17/06/2018

A quoi sert le Parti Socialiste Suisse ?

Depuis les élections législatives de 2015, juste à temps, avant que le vent tourne, la Suisse a fini par rejoindre le concert du néolibéralisme ambiant, pour mieux assister à sa désintégration peut-être. Comme chez nos voisins français, la droite réactionnaire piaffe d’impatience pour brader l’argenterie et le Parti Socialiste Suisse, grande perdante de 2015, fait bonne mine à mauvais jeu, question de prestige. Il lui reste encore deux ministres à l’exécutif, otages d’une sorte de GROKO allemande (grosse Koalition) à la sauce suisse.

Ainsi, par la force des choses, pour faire passer des lois qui permettent à peu près de sauver la face, ses députés se convertissent en « dealmakers », pactisant avec la droite libérale, si nécessaire. Pourtant le PS suisse n’a jamais pris le virage de la « troisième voie » de Tony Blair et Gerhard Schröder, ce n’est donc pas le moment de s’y mettre. Quand les bourgeois trouvent un accord « formidable » il y a anguille sous roche. La Social-démocratie européenne l’a appris à ses dépens.

Drame en deux actes, librement inspiré de Milton Friedman, Acte I. Il se trouve que la Suisse est dans le collimateur de l’Union européenne et l’OCDE qui l’accusent d’être une profiteuse, pratiquant une politique fiscale racoleuse, à l’instar du Luxembourg, des Pays-Bas et l’Irlande et qui, en catimini, accumule des excédents commerciaux indécents, à l’instar de sa grande sœur, l’Allemagne,

Prise de court, une fois de plus, comme pour le secret bancaire, elle s’empresse donc, à la hâte, de mettre sur pied une législation fiscale des entreprises plus équitable, notamment à l’égard des entreprises suisses, jusqu’ici fortement pénalisées. La nouvelle législation du nom de « RIE III », la « Loi sur la réforme de l’imposition des entreprises », aurait donc dû voir baisser l’imposition des entreprises suisses et augmenter celle des 24'000 multinationales établies sur son sol, les fameuses créatrices d’emplois dont on entend si souvent parler. Comment faire pour ne pas trop les effrayer tout en camouflant les inévitables (?) pertes fiscales aux contribuables ?

Il faut adoucir la pilule et trouver un compromis bien de chez nous. Seulement, le faut-il vraiment ? La précédente révision de la loi sur la fiscalité des entreprises, « RIE II », la petite sœur, acceptée à une courte majorité de 20’000 voix par le peuple le 24 février 2008, grâce aux paroles rassurantes du ministre des finances de l’époque, conseiller en stratégie d’entreprises à ses heures perdues, Hans-Rudolf Merz, cause, depuis son entrée en vigueur, des pertes fiscales cumulées de 15 mia CHF selon des estimation de l’Union syndicale suisse, avec, à la clé un manque à gagner de 2 mia CHF pour le système de retraite par répartition AVS, car certains entrepreneurs préféraient se faire payer leur salaire sous forme de dividendes, exemptes d’impôt jusqu’en 2015, pour éviter les cotisations sociales. Après tout, pourquoi se seraient-ils privés de cette faveur que la loi leur accordait ?

L’urgente « RIE III », proposée par l’actuel ministre des finances du parti agraire UDC, Ueli Maurer, dont les estimations de pertes fiscales sont de l’ordre de 1,3 mia CHF supplémentaires par année (PS), a eu moins de chance. Saisie d’un référendum par le Parti socialiste elle a échoué devant le peuple à 60% le 12 février 2017. Fallait quand-même pas pousser trop le bouchon. Un à zéro pour la gauche.

Acte II. En septembre 2017 le ministre des affaires sociales Alain Berset, un socialiste cette fois, propose à son tour une réforme « light » du nom de « Prévoyance 2020 », celle du système de retraite par répartition AVS, mis à mal par le déséquilibre démographique dont la Suisse souffre. « Réforme light » parce que largement diluée sous la pressions de la droite majoritaire (augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 (pour la petite histoire, actuellement deux tiers des séniors prennent une retraite anticipée), hausse de la TVA, baisse du taux de conversion du système complémentaire de retraite par capitalisation, déterminant le niveau de la rente, etc.). Le référendum ne s’est pas fait attendre (bien que techniquement pas nécessaire à cause de l’augmentation prévue de la TVA dans le paquet, soumise au vote populaire obligatoire). La concurrence, si on peut dire, les mouvements syndicaux, ont fait couler la « chose » devant le peuple « illico presto » le 24 septembre 2017. Egalité.

Si vous avez vu « RIE III », ne ratez pas « PF 17 », le « Projet fiscal 17 », actuellement en consultation, la même chose en bleu. Seulement là, ce sont les sénateurs socialistes qui s’agitent pour marquer le point. Ainsi sort de la commission économique du Conseil aux Etats une proposition chaudement applaudie par à peu près tous les partis, de concert avec les milieux économiques. La solution : transformer deux fiascos en succès. Accrochez vos ceintures !

Etant donné que les deux projets de loi ont échoué devant le peuple on va les proposer à la vente en « package ». Pour « contrebalancer » les pertes fiscales d’un côté on renfloue le système de retraite en augmentant la cotisation salariale de 0,3, dont les employés paieront 0,15% et les employeurs 0,15%. Ainsi, les cotisations sociales serviront de subvention aux entreprises qui recevront en outre une compensation sous la forme d’une taxation plus clémente des dividendes qui seront dorénavant imposée à 50% de leur valeur au lieu de 70%. Pourquoi pas à 100% d’ailleurs ?

On augmentera également la contribution de la Confédération à l’AVS de 385 mio CHF par année, ardoise qui sera réglée par le contribuable. Tout ceci devrait rapporter 2,1 mia CHF par année à l’AVS, couvrant environ 40% de ses besoins. Les autres éléments de la malheureuse « RIE III » qui ont tant fait rire les électeurs seront plus ou moins repris par « PF 17 », pour l’instant.

Y a-t-il une vie après la gauche ?

Scrutant l’horizon politique européen on pourrait en douter. Le PS français n’est plus que l’ombre de lui-même, occupant encore 30 sièges à l’Assemblée National sous le nom de « Groupe Nouvelle Gauche » face aux 310 sièges du mouvement « REM » du président et les 101 sièges des « LR », la droite classique. Le SPD allemand a perdu, grâce à sa participation à la GROKO, plus de 10 millions d’électeurs depuis 1998 et se retrouve avec 17% d’intentions de vote, tendance à la baisse. En Espagne, le PSOE a perdu la moitié de ses sièges aux Cortes en 10 ans. Comme en Allemagne les sociaux-démocrates néerlandais s’étaient laissé embobinés en tant que partenaire minoritaire dans une GROKO dominée par les libéraux conservateurs. Ils sont actuellement en voie d’extinction. Et en Italie ce sont les « 5 étoiles » et la « Ligue du nord » qui mènent la danse

Aux Etats-Unis où se préparent actuellement les « mid-term elections » du 6 novembre prochain, les candidats progressistes qui se présentent actuellement au nom du « Parti Démocrate » se font systématiquement torpiller par l’establishment du parti. Bernie Sanders et son mouvement « Our revolution » nagent à contre-courant. Ce parti, infesté par l’argent des « Super-pacs », n’est pas prêt pour une introspection, bien au contraire.

Le 31 mai dernier, Dr. Sahra Wagenknecht, co-présidente du groupe parlementaire « die Linke » au Bundestag, a accordé une interview au média online « Mediapart ». Confrontée avec l’amer constat que sur les 10 mio d’électeurs que le SPD a perdu en 10 ans son parti n’a finalement récupéré que 2, une bonne partie de ces gens est allé vers l’AFD, le parti fasciste, bien implanté au Bundestag maintenant depuis les dernières élections législatives, elle a décidé de lancer, avec son mari Oscar Lafontaine, malheureux ministre des finances sous Gerhard Schröder, un mouvement populaire de gauche, plutôt qu’un parti politique traditionnel avec ses structures rigides, à côté et en dehors de son propre parti, ouvert à tous, indépendamment de la couleur politique. Pour cela elle s’est largement inspirée du modèle de la « France insoumise ».

L’objectif serait de « faire pression sur les partis établis pour les obliger, le SPD en premier lieu, à faire une politique plus sociale ». Bonne chance !

11:59 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Une partie de la gauche gauche des ps croit que la perte de l'électorat est le fait d'un parti pas assez à gauche.
Les faits sont têtus, si c'était le cas, cette gauche aurait déboulonné celle plus consensuel.
Le peuple est majoritairement centriste sauf dans les crises. L'Espagne est assez parlant : une crise, une extrême gauche en force, baisse de la crise qui se traduit par une crise interne de l'extrême gauche qui subit des échec.

En France, c'est bien la position très à gauche de Hamon qui à conduit à l'échec, idem pour les écologistes.

Ce qui plombe la gauche est l'absence de grand combat et l'immigration. De plus les partis centristes ont débordé vers la gauche.
En allant plus à gauche, elle perd de l'électorat, l'électorat des jeunes ne baigne pas dans le combat idéologique comme ses aînés.

L'avenir pourtant n'est pas mauvais. La droite coincé par ses lobbies va s'accrocher au vieux monde , alors que l'entrée de l'IA avec le supermarché sur internet va tout bouleverser.
Ce sera l'occasion à la gauche d'avancer des idées si elle oublie l'idéologie ringard. Autant la gauche gauche est inutile, autant la gauche à un rôle à peser dans un avenir incertain.

Mais tant qu'il y a le problème de l'immigration, la gauche sera en difficulté.

Écrit par : motus | 17/06/2018

Le plus commique et triste c'est que le PS sert en fait le grand capital en soutenant L'UE, l'immigration, et les no borders etc.

Écrit par : rosebud | 18/06/2018

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