29/01/2017

Un ministre embarrassant

Johann Schneider-Ammann, un des sept ministres du gouvernement suisse et chef du « Département Fédéral de l’Economie », se réjouit, dans les colonnes d’un quotidien zurichois, de l’élection d’un « entrepreneur » à la tête des Etats-Unis. Lui-même entrepreneur, il comprend les ambitions de Donald Trump.

Il se réjouit de la détermination du nouveau président américain « à défendre les principes libéraux de notre société occidentale ». Il insiste « qu’il faut absolument que l’effort individuel soit à nouveau récompensé ». Il se montre confiant que les réductions massives des impôts sur les bénéfices des entreprises, annoncées par le futur président, seront « bénéfiques pour l’économie et les investisseurs ».

A l’instar de Donald Trump, et, contrairement à la plupart des politiciens qui préfèrent la langue de bois, notre ministre ne se cache pas derrière son petit doigt. Quoique, politiquement pas très habile, il risque bien de se tirer une balle dans le pied avec ses propos, deux semaines avant la tenue d’un référendum, saisi par le « Parti Socialiste Suisse », contre un projet de réforme de l’imposition des entreprises qui prévoit une baisse historique des impôts sur le bénéfice des sociétés. (RIE III).

Monsieur Schneider-Ammann trouve, en outre, le choix des ministres du futur président américain « passionnant » car ce seraient, selon lui, de vrais entrepreneurs qui « prendront les choses en main ». Pour illustrer à quelle sauce le ministre semble vouloir nous manger, voici un petit extrait, non exhaustif, du « Cabinet Frankenstein » passionnant de la prochaine administration américaine.

Département de l’Education:

Sans degré universitaire et sans aucune expérience dans le domaine de l’enseignement, Betsy DeVos est néanmoins la fille de l’entrepreneur et milliardaire Edgar Prince, dont la veuve a vendu l’entreprise familiale pour 1,35 mia USD en 1996. Elle est également l’épouse de Dick DeVos, 88ème fortune des Etats-Unis, héritier et fils de Richard DeVos, co-fondateur de la société « Amway ». Elle est aussi la sœur d’Erik Prince, à qui son héritage de 500 mio USD a permis de créer la tristement célèbre société de mercenaires « Blackwater » dont des employés avaient été accusés et condamnés pour avoir tué à Bagdad, en 2007, 17 civils iraquiens non armés et avoir blessé une vingtaine de personnes.

Adepte du « libre choix » de l’école, Mrs. DeVos prône les « charter schools », des écoles privées non régulées, mais subventionnés par l’état à l’aide de « vouchers ». Issue, comme son mari, de familles d’immigrés hollandais du Michigan, chrétiens ultra conservateurs, elle regrette que « le gouvernement ait pris le contrôle des écoles publiques au détriment de l’église » et souhaite renverser cette tendance. Son credo « God, America and Free Enterprise »

En 2000 Betsy DeVos soutient un amendement de la Constitution du Michigan pour permettre le financement d’écoles religieuses privées par des fonds publics, en dépensant près de 6 mio USD pour une campagne publicitaire. Le texte est finalement rejeté. (Wikipedia)

Depuis son fief de Michigan, Madame DeVos et les siens ont dépensé, en 20 ans, pas moins que 100 mio USD en faveur d’élus, républicains, qui soutiennent sa vision de l’éducation publique. (Politico) Fidèle à ses convictions, elle est également une adversaire farouche des droits des personnes homosexuelles et soutient financièrement une association chrétienne conservatrice du nom de « Focus on the Family » qui prône la « thérapie de conversion ».

Pour son entrée en fonction, elle trouvera un terrain fertile pour la réalisation de ses ambitions Il a été préparé par son prédécesseur Arne Duncan, le ministre de l’éducation de l’administration Obama.

Conseiller personnel du président:

La conscience du président sera incarnée par le « suprémaciste blanc » Steve Bannon, fervent catholique, directeur de campagne de Donald Trump, ancien banquier chez Goldman Sachs, producteur de cinéma et membre fondateur du site d’information sur internet « Breitbart », dont le fond de commerce est la propagation de contenus xénophobes, homophobes, misogynes, nationalistes, antisémites, anti-gouvernement et anti tout.

En 2014, Steven Bannon participe, depuis Los Angeles, via téléconférence, à une conférence au Vatican, organisée par « Human Dignity Institute » dont le but est la promotion de « la voie chrétienne au sein de la politique européenne », Le groupe a des liens avec le cardinal Raymond Burke un fervent critique du pape François et démis d’une fonction importante la même année. Mr. Bannon y loue, entre autre, les succès prometteurs de l’extrême droite en Europe, tels que celui du parti UKIP au Royaume Uni et « Front National » en France. (Buzzfeed)

Steve Bannon est également un ami proche d’Erik Prince, le frère de la ministre de l’éducation, avec qui il partage la vision de la suprématie chrétienne de la race blanche, ainsi que de la haine des musulmans. Prince, qui s’est séparé de sa société « Blackwater », détruite par le gauchistes d’après ses dires, et a fondé une nouvelle entreprise militaire privée à Hong Kong du nom de « Frontier Services Group » à travers laquelle il propose, ses prestations, entre autre, au service secret chinois. Il projette actuellement la création de sa propre armée de l’air privée. (The Intercept)

Prince, qui n’a pas de poste officiel dans l’administration Trump et qui se décrit volontiers comme un mélange entre Indiana Jones, Rambo, Captain America et le Pape, aurait néanmoins proposé ses services à son ami Bannon. Il suggère, par exemple, l’engagement de sociétés de sécurité privées, comme la sienne, pour soutenir les autorités libyennes dans leur effort d’empêcher les refugiés de traverser la Méditerrannée. Une autre idée saugrenue du commandant Prince est la confiscation des revenus iraquiens du pétrole en guise de dédommagement pour les contribuables américains pour la logistique qui a permis la chute du dictateur et la stabilisation ultérieure du pays. (The Intercept)

D’après le magazine en ligne « The Intercept », Erik Prince, qui était aussi un proche collaborateur de l’ancien Vice-Président et mentor du Président George Bush junior, Dick Cheney, aurait assisté Donald Trump dans le choix de son cabinet, notamment en matière de défense et de renseignement. Il faut dire que les enjeux sont considérables.

Depuis 2001 et jusqu’à ce jour, la CIA a attribué à l’ancienne société d’Erik Prince « Blackwater » des contrats « classés » donc secrets, d’une valeur de 600 mio USD. Le département de la sécurité intérieure de l’administration Obama a attribué à la firme, qui s’appelle maintenant « Academi », des contrats pour 120 mio USD et, en 2010, 100 mio USD supplémentaires pour de nouvelles missions de la CIA. Depuis 1997, la société a reçu des contrats fédéraux non classés et de nombreuses missions inconnues, d'une valeur de 1,6 mia USD. (Wikipedia)

Pour l’élimination de « l’Etat Islamique », Erik Prince suggère à Steve Bannon la réactivation du programme « Phoenix », une opération clandestine de la CIA pendant la guerre du Viet-Nam, qui avait pour but d’infiltrer le « Viet-Cong » et de procéder à des enlèvements et interrogations secrètes dans des centres d’interrogations, secrètes elles aussi, et surtout à l’abri de la curiosité du congrès. Steve Bannon, qui comme son président, est un adepte de « enhanced interrogation » ou plus prosaïquement la torture, et qui s’impatiente de remplir à nouveau les geôles de Guantanamo, trouvera sans doute intéressants les propos d’Erik Prince.

Département de l’Energie:

Rick Perry, ancien gouverneur républicain texan, est nommé Secrétaire d’Etat à l’Energie, un département en charge de la consolidation des énergies fossiles, de la sécurité nucléaire et, last but not least, les investissements dans de nouvelles énergies, renouvelables. En 2011, lors d’un débat télévisé, le candidat républicain malheureux à la présidence, Perry, a déclaré qu’en cas de son élection, il supprimerait immédiatement, trois départements. Le premier, celui de l’éducation. Le deuxième celui du commerce. Et le troisième ? Il hésite, il ne se souvient plus. Après une longue pause embarrassante, son adversaire Ron Paul lui suggère « l’énergie ». Il assure aujourd’hui avoir changé d’avis.

Secrétaire au Trésor

Steve Mnuchin est un ancien partenaire dans la banque d’investissement Goldman Sachs, pour laquelle il a travaillé pendant 17 ans comme avant lui son père. Devenu propriétaire du fonds d’investissement « Dune Capital Management » il achète, en 2009, avec un groupe d’investisseurs, la banque californienne « IndyMac », tombée en faillite à cause de la crise des crédits hypothécaires, les « subprimes », de l’organisme public « Federal Deposit Insuracne Corporation » (FDIC), à condition que celle-ci supporte toutes les pertes au dessus d’un certain niveau. Celle-ci accepte.

Une nouvelle banque du nom de « One West Bank » se crée sur les cendres d’IndyMac et après six ans, celle-ci est revendue par les investisseurs avec un bénéfice de 1,8 mia USD (Democracy Now). Selon le groupe de défenseurs d’anciens propriétaires, la « California Reinvestment Coalition », depuis la création de « One West Bank » celle-ci a procédé à pas moins de 36'000 saisies, pendant que, fidèle aux conditions du contrat, l’agence gouvernementale FDIC a versé la somme de 1 mia USD à Steve Mnuchin et ses amis.

Département du Commerce

Wilbur Ross est un investisseur milliardaire, à la tête d’une société d’investissement qui achète des entreprises américaines en difficulté pour les revendre à des investisseurs étrangers qui procèdent régulièrement à des délocalisans massives de milliers d’emplois.

Département de Justice

Le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions, devient procureur général et chef du Département de Justice. Connu pour la plaisanterie « J’étais pour le Ku Klux Clan jusqu’à ce que j’ai appris qu’ils fument du cannabis » le futur responsable pour la justice américaine s’est également prononcé contre le « Voting Rights Act de 1965 » interdisant la discrimination raciale dans le vote (Wikipedia).

Jeff Sessions considère l’Association Nationale pour l’Avancement des Citoyens américains de Couleur » la NAACP et l’Union Américaine pour les Libertés Civiles (ACLU) « unamérican ». Sessions appelle la religion musulmane une « idéologie toxique ». Dans sa fonction en tant que procureur de l’Alabama entre 1995-97 il avait systématiquement traduit en justice des activistes défendant les droits de vote des noirs.

Sous l’administration Reagan, en 1986, Sessions se voit refuser le poste de juge fédéral par un comité sénatorial pourtant dominé par les républicains. Le sénateur Ted Kennedy l’avait formulé ainsi : « Mr. Sessions est le défenseur rétrograde d’une période honteuse de l’histoire des Etats-Unis à laquelle ni nos concitoyens blancs ni nos concitoyens noirs souhaitent retourner. Il est inconcevable qu’une personne avec une telle attitude puisse occuper le poste d’un juge fédéral ».

Notre ministre, et avec lui, les sympathisants d’une certaine droite suisse complaisante, actuellement occupée à rajeunir son élite, seraient bien inspirés d'examiner plus en profondeur les choix « passionnants » de Donald Trump.

21:37 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

Commentaires

Schneider-Ammann voulait etre diplomate, voila tout. Tout homme intelligent sait qu`un pays ne se gouverne pas comme une entreprise. Le but de l`entreprise étant le profit, le facteur humain n`y est considéré que comme un cout a réduire autant que possible. Trump va tres probablement continuer a faire des ravages dans les services publiques des USA car il va les considérer plus comme un cout qu`autre chose. La Suisse est magnifiquement gouvernée et cela se reflete dans le haut niveau de vie ainsi que dans le fonctionnement hautement démocratique du pays.

Écrit par : jean jarogh | 30/01/2017

L'acte politique premier de M. Trump est l'augmentation de la criminalité à travers la criminalisation d'une religion minoritaire (musulmans), ainsi que de minorités ethniques(mexicains.. latinos), donc, favorable à l'économie des prisons privées américaines, une aubaine ! Plus de 2 millions de consommateurs actuels.. Pardon.. prisonniers... Devenus un maillon fort de certaines entreprises les exploitants (esclavage). Il est moins coûteux et plus facile de faire travailler un prisonnier qu'un homme ou une femme sans entraves. Plus de 2'000'000 d'employés gratuits. Je parie que ce chiffre sera en hausse d'ici peu. Je comprend maintenant pourquoi M. Amman fait son éloge. En Suisse, c'est plus subtile. On désengage les Suisses pour acquérir de la main d’œuvre étrangère frontalière moins coûteuse et plus consensuelle (les sacrifices vont loin afin de gagner 2,5 fois plus que dans son propre pays). L'idéologie reste la même. Les moyens sont différents. La destruction des ressources (pardon.. de l'être humain) se fait à long terme ainsi. Lorsque le travailleur s’aperçoit qu'il ne vaut plus rien. C'est connu maintenant. L'humain est au service de l'économie. Bien à vous.

Écrit par : Lionel Huguenin | 30/01/2017

La révélation de la mort étrange d`Oleg Erovinkin a Moscou semble apporter de l`eau au moulin de ceux qui prétendent que les russes ont de quoi faire chanter Trump. Comment l`establishment US va-t-elle accepter de vivre pendant quatre ans avec un Président sur lequel pese un tel soupcon? Trump Président des USA, c`est une histoire de dingue digne d`un roman d`espionnage a deux balles.

Écrit par : jean jarogh | 30/01/2017

Les commentaires sont fermés.