• Creepy Joe

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    Le peuple ukrainien vient d’élire son nouveau président, Volodymyr Zelensky, avec plus de 70% des voix, un résultat sans appel. Ancien humoriste et producteur de cinéma, il prône la fin de la corruption. Pourquoi pas ? Les Etats-Unis furent bien dirigés par un acteur de cinéma entre 1981 et 1989. Architecte de la dénucléarisation russo-américaine et initiateur de la révolution néolibérale mondiale (L’état n’est pas la solution. L’état est le problème), Ronald Reagan, avait changé le monde comme aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait avant lui, pour le meilleur autant que pour le pire.

    La désintégration de l’ancienne Union Soviétique fut donc savourée par l’establishment américain tel un festin, notamment l’indépendance de l’état d’Ukraine, en 1991. Terre agricole fertile, riche en matières premières, celui-ci se présenta comme cible de choix.

    Toutefois, malgré d’importants financements européens et américains, censés apporter liberté et démocratie via un rapprochement avec l’Union Européenne, le développement économique de l’ancienne république soviétique s’avère compliqué. En 2013 le pays est proche du défaut de paiement, au point que l’Union Européenne refuse un crédit de 20 milliards USD, tout cela en dépit de toutes ces multiples et généreuses contributions « privées », dont celle de la fondation philanthropique newyorkaise « Carnegie Foundation » et, surtout, celle de l’« International Renaissance Foundation » partie intégrante de « Open Society Foundations » du milliardaire hongrois George Soros, co-financée via le groupe de réflexion « National Endowment for Democarcy » , à hauteur de 5 milliards USD entre 1990 et aujourd’hui, une fondation privée à but non lucratif, crée par l’administration de feu Ronald Reagan, financée par le congrès américain.

    « National Endowment for Democracy » NED, dont l’objectif déclaré est « le renforcement et le progrès des institutions démocratiques à travers le monde » se présente comme l’instigateur de la défaite électorale du gouvernement sandiniste du président Daniel Ortega en 1990 (de nouveau au pouvoir depuis 2007) face à sa rivale Violetta Chamorro, sous le règne de laquelle le Nicaragua amorça un déclin économique et social sans précédent. Entre 1990 et 2001 le Nicaragua recula de la 60ème position à la 116ème position mondiale en termes de développement économique, faisant de lui le pays le plus pauvre d’Amérique derrière Haïti selon le « Programme des Nations Unis pour le développement » PNUD.

    En 1996 un déploiement financier et logistique important de la part du NED avait grandement contribué à l’élection du président russe Boris Eltsine, alcoolique et docile. En 2002, un coup d’état contre le président vénézuélien Hugo Chavez avait échoué, un remake est actuellement en cours, en revanche, deux ans plus tard, en 2004, la chance sourit à nouveau avec un coup d’état réussi, renversant le gouvernement haïtien du président Bertrand Aristide. La prospérité en revanche se fait toujours attendre.

    Le 14 décembre 2013 le sénateur républicain de l’Arizona, feu John McCain, accessoirement président, entre 1993 et 2018, du groupe de réflexion « Republican National Institute » RNI, une institution très proche du NED, entame une visite de courtoisie en Ukraine, rencontrant les différents leaders des partis politiques, opposés au gouvernement pro-russe du président Viktor Ianoukovytch, notamment le chef du parti nationaliste d’extrême droite « Svoboda » de l’époque Oleh Tyahnybok. En politique il n’y a ni amis ni ennemis, il n’y a que des intérêts.

    Ce soutien précieux ouvrit la voie à la révolution populaire « Euromaidan » dont le déclencheur fut le refus du président Ianoukovytch de signer un accord d’association avec l’Union Européenne, accord qui aurait attribué à l’Ukraine le même statut qu’à tous les autres partenaires économiques de l’Union, et dont l’issue mena à l’exil du président en Russie ainsi qu’à sa condamnation par contumace.

    L’accession au pouvoir du président pro UE et pro OTAN, Viktor Iouchtchenko, en 2005, son remplacement par Viktor Ianoukovytch, le pro russe, en 2010, qui sera remplacé à son tour, par l’homme d’affaires et magnat du chocolat, Petro Porochenko, en 2014, suite au printemps libéral, « Euromaidan » de 2014, illustre bien le bras de fer géopolitique que se livrent l’establishment américain et les oligarques locaux sur le dos de la population.

    Dans ce contexte l’annonce de la candidature aux primaires du Parti démocrate par l’ancien Vice-Président Joe Biden, déjà considéré comme favori par les médias, envoyé spécial du président Obama, en charge du dossier « Ukraine », ravive des souvenirs d’une mission particulièrement délicate voir ténébreuse.

    Une apparition de « creepy » Joe du 23 janvier 2018 devant un parterre du groupe de réflexion (décidément), « Council on Foreign Relations » jette une autre lumière sur son activité ukrainienne. Joe Biden déclare à un public ébahi qu’il avait « menacé le président ukrainien Petro Poroshenko en mars 2016 avec l’annulation d’une garantie de crédit de 1 milliard de USD précédemment accordée par le président Obama », ce qui aurait potentiellement occasionné un défaut de paiement du pays, « s’il refusait de virer le procureur général Viktor Shokin ».

    « Je pars dans six heures pour les Etats-Unis, si d’ici là le procureur n’est pas viré vous n’aurez pas notre argent. », insistant que le président était au courant. « Eh bien, ils ont viré le fils de pute. Ils ont mis un autre à sa place, quelqu’un de plus convenable. »

    Il se trouve que Viktor Shokin, loin d’être monsieur propre lui-même, s’occupait à l’époque d’une investigation dans un cas de corruption impliquant la société ukrainienne d’exploitation de gaz « Burisma Holdings » dont le siège se trouve en Chypre et dans laquelle le fils de Joe Biden, Hunter, siège au conseil d’administration depuis le 18 avril 2014. Comme pour souligner son engagement, Vice-président Biden exhorta le gouvernement ukrainien de réduire sa dépendance en gaz russe lors d’un voyage en Ukraine le 22 avril 2014.

    « Burisma Holdings » détient 35 licences d’exploitation d’hydrocarbures, pétrole et gaz, en Ukraine. Tous les champs pétrolifères sont connectés à de gazoducs et 91% de sa production provient de la faille géologique Dnieper-Donets ou gisent les 82% des réserves en gaz naturel du pays. En outre « Burisma » détient 30% des réserves restantes. (Wikipedia)

    Selon le journaliste d’investigation John Solomon dans un billet, publié sur le site d’information américain « The Hill » le 1er avril 2019, la société de conseil « Rosemont Seneca Partners », dont Hunter Biden, ainsi que Devon Archer, ancien directeur de campagne du candidat démocrate à la présidentielle, John Kerry, est actionnaire, aurait reçu, entre 2014 et 2015, des paiements d’honoraires mensuels de la part de « Burisma Holdings » de l’ordre de USD 166'000.

    Dans une interview par écrit l’ancien procureur, Viktor Shokin, aurait confié au journaliste qu’à cette époque il était sur le point de convoquer l’ensemble du conseil d’administration de « Burisma Holding », inclus Hunter Biden, pour un interrogatoire. Après son licenciement la plupart des charges furent abandonnées.

    Toutefois, c’était sans compter avec son successeur, Yuriy Lutsenko. Celui-ci déclare au journaliste que certains éléments du dossier pourraient intéresser le procureur général des Etats-Unis William Barr. Celui qui vient d’enterrer « Russiagate ».

    Un adjoint au procureur Lutsenko confirme au journaliste américain que la réouverture du dossier était lieé aux remarques faites par Joe Biden lors de son intervention devant un parterre du « Council on Foreign Relations » au mois de janvier 2018.

    Il se trouve, en outre, que dans le cadre d’une investigation sans lien direct, les autorités judiciaires américaines ont découvert des documents faisant état de transferts en provenance de la holding ukrainienne en faveur de la société de conseil Rosemont Seneca entre 2014 et 2015 d’une somme de 3 millions USD.

    Affaire à suivre

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  • Brexit du journalisme

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    Biarritz (France), vendredi le 5 avril 2019. En marge d’une réunion des ministres des affaires étrangères des pays du groupe G7 (Etats-Unis, UK, Allemagne, France, Italie, Canada et Japon) Jeremy Hunt, Secrétaire d’Etat des Affaires étrangères du gouvernement de sa Majesté annonce la nomination de la célèbre avocate, spécialiste des droits de l’homme, accessoirement épouse d’un non moins célèbre amateur de bon café, Amal Clooney, comme « émissaire spéciale pour la liberté de la presse au service du gouvernement britannique ».

    Dans sa qualité d’ambassadrice de la « liberté d’information » elle présidera un comité d’experts, chargés « d’examiner la légalité d’initiatives politiques prises par des gouvernements peu respectueux des droits de l’homme, ainsi que d’offrir des conseils juridiques aux gouvernements qui souhaitent renforcer la législation en matière de protection de la liberté de la presse ».

    Cette campagne de « bons offices » vise à faire valoir le point de vue britannique sur la question, notamment à l’égard de ses alliés les plus proches, tels que les pays du Golfe, la Turquie, le Myanmar, l’Egypte, l’Inde, mais aussi certains pays en Europe, notamment les pays de l’est ou Malte. Jeremy Hunt espère ainsi que la voix britannique sera entendue, même après le Brexit.

    Londres, jeudi 11 avril 2019, changement de décor. Julian Assange, citoyen équatorien et australien, réfugié politique sous la protection de la constitution équatorienne, journaliste, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de l’ONG « Wikileaks », est arrêté par la police métropolitaine dans l’ambassade équatorienne, dans laquelle il avait séjourné pendant sept ans, à la demande du gouvernement américain, qui ne tardera pas à exiger son extradition, pour « infractions informatiques » ou « computer related offences » (citation Jeremy Hunt).

    Jeremy Hunt, Secrétaire d’Etat des Affaires étrangères du gouvernement de sa Majesté se réjouit de cette « victoire de la justice » et ajoute que, je cite « La Grande-Bretagne a démontré que personne n’est au-dessus des lois », faisant allusion à la violation de la liberté sous caution par Julian Assange dans le contexte d’accusations de viol, prononcées par la justice suédoise, accusations abandonnées par ailleurs depuis fort longtemps. Il continue son réquisitoire : « Julian Assange n’est pas un héros. Il s’est caché devant la justice britannique pendant des années, tenant en otage le gouvernement équatorien. Le président Lenin Moreno a pris une décision courageuse. » On sait le gouvernement britannique quelque peu aux abois ces temps-ci, donc un peu de diversion ne peut pas faire mal.

    « I love Wikileaks » s’exclama le candidat Donald Trump lors d’un meeting de campagne en 2016, savourant la fuite d’e-mails compromettants, publiés par l’ONG, émanant du serveur informatique du DNC (Democratic National Congress) juste avant le congrès du parti le 25 juillet 2016, au sujet d’une campagne d’intimidation et de dénigrement, menée par la présidente de l’époque, Debbie Wassermann Schultz, sous les auspices de la candidate Hillary Clinton, à l’encontre de son adversaire Bernie Sanders.

    Sans doute aime-t-il toujours « Wikileaks », mais, est-il encore aux commandes ? L’a-t-il jamais été ? Dans un contexte hautement belliqueux, les Etats-Unis, ou plutôt ce qu’on appelle le « deep state », les organismes hors du contrôle de l’état de droit, les agences de renseignement, CIA, NSA, FBI autant que le Pentagone et, sur le plan politique, le Parti démocrate, torpillent la moindre tentative de la part du président, de mener ne serait-ce que le début d’une politique d’apaisement, notamment envers la Russie ou la Corée du Nord. Les mêmes organismes visent maintenant une extradition immédiate du journaliste, pour avoir divulgué ce qui n’était pas censé être divulgué, la corruption bipartite de la politique américaine.

    Préparée depuis de longs mois, l’avion du Département de justice, le DOJ, se trouve déjà sur sol britannique depuis quelques temps, le déclencheur de l’opération fut sans doute l’arrestation de la lanceuse d’alerte Chelsea Manning le 8 mars dernier aux Etats-Unis.

    Ancienne analyste dans l’armée américaine, elle fut emprisonnée et torturée sous l’administration du président Barack Obama, graciée par celle-ci par la suite, pour avoir transmis à « Wikileaks » des documents classés secret défense, notamment des documents visuels de bavures de l’armée américaine durant l’occupation de l’Iraq, dont des actes de torture et d’humiliations sur des prisonniers dans la maison d’arrêt d’Abou Ghraib. Elle fut à nouveau mise en détention pour avoir refusé de témoigner contre « Wikileaks » devant un « grand jury » une procédure juridique secrète sans témoins.

    Après l’écrasement de la vague rose en Amérique Latine, qui avait débuté en 1998 avec l’élection du président vénézuélien Hugo Chavez, l’objectif principal de l’establishment américain et de leurs figures de proue, des conseillers politiques, qui tournent autour du pouvoir en place depuis plus de quarante ans, tels que John Bolton ou Elliott Abrams, ou encore l’ancien directeur de la CIA Mike Pompeo, réside dans l’instauration de gouvernements d’obédience néolibérale, favorables aux intérêts nord-américains. En arrière-plan veillent les puissants sponsors des deux partis politiques, les frères Koch, la famille Mercer, les Sheldon Adelson, Michael Bloomberg, George Soros et autres Jeff Bezos.

    L’Equateur est donc une cible de choix pour atteindre Julian Assange. Il se trouve, en outre, que son président, Lenin Moreno, successeur de Rafael Correa, est empêtré dans un scandale de corruption, connu sous le nom de « INA papers » une série de documents et d’e-mails, impliquant Moreno dans des faits de corruption, parjure et blanchiment d’argent.

    L’entreprise de travaux public chinoise « Sinohydro », qui avait construit un important barrage hydroélectrique en Equateur, aurait versé la somme de 18 millions USD en pots de vin à une société offshore, dont les administrateurs auraient reversé la somme dans une dizaine d’autres comptes de sociétés « offshore », dont « INA Investments », nommée après les filles de Lenin Moreno, Irina, Kristina et Karina, propriété d’Edwin Moreno, le frère du président.

    Le pot-au-rose fut découvert lorsqu’un membre de l’opposition, Ronny Aleaga, avait reçu anonymement des documents compromettants. Leur publication au mois de février de cette année déclencha une investigation parlementaire.

    Le 26 mars dernier, « Wikileaks », mentionna par « Twitter », un article, paru dans le « New York Times », selon lequel Moreno aurait été en discussion avec l’administration Trump, à travers son émissaire Paul Manafort, actuellement en prison pour 16 délits, au mois de mai 2017, pour une éventuelle remise partielle de la dette souveraine de l’état d’Equateur contre une expulsion de Julian Assange de l’ambassade à Londres.

    En effet, début 2019 le Fonds monétaire international IMF la Banque Mondiale et d’autres institutions financières ont accordé à l’Equateur un crédit de 10 milliards USD en échange de mesures d’austérité draconiennes, dont la réduction de 10'000 postes dans le secteur public, des réductions d’impôts substantielles pour les grandes fortunes, des « aménagements » de la loi du travail, l’élimination de subsides pour l’essence en faveur des plus nécessiteux, ce qui n’a pas manqué de déclencher une grève générale.

    Deux jours après la publication du tweet de « Wikileaks » du mois de mars, qui ne faisait pourtant que répertorier les conclusions du « New York Times », le parlement équatorien, dont le parti du président avec d’autres partis de droite, détient la majorité, avait fait passer une résolution contre la personne de Julian Assange pour la révélation des « INA papers » et, ce que le président, dont la cote de popularité oscille actuellement autour de 17%, appelle une « intrusion dans sa vie privée ». (wsws.org)

    En attendant, il reste l’espoir que le comité d’experts autour de l’avocate et spécialiste des questions de droits humains, Amal Clooney, nommé par Jeremy Hunt, Secrétaire d’Etat des Affaires étrangères du gouvernement de sa Majesté, saura rétablir la liberté de la presse dans ses droits.

    Il faut dire que maître Clooney a déjà de nombreuses causes médiatiques à son actif, notamment la défense de deux journalistes de l’agence « Reuters », Wa Lone et Kyaw Soe Oo, condamnés l’année passée par le régime birman sous le « Myanmar’s colonial official secrets Act », sans doute une sorte d’« Espionnage Act » à la sauce asiatique, à sept ans de prison. En fait, cela fait penser au raid aérien d’hélicoptères Apaches américains, ouvrant le feu sur deux journalistes de l’agence « Reuters » et 18 civils, à Bagdad, le 12 juillet 2007, dont la vidéo fut publiée par « Wikileaks » le 5 avril 2010.

    Maître Clooney fait donc appel à la « Conseillère spéciale de l’Etat et porte-parole de la Présidence de la République de l’Union Birmane » Aung San Suu Kyi, lauréate du Prix Nobel de la Paix en 1991 pour qu’elle accorde la grâce aux détenus.

    Aung San Suu Kyi, l’ancienne coqueluche des médias, de la politique et du showbiz (U2, Coldplay, R.E.M., Wayne Shorter, Jane Birkin, Jim Carrey, Damien Rice), lauréate du prix « Free Your Mind » décerné par le MTV Europe Music Awards, citoyenne d’honneur de la ville de Paris, docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles et l’Université catholique de Louvain, soutenue par le Dalaï-lama, soutenue dans une lettre ouverte signée par Bill Clinton, Jimmy Carter, Jacques Delors, élue « Hero of our time » par le magazine américain « New Statesman » est également sérieusement mise en cause dans la persécution et le génocide du peuple indo-aryen des Rohingyas.

    L’indignation des médias classiques face à l’arrestation de Julian Assange est mesurée. Les rédactions des grands quotidiens qui avaient pourtant relayés ses révélations en 2010, désormais un acte délictueux, « New York Times », « The Guardian », « Le Monde », « El Pais », « Der Spiegel », « Die Welt » sont passés à autre chose.

    Pourtant les travailleurs de l’écrit ont de sérieux soucis à se faire, car ce dont est accusé Julian Assange, la révélation de documents classifiés, est le pain quotidien de la profession.

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