29/03/2017

La fin des partis politiques

Ca y est ! Elu avec le score « stalinien » de 100% des votes, le désormais ancien président du parlement européen, Martin Schulz, est le nouveau chef du Parti Social Démocrate allemand SPD et candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel. Vive la démocratie !

Dans une récente interview dans le quotidien allemand « Bild », « saint Martin » annonce la couleur, sans ménagement: « pas de baisse d’impôts, égalité salariale entre hommes et femmes, parité hommes - femmes au gouvernement, une politique favorable aux travailleurs, renforcement des contrats de travail à durée indéterminée, investissement dans les métiers de la santé, augmentation limitée du budget de l’armée, meilleure contribution allemande à la maitrise de la crise en Europe. » Et, pour couronner le tout, l’heureux élu réservera un poste de ministre à son prédécesseur Sigmar Gabriel, le champion de l’impopularité, contraint à abandonner la présidence du parti, sous la pression des membres. C’est le supermarché Schulz, un peu pour tout le monde. Non, Martin Schulz n’a pas de projet, ni le SPD. Il veut être élu.

Plutôt que de faire du parlement européen un contre poids à la toute puissante « Commission Européenne », Martin Schulz a préféré utiliser son mandat pour jouer les alliances des puissants. A l’instar du parlement allemand, qui est gouverné depuis des lustres par une alliance entre la gauche et la droite (CDU/CSU/SPD), il a réussi à prescrire la même recette au parlement européen. Le Groupe du Parti Populaire Européen, un condensé des partis européens de droite, et l’Alliance Progressiste des Socialistes, l’ensemble des partis socialistes européens, contrôlent 406 des 751 sièges à Strasbourg. Il n’y a pas mieux pour faire le jeu de la toute puissante Commission, en tuant ainsi dans l’œuf tout débat contradictoire, et pour cimenter le statu quo de l’Europe de la rigueur budgétaire, si chère à Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, et son obsession avec les déficits et la dette des moutons noirs.

Les récentes élections parlementaires au land de la Sarre ont démontré qu’il faut un peu plus que de la rhétorique au parti de l’« Agenda 2010 » et « Hartz IV » pour convaincre les petites gens. A l’instar du candidat à la présidentielle du Parti Socialiste français, Benoit Hamon, Martin Schulz aura du mal à faire oublier le « flirt » des siens avec le néolibéralisme.

Le candidat du PS français, ou ce qui en reste, en fait actuellement les frais. Par opportunisme, toute une flopée d’actuels et anciens responsables politiques socialistes est en train de se ruer vers le mouvement néolibéral « En Marche » d’Emmanuel Macron, une communauté d’intérêts particuliers plutôt qu’un parti politique, marquant ainsi le début de la fin du parti socialiste français. Le grand gagnant de ce marasme à gauche est le candidat indépendant Jean-Luc Mélenchon qui avait prévu ce scénario avec une précision horlogère.

En Grande Bretagne, les « Tories » nagent dans le flou le plus total, après le vote sur la sortie du Royaume de l’Union Européenne. En ce qui concerne la gauche, à l’instar de Benoit Hamon, Jeremy Corbyn, pourtant élu haut la main à la présidence de « Labour » à deux reprises par la base, est détesté copieusement par l’establishment du parti et ostensiblement boudé par la presse. (Danger pour la démocratie / étude de la « London School of Economics ») Les nostalgiques guettent en arrière plan. Dans une récente interview, l’ancien Secrétaire d’Etat du gouvernement de Gordon Brown, David Miliband, frère du malheureux candidat au poste de Premier Ministre Ed Miliband, espère un retour de la politique de Tony Blair, puisant son espoir dans les succès d’Emmanuel Macron en France.

Aux Etats-Unis, le Parti Démocrate, toujours à la botte des grands donateurs, n’est plus que l’ombre de lui-même. Après la défaite à la présidentielle, provoquée par sa propre cupidité, il continue à bouder le mouvement « Our Revolution » du sénateur Bernie Sanders. Questionné récemment par la chaîne de télévision CBS au sujet du futur du Parti Démocrate, celui-ci répond : « Il (le parti) est en train de se noyer comme le Titanic et pourtant tout le monde se bat pour un siège en première classe. »

Le Parti Républicain, n’est pas en reste. Pourtant au pouvoir depuis à peine quelques semaines il produit bourde après bourde. Sous la pression des frères « Koch » généreux donateurs au parti, les élus républicains ont contribué à faire couler la réforme du système de santé de leur président. Dans une initiative, qu'on qualifierait en temps normal de corruption, les frères Koch avaient annoncé, avant le vote, l’ouverture d’un fonds de capital considérable, destiné à la réélection des élus républicains, mais accessible uniquement aux élus, opposés à la réforme. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas là d’un sursaut philanthropique des frères Koch. Non, pour eux, le projet de coupes dans les dépenses de santé ne va pas assez loin.

En Suisse, la seule mouvance politique qui tire actuellement son épingle du jeu est le parti socialiste. Le bilan d’une année de dominance bourgeoise est plus que calamiteux. Les partis de la droite suisse sont à peu près d’accord avec rien. A l’instar de leurs pendants européens, leur projet d’avenir est le statu quo.

Pour se démarquer davantage de ses pendants européens, le PS Suisse devrait s’inspirer de la campagne présidentielle de la « France insoumise » et de son « style pédagogique ». L’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de communication ne demande pas des investissements colossaux.

Sommes-nous en train de vivre la « destruction créatrice » ou le « darwinisme social » des partis politiques, des concepts, après tout, si chers au néolibéralisme.

09:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

18/03/2017

Le vote utile

Le soulagement dans les médias est palpable. Les électeurs des Pays-Bas ont voté contre l’extrême droite. La droite libérale a perdu moins de sièges que prévu. Levée de l’état d’urgence ! Circulez !

Dans l’esprit de combat pour le maintien du statu quo, le magazine allemand « Der Spiegel » publie cette semaine une « story » sur le candidat à la présidentielle française, Emmanuel Macron. Sous le titre « Révolution ! » on peut y lire, sous la photo du couple Macron: « Le candidat Emmanuel Macron pourrait éviter une présidente Marine Le Pen. » Jadis un fleuron de la presse allemande et référence internationale en matière de journalisme d’investigation, le magazine du légendaire Rudolf Augstein est descendu au niveau de la « Home Story ». Un des derniers journaux européens dites sérieux fait l’apologie du vote utile. Dire que la presse est sous influence est un euphémisme.

Le vote utile, une tradition française, mais pas que, prétendument appliquée pour contrer l’extrême droite, a contribué à faire doubler voir tripler les scores électoraux du « Mal » depuis une dizaine d’années.

Il faut bien se rendre à l’évidence qu’au pire des cas, le grand capital saura s’arranger avec l’extrême droite, bien que ce serait plus facile avec la droite libérale, mais s’il le faut, il peut faire preuve de flexibilité. Aux Etats-Unis il n’a pas réussi à imposer la candidate Hillary Clinton. Qu’à cela ne tienne, il s’arrange avec l’actuelle administration. Il faut dire que cela fonctionne assez bien.

Avouons-le, son coup de marketing, qui consiste à faire défiler depuis une vingtaine d’années de jeunes politiciens dynamiques aux jolis visages photogéniques, tenant d’un côté un discours progressiste et menant de l’autre une politique néolibérale, peut être considéré comme un coup de maître en matière de com.

On pense à Tony Blair et son amitié avec le magnat de presse Rupert Murdoch, à qui il a fini par piquer l’épouse, Wendi Deng. Cette dernière est par ailleurs une amie proche du couple Ivanka Trump et Jared Kushner, éminence grise du président Donald Trump. On pense à Gordon Brown, successeur et dauphin de Tony, à Gerhard Schröder qui s’est, entre temps, converti en consultant de l’oligarchie russe, à Barack Obama qui a récemment déclaré dans une interview sur une chaîne de télévision américaine au sujet de la couverture médicale, actuellement déplumée par Donald Trump, que, je cite: « Les citoyens de condition modeste feraient mieux de consacrer leur budget au paiement d’une assurance maladie plutôt qu’à l’abonnement à une chaîne de télévision ou un téléphone portable. » Fin de citation.

On pense à Matteo Renzi avec sa coalition centre gauche « Bien Commun », ça sonne bien, à José Luis Zapatero, mais également à Justin Trudeau, le président « écologiste », qui a approuvé depuis le début de son mandat la construction de pas moins que 3 oléoducs dans son pays et qui s’est réjoui publiquement de l’aval « trumpien » de la très controversée « Keystone XL Pipeline », car cela fera travailler les entreprises canadiennes. Le premier ministre a reçu le 6 mars dernier à Houston au Texas, lors d’une conférence, réunissant quelques ministres de l’énergie et des ressources naturelles, ainsi que le gotha des plus importantes multinationales des énergies fossiles, le prix du « leadership mondial dans le domaine énergétique », fossile probablement. (huffpost)

On pense à Emmanuel Macron, dauphin de l’actionnaire et président du conseil de surveillance du journal « Le Monde », Pierre Bergé, dont le programme de campagne reprend les principales revendications de la « Commission Européenne » à l’égard de l’état français. Ceci pour la « révolution » du « Spiegel ». La rédaction du « Monde » a vigoureusement défendu, dans ses colonnes, son indépendance rédactionnelle. On sait pourtant que la direction d’un journal est capable de trouver maints motifs pour se séparer d’un collaborateur non conforme, comme le démontre le récent et soudain licenciement de la directrice adjointe de la rédaction de l’hebdomadaire « Le Point ». (Mediapart)

Est-ce que les électeurs français de gauche voteront-ils « utile » le 23 avril prochain, conforme aux recommandations des médias ? Est-ce que la monarchie présidentielle perdurera ?

C’est tout de même une ironie de l’histoire. La Suisse, qui possède le système démocratique le plus performant des pays industrialisés, a dû se faire imposer, à sa propre initiative d’ailleurs, sa première constitution par le « Premier Consul » Napoléon Bonaparte à travers l’acte de médiation de 1803, en échange de quelques soldats comme chair à canon pour la « Grande Armée », certes, mais en permettant la pacification d’un peuple profondément divisé. Il nous avait ainsi imposé l’égalité des droits entre cantons, l’abolition des privilèges des classes patriciennes, l’organisation fédérative dans le respect des langues, religions, mœurs et opinions. La version actuelle de notre constitution a certes été remodelée à quelques reprises depuis, mais tout de même.

Et aujourd’hui, la France continue à avoir mal à son empire défunt et la Suisse, elle prospère. La démocratie directe n’est peut-être pas compatible avec les aspirations d’une Grande Nation. En tout cas, malgré les graves dangers qui pèsent actuellement sur la démocratie en Europe, le modèle suisse est curieusement absent du débat, sauf, peut-être dans les propositions du candidat de la « France insoumise » Jean-Luc Mélenchon, qui préconise le droit de révoquer les élus en cours de mandat, une sorte de référendum populaire que nous connaissons, non pour les élus mêmes, mais pour les lois que ceux-ci votent.

La Suisse est peut-être le pays de banques et des montres, mais elle est également le pays avec la plus longue expérience en matière de démocratie directe, un pays où le peuple a le droit, par exemple, de refuser une réduction d’impôts aux multinationales par voie de référendum populaire.

Pour cette raison, vu de Suisse, les réactions de la part de la majorité des journalistes français aux propositions de Jean-Luc Mélenchon paraissent sorties d’un autre âge. Ce « manque de confiance » envers les élus n’est que très peu goûté et un « appel aux urnes trop fréquent » pourrait fatiguer les électeurs. Une « pléthore de référendums » pourrait paralyser le fonctionnement de l’état, et une assemblée constituante, inspirée des pays de l’Amérique Latine. Quelle horreur ! On ne veut pas de ces idées bolchéviques.

Ainsi, l’establishment, à travers les médias qui lui appartiennent, continuent à alimenter à tout va la peur du Front National, mais en visant en réalité le mouvement de la « France insoumise ». Au pire, avec Marine Le Pen il saura s’arranger, avec Mélenchon pas.

16:23 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

03/03/2017

Qui paiera ?

En 2016, le volume mondial de transactions en devises s’élevait à 5'100 mia USD par jour, selon la « Banque des Règlements Internationaux » BIS à Bâle.

A titre de comparaison, le produit mondial brut GWP, donc toutes les marchandises et services produits en une année dans le monde, s’élève à 75'000 mia USD. Autrement dit, deux semaines de transactions en devises équivalent les échanges commerciaux réels, le reste est de la spéculation. En outre, le rapport entre le niveau mondial des transactions en valeurs boursières et le total des marchandises et services, produits en une année, a augmenté de 20% à 160% entre 1992 et 2015.

Cette bulle financière continue à être alimentée, bien sûr par la planche à billets des banques centrales, mais aussi par les multinationales qui rachètent leurs propres actions et versent des dividendes à leurs actionnaires, prétendument faute d’opportunités d’investissement dans l’économie réelle, dividendes qui sont réinvestis à leur tour dans les marchés financiers. Ceci pour la théorie économique néolibérale du « trickle down ». S’il en faut une preuve supplémentaire que le marché libre et dérégulé détruit l’économie, en voilà une.

La solution serait simple et ne ferait de mal a personne. Pour contrebalancer ce déséquilibre, il suffirait d’introduire une taxe universelle sur les transactions financières, un impôt progressif sur le capital, ainsi que sur le revenu du capital et, par la même occasion, une réduction du taux d’imposition sur le travail et une augmentation massive des salaires.

Taxer les robots est une fausse bonne idée, car le progrès technologique en soi est un bienfait pour la société. Il permet la réduction du temps de travail et donne la possibilité aux individus de dédier énergie et talents à d’autres activités, enrichissantes et même utiles. La tâche de la répartition équitable des fruits de ce progrès, découlant idéalement de choix démocratiques en revanche, devrait être assumée par les élus politiques, qui malheureusement manquent d’inspiration. Serait-ce parce qu’ils sont un peu trop souvent à la botte d’intérêts particuliers ?

Le capitalisme est capable de beaucoup de choses, mais il y une chose dont il est incapable: « faire des choix de société » Sinon le cimentier franco-suisse « LafargeHolcim » et le fabricant suisse de matériaux de construction Sika refuseraient de participer à l’appel d’offre pour la participation à la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats Unis et le cimentier « LafargeHolcim », encore lui, aurait tout simplement fermé son usine en Syrie en 2013, plutôt que de payer le « pizzo » à des groupes terroristes.

C’est un constat amer, mais depuis Ronald Reagan et Margareth Thatcher avec le lancement de leur société néolibérale, plus aucun parti politique ni politicien n’a eu de projet de société. Sauf, peut-être, le député européen et sénateur français, Jean-Luc Mélenchon, avec son mouvement « La France insoumise », mais, comme disait le comique Coluche: « Certaines choses on ne peut pas dire à la télévision, il y a trop de gens qui regardent. » Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, car la récente invitation sur un plateau de télévision de la chaîne publique française, pour présenter son programme, a dégénéré en un véritable guet-apens. On ne veut décidément pas entendre parler d’un changement du statu quo. Mais, peut-être ce n’est qu’une théorie de complot.

En ce moment, le parlement suisse se livre à une querelle de chiffonniers pour savoir si oui ou non il faut augmenter la rente mensuelle de CHF 70.00, le prix d’un bon repas, ou augmenter l’âge de la retraite pour les femmes à 65 ans pour contrecarrer un manque à gagner dans la prévoyance privée de capitalisation.

Le chancelier de l’empereur Guillaume 1er, Otto von Bismarck, avait introduit, en 1883, la première assurance sociale paritaire, dans le but d’apaiser les tensions sociales et de protéger la monarchie contre la montée du socialisme et les syndicats, et, en 1889 le système des retraites. Il était malin, Bismarck, car pouvait partir à la retraite à l’âge de 70 ans tous ceux qui avaient cotisé au préalable pendant 30 ans. Peu nombreux étaient les heureux élus, car l’espérance de vie au temps de Guillaume 1er était de 40 ans.

En Suisse, l’âge de la retraite est actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes, avec une espérance de vie entre 80 et 85 ans, une amélioration de 45 ans, ce qui fait que le calcul bismarckien ne fonctionne plus. Qui paiera ?

Des propositions de la boîte à outils de « Monsieur Bricolage » sont nombreuses, augmentation de la TVA. 0,6% ou 1%, augmentation de la contribution de la Confédération de 19,55% ou 20%, augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, augmentation générale de l’âge de la retraite à 67 ans. Tout cela rappelle l’arnaque bismarckienne

Ce n’est pas une question d’argent, c’est un choix politique. La seule réponse possible est une répartition plus équitable entre le capital et le travail. Contrairement à ce que veulent faire croire les clichés, qui ont la vie dure, le succès de l’économie suisse ne tient pas aux succès de ses banques, ni au fromage d’ailleurs. La part du secteur bancaire fournit moins que 6% des places de travail et son poids dans l’économie représente à peine 10%.

L’économie suisse doit son succès à sa démocratie directe et, par conséquent, à sa stabilité politique exemplaire, son système libéral à l’américaine couplé d’une paix sociale sagement négociée entre les partenaires sociaux, mais menacée actuellement par la disparition du contre pouvoir de la gauche au parlement lors des élections d’octobre 2015.

Preuve, en revanche, que la démocratie directe fonctionne à merveille dans ce pays, à condition qu’on prenne soin de toujours bien la bichonner, sont les récentes votations, lors desquelles le peuple suisse a décidé de ne pas accordé de baisse d’impôts aux entreprises.

Il serait donc temps d’avancer quelques pistes hérétiques supplémentaires, telles que taxer le secteur de la finance et le capital, à commencer par l’introduction d’une « taxe tobin » sur les transactions financières. Certes, peut-être quelques « sociétés de trading » partiraient. A Londres ? Non, pas à Londres elles partent de Londres à cause du « Brexit ». Le produit pourrait financer un tas de choses, l’éducation, la recherche, l’aide à la création de nouvelles entreprises, dans le domaine des énergies renouvelables, par exemple, la santé, des idées ne manquent pas.

Ensuite il y a la manne de la prévoyance, publique et privée, obligatoires les deux. Le « Fonds de Compensation » qui s’occupe de l’argent non utilisé, à moyen terme, pour le paiement des rentes de l’Assurance Vieillesse et Survivants AVS, de l’Assurance Invalidité AI et de l’Assurance perte de gains EO est géré par une cinquantaine de fonctionnaires à Genève, dont le site internet « compenswiss.ch » dévoile de plus en plus de secrets, grâce à la curiosité et l’assiduité du député vaudois PLR, Olivier Feller.

On y apprend, par exemple, que la gestion de 16 des CHF 34 mia, dont dispose le fonds, est confiée à des gestionnaires externes, suisses et étrangers. Le plus important d’entre eux, avec CHF 2,9 mia, est la multinationale américaine de gestion d’actifs et numéro un mondial, « Black Rock », qui à elle seule gère des capitaux d’une valeur de USD 5'000 mia et dont le vice président du conseil d’administration n’est personne d’autre que l’ancien président de la Banque Nationale Suisse, Philipp Hildebrand.

Parmi d’autres heureux élus sont le « Crédit Suisse » et « UBS » avec CHF 1,7 mia chacun, la maison « Pictet » avec CHF 1,3 mia, la maison « Schröder » avec CHF 1,3 mia, « Pramerica Investments » avec CHF 1,3 mia et ainsi de suite. La performance globale du fonds en 2015 était de - 0,95%.

Le secret du modèle d’affaire de la gestion de fortune est le fait que, contrairement à celui d'un avocat ou d'un médecin, le tarif est en fonction de la taille de la fortune sous gestion. Si on payait la gestion de fortune au tarif horaire le modèle s'effondrerait.

Alors, plutôt que de laisser partir un savoir faire à l’étranger ou même dans les banques indigènes, on pourrait annuler tous les mandats de gestion externes, engager une flopée de spécialistes sur place, pour le service public, fraîchement diplômés de nos universités. On économiserait quelques dizaines de millions en commissions et renforcerait le savoir faire en matière de finance. En outre, on pourrait investir davantage dans l’économie réelle sous forme d’aide à la création d’entreprises et la recherche, activité qui demande un savoir faire plus pointu que la simple gestion financière.

Pour résumer, et contrairement à ce que le courant d’opinion dominant veut faire croire, le progrès technologique qui engendre la réduction du temps de travail et l’amélioration de la santé publique qui engendre le vieillissement de la population sont une chance et non un problème. Tout ce qui reste à faire est de répartir les fruits de ce progrès de manière équitable en allant voter.

11:31 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |