18/03/2017

Le vote utile

Le soulagement dans les médias est palpable. Les électeurs des Pays-Bas ont voté contre l’extrême droite. La droite libérale a perdu moins de sièges que prévu. Levée de l’état d’urgence ! Circulez !

Dans l’esprit de combat pour le maintien du statu quo, le magazine allemand « Der Spiegel » publie cette semaine une « story » sur le candidat à la présidentielle française, Emmanuel Macron. Sous le titre « Révolution ! » on peut y lire, sous la photo du couple Macron: « Le candidat Emmanuel Macron pourrait éviter une présidente Marine Le Pen. » Jadis un fleuron de la presse allemande et référence internationale en matière de journalisme d’investigation, le magazine du légendaire Rudolf Augstein est descendu au niveau de la « Home Story ». Un des derniers journaux européens dites sérieux fait l’apologie du vote utile. Dire que la presse est sous influence est un euphémisme.

Le vote utile, une tradition française, mais pas que, prétendument appliquée pour contrer l’extrême droite, a contribué à faire doubler voir tripler les scores électoraux du « Mal » depuis une dizaine d’années.

Il faut bien se rendre à l’évidence qu’au pire des cas, le grand capital saura s’arranger avec l’extrême droite, bien que ce serait plus facile avec la droite libérale, mais s’il le faut, il peut faire preuve de flexibilité. Aux Etats-Unis il n’a pas réussi à imposer la candidate Hillary Clinton. Qu’à cela ne tienne, il s’arrange avec l’actuelle administration. Il faut dire que cela fonctionne assez bien.

Avouons-le, son coup de marketing, qui consiste à faire défiler depuis une vingtaine d’années de jeunes politiciens dynamiques aux jolis visages photogéniques, tenant d’un côté un discours progressiste et menant de l’autre une politique néolibérale, peut être considéré comme un coup de maître en matière de com.

On pense à Tony Blair et son amitié avec le magnat de presse Rupert Murdoch, à qui il a fini par piquer l’épouse, Wendi Deng. Cette dernière est par ailleurs une amie proche du couple Ivanka Trump et Jared Kushner, éminence grise du président Donald Trump. On pense à Gordon Brown, successeur et dauphin de Tony, à Gerhard Schröder qui s’est, entre temps, converti en consultant de l’oligarchie russe, à Barack Obama qui a récemment déclaré dans une interview sur une chaîne de télévision américaine au sujet de la couverture médicale, actuellement déplumée par Donald Trump, que, je cite: « Les citoyens de condition modeste feraient mieux de consacrer leur budget au paiement d’une assurance maladie plutôt qu’à l’abonnement à une chaîne de télévision ou un téléphone portable. » Fin de citation.

On pense à Matteo Renzi avec sa coalition centre gauche « Bien Commun », ça sonne bien, à José Luis Zapatero, mais également à Justin Trudeau, le président « écologiste », qui a approuvé depuis le début de son mandat la construction de pas moins que 3 oléoducs dans son pays et qui s’est réjoui publiquement de l’aval « trumpien » de la très controversée « Keystone XL Pipeline », car cela fera travailler les entreprises canadiennes. Le premier ministre a reçu le 6 mars dernier à Houston au Texas, lors d’une conférence, réunissant quelques ministres de l’énergie et des ressources naturelles, ainsi que le gotha des plus importantes multinationales des énergies fossiles, le prix du « leadership mondial dans le domaine énergétique », fossile probablement. (huffpost)

On pense à Emmanuel Macron, dauphin de l’actionnaire et président du conseil de surveillance du journal « Le Monde », Pierre Bergé, dont le programme de campagne reprend les principales revendications de la « Commission Européenne » à l’égard de l’état français. Ceci pour la « révolution » du « Spiegel ». La rédaction du « Monde » a vigoureusement défendu, dans ses colonnes, son indépendance rédactionnelle. On sait pourtant que la direction d’un journal est capable de trouver maints motifs pour se séparer d’un collaborateur non conforme, comme le démontre le récent et soudain licenciement de la directrice adjointe de la rédaction de l’hebdomadaire « Le Point ». (Mediapart)

Est-ce que les électeurs français de gauche voteront-ils « utile » le 23 avril prochain, conforme aux recommandations des médias ? Est-ce que la monarchie présidentielle perdurera ?

C’est tout de même une ironie de l’histoire. La Suisse, qui possède le système démocratique le plus performant des pays industrialisés, a dû se faire imposer, à sa propre initiative d’ailleurs, sa première constitution par le « Premier Consul » Napoléon Bonaparte à travers l’acte de médiation de 1803, en échange de quelques soldats comme chair à canon pour la « Grande Armée », certes, mais en permettant la pacification d’un peuple profondément divisé. Il nous avait ainsi imposé l’égalité des droits entre cantons, l’abolition des privilèges des classes patriciennes, l’organisation fédérative dans le respect des langues, religions, mœurs et opinions. La version actuelle de notre constitution a certes été remodelée à quelques reprises depuis, mais tout de même.

Et aujourd’hui, la France continue à avoir mal à son empire défunt et la Suisse, elle prospère. La démocratie directe n’est peut-être pas compatible avec les aspirations d’une Grande Nation. En tout cas, malgré les graves dangers qui pèsent actuellement sur la démocratie en Europe, le modèle suisse est curieusement absent du débat, sauf, peut-être dans les propositions du candidat de la « France insoumise » Jean-Luc Mélenchon, qui préconise le droit de révoquer les élus en cours de mandat, une sorte de référendum populaire que nous connaissons, non pour les élus mêmes, mais pour les lois que ceux-ci votent.

La Suisse est peut-être le pays de banques et des montres, mais elle est également le pays avec la plus longue expérience en matière de démocratie directe, un pays où le peuple a le droit, par exemple, de refuser une réduction d’impôts aux multinationales par voie de référendum populaire.

Pour cette raison, vu de Suisse, les réactions de la part de la majorité des journalistes français aux propositions de Jean-Luc Mélenchon paraissent sorties d’un autre âge. Ce « manque de confiance » envers les élus n’est que très peu goûté et un « appel aux urnes trop fréquent » pourrait fatiguer les électeurs. Une « pléthore de référendums » pourrait paralyser le fonctionnement de l’état, et une assemblée constituante, inspirée des pays de l’Amérique Latine. Quelle horreur ! On ne veut pas de ces idées bolchéviques.

Ainsi, l’establishment, à travers les médias qui lui appartiennent, continuent à alimenter à tout va la peur du Front National, mais en visant en réalité le mouvement de la « France insoumise ». Au pire, avec Marine Le Pen il saura s’arranger, avec Mélenchon pas.

16:23 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

le peuple vote contre le peuple et partout!

Écrit par : Degoumois Dominique | 17/03/2017

Les commentaires sont fermés.