13/04/2017

Le Venezuela, la boule puante de la dernière ligne droite ?

La campagne présidentielle française entre dans sa dernière ligne droite avant le premier tour du 23 avril prochain. Après la quasi certitude sur son issue, la flambée de la cote de popularité du candidat de la « France insoumise » a pris de court les milieux des affaires. La dette française se négocie dorénavant avec une « prime Mélenchon ». Ce qui n’était une surprise pour personne, sauf pour les médias, devient une possibilité, Jean-Luc Mélenchon président.

Les prochains dix jours s’annoncent donc mouvementés. « Le Figaro » craint « un projet dévastateur pour la France », la « Frankfurter Allgemeine Zeitung » fait carrément dans la désinformation et parle de populisme anti-allemand, le britannique « The Economist » annonce « a nightmare option » et le très conservateur « Daily Mail » horrifié, titre « a french election shock ». Ca y est, tout le monde s’est réveillé.

Dans ce contexte, sans aucun lien apparent et loin de nos contrés, au Venezuela, se déroule actuellement une catastrophe humanitaire. Dans les rues de Caracas, des dizaines de milliers de manifestants s’opposent aux soldats de la dictature du président Nicolas Maduros, qu’on n’appelle plus que « más duro », et des centaines de milliers de vénézuéliens se massent à la frontière colombienne fuyant la misère. Un taux d’inflation de 1600% par année dévore le pouvoir d’achat et un rationnement des denrées alimentaires fait rage.

Il se trouve que le candidat Mélenchon se réfère souvent au modèle de la « révolution bolivarienne » du défunt président vénézuélien Hugo Chavez, un des personnages politiques le plus controversés d’Amérique Latine. En vue d’un probable amalgame entre vérité et fiction, le candidat de la France insoumise ferait bien de prendre les devants et de clarifier sa position. La situation explosive de ce pays pourrait bien s’immiscer dans la campagne présidentielle et inciter quelques adversaires à lancer des boules puantes, faute de « casseroles ». Dans une récente interview télévisée, le journaliste de la radio publique « France Inter », Patrick Cohen, interroge le porte parole de la « France insoumise », le charismatique Alexis Cobière, à ce sujet, mais celui-ci esquive la question, ce qui n’est nullement dans son habitude.

Pourtant, Hugo Chavez, bien que très controversé, n’a pas fait que des erreurs. Elu président de la République de Venezuela en 1999, il promulgue une nouvelle constitution et lance une politique participative en nationalisant des industries clé, celle des ressources naturelles, notamment du pétrole, qui font du Venezuela la nation la plus riche d’Amérique Latine.

Conforté par la hausse vertigineuse du prix du pétrole, il lance un programme social d’envergure, procède à des expropriations de terres, dont certaines discutables et lance un système de microcrédits d’initiative publique, soutenus par le HCR. Il interdit la culture des OGM et la pêche intensive.

Selon le « Center for Economic and Policy Research » basé à Washington, entre 2003 et 2008 le taux de pauvreté a diminué de moitié et le taux d’extrême pauvreté de 72%. L’accès à la nourriture avait été amélioré de manière significative et le coefficient « Ghini » qui mesure le degré d’inégalité et la répartition des richesses est passé de 0,498 en 1999 à 0,39 en 2011, ce qui fait du Venezuela le pays le moins inégale d’Amérique Latine, et le place juste derrière le Canada au niveau mondial. En outre, son taux d’alphabétisation a atteint 93% sous l’ère Chavez.

Que s’est-il passé ? En 2008, l’année de la crise financière, le prix du pétrole s’est effondré de 60%, or le pétrole représente 96% des exports et 50% des revenus fiscales du Venezuela, Les économistes appellent cela « dutch disease » ou maladie hollandaise en référence au déclin du secteur manufacturier hollandais suite à la découverte, en 1959, du plus important champ gazier européen.

Cette théorie économique établit un lien entre la croissance d’un secteur économique spécifique (ressources naturelles) et le déclin simultané d’autres secteurs (secteur manufacturier, agriculture). Plus les revenus du secteur croissant augmentent plus les revenus des autres secteurs diminuent car la pression sur le taux de change favorise l’importation de produits et défavorise le secteur domestique, l’économie indigène, qui disparaît peu à peu.

Pour la petite histoire, l’Allemagne fait la même erreur, avec la seule différence qu’elle est protégée contre une appréciation de la monnaie, car elle profite de son appartenance à l’Euro. Avec sa promotion excessive des exports en baissant les salaires, elle détruit peu à peu son économie domestique, et le surplus les acteurs économiques distribuent à leurs actionnaires sous forme de dividendes au lieu d’investir.

Certes la reprise des affaires, après la mort d’Hugo Chavez en 2013, par le compagnon de route, Nicolas Maduro, n’était pas chose facile. Mais cela n’excuse pas l’emprisonnement des opposants, tels que Leopoldo Lopez condamné à 13 ans de prison pour avoir manifesté pacifiquement en 2014, rendu responsable des 43 manifestants succombés lors des affrontements avec la police, ni l’inéligibilité de 15 ans, décrétée par la justice, de son adversaire Henrique Capriles, gouverneur de l’état de Miranda, qui, à ce jour conteste le résultat des élections de 2013.

Avec talent et intelligence l’équipe des « Millenials » qui entoure le candidat de la « France insoumise » a réussi à arrondir les angles du tribun du « bruit et la fureur » mais la campagne entre dans une phase périlleuse. Certes, la nouvelle constitution de la VIème République empêcherait un dictateur Mélenchon, du fait de la révocabilité des élus en cours de mandat, inclus le président, mais les troubles au Venezuela représentent un argument de rêve pour les défenseurs du statu quo, à moins que la bombe soit désamorcée avant.

09:00 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les commentaires sont fermés.