Le non droit international

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Charles Horman fut un journaliste d’investigation américain, assassiné par les services secrets chiliens quelques jours après le coup d’état contre le président socialiste élu, Salvador Allende, le 11 septembre 1973, dans un stade de foot, aménagé par le nouveau régime du général Pinochet en camp de concentration pour les membres de l’opposition, avec la bénédiction de l’administration du président américain Richard Nixon, son conseiller à la Sécurité nationale, Secrétaire d’Etat et Prix Nobel de la Paix, Henry Kissinger, ainsi que la toute puissante CIA (Central Intelligence Agency).

Le citoyen américain Horman, qui vivait avec sa compagne dans un quartier populaire de la capitale Santiago, eut deux défauts majeurs, sa sympathie avec les milieux communistes chiliens ainsi que sa présence au mauvais endroit au mauvais moment. Lors d’un séjour dans la station balnéaire « Vina del Mar », près du port de Valparaiso, il tomba sur un important rassemblement de conseillers militaires américains dans l’hôtel dans lequel il logea, ce qui suscita sa curiosité. Mal lui en pris.

Le metteur en scène grecque, Konstantinos Costa Gavras, raconte l’histoire dans son film « Missing », paru en 1982.

Des documents, publiés en 1999 aux Etats-Unis, sous le « Freedom of Information Act », cette loi qui s’active à l’instant où plus personne ne s’intéresse à l’affaire, démontrent la complicité du personnel de l’ambassade américaine à Santiago dans cet assassinat.

Par ailleurs, en juin 2014, un tribunal chilien reconnut formellement le rôle de la CIA, notamment celui du capitaine de la marine américaine, Ray Davis, commandant de la mission militaire américaine au Chili, pour avoir fourni au chiliens des informations, permettant l’arrestation du citoyen américain.

Après un intermède apocalyptique au Moyen Orient, le continent sud-américain devient apparemment à nouveau l’arrière-cour des Etats Unis. A l’instar du Chili, le Venezuela est un pays riche en ressources naturelles. D’importants gisements d’or, ainsi que les plus importantes réserves pétrolières de la planète, suscitent des convoitises.

A l’instar du peuple chilien, les vénézuéliens décidèrent, à un moment donné, de gérer leur patrimoine de façon autonome. Après plusieurs tentatives de coups d’état, une spécialité latino-américaine, et quelques séjours en prison, le colonel Hugo Chavez finit par se faire élire Président de la République bolivarienne du Venezuela en 1998, nommée après le général vénézuélien Simon Bolivar, mort en 1830, symbole de l’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique du Sud, pour rester au pouvoir jusqu’à son décès le 5 mars 2013.

Le gouvernement Chavez (1998-2013) avait su profiter de la flambée de prix du pétrole, grâce au boom économique des pays émergents, les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), pour mettre en place sa « révolution bolivarienne », car l’industrie pétrolière et gazière vénézuélienne représente 95% des revenus à l’exportation, la moitié des recettes de l’état et un quart du produit intérieur brut PIB.

Corrigé de l’inflation, le PIB vénézuélien, avait pratiquement doublé entre 2003 et 2008, soit une croissance de 13,5% en rythme annuel, bien que, selon le « Center for Economic and Policy Research » basé à Washington, cette croissance fut essentiellement générée par le secteur non pétrolier et que la croissance du secteur privé fut supérieure au secteur public pendant la même période.

Toujours selon le « Center for Economic and Policy Research », Chavez avait réussi à réduire le taux de pauvreté du Venezuela de moitié et celle de la pauvreté extrême de 72%. Entre 1998 et 2006 les décès liés à la malnutrition avaient chuté de 35% et le coefficient de Gini, qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus, est passé de 0,498 en 1999 à 0,39 en 2011, faisant du Venezuela le pays le moins inégalitaire d’Amérique Latine. En outre, les allocations sociales (vieillesse et handicap) augmentèrent de 1,7 millions bénéficiaires en 1998 à 4,4 millions bénéficiaires en 2008.

En 2013 la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, félicita le Venezuela pour son progrès en matière de lutte contre la sous nutrition. L’organisation estime la proportion de personnes affectées par la faim réduite de 14,1% en 1990 à 4,6 % de la population en 2013.

Selon l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, sous Chavez, le taux d’analphabétisme avait été réduit, à moins de 5%, faisant du Venezuela le seul pays à avoir atteint les engagements pris par les pays d’Amérique Latine à la Havane en 2002 en la matière. (Wikipedia)

Le phénomène de la dépendance d’un pays des revenues de ses matières premières est connu sous le nom de « malédiction des ressources » ou « maladie hollandaise » (dutch disease, « The Economist »), faisant référence à la découverte d’un important gisement de gaz à Groningen en 1959. Son exploitation mit une énorme pression sur le taux de change de la monnaie, le florin, rendant l’économie domestique, l’industrie non pétrolière et l’agriculture, non compétitive face aux importations bon marché, rendant difficile le développement et la survie d’un secteur d’exportation de produits alternatifs.

Avec le ralentissement de l’économie mondiale le prix du pétrole atteint un pic de 100 USD le baril en juin 2014 pour chuter rapidement à USD 50, puis à 30 USD en janvier 2016, une catastrophe pour l’économie vénézuélienne qui subit de plein fouet une forte contraction qui perdure depuis cinq ans, moins 18% pour l’année 2018.

Entre 2014 et 2017, la masse monétaire enflait de 8'500 %, engendrant une hyperinflation de 300% en 2016 et de 2'000 % en 2017. Pour 2018 les estimations les plus basses se situent autour de 4'000 %, or le taux d’inflation « traditionnel » oscille autour de 30% avec des pics de 100% par année.

Dans un article du « Monde diplomatique » paru au mois de novembre de l’année passée, Temir Porras Ponceleòn, ancien conseiller auprès du président Hugo Chavez pour les questions de politique étrangère entre 2002 et 2004, ancien directeur du cabinet du président Nicolàs Maduro, ancien Vice-ministre des affaires étrangères entre 2002 et 2013, renvoyé par celui-ci en 2013, met sérieusement en cause la politique économique de l’actuel président.

Monsieur Ponceléon critique notamment le gel des prix dès le début de la crise, maintenant une surévaluation artificielle de la monnaie nationale, engendrant du coup un boom à l’importation sans précédent, asséchant de plus en plus les liquidités du trésor. (dutch disease)

En outre il estime que Maduro aurait pu négocier un rééchelonnement de la dette, notamment avec la Chine et la Russie, partenaires financiers-clé, ce qui lui aurait laissé du temps pour gérer la crise. Au lieu de cela celui-ci suivit la doctrine Chavez et remboursa entre 2014 et 2017 rubis sur l’ongle la somme de 71,7 milliards USD, asséchant ses réserves monétaires et ses réserves d’or.

Le seul rééchelonnement effectué par le président Maduro était celui de la «Compagnie Nationale de Pétrole « Petroléos de Venezuela SA » (PDVSA), proposant à ses créanciers, notamment russes, un échange d’obligations (2017-2020), contre une garantie sur 50,1% du capital de la « Citgo Petroleum Corporation », une raffinerie pétrolière américaine, détenue par PDVSA, dont le siège se trouve à Houston, en cas de défaut, prolongeant certes de trois ans les échéances, mais mettant également en danger un peu plus l’indépendance de l’agence et réjouissant du coup les spéculateurs internationaux avide de s'approcher un peu plus des réserves pétrolières les plus importantes de la planète.

Finalement, après la mise en vigueur des sanctions économiques américaines, en août 2017, Maduro fut prêt à négocier la dette, pourtant détenue en grande partie par des fonds de pension américains. Trop tard. (Ponceleòn)

La production pétrolière passant de trois millions de barils par jour à moins d’un million et demi en 2018, engendrant un assèchement des liquidités nécessaires pour… produire du pétrole, et, sur le plan politique, donnant une majorité de deux tiers à la droite néolibérale à l’Assemblé nationale, présidée actuellement par un jeune freluquet, avide de saisir le pouvoir, mais ne disposant d’aucun soutien parmi la population, car totalement inconnu, causent quelques maux de tête au président en exercice.

Certes, le soutien de la population au président Madura ne se situe probablement à pas plus que 20 à 30%, dû à sa gestion catastrophique de la crise, seulement, l’opposition de droite n’est guère en meilleure posture.

Il est, pour cette raison, tout de même assez cocasse de constater le parti pris unanime de la communauté internationale pour exiger, si ce n’est pas expressément le départ de Madura, mais quand-même la tenue d’élections dans un délai d’une semaine (?), à commencer par la France, qui s’y connaît en matière de gestion de crise, ou l’Angleterre où la Premier ministre défie le bon sens en s’accrochant au pouvoir coûte que coûte, ou le gouvernement allemand qui continue à se maintenir en place, grâce à une coalition de plus en plus bancale. Coutumier d’une soumission presque infantile au diktat du gouvernement américain, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, fut, ensemble avec l’organisme multilatéral « Grupo de Lima », à l’exception notable du président mexicain Manuel Lopez Obrador, la Bolivie et l’Uruguay, parmi les premiers à exiger le départ du leader vénézuélien.

Et que dire des médias, quatrième pouvoir dans l’état, qui adoptent une position unanime, quasi stalinienne, sans aucune nuance. Dire que l’Organisation des Nations Unies fut créée précisément pour résoudre ce genre de situation sur le plan international.

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Commentaires

  • Cher Monieur,
    "Quelques jours après le coup d'Etat CONTRE le président socialiste élu...", ce serait mieux!
    A part ce détail rédactionnel, j'appuie à fond vots mots sur le Chili de 1973. Et une autre victime de Pinochet assassinée dans le stade de Santiago fut le poète, musicien, écrivain, chanteur Victor Jara. Paix à leurs âmes! Le film de Costa Gavras," Missing", est un de mes films de chevet. Longue vie à la lutte contre le fascisme... et à ses alliés.
    Cordialement, Jacques Louis.Davier

  • Merci

  • Merci Monsieur Hubacher pour ce magistral exposé qui tient compte des contextes qui ont plongé le Venezuela dans la tragique crise actuelle avec le risque qu'elle va encore durer longtemps. La droite fasciste aura vu son heure de récompense arriver dans sa longue attente non sans les nombreuses tentatives de coup d'état.
    Au nom de la démocratie occidentale aux standards maniables, faut-il applaudir sa victoire si elle advient? N'y a-t-il pas d'autres voies, d'autres solutions?
    Dans la recomposition planétaire des puissances, l'Europe (et non pas l'UE seulement) n'y voit-elle pas une opportunité pour trouver sa place en faisant du Venezuela un partenaire de plus?
    Ce qui lui éviterait de sombrer dans la dictature fasciste pro-américaine et du même coup qui renforcerait malheureusement l'hégémonie des USA sur toutes les économies du monde.


    J'ai eu beaucoup de plaisir dans la lecture des billets de votre blog qui sont sérieux, toujours bien documentés, ordonnancés et assortis de rappels chronologiques des évènements ou de l'histoire pour la compréhension d'une grande majorité de vos lecteurs.

    Bonne continuation et au plaisir de vous lire prochainement.

  • Il manque dans votre billet une analyse du rôle de l'armée, qui profite pleinement de la dictature Maduro. Il n'est pas rare de voir cette situation.
    J'ai travaillé au Timor-Est du temps de la main-mise indonésienne sur cette île. En fait, il ne devait rester qu'une centaine de guerilleros du Fretilin autour du Mt Metepian, ils n'avaient pas d'autre rôle que de donner une raison aux généraux indonésiens d'avoir le pouvoir sur l'île, le pouvoir économique. Ils possédaient tout, en fait.
    Je pense que le Venezuela est dans la même situation. Les vieilles ganaches raflent tout. Ce régime n'est pas à défendre, en aucune manière...

  • Alors, vous connaissez mieux que moi l'étendue du massacre de Santa Cruz, perpétré par l'armée du président Suharto avec la bénédiction du feu George Herbert Walker Bush. Le mode d'emploi est le même. En ce qui concerne l'armée vénézuélienne, les temps changent vous savez. Le Venezuela a deux alliés puissants, la Russie et la Chine.

  • "Le Venezuela a deux alliés puissants, la Russie et la Chine." Excellente raison pour les USA d'intervenir, pour montrer qui commande dans cette zone.

  • Au Venezuela, il n’est pas obligatoire que tous les partis politiques participent aux processus électoraux. C’est leur droit de choisir de participer ou non.

    Le fait que trois partis (AD, VP et PJ) aient décidé librement de ne pas participer ne délégitimise pas le processus électoral.

    Dans un ultime acte de désespoir, le vice-président américain Mike Pence, qui a dû appeler personnellement à la marche de l’opposition le 23 janvier en raison de l’incompétence des dirigeants de l’opposition, a insisté et répété que le président Nicolás Maduro était un dictateur, un usurpateur et était illégitime.

    La stratégie est claire : répéter le même mensonge mille fois pour le transformer en vérité. Et c est à nous démonter de tel mensonge odieux.

    Et ce qui se passe au Vénézuela aujourd hui, n est il pas aussi le produit de la Fameuse FABRIQUE de l INTOX sus-citée brillamment par M. Bruno Hubacher?

    De la part d un citoyen lambda, moi par exemple, on nous dit et on entend que:

    1-- Il y a l AUTO-Proclamé de Président du Vénézuela qui est "légitime et non pas l "ancien élu". De telle affirmation est elle logique et légale?
    J ai des doutes. Eclairez ma lanterne, SVP sinon je vais m auto-proclamer Président, moi aussi, tant qu on y est avec l aide de Trompe la mort!

    2-- Les USA ont dit dans un ultime acte de désespoir pour bousculer l opposition vénézuélienne et via leur vice-président américain Mike Pence qui a appelé personnellement à la marche de l’opposition le 23 janvier 2018 en raison de l’incompétence de ces dirigeants de l’opposition, dixit. Il a aussi insisté et répété que le président Nicolás Maduro était un dictateur, un usurpateur et était illégitime."

    Qu appelle-t-on cette déclaration sauf une Ingérence dans les affaires d un pays souverain surtout quand venant des USA? Et ceci ne va-t-il foutre la m.... une fois de plus et que ce pays serait pire qu avant comme tant d autres (Pakistan, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie et le Yémen aujourd hui?)
    Personne n a retenu à ce jour que, par exemple, les Libyens et les Irakiens vivaient 100 fois mieux sous leurs anciens "dictateurs" qu aujourd hui voire regretter amèrement l époque de "leurs dictateurs"! A quoi bon cette médecine qui ne faisait à la fin que tuer ces "patients", disait Elie Barnavi, Philosophe, Professeur émérite de l Histoire de l Occident et ancien ambassadeur d Israel à Paris... sen Irak ces pa

    3--C est "vrai" que la stratégie est claire : Répéter le mensonge mille fois pour le transformer en vérité. Mais c est à chacun de nous de démonter les mensonges de part et d autre. Et pourquoi ne pas tenir compte de ce qu ont dit La Russie, La Chine, Cuba et même Merkel (et un peu Macron...) quand à l aberration et l irrégularité de s AUTO-proclamer Président, rien que ça!(ndr: procédure d une république africaine bananière)

    Et bis repetita, ce qui se passe au Vénézuela aujourd hui, n est il pas aussi le produit de la Fameuse FABRIQUE de l INTOX sus-citée par M. Bruno Hubacher?

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • ----
    Au Vénézuéla « Démocratie ou pétrole?« John Bolton évoque les intérêts américains au Venezuela

    Ces propos ne font pas les gros titres. Ils sont pourtant de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis qui a évoqué explicitement un enjeu clé de Washington au Venezuela : "le pétrole«.  

    https://francais.rt.com/international/58553-democratie-ou-petrole-conseiller-trump-john-bolton-admet-vrais-interets-etats-unis-venezuela

    ------------------------

    Et si RT ne raconterait pas ni des conneries ni des bobards ni des Fakes puisque cette déclaration n est que celle de John Bolton...


    Bien à Vous.
    Charles 05

  • Le problème au Venezuela est l'incompétence nourrit par l'idéologie au lieu d'utiliser l'intelligence.
    Le deuxième problème lié au premier, avec ce concept d'idiologie répandue en Amérique latine : la révolution passe toujours par des moments difficiles, mais à la longue le peuple entier se rallie à la société nouvelle.

    Bref Maduro, l'idiot préféré des militaire croit fermement que la nouvelle société socialiste ne peut se créer qu'en restant au pouvoir, donc il utilisera toutes les ficelles pour y rester.

    Chavez a choisis un homme de confiance. En général, ce sont des gens peu malins qui ne risquaient pas de vouloir le remplacer.

    Il y a les dictatures, les démocratures, les démocraties, et Maduro a inventé l'idiotcrature, l'idiotie pour gouverner sous le parapluie des militaires.

    Quelle solution pour un homme qui croit à sa mission quasi divine? 2 philosophies se confrontent : La souveraineté du pays contre la souveraineté du peuple. Démocratures et dictatures font un choix logique pour eux, donc contre le peuple, les démocraties, elles, sont gênées.

    Il n'y a pas de bonnes solutions que la moins mauvaises. L'incompétence doit arrêter de sévir.

  • Every one should know in Geneva, what's happening in the UN and other committees of UN delegations.

    In French


    https://www.youtube.com/watch?v=XycxDWHHiVA

  • Andrew Macleod@ "Every one should know in Geneva, what's happening in the UN and other committees of UN delegations"


    Everyone "in your Geneva world" knows, Swiss folks are so stupid.

    While U're a Swiss tax payer, of course. Since when, by the way?

    Thanks.

  • https://www.youtube.com/watch?v=QqO38JT60mw

  • https://www.youtube.com/watch?v=nbZkQqifFww

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