27/06/2017

Ayn Rand n’est pas (encore) morte

Selon une étude de la bibliothèque du congrès américain, le roman de la philosophe et romancière russo-américaine Ayn Rand, « Atlas shrugged », publié en 1957, traduit en français en 2011 sous le titre « La grève », occuperait la deuxième place parmi les livres les plus influents du XXIème siècle aux Etats-Unis, juste après la bible.

Rescapée de la révolution bolchévique, Ayn Rand, devenue américaine en 1931, vouait une haine viscérale, durant toute sa vie, contre l’étatisme ou ce qu’elle appela la « mentalité collectiviste ». Profondément athée, elle développa sa théorie de l’objectivisme, prônant le capitalisme « laissez-faire » et la « vertu de l’égoïsme rationnel ». Elle soutint que « l’homme est un être héroïque dont l’éthique de la vie doit être la poursuite de son propre bonheur, et la réalisation de soi son activité la plus noble », rejetant l’altruisme et la compassion comme néfaste et un obstacle à l’atteinte de ce but. On se rappelle de la devise du personnage de Gordon Gekko dans le film « Wall Street »: Greed is good !

Curieusement opposée à l’anarchie, la romancière concéda tout de même trois domaines de pouvoir à l’état, dont la justice, pour arbitrer les contrats entre citoyens, l’armée pour protéger la nation, ainsi que la police pour protéger les individus contre la violence physique et l’atteinte à la propriété privée.

Les maîtres à penser de ce qui devait plus tard devenir le néolibéralisme, tels que les économistes Friedrich Hayek ou Milton Friedman et tant d’autres, s’étaient toujours empressés de prendre leur distance avec les thèses d’Ayn Rand, bien que celles-ci n’étaient pas si éloignées des leurs, thèses qui d’ailleurs devaient poser les jalons de l’ordre politique et économique ultralibéral de la société américaine dès les années 1980, culminant dans l’élection de Donald Trump à la présidence.

L’ancien président Ronald Reagan s’était inspiré d’Ayn Rand pour entamer sa vague de dérégulation dans les années 1980 au même titre que l’ancien patron de la Réserve Fédérale Alan Greenspan, un fervent adepte de la romancière, morte en 1982 à New York, ou l’actuel président de la Chambre des Représentants, Paul Ryan qui, selon ses propres dires, ne serait jamais entré en politique sans l’inspiration des écrits d’Ayn Rand.

Le démantèlement de l’assurance maladie, actuellement en cours, n’est qu’une étape pas vers l’idéal d’Ayn Rand, dont le roman dystopique « Atlas shrugged » donne un avant-goût qui sonne comme un avertissement d’outre tombe.

Atlas, le dieu grecque, condamné par Zeus de porter la voute terrestre sur ses épaules, représente, pour Ayn Rand, les « hommes de l’esprit », les entrepreneurs, scientifiques, artistes qui font un pied de nez à la société ingrate, de plus en plus collectivisée et règlementée, les empêchant dans la réalisation de soi, en se retirant, laissant le monde sans hommes de génie, faisant tomber ainsi tout l’édifice de la civilisation.

Le personnage principal, John Galt, un héro « randien » mais également un héro imaginaire du mouvement néoconservateur américain, le Tea Party, est un entrepreneur, philosophe et grand savant, inspiré, comme disent certains, de l’inventeur et ingénieur américain, d’origine serbe, Nikola Tesla.


John Galt, inventeur révolutionnaire d’un moteur, fonctionnant à l’énergie statique, refuse de faire bénéficier la société ingrate de son invention. Il crée, au fin fond du Colorado, la communauté capitaliste utopique. Il appelle tous les entrepreneurs, frustrés par les interventions incessantes de l’état dans leurs affaires, de faire grève et de joindre son mouvement. Ces ingérences incessantes de la part du gouvernement provoquent une répétition de graves crises, amplifiée par la grève des puissants.

Un jour John Galt s’adresse à toute la nation, expliquant la cause du déclin. Il critique le dédain des masses pour les créateurs égoïstes apportant pourtant la plus grande richesse. « Vous avez sacrifié la justice à la pitié, l’indépendance à l’unité, la raison à la foi, la richesse au besoin, l’estime de soi à l’abnégation, le bonheur au devoir ».Il promet le retour des puissants, à condition que le gouvernement abdique.

Le gouvernement abdiqua.

Pour la petite histoire, les fruits du succès de la marque de voiture « Tesla », nommée en l’honneur du célèbre scientifique, n’ont pas été récoltés par les ingénieurs inventeurs, Martin Eberhard et Marc Tarpenning, mais par l’investisseur et milliardaire Elon Musk.

08:12 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Commentaires

Les livres d'Ayn Rand se lisent comme des polars. On adhère facilement à la mentalité de l'époque qui n'a rien à voir avec l'utra-libéralisme de nos jours.
Car ce n'est plus l'esprit d'entreprise qui est valorisé, mais la capacité financière. Un investisseur ne choisit pas de mettre ses billes dans un projet pour son caractère innovant mais pour son potentiel de rendement.
Il faudra toujours dénoncer les lourdeurs de l'Etat, mais sans régulation nos sociétés se désintègreraient dans une loi de la jungle et par des bains de sang.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/06/2017

Je ne crois pas que l’on puisse assimiler la victoire de Trump avec le capitalisme libertarien d’Ayn Rand.

C’est même plutôt l’inverse. La majorité de ceux qui voté Trump l’on fait précisément pour lutter contre le néo-libéralisme et le capitalisme de copinage qui inclut tant les Clinton que les Bush.

Steeve Bannon, chef stratégiste de Trump, indique très clairement dans LA CONFÉRENCE AU VATICAN ce qu’il pense d’Ayn Rand et de l’ultralibéralisme auquel il entend opposer le retour à un capitalisme moral et chrétien.

https://lc.cx/UzjP

Écrit par : Piccand Michel | 28/06/2017

Merci pour ces lignes sur Ayn Rand ! Cette grande écrivaine qui marque tout lecteur à jamais quand il la découvre se lit avec une facilité déconcertante malgré la conceptualisation sophistiquée de ce qu'est la liberté, la responsabilité, la source vive, le désir, la moins pire société où l'individu devrait vivre, la volonté ou le besoin, etc.

Écrit par : Micheline P. | 01/07/2017

Comme le suggérait Oscar Wilde, il faut toujours se méfier terriblement de ceux qui se prétendent vos amis, de ceux qui se réclament de vous, plus encore que de ceux qui vous critiquent plus ou moins injustement.
Personnellement je trouve à redire dans les fondements philosophiques (l'objectivisme) de la pensée de Rand, et je trouve son libéralisme excessif. Ce qui me séduit, c'est sa conception de l'homme, de la vie humaine, de la vie en société et ses postulats concernant l'organisation de la société.
Ayn Rand sera au menu de France culture du 24 au 28 juillet 2017 à partir de 12 h. Connaissant las positions politiques de France culture, je crains le pire. Je donne l'information pour ceux que ça intéresse.

Écrit par : jean-louis | 01/07/2017

Cette chère madame Rand qui, à la fin de sa vie, malade et désargentée
falsifia son identité afin de bénéficier des services sociaux de son Etat.
Une vraie figure de la liberté et du courage.

Écrit par : Otto Mathik | 02/07/2017

Cette chère madame Rand qui, à la fin de sa vie, malade et désargentée
falsifia son identité afin de bénéficier des services sociaux de son Etat.
Une vraie figure de la liberté et du courage.

Écrit par : Otto Mathik | 02/07/2017

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