04/03/2019

La soudaine illumination de la social-démocratie allemande

La nouvelle présidente socialiste, Andrea Nahles, rue dans les brancards, au grand dam de la encore chancelière Angela Merkel et son parti composite CDU/CSU. A peine un an après les élections législatives de 2017, un désastre pour les deux formations politiques, la (re)naissance de la grande coalition noire et rouge craquèle déjà.

Andrea Nahles ose finalement thématiser ce que ses prédécesseurs, Martin Schulz et autres Sigmar Gabriel, avaient soigneusement balayé sous le tapis, la politique (anti)sociale du parti et, surtout, le serpent de mer Hartz IV, la réforme du marché du travail, mise en place par le chancelier à la gourmette dorée, Gerhard Schröder, entre 2003 et 2005.

Nommé après son père spirituel Peter Hartz, ancien chef du personnel chez Volkswagen, les réformes Schröder se donnent comme objectif principal la « responsabilisation » des chômeurs, suivant la devise « fördern und fordern » ou, plus prosaïquement, « la carotte et le bâton ».

Ainsi, quand un travailleur tombe au chômage, il perçoit des allocations en tant qu’assuré, correspondant à 60% de son dernier salaire, pendant une année. Passé ce délai, il devient bénéficiaire d’une aide sociale de 424 EU par mois, à condition toutefois qu’il ne dispose d’aucune fortune et que son logement corresponde à son « nouveau statut social ». Compte tenu de l’objectif Hartz IV, 4,2 millions de bénéficiaires, la garantie d’un minimum vital, sont pris en charge par le même régime les chômeurs en fin de droit, les enfants, au même titre que les « travailleurs pauvres », dont les salaires sont subventionnés par l’état.

Ces derniers, dont le nombre s’élève à 1 million, sur un total de 44,8 millions d’actifs, dont 550'000 cotisent à l’assurance chômage, ne sont pas pris en compte dans la statistique de l’emploi, qui affiche un taux de chômage de 3,2%, un record en Europe, mis à part la Suisse. Par conséquent, la présidente socialiste, Andrea Nahles, propose, comme première mesure, une augmentation du salaire minimum légal de 30% à 12 EU l’heure, l’œuf de Colomb !

Ainsi, le parti préconise l’instauration d’un « droit au travail » et, par conséquent un droit à une formation professionnelle, ainsi que la transformation de la charité publique en « Bürgergeld », une notion qui s’approche du revenu inconditionnel de base.

Au grand dam de son partenaire de coalition, la nouvelle direction du SPD semble déterminée à détricoter l’œuvre de Gerhard Schröder, un bon présage, bien que, compte tenu de l’état actuel des rapports de force, guère plus qu’une colombe, qui, comme on sait, ne fait pas le printemps. Nonobstant, l’opinion publique semble lui donner raison. Après des années de traversée de désert, les sondages sont à nouveau favorables au SPD. Sondage Handelsblatt 23.02.2019: CDU/CSU 29 %, SPD 19 %, Verts 16 %, AFD 13 %, FDP 9 %, Linke 9 %.

S’il y a une nation en Europe, à part la Suisse (*), qui a les moyens de s’offrir le luxe de ces extravagances socialistes, c’est bien l’Allemagne. En effet, Olaf Scholz, le ministre des finances et vice-chancelier, socialiste par ailleurs, vient d’annoncer, le 22 février dernier, un énième surplus des finances publics de 58 milliards EU, le plus important depuis la réunification, bien que, Dieter Kempf, le président de l’Union fédérale de l’industrie allemande ne l’entend pas de cette oreille. Le patron des patrons préconise plutôt, qui l’eût cru, une réduction de l’imposition des bénéfices des entreprises allemandes de 30% à 25 %, afin de « renforcer » la compétitivité de l’industrie allemande et de « garantir la sauvegarde » des places de travail.

Les récentes prévisions du gouvernement allemand en matière de croissance économique pour 2019, le chiffre fétiche de la croissance de l’accumulation, de 1,1% vs 1,8% pour l’année 2018, devrait tout de même faire réfléchir Monsieur Kempf. Est-ce vraiment l’impôt qui guide les décisions d’investissement ou ne serait-ce pas plutôt le niveau de la demande, en contraction, autant à l’interne, dû au faible pouvoir d’achat, que, dans un futur pas si lointain, aussi à l’externe, d’un côté à cause de la résurgence de la guerre des tarifs et de l’autre, l’effondrement prévisible de la croissance américaine, bâtie uniquement sur l’explosion de la création monétaire depuis dix ans, sans aucune réalité économique de gain de productivité. La Chine, deuxième économie mondiale et seul moteur de croissance restant, vital pour une économie exportatrice comme l’Allemagne, montre également les premiers signes de ralentissement.

Pourtant, il y aurait une issue, celle que la Chine avait choisi après le crash financier de 2008, un programme d’investissement sans précédent dans ses infrastructures, financé par l’endettement, en YUAN. L’Allemagne qui n’investit plus dans ses infrastructures depuis des décennies n’aurait même pas besoin de recourir à l’endettement. Elle pourrait ainsi servir de moteur de croissance pour l’Europe entière, en dopant son économie domestique, pour le bien de ses citoyens.



(*) La Suisse, copie collée du modèle allemand, n’a d’ailleurs rien à envier à sa grande sœur. Notre ministre des finances, Ueli Maurer, dont la précision de tir s’apparente à celle d’une taupe, annonce à son tour, à nouveau, un surplus « inattendu » de 2,9 milliards CHF pour l’année écoulée au lieu des 300 millions CHF prévus.

En 2017, il fallait cacher une partie du surplus un peu trop clinquant de 4,8 milliards CHF sous le poste « provisions pour impôt anticipé » pour arriver à un surplus plus acceptable de 2,8 milliards CHF « seulement », ce qui avait valu à notre ministre des finances un blâme du « Contrôle fédéral des finances ». En 2016, la Confédération enregistra un surplus de 750 millions CHF au lieu de CHF 500 millions projetés. En 2015, elle avait fait encore mieux, avec 2,3 milliards CHF de surplus au lieu de 400 millions CHF. En 2013, au lieu d’un déficit projeté de 400 millions, apparut un surplus de 1,3 milliards CHF. En 2012, un budget équilibré projeté 1 milliard CHF de surplus fut enregistré. La loi sur les finances de la Confédération oblige l’utilisation du produit de ce pactole au remboursement de la dette, ce qui a pour conséquence qu’il s’évapore dans la sphère financière au lieu de servir une utilité publique, telle que l’assainissement des œuvres sociales, par exemple, pour ne nommer qu’une parmi tant d’autres.

Par ailleurs, la dette cumulée de la Suisse (Confédération, Etats et Communes) s’élève à peine à 200 milliards CHF ou 29,5% du BIP (produit intérieur brut). Depuis le frein à l’endettement, introduit en 2003, celle-ci a continuellement baissé depuis son pic de 48,9% du PIB en 1998.

06:50 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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