• L’extraterritorialité et ses larbins

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    Le capitalisme dévore ses enfants. Après avoir passé plus de deux ans dans les geôles de la justice américaine, un haut cadre de la firme française « Alstom » l’a appris à ses dépens. (Le piège américain, Editions JC Lattès, janvier 2019) Les bénéficiaires de ce système sont une espèce en voie d’extinction.

    14 avril 2013, aéroport John Fitzgerald Kennedy (JFK) à New York. Frédéric Pierucci, responsable de la filière chaudière d’Alstom est reçu par un comité d’accueil de la police fédérale, le FBI. Il est immédiatement conduit au centre de l’agence à Manhattan pour un interrogatoire musclé. C’est le début d’un calvaire kafkaesque de plus de cinq ans.

    Par la suite, Monsieur Pierucci profitera de son infortune pour faire connaissance avec le système carcéral américain, géré en grande partie par des sociétés privées, (coût d’un repas, 1 USD, salaire mensuel d’un détenu, 9,5 USD) ainsi qu’avec le tout puissant « Département de Justice », le DOJ, dont le fonctionnement ressemble davantage à un souk qu’à l’institution d’un état de droit. Son taux de réussite se situe à un niveau stalinien de 98% puisque seulement 2% des affaires instruites arrivent jusqu’au procès. (lpa)

    La coutume américaine veut que les peines soient négociées entre le procureur et la défense, à condition bien sûr que l’accusé plaide coupable, ce qui est presque toujours le cas. Si l’accusé s’obstine, l’affaire est plaidée devant un tribunal, dont l’issue se solde, dans la grande majorité des cas, par une peine maximale, à moins que celui-ci ait des moyens financiers considérables pour, d’un côté payer ses avocats, et de l’autre, pour engager des détectives privés chargés de trouver des preuves de son innocence, car le procureur instruit à charge.

    Il se trouve que le « frenchie » est accusé d’avoir enfreint la loi FCPA « Foreign Corrupt Practices Act », une loi fédérale américaine de 1977, une conséquence du scandale dit « Watergate », qui vise à lutter contre la corruption d’agents publics, aux Etats-Unis ou n’importe où dans le monde. En effet, cette loi concerne l’ensemble des actes de corruption commis par des entreprises, soit cotées en bourse sur le territoire américain, ou qui participent d’une manière ou d’une autre à un marché financier, régulé aux Etats Unis, ou des personnes, installées aux Etats-Unis, ou non. Cela s’appelle l’extraterritorialité. (Wikipedia)

    La loi antiterroriste « Patriot Act », votée par le congrès américain et signée par George W.Bush le 26 octobre 2001, avait donné à la justice américaine l’idée de sortir de ses tiroirs une ancienne loi qui n’avait jusqu’ici pratiquement jamais été appliquée, à en juger par le nombre de condamnations, pour permettre aux gouvernements américains successifs, de lancer une vaste opération économique prédatrice à l’encontre de ses partenaires économiques, notamment européens. Le « Patriot Act » lui-même fut le déclencheur d’une une opération d’implantation militaire de l’armée américaine sans précédent, à la frontière est de l’Otan ainsi qu’au au Moyen Orient.

    Dans les bureaux du FBI les agents fédéraux commencent à lever le premier petit bout du voile. Le cadre d’Alstom est soupçonné d’avoir « conspiré avec d’autres cadres dans le but de corrompre un député indonésien qui siège au sein de la « Commission de l’énergie » au parlement indonésien, dans le contexte de la construction d’une centrale électrique sur l’ile de Sumatra, près du port de Tarahan en 2003, dix ans auparavant. » (lpa)

    Cette affaire, somme toute anecdotique, s’inscrit dans un contexte beaucoup plus vaste d’un système de corruption, établi par la firme française via sa filiale suisse, utilisant une société helvétique, spécialement crée à cet effet, « Alstom Prom ». Les autorités suisses avaient par ailleurs reçu l’éloge des autorités américaines pour leur précieuse collaboration dans ce dossier.

    Dans ce contexte, on ne peut s’empêcher de penser, à l’empressement de notre ministre des finances et actuel « Président de la Confédération », Ueli Maurer, au mois d’octobre de l’année passée, voulant livrer aux autorités américaines, en vrac, dans un acte d’obéissance par anticipation, une liste sur lesquelles figuraient non seulement les noms de présumés fraudeurs, mais également les noms de milliers de citoyens suisses, employés du secteur de la finance, dans le cadre de l’échange automatique de renseignements EAR relatifs aux comptes financiers en matière fiscale, permettant de lutter contre la soustraction d’impôt sur le plan international. Le parlement l’en a empêché, pour l’instant.

    Prenons une profonde respiration. Il s’agit donc d’un citoyen français, soupçonné d’avoir soudoyé un parlementaire indonésien dans un marché public en Indonésie par le versement d’une « commission », financée par une filiale suisse. L’élément américain est difficile à trouver, à part le fait que l’accusé ait travaillé sur sol américain pour le groupe au moment des faits.

    L’extraterritorialité du droit américain et le prosélytisme de la « Pax americana » sont sans doute des concepts qui trouvent leur origine dans la position de vainqueur de la deuxième Guerre mondiale à côté de l’Union Soviétique, ayant fait émerger deux modèles de société qui se regardèrent en chien de faïence, et, entre les deux, une Europe dévastée.

    Ingénieur de formation, détenteur d’un MBA (Master of Business Administration), le catéchisme néolibéral, un « must » pour l’accès au sérail du pouvoir dans une entreprise, Monsieur Pierucci fut donc un homme de terrain avant d’être un manager. Dans sa fonction de responsable mondial de la division chaudière il fut toutefois également confronté au côté commercial du métier, le côté MBA quoi.

    Dans un domaine où l’engagement de « consultants » externes est incontournable pour décrocher un contrat et fait donc partie du business depuis la nuit des temps., le paiement d’honoraires externes est obligatoirement sujet à un processus interne d’approbation stricte qui requiert une batterie de signatures, le tout géré par le département « compliance ».

    Cette affaire démontre bien à quel point même les dirigeants les plus hauts placés de l’économie ne sont finalement que des pions sur un immense échiquier. Peut-être finiront-ils par suivre les conseils d’un des plus importants joueurs aux échecs, l’ancien président de la Banque Nationale Suisse, Philipp Hildebrand, Vice-Président et membre du comité exécutif du plus important fonds d’investissement de la planète et liront quelques lignes de Karl Marx sur la socialisation des moyens de production et la démocratisation de l’entreprise.

    Un autre joueur aux échecs, le patron, entre temps déchu, de la firme « Alstom » Patrick Kron, crut lui dur comme fer de pouvoir contrôler les ficelles en toutes circonstances. Son obstination à tenir tête au « Département de justice », le DOT, a valu à son sous-fifre Frédéric Pierucci de servir d’otage et de croupir dans une prison de haute sécurité aux Etats-Unis pendant plus de deux ans. On ne plaisante pas avec les américains.

    Le reste de l’histoire tout le monde la connaît, mais c’est toujours un plaisir de la reraconter. Dans le contexte de l’opération « prédation économique » déjà mentionné en amont, la multinationale américaine « General Electric » lorgna déjà depuis quelques temps sur une des pépites d’Alstom la division énergie. Il est fort possible que « General Electric » savait que la firme française était sous enquête, soit grâce à des informations du procureur, soit pour les avoir fournies à celui-ci au préalable, permettant l’ouverture d’une enquête.

    Toujours est-il, la multinationale américaine finit par arriver à ses fins, le dépècement d’un joyau de l’industrie française qui, par ailleurs reçut le coup de grâce par la vente de sa division transport à l’allemand « Siemens », ce qui déclencha forcément la libération de l’otage Frédéric Pierucci.

    Cette opération trouva une issue heureuse, d’un côté grâce aux efforts inlassables de son Président directeur général Patrick Kron, du coup libéré de ses ennuis judiciaires, accessoirement récompensé grassement par une confortable indemnité de départ, et, de l’autre côté grâce à l’intervention précieuse auprès de la commission de concurrence à Bruxelles du ministre français de l’économie de l’époque, Emmanuel Macron.

    On pourrait ajouter que Monsieur Macron s’intéresse déjà depuis quelque temps à l’entreprise « Alstom » pour avoir commandé d’urgence, en 2012, via l’Agence des participations de l’Etat (APE), un rapport secret auprès de la maison d’audit britannique « AT Kearney » juste au moment où le groupe « Bouygues » souhaitait se débarrasser de sa participation de 30%, ce qui a valu, sans aucun doute, à l’état français actionnaire un prix de vente avantageux, proposé par le cabinet londonien, ainsi que le paiement d’un dividende extraordinaire de 3,5 milliards EU à tous les actionnaires, dont 1,6 milliards à Monsieur Bouygues.

    Cette histoire est emblématique pour une situation globale hautement explosive qui dépasse largement le cadre économique, car la concentration du pouvoir économique s’accompagne du pouvoir politique et du pouvoir militaire, et les individus qui le détiennent sont de moins en moins nombreux, mis à part le fait que la psychiatrie le diagnostiquerait comme des psychopathes. (Lawrence Wilkerson, ancien « Chief of Staff » du Secrétaire d’Etat Colin Powell)

    Ce n'est donc pas un fait anodin que d’éminentes universités américaines obtiennent des dotations importantes de la part des pouvoirs publics pour le développement du programme « Star Wars » (on croit rêver) du président Trump. On relève le laboratoire de recherches en physique avancées, spécialisé dans le domaine des armes nucléaires de l’université « John Hopkins » avec une contribution publique de 1,8 milliards de USD, ainsi que le « Massachusetts Institute of Technology », MIT, avec 900 millions de USD, pour ne nommer que deux. Tout ceci bien sur dans le contexte de la sortie des Etats Unis des traités de non-prolifération des armes nucléaires. (real news network)

    A force de dissocier tous ces sujets, les médias réussissent brillamment à donner l’impression que, finalement, tout est sous contrôle et qu'il suffit de procéder aux « réformes nécessaires ». Si seulement.

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  • La fabrique de l’intox

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    La fabrique de l’intox fait partie de la conquête du pouvoir et de sa préservation. Son pire ennemi est la transparence, ou, en langage moderne, « internet ».

    Au mois de novembre de l’année passée le collectif de piratage informatique « Anonymous » publie sur son site internet « cyberguerilla.org » une série de documents confidentiels d’un « Think tank » britannique du nom de « Institute for Statecraft » (gouvernance, habileté politique) basé à Londres, enregistré en tant qu’œuvre de charité et, en particulier, de sa filiale écossaise « Integrity Initiative ». (wsws.org)

    Un document en particulier saute aux yeux, celui des sources de financement de cette mystérieuse organisation, dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant. On y trouve le « British Foreign and Commonwealth Office », sous la responsabilité directe de la Premier Ministre, et les services secrets britanniques, « MI5 » et « MI6 », avec une contribution généreuse de 2,5 millions £, le QG de l’OTAN avec de modestes 168'000 £, le « Département d’Etat » des Etats Unis avec 250'000 £, la société « facebook » avec 100'000 £, le « Ministère de la Défense » lithuanien avec 20'000 £ et tant d’autres.

    En utilisant des clusters « grappes de serveurs informatiques » en Grande-Bretagne, en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Grèce, aux Pays-Bas, en Lituanie, en Norvège, en Serbie et au Montenegrò, sa filiale écossaise « Integrity Initiative » dissémine, via un réseau de journalistes, politiciens, académiciens et officiers, de fausses informations et de la propagande atlantiste, dans le but de décrédibiliser tout ce qui va à l’encontre de la pensée unique.

    Le « cluster » britannique est particulièrement intéressant. On y trouve les noms de 108 individus, dont des membres du personnel du « Foreign Office » et du « Ministère de la Défense », de la « Henry Jackson Society », du « Royal United Services Institute », de « Demos Think Tank », des politiciens de la lignée de Tony Blair, des membres du « Comité de Défense », ainsi que de neuf journalistes, dont quatre du « Sunday Times » et du quotidien « The Times », tous les deux membres de l’empire du milliardaire australien Rupert Murdoch, tels que Deborah Haynes, l’ex-communiste et chroniqueur David Aaronovitch, Dominic Kennedy, ainsi que Edward Lucas, qui y est décrit comme le « noyau dur » du « Team Russie », ensemble avec la journaliste américaine néoconservatrice Anne Applebaum. En outre, on y trouve également l’éditorialiste du Guardian, Natalie Nougayrede, précédemment éditrice du quotidien français « Le Monde », Jonathan Marcus de la BBC, ainsi que Neil Buckley du « Financial Times ».

    Cette histoire rocambolesque rappelle un précédent historique qui eut lieu pendant la période de la « Guerre froide » aux Etats-Unis, connu sous le nom de « Operation Mockingbird ». Un petit rappel.

    Tout commence en 1948. L’écrivain britannique George Orwell rédige son célèbre roman « 1984 » et l’Office of Strategic Services (OSS), le précurseur de la CIA, médite sur une méthode efficace pour contrer l’avancement du communisme dans le monde.

    Sous la direction de son directeur Frank Gardiner Wisner, naît l’opération « oiseau moqueur » un programme secret, visant à infiltrer les médias américains, occupant jusqu’à 3'000 employés, ainsi que 400 journalistes des médias les plus influentes, à la solde de l’agence, dont certains des lauréats du « Prix Pulitzer ». Beaucoup d’entre eux signaient des contrats secrets, assortis d’une promesse de ne jamais divulguer leur existence, d’autres agissaient carrément dans le cadre d’un contrat de travail. (Carl Bernstein, journaliste d’investigation, Rolling Stone 1977)

    A partir de 1953 cela se passe sous la surveillance du premier directeur de la CIA, Allen Dulles, frère du Secrétaire d’Etat du gouvernent de Dwight Eisenhower, John Foster Dulles, chef de station de l’OSS (précurseur de la CIA) à Berne pendant la 2ème guerre mondiale, fondateur du « Comité américain pour une Europe unie » et de « Radio Free Europe », porte-parole anti-communiste en Europe. Il est également considéré comme un « influenceur » efficace des « pères de l’Europe » Jean Monnet et Robert Schumann.

    En sa qualité de chef de la CIA, accessoirement actionnaire principal de la « United Fruit Company », il fut responsable du renversement du gouvernement guatémaltèque du président élu Jacobo Arbenz Guzman en 1954, ainsi que de celui du premier ministre iranien élu, Mohammed Mossadegh, empoisonné par la CIA en 1953, tous les deux ayant eu l’audace de vouloir nationaliser les richesses de leur pays, les bananes pour l’un, le pétrole pour l’autre.

    L’infiltration de la presse par la CIA perdura jusqu’à l’instauration d’une commission d’enquête sénatoriale en 1976, dirigée par le sénateur Frank Church, en charge d’une investigation générale dans les agissements abusives de la CIA, de la NSA, du FBI et de la IRS (Internal Revenue Service).

    Le volet « infiltration des médias » n’ayant représenté qu’un aspect parmi de multiples autres manipulations de l’agence, d’éminents membres des milieux du renseignement, dont les anciens directeurs William Comey et George Herbert Walker Bush, plus tard président des Etats-Unis, avaient réussi à convaincre le comité d’occulter l’étendue de la manipulation journalistique, en émettant un rapport final de neuf pages seulement, rédigé en de termes vagues sans faire mention des noms des journalistes impliqués. (Carl Bernstein)

    Ainsi, nous revoilà aux jours des plus sombres de la « Guerre froide ». Un des nombreux documents piratés et publiés par le collectif « Anonymous » indique une vaste opération de dénigrement à l’encontre de l’opposition, et, en particulier du leader du parti « Labour » Jeremy Corbyn. Le document fait état d’une batterie de messages mensongers, partie du compte « twitter » du collectif « Integrity Initiative », avec le soutien appréciable du journaliste Edward Lucas du quotidien « The Times » et Mark Edmonds, éditeur associé du « Sunday Times ».

    Dans le registre « interférence dans les affaires d’un état ami » on peut lire que le 9 juin 2018, le colonel Pedro Banos aurait dû être élu à la tête de la Sécurité nationale espagnole, un poste attaché au bureau du président socialiste Pedro Sanchez. Des attaques ciblées, répandues par le responsable du cluster espagnol du collectif « Integrity Initiative », Nicolas de Pedro et ses acolytes, ont su empêcher cette élection.

    Ainsi on pouvait lire dans le quotidien « El Pais » que « en tant qu’expert en matière de terrorisme djihadiste, Pedro Banos, a exprimé de la sympathie pour la Russie à plusieurs reprises (?). En outre il a accordé des interviews aux chaînes d’information « Russia Today » et « Sputnik » et diffusé un « tweet », favorable au président russe (?). Il ne devrait donc pas occuper un tel poste stratégique, car il serait en charge, entre autres, de la cybersécurité, de la sécurité maritime, ainsi que de l’immigration. »

    D’autres articles de presse mettaient en doute son état de santé mentale, pour avoir participé à des shows télévisés, ayant eus comme sujets des théories conspirationnistes et la parapsychologie.

    Banos est un adepte de la « Realpolitik », favorable à une armée européenne et un adversaire de provocations et sanctions à l’égard de la Russie. Les services secrets britanniques considèrent cette attitude contraire aux intérêts impérialistes britanniques (et américains, sans doute).

    Le parlement espagnol a finalement choisi le général Miguel Angel Ballesteros Martin.

    « Integrity Initiative » a également ouvert un bureau à Washington où il collabore étroitement avec le « Think tank » atlantiste et néolibéral « Atlantic Council », le « décodeur d’information » attitré du réseau social « facebook », ainsi qu'avec le « Center for European Policy Analysis ». (grayzone project)

    Affaire à suivre

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  • Le capitalisme dans tous ses états

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    Philippe Hildebrand, ancien président de la Banque Nationale Suisse, Vice-président et membre du comité exécutif du plus important fonds d’investissement spéculatif de la planète, « BlackRock », recommande, dans une interview, accordée à un quotidien suisse, de profiter des fêtes de fin d’année pour lire quelques lignes de Karl Marx.

    En effet, les menaces qui planent sur le capitalisme des « Wasps » (White Anglo-Saxon Protestants) sont nombreuses, comme le remarque l’ancien parlementaire britannique et journaliste, George Galloway, dans une intervention au sujet du « maccarthysme » ambiant sur la chaîne d’information russe « Russia Today ».

    Certes, il y a la contestation de la rue, qui a fini par remonter à la surface, mais il y a également celle d’autres forces, plus diffuses, celles d’une Russie, de plus en plus confiante sur le plan politique, et celle d’une Chine, devenue la deuxième puissance économique de la planète, des menaces sur de multiples fronts donc, de quoi semer le doute.

    Gardienne de la doctrine du libéralisme économique du 18ème et 19ème siècle d’Adam Smith et David Ricardo, l’establishment britannique assiste actuellement les Etats-Unis dans une vaste tentative désespérée de maintien de la primauté du modèle économique anglo-saxon, avec le soutien appréciable des gouvernements européens, au point que, il y a peu de temps, la chaîne d’information russe « Russia Today » s’était vu refuser l’accès aux conférences de presse de l’Elysée, la résidence du président français.

    Le prestigieux hebdomadaire britannique « Sunday Times » du milliardaire australien Rupert Murdoch exige, dans un récent article, la clôture immédiate de l’agence de presse russe « Sputnik », basée dans la ville écossaise d’Edimbourg, l’accusant d’être un « larbin » du gouvernement russe, propageant de « fausses informations ». En violation de toute déontologie journalistique, l’hebdomadaire va jusqu’à publier les noms du personnel, des journalistes et des techniciens. D’autres titres de la presse britannique, tels que « The Sun », « The Independent », « The Guardian », « Daily Mail » lui emboîtent le pas.

    Ainsi, le responsable du bureau britannique de la chaîne d’information russe « Channel One » (250 millions de téléspectateurs à travers le monde), Timur Siraziev, reçoit les foudres des médias pour avoir tourné un reportage sur la cyberguerre de l’armée britannique pour contrer la « propagande russe », tournant un reportage aux abords d’une base militaire, après avoir demandé et reçu toutes les autorisations nécessaires, tel que la BBC l’avait fait auparavant.

    Quelques semaines plus tard, le « Daily Mail » se sentit obligé de publier toutes ses données personnelles avec photo, l’accusant d’être un espion russe. L’histoire avait été reprise telle quelle par « The Sun », « The Guardian », ainsi que « The Telegraph », ce qui avait incité le Secrétaire d’Etat à la Défense, Gavin Williamson, à émettre une déclaration, avertissant les citoyens britanniques « de rester vigilants ».

    A l’égard de la Chine, le ministre, se montre également « concerné », à cause de l’implication du géant chinois des télécoms « Huawei » dans le processus d’amélioration du réseau de la téléphonie mobile britannique et son adaptation à la nouvelle génération « 5G », accusant par la même occasion le gouvernement chinois de se livrer à l'espionnage économique.

    Dans ce contexte, on garde en mémoire l’arrestation, le 1er décembre dernier, de la citoyenne chinoise, Meng Wanzhou, directrice financière et Vice-présidente de « Huawei », fille de son fondateur Ren Zengfei, à l’aéroport de Vancouver, en transit vers le Méxique, sur instigation du Département de justice américain.

    Les médias de la Russie capitaliste ne sont pas les seules cibles de l’empire Murdoch. Jeremy Corbin, le leader du parti travailliste « Labour », est également un bon client depuis des années, accusé fréquemment d’antisémitisme d’une part, et de soumission au gouvernement russe de l’autre.

    Non content de son isolation économique et politique imminent, définitivement consommée avec sa sortie chaotique de l’Union Européenne, le gouvernement britannique a le chic de se mettre à dos à peu près tous les partenaires commerciaux qui lui resteront encore. Marx semble l’avoir pressenti. A terme, le capitalisme s’autodétruit.

    En attendant, de l’autre côté de l’Atlantique, le « maccarthysme » néo-communiste prend des formes de plus en plus grotesques. Le titre phare de la presse américaine, le vénérable « New York Times » affirme le plus sérieux du monde que « le gouvernement russe aurait influencé les élections présidentielles de 2016 en ayant ciblé, en particulier, la communauté afro-américaine et la communauté LGBT, via les réseaux sociaux », « facebook » et « Twitter », se basant sur un rapport, commandé par le sénat américain à « New Knowledge », une société de cybersécurité, basée à Austin au Texas, publié le 17 décembre dernier.

    Le pedigree des deux fondateurs de cette firme en dit long sur leurs motivations. Ryan Fox a passé 15 ans de sa vie aux services de la NSA (National Security Agency), ancien membre d’un commandement subordonné, « Joint Special Operations Command » (JSOOC) de l’armée américaine en tant qu’analyste. Jonathon Morgan de son côté, a travaillé pendant 12 ans comme expert à la prestigieuse « Brookings Institution », un « think-tank » néolibéral, fondé à Washington en 1916, pour ensuite entrer au service du Département d’Etat de l’administration Obama.

    La firme se vante sur son site internet d’avoir trouvé l’outil informatique, permettant « d’identifier les mécanismes d’interférence, utilisés par des agents russes dans l’élection présidentielle de 2016. » Parmi ses clients on compte la communauté du renseignement américain ainsi que les plus grandes multinationales.

    Dans un sursaut patriotique les « cyber-geeks » auraient, selon leur dire, « senti le besoin de fournir aux agences du renseignement et aux acteurs majeurs de l’économie un outil fiable de « détection de la désinformation » dans le but de défendre l’opinion publique. »

    Se basant précisément sur le rapport de « New Knowledge », le député Jerrold Nadler, représentant du 10ème district de l’Etat de New York, qui avait comparé la supposée interférence russe dans les élections de 2016 à l’attaque japonaise de la base navale américaine « Pearl Harbor » en 1941, interroge, lors d’une audience au sénat, Sundar Pichai, le Directeur Général de la multinationale « Google » au sujet de l’ampleur du piratage russe.

    Jerrold Nadler : « Connaissez-vous le montant en frais de publicité qu’ont dépensé ces agents russes, dont parlent les médias ? » Sundar Pichai : « Nous avons effectué une investigation approfondie à ce sujet et nous savons qu’il y a eu, sur toutes nos plateformes, deux « ads », liés à des internautes russes, pour la somme de 4'700 USD. » (?)

    Selon un article, paru dans le « Washington Post » Jonathon Morgan, un des deux cofondateurs de « New Knowledge » avait été suspendu par le réseau social « facebook » pour avoir organisé, en décembre 2017, des interférences ciblées dans les élections spéciales en Alabama, entre le candidat démocrate Doug Jones et le républicain Roy Moore, via un compte fictif.

    Mandaté par des membres du Parti démocrate, Jonathon Morgan a admis publiquement avoir lancé une campagne de désinformation sur le réseau « facebook » en créant une page bidon dans le but de salir la réputation du candidat républicain, l’accusant d’agression sexuelle, encourageant les électeurs, favorables au Parti démocrate de se déplacer aux urnes, tout en incitant les citoyens républicains à voter pour un candidat marginal pour affaiblir le candidat officiel.

    Le site d’information « grayzone project » du journaliste Max Blumenthal remarque dans un article à ce sujet que ce procédé correspond exactement à celui dont la firme accuse les « troll farms » russes, telles que « Internet Research Agency », basée à Saint-Pétersbourg.

    Toujours selon le même article, « New Knowledge » aurait également fabriqué, sur internet, un lien entre le candidat républicain Roy Moore et le Kremlin, prétendant que ses adhérents « twitter » étaient des « bots informatiques » d’origine russe. Tout en admettant l’opération, Jonathon Morgan se défend d’avoir voulu tester simplement une nouvelle technologie.

    Seulement le « geek » ne s’arrête pas en si bon chemin. Il est cité par la chaîne d’information « Fox News » et le « Wall Street Journal » pour avoir « détecté des centaines de comptes « facebook » et « twitter », manipulés par des agents russes, dans le but d’influencer le mouvement contestataire français des gilets jaunes, car celui-ci inquiéterait, selon le « Wall Street Journal », la classe néolibérale centriste (?) des deux côtés de l’Atlantique. Jonathon Morgan admet certes qu’il n’a aucune preuve, mais qu’il y croit dur comme fer. (?)

    En attendant, le capital poursuit son objectif principal, le rendement. Ainsi, le plus grand gestionnaire de fortune, « BlackRock » (6'440 milliards USD sous gestion, près d’un tiers de la dette souveraine des Etats-Unis) fait une fleur à l’environnement en titrant de façon sibyllin sur son site internet « sustainable investing, a « why not » moment », et de poursuivre que « Nous pensons que l’investissement dans des titres « durables » ne compromet pas nécessairement l’objectif de rendement, mais peut, au contraire, offrir une meilleure rentabilité, ajustée au risque, à long terme. »

    En tout état de cause la société de gestion patrimoniale pense que « l’économie mondiale s’approche de sa capacité maximale, grâce aux Etats-Unis (réduction massive des impôts sur le bénéfice des entreprises et des revenus des grandes fortunes ndlr), mais son expansion continuera encore pendant quelques années. » (?)

    Dans l’ouvrage « Power Elite », paru en 1956, le sociologue américain Charles Wright Mills contredit la thèse prédominante de ses confrères à l’époque, selon laquelle la société américaine aurait permis une mobilité sociale inégalée. Au contraire, la vraie mobilité se serait limitée à celle entre les trois principaux secteurs du pouvoir, la politique, l’économie et l’armée.

    Aujourd’hui, la concentration du pouvoir ne se limite plus aux frontières d’un pays mais elle est devenue globale. Actuellement, au niveau de la planète, huit individus disposent d’autant de fortune que les 3,6 milliards d’humains les plus pauvres, la moitié de l’humanité.

    Peter Philips, professeur en sociologie, ancien directeur du « project censured », analyse dans son nouveau livre « The Global Power Elite » (préface par Noam Chomsky), la nouvelle structure de cette élite et dans quelle mesure le centre de gravité du pouvoir s’est déplacé.

    En 2018, le pouvoir, politique et économique, se trouve moins en mains des grandes familles riches, bien que les 2'000 milliardaires et les 36 millions millionnaires continuent à profiter de leur fortune, mais en mains des fonds d’investissement transnationaux, dont les 200 dirigeants des 17 d’entre eux contrôlent une fortune de 41’000 milliards USD, dont « BlackRock » est le plus important.

    80% de la population mondiale vit avec moins de 10 USD par jour, la moitié vit avec moins de 3 USD et un quart avec 2 USD pendant qu’un tiers de la nourriture produite chaque année est détruite parce que leur vente ne génère pas un rendement acceptable.

    Ces géants de la finance échappent à la régulation bancaire parce qu’ils agissent uniquement en tant qu’intermédiaires, ou conseillers, et n’engagent pas leurs bilans dans leurs transactions. Le risque systémique qu’ils représentent pour le système financier mondial toutefois ne peut plus être occulté.

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