21/02/2019

L’arroseur arrosé

« It’s one big club and you ain’t in it. » George Carlin, grand comédien « stand-up » américain, mort en 2008, nous avait prévenu. En 1972 déjà !

L’homme le plus riche de la planète, Jeff Bezos, est en instance de divorce. Après 25 ans de mariage, le propriétaire du conglomérat « high-tech » Amazon, a décidé de se séparer de son épouse MacKenzie et la presse people en fait ses choux gras. C’est de bonne guerre. Ainsi, le magazine américain « The National Enquirer », fondé en 1926 par un protégé du légendaire William Randolph Hearst, l’inventeur de la « yellow press », publie des détails croustillants sur la liaison extraconjugale du milliardaire avec la présentatrice de télévision et actrice Lauren Sanchez.

Il est de notoriété publique que le magazine salace, qui se vautre dans ces indiscrétions, est un ardent supporteur du président Trump, étant allé jusqu’à payer de coquettes sommes à des mannequins et starlettes un peu trop bavardes, afin de les convaincre d’oublier leurs ébats inavouables avec le candidat à la présidence des Etats-Unis.

Jeff Bezos de son côté, accessoirement propriétaire du « Washington Post », n’a jamais fait un mystère de son aversion pour le candidat dissident des Républicains. L’assassinat du chroniqueur Jamal Khashoggi n’a pas contribué à l’apaisement.

Ainsi, après avoir engagé un détective privé pour connaître les sources de ces indiscrétions, notamment de messages électroniques interceptés par le « tabloïd », il a décidé de se saisir de la plume pour nous faire part du fond de sa pensée dans la section de blogs du site web « Business Insider ». En effet, la victime soupçonne une attaque d’ordre politique, liée à son engagement dans le « Washington Post », orchestrée par la « Maison Blanche », et accuse le magazine de chantage. (Democracy Now)

La réponse du berger ne s’est pas fait attendre. La maison mère, « American Media Inc », rétorque, en menaçant de publier des photos compromettantes si Bezos ne retire pas son accusation de manipulation politique.

Il va sans dire qu’« American Media » protège ses sources et refuse de divulguer l’identité du « corbeau ». Celui-ci ne semble pas issu des milieux des services de renseignement, contrairement à ce que suggère Jeff Bezos. En effet, le site d’information « Buzzfeed » et autres « Daily Beast » aurait trouvé la fuite. Il s’agirait d’un dénommé Michael Sanchez, attachée de presse de sa sœur Lauren Sanchez, la nouvelle maîtresse de Jeff Bezos « himself ». Il s’avère que celui-ci compte parmi ses amis proches l’ancien lobbyiste de la campagne présidentielle de Donald Trump, Roger Stone, arrêté le 25 janvier dernier pour subornation de témoin, ainsi que Carter Page, consultant en matière de politique étrangère de … la campagne Trump.

La multinationale « Amazon », fondée en 1994 seulement, est connu du grand public comme librairie du net et grand distributeur en ligne de biens de consommation. Ce qui est moins connu est le fait qu’une partie croissante de son chiffre d’affaires est générée par des contrats lucratifs avec des agences de renseignement américaines tels que la CIA (contrat de services de stockage « cloud » pour USD 600 millions), la NSA, le Pentagone (en position favorable pour l’obtention d’un contrat exclusif de USD 10 milliards pour la mise à disposition de ses services de stockage de données « cloud »), US Air Force (contrat pour le développement de fusées militaires et de satellites d’espionnage pour USD 500 millions via sa société Blue Origin), le FBI (reconnaissance faciale et vocale), la police britannique, mais également de gouvernements étrangers.

L’étendue de l’intrusion dans la vie privée des citoyens aux Etats-Unis et, en effet, ailleurs dans le monde, par les agences de renseignement américaines s’était vu confirmée par la publication de documents confidentiels de la NSA « National Security Agency », datés du 3 octobre 2012, par l’ancien employé de la CIA, Edward Snowden, via Wikileaks.

Le lauréat du « Prix Pulitzer » Glenn Greenwald décrit dans un article, paru dans le « Huffington Post » le 26 novembre 2013, un programme secret de la NSA, de la sorte que Jeff Bezos aurait pu le concevoir, à l’aide duquel celle-ci scrutait, ou scrute encore, les activités de navigation sur internet, notamment des visites de sites pornographiques, de potentiels cibles, à l’époque notamment de musulmans, aujourd’hui ce seraient plutôt les milieux progressistes, dans le cadre du liberticide « Patriot Act », dans le but de salir leur réputation.

La commercialisation du programme de reconnaissance faciale « Rekognition », basé sur l’intelligence artificielle, développé par Amazon dans le but de reconnaître jusqu’à cent individus instantanément dans une foule, a débuté en novembre 2017 et s’adresse en premier lieu aux forces de police du monde entier.

Le programme « Ring », développé en Ukraine, est commercialisé sous forme de caméras miniatures à l’intention des propriétaires, soucieux de dénoncer d’éventuels intrus, ainsi que toute personne s’approchant de la propriété, tel que le facteur, directement à la Police et dont les données sont stockées chez Amazon via son service « cloud ».

Un récent article du site d’information « The Intercept » du 15 novembre dernier révèle le dépôt d’un brevet par Amazon pour le développement d’un programme d’identification, associé à la détection de l’emplacement physique, basé sur l’adresse IP, capable de reconnaître des caractéristiques physiques d’un personne, son ethnicité, son état émotionnel par l’analyse vocale, extrayant par la même occasion tout bruit sonore de fond pour analyse.

La volonté d’une généralisation du partenariat public-privé, si cher à la doctrine néolibérale, y trouve tout son sens et la privatisation totale du pouvoir politique s’approche ainsi d’un pas supplémentaire vers sa réalisation.

09:48 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

La réalité dépasse la fiction et effraie.

Écrit par : Pierre Jenni | 19/02/2019

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