04/02/2017

La gauche est morte, vive le progressisme

Le « Parti Démocrate » américain est à l’agonie, le « Parti Socialiste » français proche de l’implosion, le parti travailliste britannique « Labour » devant une scission entre le mouvement « Momentum » et les éternels sociaux libéraux de la ligne Blair-Brown et le SPD allemand lutte pour sa survie.

Le sénateur Bernie Sanders qui se définit comme progressiste, plutôt que socialiste, a crée son mouvement « Our Revolution » simultanément avec son entrée dans la course à la présidentielle. Bien qu’il n’en reste actuellement plus que le père spirituel, celui-ci ne cesse de prendre de l’ampleur, notamment chez les jeunes, mais pas que. Tout un pan de la population qui ne s’était jamais intéressé à la politique auparavant se mobilise actuellement pour des valeurs universelles comme la justice sociale, l’accès aux fruits du progrès pour tous, ainsi que la protection des libertés individuelles. Loin des dogmatismes partisans, de la politique politicienne et la corruption institutionnalisée, les citoyens semblent déterminés à faire de la politique une affaire publique à nouveau.

Le mouvement progressiste américain, qui a connu son apogée sous les présidents Theodore Roosevelt, Woodward Wilson et Franklin Roosevelt n’envisage pas, contrairement au socialisme, avec qui il partage pourtant les objectifs essentiels, l’appropriation de l’outil de production par l’état. Les progressistes veulent habiliter les citoyens à améliorer leur sort en créant l’égalité des chances pour tous en supprimant les privilèges qui favorisent les nantis. Les acquis majeurs du progressisme sont l’instauration d’un salaire minimum, l’impôt sur le revenu, la baisse des prix par le démantèlement des monopoles, une régulation plus juste de l’économie et une réforme bancaire majeure qui a abouti à la création de la Réserve Fédérale.

Il est intéressant de noter qu’au fil du temps, le mouvement des « Insoumis » du candidat à la présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon, semble s’éloigner de plus en plus du « socialisme doctrinaire » pour prendre la forme d’un projet plus proche du progressisme à l’américaine. La réforme des institutions, pierre angulaire du programme Mélenchon, est une idée qui est somme toute dans l’intérêt de tous les citoyens, indépendamment des sensibilités politiques. La « planification écologique » n’a pas d’étiquette politique non plus. A l’instar du mouvement progressiste américain du début du 20ème siècle sous le président Theodore Roosevelt, Jean-Luc Mélenchon et les siens prônent le « dégagisme ».

Avec la candidature de « saint » Martin Schulz pour le poste de chancelier, au mois de septembre, une possible alliance « rouge-rouge-verte », également du vœu du toujours très populaire Gregor Gysi, permettrait peut-être à Monsieur Mélenchon à adoucir son attitude « take it or leave it » face à l’Allemagne pour rendre son programme éligible par les français d'autres obédiences politiques. Une sortie unilatérale de la France de l’Euro n’est de toute manière pas une option et sans l’Allemagne M. Mélenchon ne fera rien. Mieux vaut s’entendre.

En Grande Bretagne, le chef du parti travailliste, pourtant réélu avec brio à deux reprises par la base, continue à se faire tirer dessus à boulets rouges par les pontes social-libéraux du parti, avec le soutien notable de la presse. A ce sujet, une étude du mois de juillet 2016 de la très réputée « London School of Economics » arrive à la conclusion que 75% des articles de la presse anglaise, de toute obédience politique, fournissent délibérément une fausse impression des propos et du personnage de Jeremy Corbyn. L’étude considère cet état de fait comme « un grave danger pour la démocratie ».

La récente polémique, gonflée par les médias, au sujet du vote de Jeremy Corbyn en faveur du déclenchement de l’article 50 du traité de Lisbonne, permettant à la premier ministre Theresa May de mettre en place les conditions pour la sortie de la Grande Bretagne de l’EU, illustre la volonté des médias d’en finir avec le trublion. La possible scission du parti « par la faute de Corbyn » est savourée avec délectation par la presse britannique. Qu’aurait-il dû faire d’autre ?

A l’instar du mouvement « Our Revolution » de Bernie Sander aux Etats-Unis, un mouvement analogue, issu de la base du parti « Labour », s’est créé en Grande Bretagne, en soutien à Jeremy Corbyn et son agenda progressiste.

En Allemagne, le parti social démocrate SPD a perdu, en dix ans, la moitié de ses électeurs. Le programme social libéral « Agenda 2010 » de l’ère Schröder avec sa réforme du marché du travail, « Hartz IV> », la version teutonique des lois « Macron » et « El Khomri » en France, a détruit le parti. Son chef très impopulaire, Sigmar Gabriel, vient de tirer sa révérence. Il se retire de la course à la chancellerie.

Il a été remplacé comme candidat par le désormais ancien président du parlement européen, le progressiste Martin Schulz. Le « saint » Martin, comme le titre le magazine « Der Spiegel » est déjà comblé d’éloges par la presse et l’opinion publique, à tel point que sa cote de popularité vient de dépasser celle de la chancelière.

Le nouveau messie ne pourra pourtant pas occulter son rôle dans la gestion de la crise grecque et son soutien indéfectible à la politique d’austérité qui ronge l’Europe. On ne l’a pas entendu critiquer ouvertement la politique du SPD depuis Bruxelles. Mais, un rapprochement avec Sahra Wagenknecht « la rouge » du parti « Die Linke » n’est plus tant une utopie que sous le règne de Sigmar Gabriel. Une coalition « rouge, rouge, vert » changerait tout en Europe.

Au mois de mars auront lieu les élections parlementaires au Pays-Bas, au mois de mai l’élection présidentielle en France et au mois de septembre l’élection du Bundestag et du prochain chancelier allemand. Il y aura le choix entre le chaos à l’américaine ou un changement de paradigme, car le statu quo n’est plus une option.

09:16 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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