03/04/2017

Une antenne « Mediapart » en Suisse ?

« Mediapart » est un quotidien français, disponible uniquement sur internet, sans publicité, financé à 100% par ses lecteurs qui fête ses 9 ans d’existence. Comme son nom l’indique, il s'agit d'un média participatif, dont une importante partie est consacrée aux contributions des lecteurs sous forme de blogs et de commentaires.

Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du quotidien « Le Monde », président et co-fondateur du site, s’est arrêté à Genève, la semaine passée, pour participer au Festival « Histoire et Cité ». Dans une interview, accordée à l’émission « Médialogues » de la Radio Suisse Romande RSR il revient sur les raisons du succès d’un média, auquel personne ne donnait une chance de survie lors de son lancement.

Sur la question du journaliste, pourquoi on ne trouvait pas, ou peu de contenu sur d’autres régions francophones telles que la Belgique ou la Suisse romande sur le site de « Mediapart », Edwy Plenel répond que les journalistes et éditeurs suisses ne semblent pas croire en un média sur internet sans publicité, financé uniquement par ses lecteurs. En effet, lors du lancement du site, l’équipe autour d’Edwy Plenel avait également approché le journaliste Jacques Pilet et le groupe « Ringier » pour évoquer une possible collaboration.

Rappelons que Jacques Pilet avait lancé, en 1981, le magazine hebdomadaire « L’Hebdo » et, en 1991, le « Nouveau Quotidien », fusionné en 1998 avec le « Journal de Genève » pour former l’actuel « Le Temps ». Le premier vient de sortir son dernier numéro, ce qui fait deux titres de perdus pour la pluralité de la presse romande.

Ce mois, comme à son habitude « Mediapart » fait le bilan et publie ses comptes. Le nombre de ses lecteurs s’élève actuellement à 140'000 abonnés payants, ce qui, après neuf ans d’existence, et, comparé aux fleurons de la presse française, tels que « Libération » avec 50'000 abonnés, « Le Monde » et « Le Figaro » avec chacun entre 210'000 et 220'000 abonnés peut être considéré comme un exploit.

Avec un chiffre d’affaires de 11,3 mio EU, en hausse de 10% par rapport à l’année précédente, et un résultat net de 1,9 mio EU, dont 4,7 mio EU sont des provisions pour un contentieux fiscal TVA de 2014-2015, ce qui représente un rendement de 16,8 %, « Mediapart » peut envisager l’avenir avec sérénité.

En outre, 62% du capital est actuellement en mains des fondateurs, la société des amis de « Mediaprt » et les salariés, dont l’effectif a augmenté de 32 collaborateurs en 2009 à 74 en 2016.

A l’occasion de cette interview, Edwy Plenel renouvelle son appel aux journalistes suisses de réfléchir à une possible collaboration avec le média de l’avenir. Pourquoi pas une plateforme suisse romande ?

10:45 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |

29/03/2017

La fin des partis politiques

Ca y est ! Elu avec le score « stalinien » de 100% des votes, le désormais ancien président du parlement européen, Martin Schulz, est le nouveau chef du Parti Social Démocrate allemand SPD et candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel. Vive la démocratie !

Dans une récente interview dans le quotidien allemand « Bild », « saint Martin » annonce la couleur, sans ménagement: « pas de baisse d’impôts, égalité salariale entre hommes et femmes, parité hommes - femmes au gouvernement, une politique favorable aux travailleurs, renforcement des contrats de travail à durée indéterminée, investissement dans les métiers de la santé, augmentation limitée du budget de l’armée, meilleure contribution allemande à la maitrise de la crise en Europe. » Et, pour couronner le tout, l’heureux élu réservera un poste de ministre à son prédécesseur Sigmar Gabriel, le champion de l’impopularité, contraint à abandonner la présidence du parti, sous la pression des membres. C’est le supermarché Schulz, un peu pour tout le monde. Non, Martin Schulz n’a pas de projet, ni le SPD. Il veut être élu.

Plutôt que de faire du parlement européen un contre poids à la toute puissante « Commission Européenne », Martin Schulz a préféré utiliser son mandat pour jouer les alliances des puissants. A l’instar du parlement allemand, qui est gouverné depuis des lustres par une alliance entre la gauche et la droite (CDU/CSU/SPD), il a réussi à prescrire la même recette au parlement européen. Le Groupe du Parti Populaire Européen, un condensé des partis européens de droite, et l’Alliance Progressiste des Socialistes, l’ensemble des partis socialistes européens, contrôlent 406 des 751 sièges à Strasbourg. Il n’y a pas mieux pour faire le jeu de la toute puissante Commission, en tuant ainsi dans l’œuf tout débat contradictoire, et pour cimenter le statu quo de l’Europe de la rigueur budgétaire, si chère à Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, et son obsession avec les déficits et la dette des moutons noirs.

Les récentes élections parlementaires au land de la Sarre ont démontré qu’il faut un peu plus que de la rhétorique au parti de l’« Agenda 2010 » et « Hartz IV » pour convaincre les petites gens. A l’instar du candidat à la présidentielle du Parti Socialiste français, Benoit Hamon, Martin Schulz aura du mal à faire oublier le « flirt » des siens avec le néolibéralisme.

Le candidat du PS français, ou ce qui en reste, en fait actuellement les frais. Par opportunisme, toute une flopée d’actuels et anciens responsables politiques socialistes est en train de se ruer vers le mouvement néolibéral « En Marche » d’Emmanuel Macron, une communauté d’intérêts particuliers plutôt qu’un parti politique, marquant ainsi le début de la fin du parti socialiste français. Le grand gagnant de ce marasme à gauche est le candidat indépendant Jean-Luc Mélenchon qui avait prévu ce scénario avec une précision horlogère.

En Grande Bretagne, les « Tories » nagent dans le flou le plus total, après le vote sur la sortie du Royaume de l’Union Européenne. En ce qui concerne la gauche, à l’instar de Benoit Hamon, Jeremy Corbyn, pourtant élu haut la main à la présidence de « Labour » à deux reprises par la base, est détesté copieusement par l’establishment du parti et ostensiblement boudé par la presse. (Danger pour la démocratie / étude de la « London School of Economics ») Les nostalgiques guettent en arrière plan. Dans une récente interview, l’ancien Secrétaire d’Etat du gouvernement de Gordon Brown, David Miliband, frère du malheureux candidat au poste de Premier Ministre Ed Miliband, espère un retour de la politique de Tony Blair, puisant son espoir dans les succès d’Emmanuel Macron en France.

Aux Etats-Unis, le Parti Démocrate, toujours à la botte des grands donateurs, n’est plus que l’ombre de lui-même. Après la défaite à la présidentielle, provoquée par sa propre cupidité, il continue à bouder le mouvement « Our Revolution » du sénateur Bernie Sanders. Questionné récemment par la chaîne de télévision CBS au sujet du futur du Parti Démocrate, celui-ci répond : « Il (le parti) est en train de se noyer comme le Titanic et pourtant tout le monde se bat pour un siège en première classe. »

Le Parti Républicain, n’est pas en reste. Pourtant au pouvoir depuis à peine quelques semaines il produit bourde après bourde. Sous la pression des frères « Koch » généreux donateurs au parti, les élus républicains ont contribué à faire couler la réforme du système de santé de leur président. Dans une initiative, qu'on qualifierait en temps normal de corruption, les frères Koch avaient annoncé, avant le vote, l’ouverture d’un fonds de capital considérable, destiné à la réélection des élus républicains, mais accessible uniquement aux élus, opposés à la réforme. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas là d’un sursaut philanthropique des frères Koch. Non, pour eux, le projet de coupes dans les dépenses de santé ne va pas assez loin.

En Suisse, la seule mouvance politique qui tire actuellement son épingle du jeu est le parti socialiste. Le bilan d’une année de dominance bourgeoise est plus que calamiteux. Les partis de la droite suisse sont à peu près d’accord avec rien. A l’instar de leurs pendants européens, leur projet d’avenir est le statu quo.

Pour se démarquer davantage de ses pendants européens, le PS Suisse devrait s’inspirer de la campagne présidentielle de la « France insoumise » et de son « style pédagogique ». L’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de communication ne demande pas des investissements colossaux.

Sommes-nous en train de vivre la « destruction créatrice » ou le « darwinisme social » des partis politiques, des concepts, après tout, si chers au néolibéralisme.

09:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

18/03/2017

Le vote utile

Le soulagement dans les médias est palpable. Les électeurs des Pays-Bas ont voté contre l’extrême droite. La droite libérale a perdu moins de sièges que prévu. Levée de l’état d’urgence ! Circulez !

Dans l’esprit de combat pour le maintien du statu quo, le magazine allemand « Der Spiegel » publie cette semaine une « story » sur le candidat à la présidentielle française, Emmanuel Macron. Sous le titre « Révolution ! » on peut y lire, sous la photo du couple Macron: « Le candidat Emmanuel Macron pourrait éviter une présidente Marine Le Pen. » Jadis un fleuron de la presse allemande et référence internationale en matière de journalisme d’investigation, le magazine du légendaire Rudolf Augstein est descendu au niveau de la « Home Story ». Un des derniers journaux européens dites sérieux fait l’apologie du vote utile. Dire que la presse est sous influence est un euphémisme.

Le vote utile, une tradition française, mais pas que, prétendument appliquée pour contrer l’extrême droite, a contribué à faire doubler voir tripler les scores électoraux du « Mal » depuis une dizaine d’années.

Il faut bien se rendre à l’évidence qu’au pire des cas, le grand capital saura s’arranger avec l’extrême droite, bien que ce serait plus facile avec la droite libérale, mais s’il le faut, il peut faire preuve de flexibilité. Aux Etats-Unis il n’a pas réussi à imposer la candidate Hillary Clinton. Qu’à cela ne tienne, il s’arrange avec l’actuelle administration. Il faut dire que cela fonctionne assez bien.

Avouons-le, son coup de marketing, qui consiste à faire défiler depuis une vingtaine d’années de jeunes politiciens dynamiques aux jolis visages photogéniques, tenant d’un côté un discours progressiste et menant de l’autre une politique néolibérale, peut être considéré comme un coup de maître en matière de com.

On pense à Tony Blair et son amitié avec le magnat de presse Rupert Murdoch, à qui il a fini par piquer l’épouse, Wendi Deng. Cette dernière est par ailleurs une amie proche du couple Ivanka Trump et Jared Kushner, éminence grise du président Donald Trump. On pense à Gordon Brown, successeur et dauphin de Tony, à Gerhard Schröder qui s’est, entre temps, converti en consultant de l’oligarchie russe, à Barack Obama qui a récemment déclaré dans une interview sur une chaîne de télévision américaine au sujet de la couverture médicale, actuellement déplumée par Donald Trump, que, je cite: « Les citoyens de condition modeste feraient mieux de consacrer leur budget au paiement d’une assurance maladie plutôt qu’à l’abonnement à une chaîne de télévision ou un téléphone portable. » Fin de citation.

On pense à Matteo Renzi avec sa coalition centre gauche « Bien Commun », ça sonne bien, à José Luis Zapatero, mais également à Justin Trudeau, le président « écologiste », qui a approuvé depuis le début de son mandat la construction de pas moins que 3 oléoducs dans son pays et qui s’est réjoui publiquement de l’aval « trumpien » de la très controversée « Keystone XL Pipeline », car cela fera travailler les entreprises canadiennes. Le premier ministre a reçu le 6 mars dernier à Houston au Texas, lors d’une conférence, réunissant quelques ministres de l’énergie et des ressources naturelles, ainsi que le gotha des plus importantes multinationales des énergies fossiles, le prix du « leadership mondial dans le domaine énergétique », fossile probablement. (huffpost)

On pense à Emmanuel Macron, dauphin de l’actionnaire et président du conseil de surveillance du journal « Le Monde », Pierre Bergé, dont le programme de campagne reprend les principales revendications de la « Commission Européenne » à l’égard de l’état français. Ceci pour la « révolution » du « Spiegel ». La rédaction du « Monde » a vigoureusement défendu, dans ses colonnes, son indépendance rédactionnelle. On sait pourtant que la direction d’un journal est capable de trouver maints motifs pour se séparer d’un collaborateur non conforme, comme le démontre le récent et soudain licenciement de la directrice adjointe de la rédaction de l’hebdomadaire « Le Point ». (Mediapart)

Est-ce que les électeurs français de gauche voteront-ils « utile » le 23 avril prochain, conforme aux recommandations des médias ? Est-ce que la monarchie présidentielle perdurera ?

C’est tout de même une ironie de l’histoire. La Suisse, qui possède le système démocratique le plus performant des pays industrialisés, a dû se faire imposer, à sa propre initiative d’ailleurs, sa première constitution par le « Premier Consul » Napoléon Bonaparte à travers l’acte de médiation de 1803, en échange de quelques soldats comme chair à canon pour la « Grande Armée », certes, mais en permettant la pacification d’un peuple profondément divisé. Il nous avait ainsi imposé l’égalité des droits entre cantons, l’abolition des privilèges des classes patriciennes, l’organisation fédérative dans le respect des langues, religions, mœurs et opinions. La version actuelle de notre constitution a certes été remodelée à quelques reprises depuis, mais tout de même.

Et aujourd’hui, la France continue à avoir mal à son empire défunt et la Suisse, elle prospère. La démocratie directe n’est peut-être pas compatible avec les aspirations d’une Grande Nation. En tout cas, malgré les graves dangers qui pèsent actuellement sur la démocratie en Europe, le modèle suisse est curieusement absent du débat, sauf, peut-être dans les propositions du candidat de la « France insoumise » Jean-Luc Mélenchon, qui préconise le droit de révoquer les élus en cours de mandat, une sorte de référendum populaire que nous connaissons, non pour les élus mêmes, mais pour les lois que ceux-ci votent.

La Suisse est peut-être le pays de banques et des montres, mais elle est également le pays avec la plus longue expérience en matière de démocratie directe, un pays où le peuple a le droit, par exemple, de refuser une réduction d’impôts aux multinationales par voie de référendum populaire.

Pour cette raison, vu de Suisse, les réactions de la part de la majorité des journalistes français aux propositions de Jean-Luc Mélenchon paraissent sorties d’un autre âge. Ce « manque de confiance » envers les élus n’est que très peu goûté et un « appel aux urnes trop fréquent » pourrait fatiguer les électeurs. Une « pléthore de référendums » pourrait paralyser le fonctionnement de l’état, et une assemblée constituante, inspirée des pays de l’Amérique Latine. Quelle horreur ! On ne veut pas de ces idées bolchéviques.

Ainsi, l’establishment, à travers les médias qui lui appartiennent, continuent à alimenter à tout va la peur du Front National, mais en visant en réalité le mouvement de la « France insoumise ». Au pire, avec Marine Le Pen il saura s’arranger, avec Mélenchon pas.

16:23 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |