27/02/2017

Difficile de rompre avec le passé (bis)

Les 447 membres du Comité National Démocrate DNC se sont réunis samedi à Atlanta pour élire leur nouveau président.

Les prétendants étaient nombreux, mais deux favoris sortaient du lot, avec d’un côté l’ancien Secrétaire d’Etat au Travail sous l’administration Obama, Tom Perez, soutenu par l’ancien président, bien sûr, mais aussi par l’ancien vice-président Joe Biden, par l’ancien procureur général et chef du département de justice William Holden et, last but not least, par l’aile conservatrice de la malheureuse candidate à la présidentielle, Hillary Clinton, et, de l’autre côté, soutenu par le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, la sénatrice progressiste du Massachusetts Elizabeth Warren, ainsi que le chef du groupe parlementaire démocrate au sénat, Chuck Schumer, le candidat Keith Ellison, premier musulman à être élu membre du congrès, député pour l’état du Minnesota et supporteur du sénateur Sanders dès les premières heures de sa campagne des primaires.

En amont du congrès, une coalition de 200 leaders des « Millenials » et des mouvements citoyens dont « Black lives matter » et « Women’s March on Washington » avaient publié sur « facebook » une lettre ouverte de soutient à Keith Ellison, considérant qu’il était le seul candidat, apte à sortir le parti de sa dépendance de l’argent des multinationales et Wall Street.

Inquiets de voir leur parti basculer trop à gauche, 235 militants ont donc voté pour Tom Perez samedi, et seulement 200 pour Keith Ellison. Le sénateur Sanders a perdu une deuxième fois. L’argument des donateurs puissants a pesé plus lourd. L’argent en politique est comme une drogue et l’élection de Perez est un peu comme confier la gestion de la « Croix Bleue » à Gérard Depardieux.

En tout ca, ça augure mal pour la gauche progressiste et l’avenir de la Social-Démocatie européenne.

Au lieu de se poser la question, pourquoi il a perdu 1030 sièges législatifs, au niveau des états autant qu’au niveau fédéral, sous l’administration Obama, le parti démocrate espère ainsi reconquérir les électeurs avec les mêmes recettes, proposées par les mêmes pontes du parti, avec le même système de financement des « super pacs » au lieu d’essayer un concept nouveau, plus démocratique, tel que, par exemple, la collecte de fonds, basée sur le principe du « crowdfunding », réalisé avec succès par Bernie Sanders, qui avait réuni, avec son mouvement « grassroots », autant de fonds que son adversaire Hillary Clinton avec ses « super pacs ».

Le nouveau président de parti sera donc principalement en charge de la collecte de fonds, des grands contributeurs en l’occurrence, les multinationales et les banques, dans le but de regagner une majorité au congrès lors des élections de mi-mandat en 2018. Il comptera sans doute sur l’amnésie des électeurs.

En 2009, le président Obama disposait d’une confortable majorité au congrès, et pour ainsi dire « carte blanche » pour réformer en profondeur le secteur bancaire et trouver une solution équitable à la crise des « subprimes » entre les propriétaires de maisons, menacés d’expulsion, et les banques, à l’origine du désastre. Au lieu de cela, la politique, choisi par le président, et exécutée par son secrétaire au trésor Timothy Geithner, avait mené à pas moins que 9 mio de saisies et expulsions.

Le « Sherman Anti-Trust Act » de 1890 est resté lettre morte, sous l'administration Obama. L’année 2015 a vu un record absolu de fusions et acquisitions d’entreprises dans tous les domaines, de l’industrie pharmaceutique, en passant par la télécommunication aux plateformes internet et l’aviation. (Washington Post, 12 janvier 2017)

Une semaine avant le congrès du DNC, le candidat Tom Perez avait publié ce message sur son compte « Twitter »: « Nous devons écouter les jeunes supporteurs du Sénateur Sanders et admettre que l’élection primaire était truquée. Par conséquent, nous avons besoin d’une présidence transparente ».

Questionné au sujet de ce même « tweet » lors d’un débat télévisé sur CNN le 23 février dernier, le candidat Perez regrette avoir été « mal compris » et rétropédale: « Des amis m’ont interpellés au sujet de ce message et je veux être clair. Je me suis mal exprimé au sujet de l’élection de la candidate Hillary Clinton. Cette élection était bien entendu juste et équitable et elle a gagné davantage de votes que ses adversaires. »

Aurait-il agi sous la pression de puissants donateurs ? On peut le supposer.

Pas sûr toutefois que ce genre de contorsion rhétorique sera efficace comme « arme de destruction massive « contre Donald Trump et convaincra les électeurs de confier à nouveau une majorité du congrès au parti démocrate en 2018.

11:37 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

24/02/2017

Difficile de rompre avec le passé

L’année électorale 2017 changera la face de l’Europe. Contrairement à ce que suggèrent les médias, le statu quo n’est plus une option, et d’options il n’en restent pas tant. Une possible variante est actuellement testée aux Etats-Unis.

La couverture de la campagne électorale en France par la plupart des médias est symptomatique d’une sorte de « détermination sournoise » de maintien d’un système, d’idéologie néolibérale, en place depuis trente ans, défendu par ailleurs par à peu près tous les courants politiques, et qui sert de « plateforme de transfert » du pouvoir politique à une oligarchie, qui utilise la presse, dont elle a fait l’acquisition successivement depuis une dizaine d'années, comme outil de propagande. Les journalistes, dont certains sont sans doute trop payés pour faire autrement, se laissent instrumentaliser pour la cause. Pour s’en rendre compte, il suffit de visionner les nombreuses vidéos des plateaux de télévision, qui traitent de l’élection présidentielle, publiées par les internautes sur « youtube » et de parcourir les titres de la presse écrite, de gauche et de droite.

Est-ce que Benoit Hamon et Martin Schulz auront le courage de rompre avec le passé, bravant l’appareil de leur parti et sa collusion avec le pouvoir économique ? On peut en douter, mais on peut aussi l’espérer. En tout cas, la droite française, cliniquement morte, et la CDU de la chancelière, au même titre que le SPD avant l’effet « Schulz » , au plus bas dans les sondages, l’avenir politique et économique de l’Europe dépendra de la réponse.

La « conscience social démocrate » du « PS » et de la « SPD », « La France insoumise » et « Die Linke », imposent la condition « inacceptable » qui met en rage les médias: « Rompre avec le passé ou perdre les élections. » Même pour l’establishment européen « l’expérience américaine » comporte trop d’impondérables. Pourtant, elle devrait servir de leçon à l’Europe, car l’élection du président actuel n’est rien d’autre que la suite logique d’une politique, intérieure et extérieure, dictée par l’argent de Wall Street et les multinationales, dont l’ancien président et son parti dépendent, comme le junkie de sa seringue.

La presse allemande « célèbre » actuellement le nouveau messie, Martin Schulz, dont les sondages dépassent celle de la chancelière, ce qui rappelle l’effet « Macron » en France. Populaire chez les petites gens, il est pourtant la personnification de la politique d’austérité bruxelloise depuis vingt ans. En tant que président du parlement européen et co-gestionnaire de la crise grecque, en tandem avec la commission de Jean-Claude Juncker, il a contribué à la descente aux enfers de l’économie grecque au niveau de celle d’un pays du tier monde.

En 2009, le même Martin Schulz s’était engagé pour une deuxième mandature de la commission « Barroso », du même José Manuel Barroso qui s’était vu offrir, une fois abandonné sa fonction publique, un poste de conseiller dans la « City » par la banque qui fait la pluie et le beau temps à Washington, « Goldman Sachs ».

Au même titre que le président français, le chef du parti SPD, Sigmar Gabriel, a dû se laisser convaincre par son parti, de réorienter sa carrière. Comme les militants du PS en France, avec Benoit Hamon, les militants du SPD en Allemagne essayent la quadrature du cercle avec Martin Schulz. Faire table rase avec le passé, mais pas trop.

Mise à part les sondages, pour Martin Schulz cela commence plutôt mal, car l’OLAF, « L’Office européen de lutte antifraude » mène actuellement une enquête pour savoir si les accusations, répandues dans la presse, dont le prétendant est la cible, concernant un supposé favoritisme à l’égard d’un de ses proches, sont fondées.

Les citoyens américains redécouvrent soudainement les bienfaits de la démocratie, par la force des choses, car les droits civiques, déjà bien entamés par l’administration Obama, subissent actuellement une véritable coupe à blanc. Par conséquent, les bureaux des sénateurs et représentants, démocrates autant que républicains, sont assiégés par des foules en colères qui réclament des comptes à leurs élus. Certains ont dû être évacués sous la protection des forces de l’ordre.

17:48 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17/02/2017

Le chemin est encore long

La Suisse a accepté, le week-end passé, un référendum contre un projet de loi visant à réduire massivement les impôts sur les bénéfices des entreprises au détriment d’une péjoration sans précédent des finances publiques. Le peuple Suisse se serait-il soudainement réveillé d’un songe trompeur dans lequel les « décideurs » économiques lui susurrent sans cesse à quel point le néolibéralisme ne veut que son bien, lui donne un travail, mal payé certes, mais un travail tout de même, ou n’était-ce qu’une petite vague à contre-courant dans une mer de conformisme ?

La presse suisse pense avoir déniché les raisons de cet affront à l’establishment. Ce serait, pour les uns, un langage plus agressif, emprunté à la droite extrême, qui aurait permis ce succès du parti socialiste dans les urnes. Pour les autres, ce serait un refus populaire de se faire imposer une règle, par l’Union Européenne en l’occurrence, celle de supprimer le traitement de faveur des sociétés holdings qui choisissent la Suisse comme domicile pour sa clémence fiscale.

Mais, peut-être les suisses n’ont tout simplement plus envie d’être le dindon de la farce. Peut-être ils ont compris qu’une fiscalité des entreprises au rabais ne crée pas d’emplois.

Le magazine allemand « Der Spiegel » reporte ces jours que le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, connaissait depuis 2011, une pratique d’évasion fiscale des banques allemandes qu’on appelle dans les cercles initiés le « dividend stripping », une pratique que le législateur n’interdit définitivement que depuis 2016. Ce manque d’empressement de la part du ministre a causé au fisc allemand un manque à gagner annuel de 6 mia EU.

La chose est plutôt technique, mais pour faire simple, des banques allemandes vendaient, à découvert sans posséder, avant la date de paiement des dividendes, des actions pour les racheter, après le paiement des dividendes « ex dividend ». Dans le registre des actionnaires figuraient propriétaire A autant que propriétaire B comme détenteurs d’actions, ayant droit au paiement du dividende, soumis celui-ci à déduction d’un impôt à la source de 25%, récupérable auprès du fisc. Pendant que l’état ne déduit qu’une fois les 25%, les actionnaires eux font valoir la somme deux fois.

Le même ministre des finances qui critique le gouvernement grecque pour son incapacité de prélever des impôts a volontairement fait perdre aux contribuables allemands chaque année 6 mia EU depuis 2011.

La lutte contre le néolibéralisme et la dérégulation a encore de beaux jours devant elle. Contre toute attente, le parlement européen a adopté cette semaine le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada, traité « provisoirement » en vigueur à partir du mois d’avril de cette année en attente de la ratification des 28 parlements de l’Union.

La surdité des parlementaires européens mérite un traitement en profondeur. Les tribunaux arbitraux se substituant aux états pour juger des litiges entre multinationales et pouvoirs publics font toujours parti du deal.

Ainsi le nivellement vers le bas des standards environnementaux et la lente érosion des droits civiques continuent à progresser jusqu'à ce que les réactions des citoyens deviennent plus pressants, comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis, où des foules en colères assiègent les bureaux des élus, leurs domiciles et les interpellent lors de leurs déplacements.

11:40 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |