15/11/2016

Révélation tardive

De retour d’une mission aux Etats-Unis en tant qu’observateur électoral, le président du parti socialiste suisse, Christian Levrat, a pris une décision. Il veut administrer une thérapie de choc à son parti, un programme du nom évocateur « l’économie démocratique », programme qui devra être adopté par les camarades le 1er décembre prochain. On dit que les voyages forment la jeunesse. En tout cas, le choc fut salutaire.

Sans doute a-t-il appris que 70% des américains gagnent moins que 50'000 USD par année.

Pas moins que 24 revendications sur le thème de l’économie sont au menu. Enfin le PS Suisse s’intéresse à l’économie. Il faut dire, à sa défense, qu’il ne s’est jamais vendu au néolibéralisme, contrairement à ses confrères européens, et qu’il dispose de ce fait d’un capital de sympathie et crédibilité plus important. Quelques ambiguïtés restent à clarifier toutefois.

Une revendication clé du manifeste est l’extension du service public dans de nouveaux domaines, tels que les services financiers, les comptes salaires et le comptes d’épargne. Ces services ne devraient être proposés, selon les PS Suisse, par des instituts financiers de droit public ou par des coopératives seulement. Justement, à propos service public.

Cette revendication ne manque pas de piquant car, pas plus tard que le 5 juin dernier, le peuple suisse a refusé l’initiative « pro service public » avec les recommandations notables du PS Suisse. L’initiative prévoyait l’attribution des bénéfices de la poste et des CFF au seul développement des services et non à la distribution sous forme de dividendes aux actionnaires, dont la Confédération Suisse. Ceci pour éviter de créer un impôt déguisé supplémentaire.

La nouvelle directrice de la Poste Susanne Ruoff a reçu le message cinq sur cinq. Ainsi, elle vient d’annoncer la suppression de 600 bureaux de poste et de 1'200 licenciements d’ici 2020, un record européen.

La vente de chewing-gums et poupées Barbie dans les bureaux de poste peut donc continuer. Mais le géant jaune ne s’arrêtera pas en si bon chemin il compte bel et bien investir les surfaces de vente des pharmacies, réceptions d’hôtel et maisons de retraite pour proposer ses services. Le but, à peine dissimulé, étant de profiter d’une main d’œuvre plus docile et moins rémunérée. D’après Madame Ruoff, ce seraient les clients, exigeants, qui forceraient la direction de la Poste à prendre ces mesures audacieuses. Des clients ou des citoyens ? Quand s’arrêtera ce mélange malsain entre les intérêts privés et les intérêts publics.

Il faut que le PS Suisse clarifie également sa position sur le rôle de l’état dans le domaine de l’éducation. Il se trouve que, par exemple, d’éminents figures du parti, tel la candidate du PS pour le poste de maire de Berne, Ursula Wyss, préfèrent envoyer leur progéniture dans des écoles privées, écoles primaires entendons-nous bien. On pense inévitablement à Tony Blair, son fils Euan et « New Labour ».

Qu’en est-il du domaine de la santé, où « l’alliance contre-nature » avec les assureurs et l’industrie pharmaceutique a produit une augmentation des primes d’assurance maladie obligatoire de 215% depuis son instauration en 1996 et où les citoyens payent, pour leurs médicaments, le double de ce que payent les européens.

Qu’en est-il du domaine des transports, où le coût du billet de train continue à dépasser largement le coût de la voiture, selon Monsieur Prix, Stefan Meierhans.

Il va falloir une bonne dose de pédagogie au PS Suisse pour faire passer son message, car, en matière d’économie l’attachement au statut-quo reste inébranlable. Est-ce que les camarades auront la force de persuasion pour faire comprendre aux électeur que non, la facture d’une réforme en profondeur de l’économie ne sera pas à la charge de la classe moyenne cette fois.

15:25 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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