Reversal of fortune

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En matière de droit pénal le système judiciaire américain s’adapte volontiers au modèle économique du « libre marché ». Ainsi, dans 90% des affaires criminelles, les verdicts, ainsi que les peines privatives, sont négociés entre le procureur et la défense sous forme de « plea bargains » ou « négociations de peine », avec la bénédiction du juge.

Dans le but d’éviter la tenue d’un « procès devant jury », une procédure jugée trop coûteuse et trop compliquée, les acteurs choisissent la négociation (90% des cas jugés), un procédé hautement préjudiciable à l’accusé moyen, très avantageux, en revanche à l’accusé fortuné, qui dispose des moyens nécessaires pour rétribuer des avocats de haut niveau, indispensables pour l’obtention de conditions favorables. On pourrait ajouter que la majorité des avocats de renom ont fait au moins un détour au « Ministère public » pendant leur carrière, raison pour laquelle dans bien des cas ils connaissent personnellement les procureurs.

En échange d’une peine « plus légère » l’accusé renonce à la tenue d’un procès et libère de ce fait le procureur de l’obligation de rechercher des preuves supplémentaires, susceptibles de démontrer son innocence. Il se laisse d’autant plus facilement convaincre qu’en cas d’une tenue de procès, le juge fixerait une caution pour permettre à l’accusé de préparer sa défense en liberté. Etant donné que la majorité des accusés n’ont pas les moyens, ils resteraient, vu la longueur des procédures, en prison jusqu’au procès, parfois pendant des années.

Cette justice pour les 1% les plus riches s’est révélée particulièrement perverse dans le cas du milliardaire Jeffrey Epstein, arrêté par le FBI samedi dernier, le 6 juillet, à l’aéroport de Teterboro dans le New Jersey, à bord de son jet privé en provenance de Paris où il passait quelques jours de vacances.

L’acte d’accusation présentée par le « Procureur général » du district sud de New York, Geoffrey Berman, devant la presse est lourde, « mise en place d’un trafic sexuel avec des jeunes filles mineures entre 13 et 16 ans, entre 2002 et 2005, les attirant dans son domaine à New York et Palm Beach, Florida avec l’aide de complices. Issues de foyers modestes, souvent en ruptures avec leurs familles, les victimes étaient forcées de procéder à des massages pour ensuite subir des actes sexuels. Moyennant rémunération, 200 USD en règle générale, ses victimes lui apportaient sans arrêt de la « chair fraîche ». On parle de centaines de cas.

Dans ce contexte, on pourrait ajouter que selon de nombreux témoignages de victimes, l’ex-petite amie d’Epstein, Ghislaine Maxwell, fille du milliardaire et magnat de presse britannique Robert Maxwell, mort dans de mystérieuses circonstances sur son yacht « Ghislaine » aux larges des îles Canaries, le 5 novembre 1991, juste avant la déconfiture de son empire, agissait en tant que « Madame Claude » pour Epstein, en recrutant également de la « chair fraîche », ce qu’elle dément.

Outre l’énormité du cas, ce qui est proprement scandaleux est le fait que l’accusé se livre à ce trafic en totale impunité depuis près de vingt ans et que la justice américaine, celle de Miami en l’occurrence, proche d’un de ses lieux de résidence, Palm Beach, lui avait accordé en 2008, en pleine crise financière, une négociation de peine » arrangée par une floppée d’avocats, payés grassement par Epstein, sous la direction du célèbre professeur de droit à l’université de Harvard, Alan Dershowitz, immortalisé dans le film « Reversal of Fortune » (revirement de situation) du metteur en scène, Barbet Schröder, racontant l’histoire de l’acquittement spectaculaire, obtenu par la défense sous Dershowitz de Claus von Bülow, accusé d’avoir empoisonné son épouse Sunny, restée dans le coma pendant 25 ans jusqu’à sa mort.

Egalement de la partie fut l’ancien procureur indépendant, Kenneth Starr, nommé à l’époque dans le cadre de l’enquête atour de l’affaire de la stagiaire « Monica Lewinski », impliquant l’ex président Bill Clinton.

Au nom du Ministère public agissait le procureur pour le district sud de la Floride, Alexander Acosta, l’actuel Secrétaire au Travail du gouvernement Trump.

Au stade des connaissances du FBI à l’époque, l’acte d’accusation faisait état de 40 jeunes filles mineures abusées, dont une des victimes, Courtney Wild, aujourd’hui âgée de 31 ans, déclarait au « Miami Herald », grâce à la ténacité duquel, et notamment de sa journaliste d’investigation Julie Brown, à laquelle l’affaire fut jugée à l’époque, qu’elle subissait de fortes pressions après la conclusion de l’accord.

On pourrait ajouter que la journaliste d’investigation du magazine « Vanity Fair », Vicky Ward, avait déjà mené une enquête au sujet des agissements délictueux de Jeffrey Epstein en 2003 « The talented Mr. Epstein ». Après l’avoir interviewé à plusieurs reprises celui-ci l’avait menacé à plusieurs reprises. Après une intervention musclée de Jeffrey Epstein auprès de l’éditeur de l’époque, Graydon Carter, celui-ci avait cédé à ses pressions et choisit finalement de publier un portrait de son activité purement professionnelle.

Les principales conditions du « marché Dershowitz / Acosta » furent : « emprisonnement de 13 mois en semi-liberté (16 heures de liberté de mouvement par jour) dans une aile de la prison de Palm Beach, spécialement aménagée, fichage dans le registre des délinquants sexuels, immunité des complices, dont quatre sont nommés, et de tous ceux qui pourraient potentiellement être impliqués. Dans ce contexte professeur Dershowitz, co-architecte du deal, est accusé lui-même par une des victimes de contrainte sexuelle, ce que celui-ci nie. Accusé dans ce cadre est également le Duc d’York, le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth.

Epstein avait fêté sa sortie de prison à l’époque dans sa résidence new yorkaise, l’ancienne « Birch Waton School » transformée en manoir de 7 étages, situé à la 5ème Avenue, d’une valeur de 77 millions USD, en présence de George Stephanopoulos, ancien directeur de communication de l’ex-président Bill Clinton, Charlie Rose, présentateur de la chaîne de télévision PBS, le metteur en scène, Woody Allen, ainsi que le prince Andrew. La décoration intérieure des lieux révèle quelque peu le goût et l’état d’esprit du propriétaire, notamment un imposant échiquier, placé dans le hall d’entrée, juste sous l’escalier en marbre menant à l’étage supérieur, dont les figurines représentent les domestiques féminines en sous-vêtement.

Absents de la cérémonie furent notamment deux de ses amis les plus illustres, l’actuel président Donald Trump, qui déclara à son sujet en 2002, « J’aime bien Jeffrey Epstein avec qui je partage le goût pour les jeunes femmes. Lui, il les aime vraiment très jeune » et, surtout, l’ancien président Bill Clinton qui l’avait accompagné à 26 reprises dans son Boeing 727 privé, nommé « Lolita Express », plusieurs fois, entre 2002 et 2005, à destination de son île privée, située dans l’archipel des « Iles Vierges Britanniques » du nom de « Little St. James », comme le prouve le journal de bord du « Lolita Express », dont l’ancien pilote avait rapporté à un journaliste avoir également transporté l’ancien président israëlien Ehud Barak. En outre, le prince Andrew, ainsi que Lord Mandelson, ancien membre du gouvernement labour de Gordon Brown y séjournaient fréquemment.

La fondation philanthropique, « Jeffrey Epstein Foundation » domiciliée et enregistrée à St. Thomas (BVI), pour des raisons pratiques de proximité sans doute, y invite régulièrement d’éminents scientifiques, comme le britannique Stephen Hawking, mort en 2018, pour participer à des colloques, mais pas que.

Interviewé par le journal britannique à sensation « Daily Mail », un couple sud-africain, engagé par Epstein en 1995 en tant que gestionnaire du domaine, décrivait l’activité débordante qui y régnait en la comparant à celle d’un hôtel cinq étoiles où personne ne paie la note, ainsi que la présence de nombreuses jeunes filles, défilant à poil autour de la piscine, dont certaines leur semblaient « vraiment très jeunes ». De nombreuses personnalités politiques, scientifiques et artistiques y auraient séjourné « aux frais de la princesse » ou du prince plutôt.

Selon des documents dont dispose je journal d’investigation « Miami Herald », le gouvernement américain aurait reconnu, en 2013, que des procureurs fédéraux se seraient plié sans conteste aux pressions de l’équipe juridique autour d’Alan Dershowitz et Kenneth Starr.

En effet, il s’avère aujourd’hui que l’accord, conclu en 2008, enfreint la loi de manière flagrante, car il viole le « Crime Victim’s Rights Act » qui stipule que les victimes de crimes doivent impérativement donner leur accord au préalable à un tel « marché », or aucune des plaignantes ne fut mise au courant, ce qui fragilise particulièrement l’actuel Secrétaire au Travail du gouvernement Trump, Alexander Acosta, nommé en 2017. Sa défense ne manque pas de cynisme « Actuellement, disposant de nouvelles preuves, le procureur de New York a une occasion importante de faire régner la justice ».

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Commentaires

  • " en provenance de Paris où il passait quelques jours de vacances. "
    Hum, il a aussi un salon de "massage" à Paris... Alors "vacances"?!

    Selon ce que j'ai lu par ailleurs, Trump a coupé les liens avec Epstein quand il a appris que les "très jeunes femmes" étaient en fait des enfants. Il y a 15 ans.

    Il y a aussi la théorie qu'Epstein et Maxwell, des juifs, travaillent pour le mossad et collectaient photos et vidéos compromettantes pour faire chanter les personnalités "invitées". Puissant outil politique pour contrôler le marais! Il ne reste plus qu'à trouver les-dites vidéos.

    Les démocrates sont mal barrés. Il y avait déjà le cas Anthony Weiner...

  • Sur RT on en apprend plus sur l'affaire.
    Et notamment que Trump a été le seul à avoir coopéré avec l'avocat des victimes:
    "Donald Trump est le seul qui, en 2009, lorsque j'envoyais des assignations à comparaître à beaucoup de personnes – ou au moins que j'indiquais à des personnalités que je souhaitais leur parler – a pris son téléphone et m'a dit : "Discutons, autant de temps que vous voulez. Je vais vous dire ce que vous devez savoir.""
    https://francais.rt.com/international/63772-inculpe-pour-trafic-sexuel-mineures-milliardaire-epstein-trembler-washington

    Pour le mossad:
    https://reseauinternational.net/le-pedophile-jeffrey-epstein-travaillait-il-pour-le-mossad/

    Epstein est juif. Il est facile de voir que les juifs quelle que soit leur nationalité sont d'abord loyaux à Israël et au mossad. Hayoun nous en donne un autre exemple avec ces tirades de haine contre l'Iran.

    Dans le carnet noir il y a le nom Edouard de Rotschild.

  • Vous etes mal informé car la plupart des Juifs Américains sont plutot dans le camp des Démocrates et donc pas du tout sionistes au sens que vous donnez a ce terme. Que cela vous étonne ou non, la plupart des Juifs dans le monde développé se sentent d`abord citoyens du pays ou ils sont nés.

  • Le système américain que vous décrivez est la négation d'un fonctionnement démocratique, dont les Américains se vantent tellement. Ce n'est qu'un exemple de l'aspect hypocrite du Puritanisme à l'origine de cette nation.

  • Il est a parier que pour sauver ce qui peut l`etre Epstein va en déballer des vertes et des pas mures sur Trump qui a deja un dossier bien chargé (notamment sur ses affaires privées) que les Démocrates vont se faire un plaisir d`utiliser lors des élections.

  • "Epstein va en déballer des vertes et des pas mures sur Trump "
    Bien au contraire. Trump va être protégé par Epstein, même si je doute fort qu'il e ait besoin.

    "Vous etes mal informé car la plupart des Juifs Américains sont plutot dans le camp des Démocrates et donc pas du tout sionistes au sens que vous donnez a ce terme. "
    Là franchement, vous me faites marrer. Ils sont dans tous les camps qui peuvent accéder au pouvoir. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir (deep state), et si Trump n'est pas réélu l'année prochaine, c'est qu'il n'aura pas attaqué l'Iran comme Clinton l'avait promis. Paul Wolfowitz et les néocons et la pnac, vous connaissez? Apparemment pas. Lisez donc Laurent Guyénot.

    bhl, non plus vous ne connaissez pas? Les agressions contre l'Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Liban, l'Iran sont le fait d'Israël et de ses sayanims et de ses hasbarats. Connaissez-vous seulement ces termes?

    Sur ces blogs, il suffit de voir Hayoun déverser sa haine de l'Iran pour comprendre à qui va sa loyauté. Et il n'est pas le seul.

    Et je ne vous parle même pas de Fabius et de la Syrie.

  • A propos des affirmations de Jean Jarogh sur Trump et les démocrates sur cette affaire, lire absolument le billet de Stéphane Montabert sur la plateforme 24 heures. Très éclairant...

  • Je suis allé par curiosité lire le blog de notre frouz du canton de VD. Géo vous nous aviez habitué à mieux que ce salmigondis digne de discussions de bar. Le Montabert, grande gueule et typique péquin du bout du lac diriez-vous. Sans intérêt aucun.

  • @Daniel Concernant les Juifs, vos propos sont limite antisémitisme (qui est, ne vous en déplaise, l`une des manifestations de la stupidité humaine). Pour ce qui est de Trump-Epstein, je ne fais que supputer que ce dernier n`hésitera probablement pas a balancer la Grand Baudruche pour réduire sa peine. Sauf s`il n`y a rien a balancer of course, mais j`en doute.

  • Comme d'habitude, quand vous n'avez pas d'argument vous balancez des sophismes ad hominem. Dans ce que j'ai écrit tout est vérifié ou vérifiable.

    Par exemple:
    https://www.veteranstoday.com/2019/07/15/a-secret-meeting-to-plot-war/

    Quant à la stupidité humaine elle est universelle. La méchanceté par contre est très localisée.

    Merci d'avoir expliqué que vous tirez des conclusions de votre ignorance et de vos préjugés. Il n'est que trop évident que votre haine de Trump vous aveugle.

    Quant à Epstein et à l'Etat profond:
    https://www.zerohedge.com/news/2019-07-15/epstein-explosive-crisis-deep-state

    C'est une explication. Une autre explication est la suivante. Trump est parvenu au pouvoir par un coup d'Etat (les résultats dans 4 Etats ont été inversés en sa faveur), suite à un premier coup du camp opposé qui avait écarté Bernie Sanders. Trump est opposé à la guerre, mais il risque de finir comme JFK. Débarrassé de la comédie du Russiagate, il peut passer à la contre-attaque. Cela fait des mois que ceux qui ont porté Trump au pouvoir parlent d'Epstein et de la pédophilie qui touche beaucoup de monde...
    https://tomluongo.me/2019/07/08/epstein-arrest-peak-swamp/
    https://phibetaiota.net/2019/07/tom-luongo-peak-swamp-epstein-arrest-opens-new-frontier/

  • Jean Jarogh@ Antisémitisme dès qu'on parle de Mossad ? Hum...
    Il ne vous a cependant pas échappé que la communauté juive exerce un certain pouvoir sur la conduite des USA ?
    Et soit dit en passant, Daniel est aussi juif que vous...
    Luc@ C'est un peu court : aucun argument.

  • Pour l'information de celui qui voit des antisémites partout:
    https://www.veteranstoday.com/2019/07/15/how-americas-real-enemies-control-the-internet/
    Et lien vers:
    https://israelpalestinenews.org/israel-partisans-work-censor-internet/
    Mais peut-être est-il un sayan qui sait déjà tout cela?

  • Quand Epstein et Trump étaient grand copains...
    https://www.nbcnews.com/news/us-news/tape-shows-donald-trump-jeffrey-epstein-discussing-women-1992-party-n1030686

  • Et le feuilleton continue. VT est publiquement anti-Trump et donc donne une version de l'affaire qui lui convient. La suite nous dira qui a la bonne analyse. En attendant Epstein n'a pas obtenu de libération sous caution, ce qui montre que le poisson est bien ferré.
    https://www.veteranstoday.com/2019/07/18/neo-epstein-and-the-american-lie-machine/

  • Steve Pieczenik sur Epstein:

    https://youtu.be/R6-gUqNPi4I

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