23/10/2017

A l’ouest, rien de nouveau

L’indignation est à son comble. Pas un jour passe sans que les frasques du président américain outragent les médias qui n’en peuvent plus d’un tel comportement, absolument inadmissible. Le jeune et dynamique président français, fervent européen, supprime un à un, tranquillement, les acquis sociaux, fruits de luttes ouvrières centenaires, ce qui n’est pas bien. La premier ministre anglaise pacte avec l’extrême droite pour rester au pouvoir, à l’instar du jeune et dynamique futur chancelier autrichien, qui, lui pacte pour prendre le pouvoir, ou la chancelière allemande qui elle, pacte avec n’importe qui. Peu lui importe finalement. Et maintenant cela. Un ponte de l’industrie cinématographique américaine se serait livré à l’abus de pouvoir pendant trente ans. Là encore, l’indignation.

Quand les médias auront fini de s’indigner et commenceraient à se livrer à l’analyse, on sera plus avancé.

Presque dix ans ont passé depuis que le dernier choque financier a ébranlé le système, le statu quo, la pensée unique, mais les racines du mal vont plus profond à chaque secousse. L’arrivée au pouvoir du messie, le FDR du 21ème siècle, favori des médias, 44ème président de la, encore, première puissance économique, le jeune et dynamique Barack Obama, n’a finalement pas produit le changement escompté. Pire ! La situation s’est considérablement aggravée.

En voulant ménager le chou et la chèvre, le parti républicain et les puissants contributeurs au parti démocrate, le complexe militaro-industriel, l’industrie pharmaceutique et, last but not least, la finance, le président du paraître a permis l’extension de la présence militaire américaine dans le monde, produisant par la même occasion un flot de refugiés de guerre sans précédent vers l’Europe, causant la montée en puissance de forces politiques fascistoïdes avec lesquels les partis politiques établis seront dorénavant amené à pacter, et laissé un système financier proche de l’implosion.

Après tout, l’utilisation, plus discrète, de drones pour la « traque aux terroristes » a permis de limiter les pertes de soldats américains, c’est mieux pour l’image, et le « Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act » dont l’objectif eût été « la stabilité financière par la responsabilisation et la transparence du système financier, dans le but de protéger le contribuable de sauvetages bancaires avec des deniers publics, et des pratiques abusives des services financiers », a permis de bien faire marrer Wall Street.

Selon un article du « Los Angeles Times » datant de septembre 2016, le groupe financier californien, Wells Fargo, la troisième plus importante banque américaine, avait ouvert, entre 2011 et 2015, 2,1 million de comptes bancaires fictifs aux noms de ses clients, a leur insu, dans le but de générer des commissions injustifiées. Pour la petite histoire, en 2015, les 3 plus grandes banques américaines ont généré la modique somme de 5,1 mia USD en « frais divers », facturés à leurs clients

La vénérable « Wells Fargo » a finalement consenti, en 2015, après 5 ans de combat judiciaire et 3,3 mia USD dépensés en frais d’avocat, au paiement d’un dédommagement de 414 mio USD à ses clients et une amende de 185 mio USD.

Qu’en est-il deux ans plus tard ? Le 3 octobre dernier, le PDG de la banque, Tim Sloan, s’est rendu devant le comité bancaire du sénat américain pour témoigner des mesures que sa banque aurait prises pour améliorer la transparence.

Le nombre de « faux comptes » a, entre temps, grimpé à 3,5 mio et un autre scandale a fait surface, celui des assurances voiture. Engagée également dans le business du leasing, Wells Fargo aurait forcé 800'000 de ses clients à conclure des assurances auto supplémentaires et inutiles. Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, initiatrice du « Consumer Financial Protection Bureau » (CFPB) membre du comité bancaire du sénat, chargée de l’implémentation du « Dodd-Frank Act » trouve que Mr. Sloan devrait quitter son poste. C’est violent. Sous la présidence Obama aucun responsable d’aucune institution financière n’a passé ne serait-ce qu’une journée en prison.

En la matière, l’Europe n’est pas en reste. Sans doute, faute d’inspiration, on copie l’original. Après près de dix ans d’enquête sur la faillite frauduleuse de la banque munichoise « Hypo Real Estate », un « dommage collatéral » du scandale des « subprimes », un produit américain, qui a coûté 17 mia EU au contribuable allemand, le procès contre son PDG Georg Funke s’est enfin ouvert le 20 janvier dernier et la cour bavaroise vient de rendre son verdict: Herr Funk est condamné à une amende de 18’000 EU, à verser à une institution caritative.

Le ministère public explique sa décision. Vu l’approche du délai de prescription, le temps imparti à la justice pour récolter suffisamment de preuves manque. Les avocats de Monsieur Funke ont réussi a faire durer le suspens. A la défense des magistrats il faut souligner qu’à l’instar de la justice française, la justice allemande manque cruellement de moyens, une conséquence de la politique d’austérité du gouvernement Merkel.

Georg Funke, qui vit des jours heureux sous le soleil de Mallorca, ne compte pas en rester là. Son cabinet d’avocat annonce d’ores et déjà vouloir obtenir de l’état allemand, pour son client, une compensation de 3,5 mio EU et une rente mensuelle de 47'000 EU.

Et le ponte de l’industrie cinématographique américaine, obsédé sexuel, dans tout cela ? Une logique, acceptée par tous, inclus les médias, celle de la justification implicite de l’abus de pouvoir par le système néolibéral, modèle de société contemporain.

08:22 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Vous en avez encore beaucoup des comme ça ?
Parce qu'au final, on va tous déprimer grave.
Vous n'auriez pas un début de solution ?...

Écrit par : Pierre Jenni | 23/10/2017

Si ! Consultez mon billet "Prévoyance 2020, des petits pas dans la mauvaise direction

Écrit par : Bruno Hubacher | 23/10/2017

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