11/12/2018

L’obsolescence programmée des modèles de société

Le système féodal du capitalisme occidental et le capitalisme d’état à la sauce chinoise se donnent en spectacle pendant que le prolétariat français, et bientôt européen, descend dans la rue pour exiger « autre chose ».

Aéroport de Vancouver, le 1er décembre 2018. Sur instigation du Département de justice américain, les autorités canadiennes arrêtent la citoyenne chinoise, Meng Wanzhou, directrice financière et vice-présidente du géant chinois des télécoms « Huawei », fille de son fondateur Ren Zengfei, en transit, attendant une correspondance à destination du Mexique. Le premier ministre canadien, Justin « pretty face » Trudeau, réfute tout motif politique, ce qui a bien fait rire tout le monde.

Selon la presse canadienne Mrs. Wanzhou serait accusée d’avoir aidé « Huawei » à contourner l’embargo américain contre l’Iran, mais, comme dans le cas du journaliste australien, Julian Assange, la justice américaine cherche encore.

Cet acte de piraterie pourrait bien porter la signature du pire va-t-en-guerre de l’administration Trump, celle du conseiller à la sécurité nationale depuis le 22 mars 2018, John Bolton, supporteur inconditionnel de l’invasion américaine en Iraq, fervent avocat d’un changement de régime en Iran, en Corée du Nord et en Syrie, instigateur de la sortie des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, signé par l’administration Obama.

En effet, le « rapace » républicain déclare sur le réseau de la radio publique américaine que « cela fait des années que nous sommes préoccupés par la pratique déloyale des chinois en matière de commerce et, en effet, le vol de propriété intellectuelle et de transfert technologique, dont le gouvernement chinois se sert pour étendre son hégémonie. »

Contrairement au modèle « démocratique » du capitalisme populaire occidental, « Huawei » est officiellement détenu, à 64%, par ses 61'000 employés chinois et ses employés étrangers, sans qu’ils aient un droit de regard sur la conduite des affaires ni le droit d’éligibilité toutefois. L'ensemble des actions de la société est détenu par la « Shenzen Huawei Investment Holding Company », une entité contrôlée par un « comité syndical national », l’état somme toute. En cas de départ, les actions des employés, dont par ailleurs son fondateur Ren Zengfei détient un modeste 1,42%, reviennent à la firme, moyennant une compensation.

L’inquiétude de l’establishment américain, pour lequel John Bolton voyage, est compréhensible. Fondée en 1987 par un ancien fonctionnaire de « l’armée rouge chinoise », le modèle d’affaires de la société « Huawei », réside dans l’investissement à long terme, un anathème au capitalisme occidental, dont le crédo est basé sur le profit à court terme.

En effet, plutôt que de compter sur des joint-ventures avec des firmes étrangères, dans le but de profiter de leur avancement technologique, « Huawei » applique, depuis sa création en 1987, ce qu’on appelle la rétro-ingénierie, qui consiste à « étudier un objet pour en déterminer le fonctionnement interne ».

Ainsi, « Huawei », qui occupe 170'000 employés, a investi, en 2017, 13,8 milliards USD dans le domaine de la recherche et le développement (5 milliards USD en 2013), domaine qui occupe 76'000 collaborateurs, dont 20 à 30% spécialisés dans la recherche fondamentale, un domaine que les compagnies occidentales, obsédées par le profit à court terme, préfèrent laisser aux universités publiques, auxquelles, par ailleurs, la doctrine néolibérale continue à couper les vivres.

Ainsi, « Huawei » est actuellement le deuxième constructeur mondial de smartphones derrière la société sud-coréenne « Samsung ».

Les gouvernements européens, empêtrés dans de luttes désespérées de survie, assistent, impuissants, à la désagrégation de leur modèle de société, auquel ils n’ont rien à opposer, ainsi qu’à la descente aux enfers de leur allié historique, sur le point de jouer ses dernières cartes.

09:52 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

En tout cas tous ceux qui ont inventé "l'Europe de Maastricht" n'avaient pas du tout l'impression d'élaborer un système obsolescent! Bien au contraire puisqu'ils ont volontairement interdit toute marche arrière du système! Il faudra donc tout déconstruire pour enfin faire de cette Europe une entité honnête, respectueuse et à l'écoute des peuples européens! L'autisme en politique et en économie c'est dommageable pour la démocratie! Dans une vidéo Emmanuel Todd dit que nos "élites" sont totalement déconnectées, trop cupides, et surtout incapables de produire quoi que ce soit de positif pour le fonctionnement de l'Europe de Bruxelles, et pour les peuples européens! Les gilets jaunes vont "pousser" partout en Europe, même en Suisse, parce que partout les peuples sont méprisés et rejetés par les dirigeants complices des élites financières, qui seules dirigent effectivement le monde! Les dictatures que l'on voit dans pleins de séries télévisées sont donc là devant nous, partout et elles ne sont ni de gauche ni de droite, elles sont des deux bords!

Écrit par : Dominique Degoumois | 09/12/2018

Excellente information que je n'ai jusqu'à aujourd'hui trouvé nulle par ailleurs.
Comme c'est bizarre...

Écrit par : Daniel | 10/12/2018

A peu près chacune de vos phrases contient un point fortement litigieux. Je n'ai aucune sympathie pour les USA, pour Bolton mais néanmoins, je me sens pas aussi enthousiaste que vous pour la mainmise de Huawei sur les communications. Mais nous en saurons bientôt, dans dix/vingt ans, beaucoup plus sur l'honnêteté de Huawei, vu que la Suisse est le seul pays à confier toutes ses communications, y compris les plus secrètes, aux bons soins de cette société.
A mon avis, cela va saigner.
PS. "Le système féodal du capitalisme occidental" Ceci est un contre-sens, et rien d'autre...

Écrit par : Géo | 10/12/2018

« Contrairement au modèle « démocratique » du capitalisme populaire occidental, « Huawei » est officiellement détenu, à 64%, par ses 61'000 employés chinois et ses employés étrangers, sans qu’ils aient un droit de regard sur la conduite des affaires ni le droit d’éligibilité »

C'est à peu près le même type de fonctionnement communiste que "notre" Migros. Comme chacun le sait, la coopérative appartiendrait à la population de ce pays, ou tout au moins aux clients du distributeur...

À la Migros, chacun des "coopérateurs" peut voter, c'est-à-dire approuver les comptes et la gestion du mammouth. C'est marrant, ça fait au moins 40 ans que je suis client régulier, c'est-à-dire "client-propriétaire" et je n'ai jamais réussi à me faire coopter pour accéder à l'assemblée des délégués.

Écrit par : petard | 10/12/2018

Essayons de boycotter la coop et la migros pour nous faire entendre!

Écrit par : Dominique Degoumois | 10/12/2018

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