Impeachment

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Selon un récent sondage de l’entreprise américaine d’études de marketing et sondages d’opinion « Harris », effectué sur mandat du site d’information « The Hill », la cote de popularité du président Donald Trump est actuellement à 49%. Les membres du Parti républicain approuvent l’action du président à 83%. Parmi les électeurs, non-inscrits à un parti politique, ce taux est de 46% et parmi les électeurs démocrates 18%.

Dans ce contexte, à une année de l’élection présidentielle de 2020, en sa qualité de présidente, démocrate, de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, a entamé, le 24 septembre dernier, une procédure de destitution du président, sur fond d’accusation d’abus de pouvoir et d’instrumentalisation d’une puissance étrangère, en l’occurrence l’Ukraine. Les accusations se basent sur les révélations d’un lanceur d’alerte issu des rangs de l’agence de renseignements CIA.

Ainsi, le président, son avocat Rudy Giuliani et le procureur général des Etats-Unis, William Barr, auraient fait pression sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans le but d’incriminer le candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden et son fils Hunter, pour corruption dans le contexte de l’implication du dernier dans la société ukrainienne d’exploitation d’hydrocarbures « Burisma Holdings » dans laquelle celui-ci siège au conseil d’administration depuis le 18 avril 2014, sans disposer d’une quelconque expertise en la matière. (1)

Il n’est pas inutile de rappeler, dans ce contexte, qu’au mois de mars de cette année, le procureur spécial, Robert Muller, mandaté le 17 mai 2017 par le procureur général adjoint des Etats-Unis, Rod Rosenstein, sur instigation du Parti démocrate, à superviser, ensemble avec 19 procureurs et 40 agents du FBI, une enquête sur de possibles liens entre le gouvernement russe et des individus, liés à la campagne présidentielle du candidat Donald Trump, a rendu son rapport, rapport qui a fait « pschitt ». Il y aurait eu « absence de toute collusion entre l’équipe de campagne du candidat républicain et les autorités russes. » (2)

Pendant ce temps, près d’un quart des salariés américains ne touchent qu’un peu plus que la moitié du revenu médian, qui s’élève à 56'500 USD par année, un salaire qui rend impossible la location d’un studio de deux pièces, peu importe son emplacement, dans n’importe quelle ville, dans n’importe quel état, tendance à la hausse. 40% des américains sont incapables de faire face à une dépense inattendue de 400 USD et l’endettement global des ménages pour des dépenses de consommation s’élève actuellement à 4'000 milliards USD, en augmentation de 47% depuis la crise des « subprimes » en 2008. Pendant la même période, la valeur des prêts étudiants a grimpé de 700% pour atteindre la somme de 1'500 milliards USD. Cette spirale infernale de l’endettement, causé par la stagnation des revenus depuis 1979, a fait fondre la fortune nette d’un ménage moyen à 1'250 USD, en baisse de 85% depuis 1995.

La privatisation du système de santé, qui laisse 8,5% de la population sans couverture médicale, en augmentation de 1,9 million de personnes pour la seule année 2018, couplée de la stagnation des salaires et l’explosion des prix immobiliers grâce à la politique accommodante de la banque centrale depuis la crise financière de 2008, sont co-responsables d’un taux de pauvreté de 12,5 % de la population. Pour la petite histoire, toute proportion gardée, le taux de pauvreté dans le pays le plus prospère au monde, bastion du libéralisme économique, la Suisse, dans lequel le système de santé est également largement privatisé, s’élève à 8,2% de la population, en progression de 22% depuis 2014, tendance à la hausse.

Dans ce contexte, Nancy Pelosi et son parti, par ailleurs globalement en accord avec la politique du président, notamment en matière de dépenses miliaires, qui s’élèvent à plus de 700 milliards USD par année, 10 fois le budget militaire de la Russie, souhaite donc consacrer la dernière année avant l’élection présidentielle à la procédure de destitution, tout en prétendant que le travail législatif des députés ne sera pas impacté.

La conclusion tirée par le journaliste Julian Assange, lors d’une interview avec le reporter de la chaîne d’information russe RT, Afshin Rattansi, des multiples fuites du serveur du parti démocrate et d’autres sources, coïncide avec celle du rapport « Muller ». Donald Trump est un piètre homme d’affaires, avide profiter de la désintégration de l’Union Soviétique pour y faire de juteuses affaires sans jamais y parvenir.

Ce n’est, en revanche, pas le cas de l’ancien président démocrate Bill Clinton et son épouse Hillary, ancienne Secrétaire d’état du gouvernement Obama, qui continuent à bénéficier d’un large soutien au sein du parti. La fondation philanthrope « Clinton Foundation », qui dispose d’un coussin de réserves financières confortable de 250 millions USD, consacré à « l’amélioration de la santé et le bien-être dans le monde », a su en profiter à grande échelle, à maintes reprises.

C’est, pour ne prendre qu’un seul exemple, un secret de polichinelle, qu’en tant que Secrétaire d’état et membre du « Comité sur les investissements étrangers stratégiques », ensemble avec le Procureur général, le Secrétaire du trésor, le Secrétaire de la défense, ainsi que le Secrétaire du commerce et de l’énergie, du gouvernement Obama, Hillary Clinton octroya à la compagnie minière « Uranium One », détenue par l’entreprise russe de développement de l’énergie nucléaire russe « Rosatom », une entreprise publique, fondée par le président Vladimir Poutine en 2007, 20% des droits d’extraction d’uranium sur sol américain, contre une généreuse contribution, à « l’amélioration du bien-être dans le monde », de 145 millions USD, ainsi qu’une rétribution de 500'000 USD pour un discours du mari, Bill, à Moscou en 2010, devant un parterre d’investisseurs de la banque d’investissement « Renaissance Capital », mandatée par le gouvernement russe de la reprise de la société canadienne « Uranium one » par « Rosatom », accompagné des remerciements chaleureux du président Poutine. (3)

« Entre états il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts » affirma, il y a bien longtemps, un homme d’état. Seulement là, on parle de la privatisation de la « Realpolitik » et personne ne semble s’en offusquer, pas même les médias, qui ont plutôt tendance à la camoufler, pour d’évidentes raisons. Ainsi, à l’intérieur du Parti démocrate, autant que du Parti républicain, les Clinton ne représentent que la pointe de l’Iceberg, dont la coutume du « open bar » s’est institutionalisée depuis bien longtemps.

L’exploitation illimitée des ressources naturelles de l’ancienne Union Soviétique, par des compagnies américaines et européennes, déclenchée par l’ancien président Boris Eltsine sous les auspices de Bill Clinton, freinée par l’accession au pouvoir de l’actuel président russe, au déplaisir des investisseurs, ainsi que le coup d’état, en 2014 en Ukraine, dit « Révolution de Maïdan », fomenté par les services secrets américains à coups de plusieurs milliards de USD, forment le cadre, dorénavant habituel, d’un nouveau stratagème, celui de l’implication des fils et filles de politiciens, en guise d’hommes (ou femmes) de paille de leurs parents au pouvoir, dans le but de contourner les « verrous législatifs » de ce qu’on appelle communément « conflit d’intérêt ». Qu’il s’agisse du fils de Joe Biden, la fille de Bill et Hillary Clinton, du fils de John Kerry ou encore de Nancy Pelosi, la porosité du système est à son paroxysme.

Si l’enjeu, un deuxième mandat pour Donald Trump, n’était pas d’une gravité sans précédent, pas seulement pour les Etats-Unis, on pourrait considérer la stratégie de diversion, poursuivie par Nancy Pelosi et le Parti démocrate, dont franchement la subtilité nous échappe, comme une simple embûche politique de plus.


(1) « Creepy Joe » (27.04.2019) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/04/26/creepy-joe-298506.html
(2) « From Russia with Love » (28.03.2019) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archive/2019/03/index.html
(3) « La Fondation Clinton, la charité et l’uranium kazakh » (10.05.2016) http://bhubacher.blog.tdg.ch/archives/2016/05/index-1.html

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Commentaires

  • Bonjour,

    Vous dites ce que peu de gens de gauche osent dire, c'est très appréciable.

    Pelosi aurait cédé aux plus radicaux de son parti. Il y a peu d'arguments pour cet impeachment. Cette "affaire ukrainienne" semble déstabiliser Biden bien plus que Trump. Hillary Clinton semble, selon cet observateur, prête à entrer dans la course si Biden faiblit encore:

    https://www.americanthinker.com/blog/2019/09/as_biden_falters_hillary_attacks_trump_and_positions_herself_to_enter_presidential_race.html?fbclid=IwAR3YWzUL8D_kPsNjiGANUBdZZsFhDXWJPIyB8W4pEFLZbEXIQTinPmZW094#.XY5C6GTnwNg.facebook

  • Toujours un plaisir de vous lire et d'apprécier votre remarquable talent de synthèse, Monsieur Hubacher.

  • Idem Chuck Jones!

    En fait la procédure d'empêchement est un fusil à deux coups: contre Trump en vue de contrecarrer sa réélection et se débarrasser de Biden, qui lui est corrompu jusqu'à la moelle.

    Dans un duel Trump-Biden, ce dernier se ferait écrabouiller.

  • Très intéressant, mais un point me surprend un peu: Un quart des salariées touchant environ 30'000$ ne pourraient pas se loger quelque soit le lieu et l'état ? Déjà durant mes voyages aux US j'ai toujours vu dans les petites-annonces locales des (petits) appartements a louer dans les 400$, en dehors des hypercentres urbains bien entendu, et les annonces en ligne semblent le confirmer. D'ailleurs si un quart des salariés n'avaient pas d'autre choix que de vivre dans des trailer parc ou dans la rue ça se verrait un peu dans le paysage, non ?

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