La vulnérabilité de la doxa

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Très à la mode actuellement, la question environnementale, notamment le réchauffement climatique, domine le discours médiatique et politique, et, en vue de diverses élections, nationales et régionales à venir, la boîte à idées est pleine à craquer.

Ainsi, la responsable du Ministère fédéral allemand de l’environnement, la socialiste Svenja Schulze, propage l’interdiction des sachets plastiques pour les remplacer avec des sacs à base de déchets marins. La nouvelle Ministre fédérale de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, dont le parti CDU prône la privatisation des services publics, propose une réduction de prix du billet de train. Le Ministre-président de Bavière, Markus Söder, chef de l’Union chrétienne sociale CSU, exige, quelle inspiration divine, la sortie immédiate du charbon, une matière dont l’extraction et le traitement dépendent surtout les anciens Länder de la RDA, Sachsen et Brandenbourg, en tout cas pas son propre fief, la Bavière.

Quoi qu’il en soit, l’abandon de la production énergétique à base de charbon, dont la toxicité pour les voies respiratoires des travailleurs et des habitants, n’ont jusqu’à présent pas donné lieu à trop d’inquiétudes de la part des autorités sanitaires, y représente en effet un défi économique majeur.

La perte, sans alternative, des seuls emplois relativement bien rémunérés, dans une région, ravagée par le chômage, ne reste pas sans conséquences. Les effets désastreux que produit l’exode massif, notamment de la jeune génération, vers les centres urbains de l’ouest, sur la vie économique et sociale, apportent de l’eau au moulin de la formation politique d’extrême droite AFD (Alternative für Deutschland), qui représente actuellement la troisième force au Bundestag, derrière l’establishment de la CDU et la SPD.

La source principale de production d’électricité d’Allemagne reste néanmoins le charbon, avec une part de 44% du mix, suivie par les énergies renouvelables, 30% (dont 3% d’énergie hydraulique), et l’énergie nucléaire, 14%. En comparaison avec la France, où le charbon ne pose pas problème, car seulement 2,2% du mix, les énergies renouvelables représentent de modestes 16% (dont 10% d’énergie hydraulique). Le problème environnemental majeur de la France n’est donc pas le charbon, mais la production d’énergie nucléaire, 77 % du mix. (Banque Mondiale)

Pour l’anecdote, la Suisse, où la part des sources d’énergies renouvelables s’élève à 64%, dont les 60% d’énergie hydraulique attirent la convoitise du lobby énergétique, elle pèche, à l’instar de la France, par une dépendance à l’énergie nucléaire, à hauteur de 35%.

L’enjeu climatique est, en effet, à mettre en perspective avec la bombe à retardement des 12'000 tonnes de déchets hautement radioactives générés chaque année par la production d’énergie par fission nucléaire.

Dû à la lente décroissance de leur radiotoxicité, le législateur allemand, par exemple, exige des lieux de stockage définitifs, pour les déchets hautement radioactifs, conçus pour 1 million d’années, or le seul dépôt « sûr » du genre, actuellement en fonction, le site d’Olkiluoto, une ile finlandaise, dispose d’une capacité de stockage de 6'500 tonnes de déchets, moyennement et hautement radioactifs, conçu pour une durée de 100'000 ans. Pour son mode d’extinction l’humanité a donc l’embarras du choix.

La « complexité » du « perpetuum mobile » de la production énergétique, l’atome, à l’instar de « l’unique système politique et économique valable, celui qui repose sur la propriété privée des moyens de production et le libre échange sur les marchés, grâce à la libre concurrence », le capitalisme, interdit au commun des mortels de poser des questions non autorisées, voire d’émettre des critiques. Le politique préfère donc la boîte à idées.

Mettre en question le capitalisme relève de l’hérésie, à l’instar de la mise en cause du commerce des indulgences, pratiqué par l’église catholique au 16ème siècle, dans le but de renflouer les caisses du clergé, ou les poches des actionnaires de nos jours.

A l’instar des nombreux politiques contemporains, autoproclamés serviteurs à la cause du peuple, le réformateur Martin Luther s’attaquait bien à la doctrine omnipotente de l’église catholique, un des piliers du système féodal, sans jamais toucher toutefois à la structure du pouvoir économique, le mécanisme de la redistribution des richesses, contrairement à son adversaire et ancien disciple, le pasteur révolutionnaire, Thomas Müntzer, instigateur et meneur de la révolte des paysans entre 1524 et 1526 contre la cupidité de l’aristocratie, activité qui lui avait coûté la vie, ou la tête, selon les pratiques de l’époque.

C’est une triste réalité historique. Les révolutions émanant du peuple, qui par ailleurs se comptent sur les doigts d’une main, n’ont jamais excédé la durée de quelques mois, si on prend comme exemples les guerres des paysans en Angleterre, en Suisse et en Russie, la commune de Paris, ainsi que l’expérience anarchiste éphémère pendant la guerre d’Espagne.

On retrouvait l’effigie de Thomas Müntzer sur le billet de 5 Mark de l’ancienne RDA tandis que la mémoire du réformateur Martin Luther, figure encombrante de l’anticléricalisme communiste, subissait une existence misérable jusqu’à la chute du mur. Voilà où nous en sommes, match nul. Point de fin de l’histoire, mais, peut-être, une occasion de mettre les choses à plat.

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Commentaires

  • Merci aux Verts destructeurs du patrimoine genevois comme le dit clairement cet article:

    "SOS Patrimoine Contre l'enlaidissement de Genève monte à nouveau aux barricades. Le combat est singulier. La droite est pour la conservation du site et les Verts en faveur du béton."

    https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/labattage-des-arbres-a-commence-aux-allieres-la-maison-du-tir-a-larc-va-suivre

    Cette superbe maison historique est désormais détruite, alors qu'on avait proposé de l'intérgrer au projet de construction en faisant une bibliothèque ou une maison de quartier! Mais non il a fallu la raser intutilement pour la remplacer par du béton:

    https://www.facebook.com/contrelenlaidissement/

    Et cet article reflète également l'opinion de la majorité des genevois à savoir qu'on bâtit contre eux:

    https://www.tdg.ch/editorial/btir-geneve-genevois/story/16404480

    de même que celui-ci:

    https://www.tdg.ch/signatures/editorial/Geneve-se-construit-a-la-tronconneuse/story/25639532

    et celui-là

    https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/chantier-allieres-immense-colere/story/16535562

    Le problème c'est cette croyance de nos politiciens qu'une croissance infinie de la population est possible et souhaitable pour un territoire aussi petit que celui de Genève. Encore une histoire de gros sous, mais nous sauront les rappeler à l'ordre aux prochaines votations.

    Ces commentaires de lecteurs résument parfaitement la situation.

    12.09.2019, 08:09 Heures

    Très bon article ! Hodgers reste le grand massacreur d’arbres, étonnants pour un vert, à moins qu’il ne le soit pas et que certains groupes d’intérêt se servent de lui ? Mais évidement ceci n’est que supposition.....

    "C’est clair qu’on ne bâtit pas pour les genevois. On bâtit pour ceux qui y migrent, sachant que les genevois eux ont tendance à quitter le canton."

    12.09.2019, 10:01 Heures

    ""Préserver les arbres ne relève plus d’une lubie d’écolos rousseauistes"". Oui sauf que visiblement, même les verts autorisent les abattages d'arbres séculaire et le bétonnage de zones arborées. Genève à la dérive...

  • Je m'étonne que personne ne propose la véritable solution pour mettre fin à toutes les crises environnementales tout en montrant l'exemple au reste du monde: cessons de faire des enfants.
    Il est évident qu'en faisant cela au lieu de prendre des mesures superficielles, telles que l'élimination des voitures, des sacs plastiques, des vols courte distance, et ainsi de suite, le monde guérira beaucoup plus vite de ce que est sa véritable maladie: avoir engendré les singes évolués que nous sommes.
    Le seul danger est évidemment c'est que nous disparaissons les premiers, nous les modèles du comportement éthique, sans que le reste du monde suive notre exemple, ou simplement trop tard.
    Mais ne vaut-il pas mieux donner l'exemple, quitte à ne pas être suivis, plutôt que d'attendre que les peuples moins développés (et donc moins corrompus) nous rejoignent dans notre comportement vertueux, trop tard dans un monde déjà victime des miasmes du soi-disant progrès?

  • Mère-Grand,
    Combien avez-vous d'enfants et de petits-efants?
    Nous n'allons pas laisser seuls les imbéciles se multiplier.
    Et donc pas d'accord avec vous. Il suffit de prendre exemple sur le Japon. Sa population diminue, car le bilan migratoire est proche de zéro. Ils préfèrent construire dans les zones soumises aux tsunamis plutôt que de toucher à leurs forêts.
    La corruption est généralisée, car elle réside en tout premier lieu dans les monothéismes: croissez et multipliez... et détruisez la nature. Face à ce programme les décisions individuelles n'ont que peu de poids.

    Le capitalisme contient les germes de sa propre destruction. Le problème est qu'il entraine avec lui bien plus. C'est un ordre cannibale qui détruit ce qui vit.

  • @Daniel
    Pour l'instant j'ai plus d'enfants que de petits-enfants. Pour le reste, vous aurez évidemment compris que ma proposition était farfelue, puisqu'elle aboutirait à réduire à néant le nombre de ceux qui prennent trop au sérieux certains mots d'ordre.
    C'est de cela qu'il s'agit en fait. A tort ou a raison, comme pour toute opinion, je pense que même pour défendre des mesures bien intentionné et en partie bien fondées logiquement, il faut tenir compte de la force (en nombre et en impact sur l'environnement) que représentent ceux qui pensent comme nous.
    En l'occurrence, pour nombre de mesures que nous présentent les activistes "anti-climatiques", notre poids est dérisoire par rapport celui de ceux qui s'efforcent d'acquérir enfin ce que nous (ou du moins certains d'entre nous) commençons à dénoncer.
    Je veux bien que nous, les riches pollueurs de la planète (pardon à ceux de notre monde "développé" qui ne se sentent ni riches ni capables de polluer beaucoup) donnions l'exemple, mais je pense aussi qu'il faut rester modeste dans nos ambitions et le but de ma démonstration par l'absurde tendait à nous y inviter.
    Lorsque des personnes de mon âge (et d'autres) se voient presque traiter d'assassins parce que, pour des raison diverses, qui ne tiennent pas qu'à l'égoïsme (et pourquoi pas d'ailleurs, car c'est un défaut ou une vertu très partagée, notamment auprès des politiciens avides de slogans qui rapportent) ils se déplacent encore en voiture, qu'on leur reproche de s'échapper de temps en temps de Genève, pour une climat plus doux en hiver ou des frais de dentiste à peu près supportable, je pense qu'une certaine limite est atteinte.
    D'autant plus que le monde entier, infiniment moins enclin et moins apte à pratiquer ce genre d'auto-critique, est à notre portée par les images, les textes et les graphiques. Faire quelques sacrifices pour nos enfants, oui, faire le sacrifice de l'albatros du poème, non.

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