29/01/2018

Vérité ou liberté ?

Le réseau social « twitter », ou café du commerce planétaire, c’est selon, se met à son tour au décorticage de la vérité.

Déconcerté par l’élection de « Donald Trump » à la tête des Etats-Unis, un regrettable « accident de parcours » aux yeux du parti démocrate américain et des médias « mainstream », l’establishment se met à la recherche du « vrai » déclencheur, ayant provoqué « la catastrophe Trump ». La thèse préférée ? La manipulation de l’élection présidentielle par les services secrets russes. Des preuves tangibles ? Il n’y en a pas.

Ainsi, les rares journalistes indépendants qui ne croient pas en la thèse prédominante, sont gentiment rappelés à l’ordre par le réseau social « twitter ». Le comédien et commentateur politique, Jimmy Dore, ainsi que sans doute d’autres, a reçu, en tant qu’utilisateur de « twitter », une lettre par e-mail, le rappelant à son devoir de patriote.

On peut y lire: « Nos recherches au sujet d’activités russes sur « twitter » pendant la campagne présidentielle de 2016, nous ont permis d’identifier et de suspendre un nombre de comptes, potentiellement connectés à un effort de propagande par une organisation, liée au gouvernement russe, du nom d’« Internet Research Agency » ».

En effet, des enquêtes du « New York Times Magazine » et du média internet « Buzzfeed », datant de 2014, révèlent que la fameuse IRA serait une organisation, basée à Saint-Pétersbourg, liée au gouvernement russe, engagée dans la diffusion de propagande sur internet (facebook et fwitter), utilisant des comptes fictifs, notamment dans un contexte de politique intérieure russe. (Wikipédia)

Ainsi, la lettre bien intentionnée de « twitter » adressée au journaliste et commentateur politique, Jimmy Dore, continue: « Conforme à notre engagement pour la transparence, nous vous envoyons cet e-mail, parce que nous avons des raisons de croire, que vous aviez suivi, « retweeté » ou « liked » le contenu de ces comptes suspendus pendant la période de l’élection présidentielle. Ce message vous est destiné à titre informatif seulement, et n’a aucun lien avec des considérations de sécurité concernant votre compte. » Mais, big brother is watching.

Il est rassurant de constater à quel point, non seulement les agences gouvernementales, mais également les réseaux sociaux, se soucient de la prévention d’un possible écartement de l’opinion « souhaitée » du public, mais également, et peut-être surtout, de la guilde des journalistes encore hors « mainstream ».

« twitter » continue : « Nous partageons cette information avec vous pour que vous ayez connaissance de l’existence de ces comptes fictifs et que vous vous rendiez compte de la nature des efforts de propagande de la part du gouvernement russe. En consultant notre blog, vous verrez des exemples de contenus fictifs de ces comptes suspendus.»

En Europe c’est d’ailleurs « East StratCom Team » qui se charge de la communication russe. En effet, « East StratCom Team », cette agence de l’administration de l’Union Européenne, fondée en 2015, est chargée de la « communication pro active de la politique européenne dans les pays de l’ancienne Union Soviétique, tels que l’Arménie, l’Azérbaïjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine, dans le but de « contrer les campagnes de désinformation continues, diffusées par le gouvernement russe ». (Wikipédia)

Il serait peut-être utile, dans ce contexte de rappeler deux ou trois faits de manipulation de l’opinion publique datant de bien avant l‘ère d’internet, twitter et facebook, et dont les conséquences ont été autrement plus dévastatrices pour la suite de l’histoire de l’humanité. La première date de 1964, quand le président Lyndon B. Johnson entraina son pays dans le conflit vietnamien, par un mensonge, admis par la NSA (National Security Agency) en 2005 seulement.

Avide d’en découdre avec les communistes nord vietnamiens, cherchant un prétexte pour entrer en guerre, LBJ mentit au congrès au sujet d’une altercation dans le golfe de Tonkin entre deux torpilleurs nord vietnamiens et deux destroyers américains, prétendant une attaque nord vietnamienne contre l’USS Maddox le 4 juillet 1964.

Inutile de rappeler également dans ce contexte le mensonge du président Bush jun. au sujet des armes de destruction massive que le dictateur iraquien Saddam Hussein aurait abritées ou encore les attaques du régime libyen du colonel Kadhafi sur les populations civiles, dont les preuves se font toujours attendre, mais qui servirent de prétexte à l’OTAN d’entrer en guerre et de laisser derrière eux un chaos qui persiste à ce jour.

Ainsi, « twitter » clôt son réquisitoire : « Nos clients cherchent sur « twitter » de l’information utile et fiable et nous prendrons des mesures concrètes pour supprimer des comptes et « tweets » malveillants (celui de Donald Trump?) et nous ferons tout ce qui est dans notre pouvoir pour devancer les agissements des « mauvais joueurs ».

Pour rencontrer des censeurs bienveillants il n’y a pas besoin d’aller jusqu’aux Etats-Unis. Le quotidien « Le Monde », par exemple, a instauré, en 2014, ce qu’il appelle le « décodeur ». Il s’agit, selon Wikipédia, d’une rubrique de son site web, dont l’objet est de « vérifier des informations sur des thématiques variées ». Mais que faisait donc « Le Monde », et en effet les autres médias, en 2003 ou en 2011 ?

La vénérable institution ne se limite pas à « la censure » de contenu, elle scrute également la concurrence, si on peut dire, en donnant des notes aux sites d’information sur internet, tout en précisant qu’il ne s’agit nullement « d’un jugement de valeur ni d’une distinction entre les bons et les mauvais sites », mais plutôt d’une « aide de lecture ».

Le classement se présente à peu près comme ceci, « *** site en principe plutôt fiable ** peut être régulièrement imprécis, ne précise pas ses sources, soyez prudents ! * diffuse régulièrement de fausses informations et, last but not least, * attention : Il s’agit d’un site satirique ou parodique qui n’a pas vocation à diffuser de vraies informations, à lire au second degré ». Il faut croire qu’intellectuellement l’humour n’est pas à la portée de tout le monde. Le deuxième degré ça s’apprend.

« Le Monde » à son tour est loin d’être seul à vouloir « protéger » les lecteurs et citoyens. La Commission Européenne, gardienne des traités et gardienne tout court, s’apprête à se servir de l’intelligence artificielle ou des algorithmes pour scruter le respect du droit d’auteur de contenus diffusés sur internet, musicaux, cinématographiques ou textuels. La « Commission des affaires juridiques du parlement européen » décidera d’ici le printemps prochain si elle suivra ces recommandations.

Cette obsession de vouloir déléguer le bon sens à une instance supérieure, les instances supérieures la saluent.

09:07 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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