10/11/2016

Qui joue avec le feu se brûle

L’amateurisme et la cupidité des responsables du parti démocrate américain ont ouvert un boulevard à la droite populiste et nationaliste mondiale. « UKIP », le « Front National » et « AFD » se frottent les mains.

Il faut dire que les démocrates avaient toutes les chances de leur côté pour célébrer le prochain président des Etats-Unis avec, en face, un parti républicain divisé, désagrégé et totalement décrédibilisé, incapable d’empêcher la candidature d’un outsider dangereux et manipulable à l’instar de ses prédécesseurs, Reagan et Bush, mais puissance 10 cette fois.

Il fallait une bonne dose d’aveuglement politique pour ne pas voir à quel point les électeurs avaient besoin d’un changement. Rien à cirer. Avec la complicité des médias, américains, mais aussi européens, les poids lourd du parti ont préféré tirer à boulets rouges sur le seul candidat capable à battre la droite réactionnaire, le sénateur Bernie Sanders. Tous les sondages, effectués tout le long de la campagne des primaires, donnaient Sanders gagnant face à Donald Trump.

La présidente du parti démocrate, proche de la candidate Hillary Clinton, Debbie Wassermann-Schultz, congédiée in extremis au mois de juillet, avait mis en œuvre, avec son équipe, tout un stratagème pour déstabiliser l’adversaire de la candidate prédestinée (Wikileaks). Le humble serviteur de la finance, le fidèle sénateur démocrate Barney Frank, à l’origine de la régulation bancaire ultra-édulcorée « Dodd-Frank Wall Street reform and consumer protection act », n’a pas loupé un plateau de télévision pour torpiller le programme « socialiste » du sénateur Sanders.

Contrairement à ce que pensaient les pontes du parti démocrate, les « Millennials », qui avaient soutenu Bernie Sanders, ne se laissent pas enfermer dans le schéma rigide de la politique politicienne. Quand on leur propose de choisir entre la peste et le choléra ils prennent la liberté de ne pas choisir du tout. Le prétexte de la « première femme présidente » n’a pas accroché non plus. L’actrice Susan Sarandon, supportrice du sénateur Sanders, l'a résumé de façon pertinente « I don`t vote with my vagina ».

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, les Etats-Unis sont en phase terminale de néolibéralisme et l’Europe se trouve dans son antichambre. Rien de tout ça dans notre pays, la riche Suisse, à ce qu’il paraît. Certes, une étude de la banque UBS révèle, cette semaine, que la montée du populisme en Europe, et en effet aux Etats-Unis, serait due à l’inégale répartition des richesses. Quelle révélation ! Mais, l’alerte est levée, par la même étude, pour la Suisse, pas d’inégalités dans ce pays riche. Les bas salaires auraient même augmenté.

Et l’Europe dans tous cela ? En très mauvaise posture ! Depuis George Bush elle sait pourtant que les Etats-Unis ne sont plus un partenaire fiable. Son modèle de société, le néolibéralisme à l’américaine, n’est finalement pas le projet d’avenir qui nous apportera le salut. Et, face à la Russie, en pleine renaissance? Elle fait grise mine.

Le constat est amer. Un président, charismatique, progressiste, n’a finalement pas réussi, en huit ans, à s’affranchir face au pouvoir de la finance et, ce qui est plus inquiétant pour un président, unir son pays.

Et la Suisse dans tout cela ? Contrairement aux pays qui nous entourent, ses citoyens n’ont pas le droit de blâmer leur élite politique pour tout ce qui ne tourne pas rond. La démocratie directe leur donne un pouvoir, unique au monde, d’intervenir directement dans le processus décisionnel de leurs élus.

Comment se fait-il alors qu’ils votent constamment contre leurs propres intérêts ? Serait-ce par ignorance ou par peur de ce qui pourrait arriver de terrible ? La perte de compétitivité, la sacro-sainte compétitivité!! Ainsi, ils refusent le salaire minimum, une assurance maladie, gérée par les pouvoirs publics, une augmentation de leur rente, une initiative pour un meilleur service public. L'origine de l'effritement de la classe moyenne, une réalité dans ce pays également, contrairement à ce que veut faire croire la fameuse étude de la grande banque, est une inégale répartition des richesses et des fruits du progrès.

La prochaine pierre angulaire dans la construction d'un projet d'avenir digne de ce nom est la votation sur la sortie de l'énergie nucléaire. Est-ce que le peuple suisse aura le courage de voter contre l'avis des experts et le lobby nucléaire ? Rendez-vous le 27 novembre.








15:13 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Commentaires

"L’actrice Susan Sarandon, supportrice du sénateur Sanders, l'a résumé de façon pertinente « I dont vote with my vagina »."
C'est une femme intelligente et beaucoup d'hommes devraient adapter la phrase à leur propre sexe. Le parti démocrate, sûr de pouvoir continuer à engranger les bénéfices de son pouvoir n'a pas voulu prendre le risque d'en abandonner une partie en choisissant une meilleur candidat: il va en perdre bien plus à cause de son aveuglement.

Écrit par : Mère-Grand | 10/11/2016

Merci pour votre commentaire

Écrit par : bruno Hubacher | 10/11/2016

Excellent billet!

Écrit par : Charles | 10/11/2016

Je ne sais pas qui est le plus populiste, et je me demande si, contrôler 98% de la presse ne va pas au delà de ce qu'ils allèguent ?

Car, qui accuse les républicains d'être "populiste" ??

Écrit par : P. Ansermet | 11/11/2016

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