• L’arroseur arrosé

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    « It’s one big club and you ain’t in it. » George Carlin, grand comédien « stand-up » américain, mort en 2008, nous avait prévenu. En 1972 déjà !

    L’homme le plus riche de la planète, Jeff Bezos, est en instance de divorce. Après 25 ans de mariage, le propriétaire du conglomérat « high-tech » Amazon, a décidé de se séparer de son épouse MacKenzie et la presse people en fait ses choux gras. C’est de bonne guerre. Ainsi, le magazine américain « The National Enquirer », fondé en 1926 par un protégé du légendaire William Randolph Hearst, l’inventeur de la « yellow press », publie des détails croustillants sur la liaison extraconjugale du milliardaire avec la présentatrice de télévision et actrice Lauren Sanchez.

    Il est de notoriété publique que le magazine salace, qui se vautre dans ces indiscrétions, est un ardent supporteur du président Trump, étant allé jusqu’à payer de coquettes sommes à des mannequins et starlettes un peu trop bavardes, afin de les convaincre d’oublier leurs ébats inavouables avec le candidat à la présidence des Etats-Unis.

    Jeff Bezos de son côté, accessoirement propriétaire du « Washington Post », n’a jamais fait un mystère de son aversion pour le candidat dissident des Républicains. L’assassinat du chroniqueur Jamal Khashoggi n’a pas contribué à l’apaisement.

    Ainsi, après avoir engagé un détective privé pour connaître les sources de ces indiscrétions, notamment de messages électroniques interceptés par le « tabloïd », il a décidé de se saisir de la plume pour nous faire part du fond de sa pensée dans la section de blogs du site web « Business Insider ». En effet, la victime soupçonne une attaque d’ordre politique, liée à son engagement dans le « Washington Post », orchestrée par la « Maison Blanche », et accuse le magazine de chantage. (Democracy Now)

    La réponse du berger ne s’est pas fait attendre. La maison mère, « American Media Inc », rétorque, en menaçant de publier des photos compromettantes si Bezos ne retire pas son accusation de manipulation politique.

    Il va sans dire qu’« American Media » protège ses sources et refuse de divulguer l’identité du « corbeau ». Celui-ci ne semble pas issu des milieux des services de renseignement, contrairement à ce que suggère Jeff Bezos. En effet, le site d’information « Buzzfeed » et autres « Daily Beast » aurait trouvé la fuite. Il s’agirait d’un dénommé Michael Sanchez, attachée de presse de sa sœur Lauren Sanchez, la nouvelle maîtresse de Jeff Bezos « himself ». Il s’avère que celui-ci compte parmi ses amis proches l’ancien lobbyiste de la campagne présidentielle de Donald Trump, Roger Stone, arrêté le 25 janvier dernier pour subornation de témoin, ainsi que Carter Page, consultant en matière de politique étrangère de … la campagne Trump.

    La multinationale « Amazon », fondée en 1994 seulement, est connu du grand public comme librairie du net et grand distributeur en ligne de biens de consommation. Ce qui est moins connu est le fait qu’une partie croissante de son chiffre d’affaires est générée par des contrats lucratifs avec des agences de renseignement américaines tels que la CIA (contrat de services de stockage « cloud » pour USD 600 millions), la NSA, le Pentagone (en position favorable pour l’obtention d’un contrat exclusif de USD 10 milliards pour la mise à disposition de ses services de stockage de données « cloud »), US Air Force (contrat pour le développement de fusées militaires et de satellites d’espionnage pour USD 500 millions via sa société Blue Origin), le FBI (reconnaissance faciale et vocale), la police britannique, mais également de gouvernements étrangers.

    L’étendue de l’intrusion dans la vie privée des citoyens aux Etats-Unis et, en effet, ailleurs dans le monde, par les agences de renseignement américaines s’était vu confirmée par la publication de documents confidentiels de la NSA « National Security Agency », datés du 3 octobre 2012, par l’ancien employé de la CIA, Edward Snowden, via Wikileaks.

    Le lauréat du « Prix Pulitzer » Glenn Greenwald décrit dans un article, paru dans le « Huffington Post » le 26 novembre 2013, un programme secret de la NSA, de la sorte que Jeff Bezos aurait pu le concevoir, à l’aide duquel celle-ci scrutait, ou scrute encore, les activités de navigation sur internet, notamment des visites de sites pornographiques, de potentiels cibles, à l’époque notamment de musulmans, aujourd’hui ce seraient plutôt les milieux progressistes, dans le cadre du liberticide « Patriot Act », dans le but de salir leur réputation.

    La commercialisation du programme de reconnaissance faciale « Rekognition », basé sur l’intelligence artificielle, développé par Amazon dans le but de reconnaître jusqu’à cent individus instantanément dans une foule, a débuté en novembre 2017 et s’adresse en premier lieu aux forces de police du monde entier.

    Le programme « Ring », développé en Ukraine, est commercialisé sous forme de caméras miniatures à l’intention des propriétaires, soucieux de dénoncer d’éventuels intrus, ainsi que toute personne s’approchant de la propriété, tel que le facteur, directement à la Police et dont les données sont stockées chez Amazon via son service « cloud ».

    Un récent article du site d’information « The Intercept » du 15 novembre dernier révèle le dépôt d’un brevet par Amazon pour le développement d’un programme d’identification, associé à la détection de l’emplacement physique, basé sur l’adresse IP, capable de reconnaître des caractéristiques physiques d’un personne, son ethnicité, son état émotionnel par l’analyse vocale, extrayant par la même occasion tout bruit sonore de fond pour analyse.

    La volonté d’une généralisation du partenariat public-privé, si cher à la doctrine néolibérale, y trouve tout son sens et la privatisation totale du pouvoir politique s’approche ainsi d’un pas supplémentaire vers sa réalisation.

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  • L’état profond et la parapolitique

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    Selon Peter Dale Scott, professeur de littérature à l’Université de Berkeley, la politique profonde serait l’exercice d’un pouvoir politique parallèle, où la transparence est consciemment atténuée par l’utilisation de para-structures étatiques, insuffisamment contrôlées par les pouvoirs publics, tels que les agences de renseignements (CIA, NSA, FBI, IRS), usant des activités clandestines plutôt que la conduite des affaires publiques par le débat rationnel, activités contrôlées par un cercle informel, confidentiel et restreint, connu sous le nom d’establishment, dont la plupart des membres se connaissent un minimum, sans pour autant avoir nécessairement les mêmes intérêts ni les mêmes convictions.

    Les grandes messes se célèbrent aux abords des pistes de ski, c’est bien connu. Ainsi, le « Sundance Film Festival », le haut lieu du film indépendant, vient de clore son édition 2019 à Park City, une station de sport d’hiver dans l’état d’Utah. Fondé en 1978, rendu célèbre par l’acteur américain Robert Redford, le « Sundance » offre tout ce que Hollywood n’offre plus depuis longtemps.

    Comme chaque année, il y a, parmi les films documentaires présentés, des pépites qui collent à l’actualité. « Where’s my Roy Cohn ? » retrace la longue carrière d’un personnage clé de ce qu’on appelle communément l’état profond (deep state), en référence à ces forces troubles et obscurs qui tirent les ficelles derrière la scène officielle.

    L’avocat newyorkais Roy Marcus Cohn, mort en 1986, fut accessoirement mentor d’un de ses clients les plus illustres, Donald Trump. Ensemble avec le lobbyiste et militant Roger Stone, (campagnes présidentielles des républicains Richard Nixon, Ronald Reagan et Donald Trump) arrêté par le FBI le 25 janvier dernier à Miami, Florida, pour subornation de témoin dans le cadre de l’investigation sur de supposées interférences russes dans l’élection présidentielle de 2016, les trois protagonistes formèrent un triumvirat qui servit fidèlement l’état profond pendant près de cinquante ans.

    Par ailleurs, l’investigation en cours du procureur Robert Mueller, sans preuves tangibles pour l’instant, confirmerait bien l’hypothèse du professeur Scott « d’intérêts et convictions, pas forcément convergents, à l’intérieur de l’état profond ».

    Monsieur « impunité », Roy Cohn, se retrouva sous le feu des projecteurs une première fois à l’âge de 24 ans, un 6 mars 1951, en tant qu’assistant du procureur newyorkais, Irving H. Saypol, un fervent chasseur de communistes, dans le procès du siècle qui opposa le Ministère public au couple Ethel et Julius Rosenberg, des communistes newyorkais et juifs, accusés de conspiration en vue d’espionnage au profit de l’Union Soviétique et qui finirent leur vie sur la chaise électrique le 19 juin 1953 dans la prison de Sing Sing.

    Dans son autobiographie Roy Cohn se vante d’avoir été l’instigateur des nominations du procureur Irging H. Saypol, ainsi que du juge Irving Kaufmann, et que son insistance auprès du juge aurait conduit celui-ci à prononcer la peine de mort, autant pour Julius que pour Ethel, dont le rôle fut plutôt accessoire dans l’affaire. Les fréquentes discussions « ex parte » entre le procureur et le juge pendant le procès, orchestrées par l’indispensable Roy, en dehors de la salle d’audience, auraient, en outre, contribué à établir « une certaine cohérence » dans le dossier, la justice consensuelle à la sauce américaine en quelque sorte.

    A cette époque, Roy Cohn, avait fréquenté les tribunaux depuis quelque temps déjà. Agissant d’abord du côté du Ministère public où il put s’enorgueillir d’une certaine efficacité. Sur les 200 accusés auxquels il eut affaire il n’y eut pas un seul acquittement. Côté défense en revanche ce fut un autre son de cloche. Il obtint l’assentiment d’une des figures les plus puissantes de la mafia américaine, Frank Costello, et d’autres illustres membres de la pègre vinrent enrichir son fichier de clients tout au long de sa carrière, telles que Tony Salerno, John Gotti et Carlo Gambino.

    Le procès Rosenberg coïncida avec le début de la guerre froide et une chasse aux sorcières des communiste et des homosexuels sans précédent dans l’histoire américaine, ciblant les milieux intellectuels, les médias et le cinéma, période connu sous le nom de « Maccarthysme » après le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy.

    Le rôle, joué par Roy Cohn dans cette vendetta qui influa également sur le procès Rosenberg, attira l’attention d’un autre anti-communiste et homophobe notoire, J. Edgar Hoover, le premier directeur du FBI, en charge pendant 37 ans jusqu’à sa mort en 1972. Il n’est pas inutile de rappeler qu’autant que Roy Cohn, Hoover était lui-même un homosexuel refoulé, ce qui en dit long sur l’effet de la répression sur le psychisme.

    Hoover recommanda Cohn au sénateur Joseph McCarthy en tant que conseiller juridique. Mandaté de la collecte de preuves à charge contre de supposés conspirateurs communistes à l’intérieur du « Département d’état » ainsi qu’à l’encontre de fonctionnaires, supposément homosexuels, potentiellement susceptibles de subir du chantage par l’ennemi, celui-ci fut preuve d’un acharnement inqualifiable.

    Dans le cadre d’audiences d’un sous-comité sénatoriale, en charge d’arbitrer le bien-fondé des accusations du sénateur, le duo menait une guerre médiatique d’une rare férocité. Après s’être pris au « Département d’état » du président sortant, Harry S. Truman et du nouveau président, Dwight D. Eisenhower, sans succès ni preuves tangibles, McCarthy, sous l’insistance de son protégé Roy Cohn, s’en prit à plus fort que lui, l’armée américaine. Ce fut le début de la fin de l’ère McCarthy et la descente aux enfers du sénateur, qui meurt d’alcoolisme à l’âge de 49 ans, ainsi que de son protégé.

    Celui qui pense toutefois que le « maccarthysme » termina la carrière de Roy Cohn connaît mal « l’état profond », animé par l’establishment américain ou, en l’occurrence newyorkais, où une main lave l’autre, aussi longtemps que celle-ci serve des intérêts.

    Sa carrière suivit son cours, sans encombre, encore pendant trente ans jusqu’à sa radiation du barreau en 1986, cinq semaines avant sa mort, pour, entre autres, subornation de témoin. Conseiller des ex-présidents Nixon et Reagan, membre du « think-tank » anti-communiste « John Birch Society », il conseillait une brochette de personnalités hauts en couleur, tels que l’australien Rupert Murdoch, propriétaire de la presse américaine et britannique, l’armateur grecque, Aristote Onassis, mort en 1975, le club de baseball « New York Yankees », l’archidiocèse de New York, le professeur de droit à la retraite de l’Université de Harvard, Alan Dershowitz, dont le nom figure dans le dossier du milliardaire Jeffrey Epstein, accusé de pédophilie, et tant d’autres.

    En 1973 l’illustre avocat fut connaissance d’un jeune héritier du nom de Donald Trump, dont le père avait fait fortune grâce à l’attribution d’un important marché public dans le cadre d’un développement immobilier newyorkais, le « Mitchell-Lama Housing Program », censé offrir aux newyorkais des logements abordables. Voulant garder le bien immobilier « all white », il se trouve que Donald Trump junior fut accusé par l’état de discrimination raciale lors de l’attribution de logements subventionnés.

    Au lieu de proposer une négociation, l’avocat véreux inculqua au jeune freluquet une devise que celui-ci devra garder comme sienne toute sa vie, l’attaque est la meilleure défense et, ne jamais admettre une faute.

    Ainsi, le duo attaqua l’état en grand pompe pour 100 millions USD de dommages et intérêts. Le fait que les deux devront finalement trouver un arrangement avec le gouvernement et payer une amende trois ans plus tard ne sera jamais admis comme défaite.

    Après avoir appris que Cohn souffrait du SIDA, Donald Trump ne lui avait plus jamais adressé la parole. Se sentant quand-même « un peu » coupable il assista tout de même à son enterrement en août 1986.

    L’écrivain américain Gore Vidal, mort en 2012, appelait son pays « United States of amnesia » ou, pour citer Karl Marx, « celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ».

    Dans ce contexte on peut apprécier la chasse aux sorcières « anti-russe » qui sévit actuellement au sein du « Parti démocrate », ainsi que dans les médias américains et britanniques, prenant en étau un président hors cercle, devenu gênant pour l’état profond, jusqu’à lui enlever le contrôle de la politique étrangère, celle-ci étant dorénavant dirigée par le « Conseiller à la Sécurité nationale », John Bolton, qui à l’instar du feu Roy Cohn peut être considéré comme l’incarnation du mal, et le « Secrétaire d’Etat », Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, cette agence « insuffisamment contrôlée par les pouvoirs publics ».

    Acculé par l’investigation du procureur Robert Mueller, ancien directeur du FBI, sur de possibles liens entre le gouvernement de la Russie et des individus, liés à la campagne présidentielle de Donald Trump, le président se serait exclamé : « Where is my Roy Cohn ? », ce qui aurait donné le titre au documentaire du réalisateur Matt Tyrnauer. En tout cas, c’est qui se dit à Washington.

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  • Le non droit international

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    Charles Horman fut un journaliste d’investigation américain, assassiné par les services secrets chiliens quelques jours après le coup d’état contre le président socialiste élu, Salvador Allende, le 11 septembre 1973, dans un stade de foot, aménagé par le nouveau régime du général Pinochet en camp de concentration pour les membres de l’opposition, avec la bénédiction de l’administration du président américain Richard Nixon, son conseiller à la Sécurité nationale, Secrétaire d’Etat et Prix Nobel de la Paix, Henry Kissinger, ainsi que la toute puissante CIA (Central Intelligence Agency).

    Le citoyen américain Horman, qui vivait avec sa compagne dans un quartier populaire de la capitale Santiago, eut deux défauts majeurs, sa sympathie avec les milieux communistes chiliens ainsi que sa présence au mauvais endroit au mauvais moment. Lors d’un séjour dans la station balnéaire « Vina del Mar », près du port de Valparaiso, il tomba sur un important rassemblement de conseillers militaires américains dans l’hôtel dans lequel il logea, ce qui suscita sa curiosité. Mal lui en pris.

    Le metteur en scène grecque, Konstantinos Costa Gavras, raconte l’histoire dans son film « Missing », paru en 1982.

    Des documents, publiés en 1999 aux Etats-Unis, sous le « Freedom of Information Act », cette loi qui s’active à l’instant où plus personne ne s’intéresse à l’affaire, démontrent la complicité du personnel de l’ambassade américaine à Santiago dans cet assassinat.

    Par ailleurs, en juin 2014, un tribunal chilien reconnut formellement le rôle de la CIA, notamment celui du capitaine de la marine américaine, Ray Davis, commandant de la mission militaire américaine au Chili, pour avoir fourni au chiliens des informations, permettant l’arrestation du citoyen américain.

    Après un intermède apocalyptique au Moyen Orient, le continent sud-américain devient apparemment à nouveau l’arrière-cour des Etats Unis. A l’instar du Chili, le Venezuela est un pays riche en ressources naturelles. D’importants gisements d’or, ainsi que les plus importantes réserves pétrolières de la planète, suscitent des convoitises.

    A l’instar du peuple chilien, les vénézuéliens décidèrent, à un moment donné, de gérer leur patrimoine de façon autonome. Après plusieurs tentatives de coups d’état, une spécialité latino-américaine, et quelques séjours en prison, le colonel Hugo Chavez finit par se faire élire Président de la République bolivarienne du Venezuela en 1998, nommée après le général vénézuélien Simon Bolivar, mort en 1830, symbole de l’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique du Sud, pour rester au pouvoir jusqu’à son décès le 5 mars 2013.

    Le gouvernement Chavez (1998-2013) avait su profiter de la flambée de prix du pétrole, grâce au boom économique des pays émergents, les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), pour mettre en place sa « révolution bolivarienne », car l’industrie pétrolière et gazière vénézuélienne représente 95% des revenus à l’exportation, la moitié des recettes de l’état et un quart du produit intérieur brut PIB.

    Corrigé de l’inflation, le PIB vénézuélien, avait pratiquement doublé entre 2003 et 2008, soit une croissance de 13,5% en rythme annuel, bien que, selon le « Center for Economic and Policy Research » basé à Washington, cette croissance fut essentiellement générée par le secteur non pétrolier et que la croissance du secteur privé fut supérieure au secteur public pendant la même période.

    Toujours selon le « Center for Economic and Policy Research », Chavez avait réussi à réduire le taux de pauvreté du Venezuela de moitié et celle de la pauvreté extrême de 72%. Entre 1998 et 2006 les décès liés à la malnutrition avaient chuté de 35% et le coefficient de Gini, qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus, est passé de 0,498 en 1999 à 0,39 en 2011, faisant du Venezuela le pays le moins inégalitaire d’Amérique Latine. En outre, les allocations sociales (vieillesse et handicap) augmentèrent de 1,7 millions bénéficiaires en 1998 à 4,4 millions bénéficiaires en 2008.

    En 2013 la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, félicita le Venezuela pour son progrès en matière de lutte contre la sous nutrition. L’organisation estime la proportion de personnes affectées par la faim réduite de 14,1% en 1990 à 4,6 % de la population en 2013.

    Selon l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, sous Chavez, le taux d’analphabétisme avait été réduit, à moins de 5%, faisant du Venezuela le seul pays à avoir atteint les engagements pris par les pays d’Amérique Latine à la Havane en 2002 en la matière. (Wikipedia)

    Le phénomène de la dépendance d’un pays des revenues de ses matières premières est connu sous le nom de « malédiction des ressources » ou « maladie hollandaise » (dutch disease, « The Economist »), faisant référence à la découverte d’un important gisement de gaz à Groningen en 1959. Son exploitation mit une énorme pression sur le taux de change de la monnaie, le florin, rendant l’économie domestique, l’industrie non pétrolière et l’agriculture, non compétitive face aux importations bon marché, rendant difficile le développement et la survie d’un secteur d’exportation de produits alternatifs.

    Avec le ralentissement de l’économie mondiale le prix du pétrole atteint un pic de 100 USD le baril en juin 2014 pour chuter rapidement à USD 50, puis à 30 USD en janvier 2016, une catastrophe pour l’économie vénézuélienne qui subit de plein fouet une forte contraction qui perdure depuis cinq ans, moins 18% pour l’année 2018.

    Entre 2014 et 2017, la masse monétaire enflait de 8'500 %, engendrant une hyperinflation de 300% en 2016 et de 2'000 % en 2017. Pour 2018 les estimations les plus basses se situent autour de 4'000 %, or le taux d’inflation « traditionnel » oscille autour de 30% avec des pics de 100% par année.

    Dans un article du « Monde diplomatique » paru au mois de novembre de l’année passée, Temir Porras Ponceleòn, ancien conseiller auprès du président Hugo Chavez pour les questions de politique étrangère entre 2002 et 2004, ancien directeur du cabinet du président Nicolàs Maduro, ancien Vice-ministre des affaires étrangères entre 2002 et 2013, renvoyé par celui-ci en 2013, met sérieusement en cause la politique économique de l’actuel président.

    Monsieur Ponceléon critique notamment le gel des prix dès le début de la crise, maintenant une surévaluation artificielle de la monnaie nationale, engendrant du coup un boom à l’importation sans précédent, asséchant de plus en plus les liquidités du trésor. (dutch disease)

    En outre il estime que Maduro aurait pu négocier un rééchelonnement de la dette, notamment avec la Chine et la Russie, partenaires financiers-clé, ce qui lui aurait laissé du temps pour gérer la crise. Au lieu de cela celui-ci suivit la doctrine Chavez et remboursa entre 2014 et 2017 rubis sur l’ongle la somme de 71,7 milliards USD, asséchant ses réserves monétaires et ses réserves d’or.

    Le seul rééchelonnement effectué par le président Maduro était celui de la «Compagnie Nationale de Pétrole « Petroléos de Venezuela SA » (PDVSA), proposant à ses créanciers, notamment russes, un échange d’obligations (2017-2020), contre une garantie sur 50,1% du capital de la « Citgo Petroleum Corporation », une raffinerie pétrolière américaine, détenue par PDVSA, dont le siège se trouve à Houston, en cas de défaut, prolongeant certes de trois ans les échéances, mais mettant également en danger un peu plus l’indépendance de l’agence et réjouissant du coup les spéculateurs internationaux avide de s'approcher un peu plus des réserves pétrolières les plus importantes de la planète.

    Finalement, après la mise en vigueur des sanctions économiques américaines, en août 2017, Maduro fut prêt à négocier la dette, pourtant détenue en grande partie par des fonds de pension américains. Trop tard. (Ponceleòn)

    La production pétrolière passant de trois millions de barils par jour à moins d’un million et demi en 2018, engendrant un assèchement des liquidités nécessaires pour… produire du pétrole, et, sur le plan politique, donnant une majorité de deux tiers à la droite néolibérale à l’Assemblé nationale, présidée actuellement par un jeune freluquet, avide de saisir le pouvoir, mais ne disposant d’aucun soutien parmi la population, car totalement inconnu, causent quelques maux de tête au président en exercice.

    Certes, le soutien de la population au président Madura ne se situe probablement à pas plus que 20 à 30%, dû à sa gestion catastrophique de la crise, seulement, l’opposition de droite n’est guère en meilleure posture.

    Il est, pour cette raison, tout de même assez cocasse de constater le parti pris unanime de la communauté internationale pour exiger, si ce n’est pas expressément le départ de Madura, mais quand-même la tenue d’élections dans un délai d’une semaine (?), à commencer par la France, qui s’y connaît en matière de gestion de crise, ou l’Angleterre où la Premier ministre défie le bon sens en s’accrochant au pouvoir coûte que coûte, ou le gouvernement allemand qui continue à se maintenir en place, grâce à une coalition de plus en plus bancale. Coutumier d’une soumission presque infantile au diktat du gouvernement américain, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, fut, ensemble avec l’organisme multilatéral « Grupo de Lima », à l’exception notable du président mexicain Manuel Lopez Obrador, la Bolivie et l’Uruguay, parmi les premiers à exiger le départ du leader vénézuélien.

    Et que dire des médias, quatrième pouvoir dans l’état, qui adoptent une position unanime, quasi stalinienne, sans aucune nuance. Dire que l’Organisation des Nations Unies fut créée précisément pour résoudre ce genre de situation sur le plan international.

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