur existence.

Elles, de concert avec le groupe de coopératives Raiffeisen, dont l’ex PDG est passé par la case prison, ne se fatiguent plus avec l’étude d’un quelconque projet artisan ni même industriel, elles se contentent d’exiger des garanties sur lesquelles elles calculent leur marge de sécurité. Un ordinateur pourrait faire ce travail. Résultat, un réservoir inexploité de connaissances en matière bancaire, formé dans les meilleures universités, y perd son temps.

Les deux géants bancaires suisses, UBS et Crédit Suisse de leur côté, responsables de la réputation douteuse de ce pays dans le monde, s’apprêtent à quitter le territoire, prenant acte de l’abandon du secret bancaire, laissant derrière elles une flopée de chômeurs haut de gamme, formés, eux aussi, dans les meilleures universités publiques. Elles n’ont plus besoin de leur patrie. Une d’elle, l’UBS, s’apprête même à publier ses résultats en USD au lieu du CHF. Nonobstant, son PDG, le tessinois Sergio Ermotti, se croit toujours autorisé à donner de bons conseils en matière de politique monétaire à la direction de notre Banque Nationale, en violation du principe d’indépendance, pourtant défendu jadis bec et ongle par ses semblables. Tempi passati ?

Disposant déjà de réseaux et de structures d’institutions financières publiques, la création de « banques du peuple », telles que la ville de Los Angeles et tant d’autres villes américaines projettent de créer, de nombreux pays européens pourraient se trouver déjà à l’avant-garde de tels projets d’utilité publique, représentants du coup de vrais contre- pouvoirs face à la toute puissance de la finance mondiale. L’abolition de l’intérêt sur le capital, un gaspillage inutile d’énergies pour l’économie réelle, pourrait se réaliser ainsi localement sans passer par la case révolution.

21:17 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

29/10/2018

La maison Al Saoud, bienfaitrice de l’éducation supérieure

Tronçonneuses et médecine légale

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18:08 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |