29/08/2016

L’argent, une fin en soi ?

Depuis la crise financière de 2008, le monde de la finance bricole.

Une nouvelle séance de bricolage a eu lieu ce week-end entre les principaux dirigeants des banques centrales de la planète à Jackson Hole dans le Wyoming. Ainsi, Monsieur Draghi a sans doute amené son savoir-faire de chez Goldman Sachs et Madame Yellen, la frileuse, a essayé à nouveau, en vain, de réparer les pots cassés de ses prédécesseurs.

La clairvoyance n’a jamais été une force des banquiers, ni des économistes d’ailleurs, et quand l’entêtement et le dogmatisme aveugle supplante le bon sens, on peut craindre le pire. Nous y sommes.

Du progrès technologique et ses conséquences logiques, la baisse des prix, ce qui est en fin de compte une bonne nouvelle pour tout le monde, ils n’ont entendu parler que par ouï dire, depuis leur tour d’ivoire. Après avoir combattu le faux ennemi, l'inflation, pendant des décennies, comme les avatars les démons, ils sont en train de chercher « autre chose ».

La vraie inflation, celle des avoirs financiers, une véritable bombe à retardement, non seulement ils ne la voient pas, mais ils continuent à la grossir. Ainsi, selon un article, très intéressant, de Mediapart «, en huit ans, les banques centrales des Etats-Unis, de la zone euro, du Japon, de la Grande-Bretagne et de la Chine ont déversé l’équivalent de USD 10'000 mia dans le monde financier ».

Ce que le citoyen lambda doit comprendre, c’est que l’argent n’est qu’un moyen organisationnel, dont le citoyen individuel et la société dans son ensemble se sert, pour réaliser des projets réels. Si on continue à laisser le financement de la transition énergétique, l’accès aux soins médicaux, l’accès à l’eau et l’accès à l’éducation au secteur de la finance, dont la logique naturelle est la maximisation du profit, on ne sera pas plus avancé dans trente ans encore, car, faut il le rappeler, la création monétaire est actuellement presque exclusivement en mains privées.

L’article de Mediapart poursuit par, et là je cite, parce que c’est tout simplement trop: « Ils sont entre économistes, tout le débat se déroule autour des modèles. Un sujet est appelé à être au centre des discussions de la réunion de Jackson Hole : le R* pour R-star. En résumé, il s’agit du taux d’intérêt naturel d’une économie, hors inflation. D’après leurs calculs, celui-ci est au plus bas depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, tournant autour de zéro voire en dessous de zéro dans les économies occidentales », fin de citation. Et ça continue, le rafistolage du système.

Par pitié, cessez de nous abreuver de modèles mathématiques ! L’économie n’est pas une science exacte comme les sciences naturelles. Elle est basée sur des anticipations de comportements. C’est une science sociale.

La solution serait simple. Siphonner ce surplus de liquidité et l’orienter vers l’économie réelle, au risque, réel lui aussi, d’un certain « correctif de valeur » des actifs financiers. Il est là, le nœud du problème.

Plutôt que de continuer à rafistoler un système qui a fait son temps. Cessons de nager dans un pessimisme ambiant, attisé par les médias, et menons une discussion franche sur les solutions, plutôt que sur les problèmes, que, à force de coups de « matraque médiatique », nous avons fini par déceler.

Pour ouvrir le débat, sur le seul aspect financier des défis futurs, car il y en a bien-sûr de nombreux autres, nous pourrions avoir une discussion sur la raison d’être des intérêts sur capital, de la raison d’être de l'institution de la banque per se, ainsi que de la valeur, sociale ou pécuniaire, du travail, sans tomber dans des stéréotypes primaires svp.

Dans les limites absolues d’un certain nombre de règles de base, qu’on appelle communément des lois, établies démocratiquement par le peuple, le « souverain », et d’un certain nombre de droits minimaux inaltérables, tels que l’accès illimité aux soins médicaux, à l’éducation et aux vivres, chaque citoyen a le droit le plus stricte de mener la vie qu’il souhaite, qu’elle soit capitaliste, communiste, religieux, sectaire, spartiate ou luxueuse, spirituelle ou matérielle.

Et surtout, il, le citoyen, n’a non seulement le droit, mais l’obligation, d’avoir une opinion

10:03 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

Commentaires

@Bruno Hubacher votre billet sent bon la vérité surtout la dernière phrase
cependant et sur l'air de la plaisanterie pour alléger l'humeur du temps ,s'il y a bien un domaine ou l'homme excelle n'Est-ce pas celui de l'argent ? dommage les murs des anciens bistrots ne peuvent parler ils en auraient des colères de nombreux hommes sans cesse en guerre contre les médecins ,les agriculteurs ,les politiciens , les banquiers bien entendu sans oublier les belles mères et les impôts tout ce petit monde faisait partie de plaintes quotidiennes, rien n'a changé et c'est tant mieux
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 29/08/2016

Merci pour votre commentaire

Écrit par : Bruno Hubacher | 29/08/2016

Vous attendez donc des banques centrales des prises de décisions qui impliquent rien de moins que leur sabordement.
C'est bien ce que je disais, vous planez.
La conséquence logique de ce bricolage sera l'accélération de la chute et de la mutation vers la suppression des intermédiaires (les banques, notamment) et la liquid democracy qui devrait consacrer le crépuscule des structures hiérarchiques au profit d'un horizontalité permettant à chacun d'assumer son "obligation d'avoir une opinion".

De grâce, faites l'effort d'utiliser les outils disponibles dans la barre de menu lors de la création de vos billets afin de mettre en lien direct les articles que vous mentionnez. Merci d'avance !

Écrit par : Pierre Jenni | 29/08/2016

Merci pour votre commentaire, Il m'arrive de lire des livres. Je ne veux donc pas faciliter la vie à mes lecteurs au point de leur fournir sur un plateau la dernière des informations pour leur permettre de se former une opinion. La démocratie demande un minimum d'effort, effort de recherche, facilité par internet d'ailleurs. En outre, je n'ai nullement la prétention de vouloir ni de pouvoir changer le monde. Je le décris, tel que je le vois. Cordialement Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 29/08/2016

Oui papa, merci de m'indiquer le chemin et m'inciter à devenir meilleur en me démerdant. Je t'en suis infiniment reconnaissant.
Mais faudra pas t'étonner si je suis un autre chemin que celui que tu me proposes.

Qui parle de prétention à quoi que ce soit Monsieur Hubacher ? J'ai souvent relevé le fait que vous vous contentiez de constater. Et je me suis réjouis lorsque vous avez fait un peu plus en proposant. Nous changeons tous le monde à chaque seconde, que nous le voulions ou non. Et vous ne vous en tirerez pas à si bon compte par cette pirouette qui ne fait que relever une contradiction profonde. Le simple fait de décrire le monde que vous voyez, ici sur les blogs, est un engagement plus prononcé que la moyenne pour faire avancer le schmilblick. Assumez que diable !
En toute cordialité, va sans dire.

Écrit par : Pierre Jenni | 29/08/2016

Techniques comme robots prennent son travail au salarié.

Quoi, demain?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/08/2016

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