25/08/2016

« Satyagraha », une philosophie porteuse d’avenir

« Satyagraha » est une expression du « Sanskrit », une langue autrefois parlée dans le sous-continent indien, qu’on pourrait traduire par « étreinte de la vérité » dont le principe est la non-violence par la désobéissance civile. Le concept fut réalisé la dernière fois avec succès par l’avocat et guide spirituel indien Mohandas Karamchand Gandhi, plus connu sous le nom de Mahatma Gandhi.

Cent-mille britanniques, stationnés dans le sous-continent indien, n’avaient finalement pas réussi à empêcher l’indépendance de 300 mio d’indiens. « En appliquant le satyagraha, j’ai découvert que la poursuite de la vérité n’admettait pas que la violence soit imposée à son opposant, mais que celui -ci doit être sevré de l’erreur par la patience » écrit le Mahatma (grande âme en sanskrit) dans ses mémoires. (Wikipedia)

Selon le biographe Mathias Eberling, Gandhi recherchait une sorte d’anarchie éclairée avec comme objectif l’abolition de l’état.

Ni l’anarchie, éclairée ou pas, n’est une solution pour les problèmes du 21 siècle, ni l’abolition de l’état, et encore moins la quête religieuse et spirituelle. Le principe de la non-violence par la désobéissance civile en revanche est d’actualité comme jamais.

La désobéissance, sans la composante religieuse gandhienne de la « joue tendue », mais non- violente tout de même, est à portée de main, grâce au progrès technologique et grâce à un accès démocratique à l’information.

Sous le titre « Ils ne répondent pas aux attentes du néolibéralisme » le quotidien allemand « Die Zeit » publie un article sur la désobéissance civile de la « Génération Y » américaine.

Ainsi, on apprend, que les jeunes américains rendent la vie difficile aux multinationales de l’automobile et aux banques, car ils achètent de moins en moins de voitures, en misant sur le co-voiturage et les transports publics et ne contractent plus de crédits hypothécaires auprès des banques. Ils n’ont plus envie de s’endetter jusqu'à la fin de leur vie et préfèrent renoncer à l’achat d’une propriété ou d'une voiture et garder leur indépendance. Le succès du jeune mouvement américain des « Tiny Houses » est un indicateur de l'intérêt croissant pour cette nouvelle conception de vie.

En 1985, la part des jeunes acquéreurs de voitures entre 21 et 34 ans représentait 38% des ventes. En 2016, ce chiffre tombe à 27%. Le nombre de permis de conduire des jeunes américains a baissé de 28% entre 1998 et 2008. Le nombre de jeunes, contractant un crédit hypothécaire, a baissé de 50% en dix ans.

Le néolibéralisme prône le libre choix et le libre marché. Les jeunes américains le prennent actuellement au mot. Ils choisissent. Ainsi, ils s’emparent des fruits du progrès, non distribués sous forme de salaires à leurs parents les derniers trente ans, et profitent d’une meilleure qualité de vie à moindre coût, au grand regret de l’industrie de l’automobile et des banques.

Le déclin de l’industrie de l’automobile et de l'industrie de la finance n'est guère à craindre pour l'heure, car il y restera toujours une clientèle friande de belles voitures et vastes propriétés en guise de marque de statut. Il ne s’agit donc nullement de porter un quelconque jugement de valeur sur une philosophie de vie ou une autre.

En revanche, le progrès mène, inévitablement, à une amélioration constante de la qualité de vie à moindre coût, ce qui contrevient naturellement au modèle d'affaires de l'industrie et au capitalisme per se. La peur de l’avenir, véhiculée par les médias, mérite donc une mise en perspective quelque peu différenciée.

La condition pour que le droit au libre choix de vie soit garanti à chacun, est une répartition équitable des richesses, qui elle n'est réalisable qu'à condition que chaque citoyen fasse valoir ses droits et remplissent ses obligations démocratiques en tant qu’électeur de son pays.

Pour garantir la liberté, il faut, contrairement à ce que prône le néolibéralisme, un état fort, contrôlé scrupuleusement par « le souverain », l’ensemble des citoyens. Cet état peut être « light », ce qui plairait au « neocons » mais il doit être juste. L’égalité des citoyens devant la loi et la liberté de penser, condition sine qua non, du vivre ensemble, et, au déplaire des « neocons », la répartition équitable des fruits du progrès.

La garantie d’un niveau de vie minimum pour chaque citoyen, proportionnel à celui des plus nantis, ajustable dans le temps, à l’image du multiplicateur salarial dont certaines entreprises disposent déjà est à ancrer dans la constitution. (droit au logement, droit à l’éducation, droit aux soins médicaux)

Les théories économiques, contrairement à ce que pense le néophyte lambda, n’ont rien de scientifique, car, prétendant pouvoir prédire l’avenir, ils font plutôt partie du domaine de la croyance, à l’instar des religions. Et, en matière de croyance, l’état serait bien inspiré de ne pas s’immiscer dans le débat.

Le débat religieux appartient aux églises, mosquées et synagogues, twitter et facebook. Il se trouve toutefois, que de nombreux hommes et femmes politiques contreviennent actuellement à cette règle, ajoutant de la confusion à la confusion et, surtout, faisant du tort à nos compatriotes, issus de religions qu’aucun d’entre eux n’a choisi, comme nous tous, et que la majorité pratique probablement aussi sporadiquement que la majorité des chrétiens la leur.

Quand le parti socialiste suisse annonce « une discussion sur la reconnaissance de l’islam en Suisse », on se demande de quel droit, les camarades s’expriment au nom d’une religion plutôt que d’une autre.

Nos hommes et femmes publics feraient mieux de consacrer leurs efforts à la réflexion, plutôt que de s'immiscer dans des discussions futiles sur des sujets religieux, pokémon ou burkini. Un sujet en particulier mériterait le détour, le projet cohérent de la société de demain, projet qu'ils pourraient proposer à leurs électeurs. Simple suggestion.

08:19 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

J'ai toujours énormément de plaisir et d'intérêt à vous lire. Vous exprimez si bien mes préoccupations les plus prégnantes.
Et j'aime lorsque vous venez avec des idées, des moyens, des suggestions.
Pourtant, au fil de vos billets, se développe en moi le sentiment que vous planez un peu.
La jeunesse américaine n'achète plus de maisons, ou de voitures, non pas par désobéissance civile et certainement pas en faisant usage de son droit de choisir la vie qu'elle mène, mais simplement parce qu'elle n'a plus les moyens de ses ambitions. Le jour où un jeune accède à la richesse, il reprend immédiatement les travers de consommation qui imprègnent nos sociétés et l'américaine en est le modèle.
J'en viens presque à considérer qu'il serait plus avantageux de précipiter la chute pour forcer la prise de conscience. Il faut un électrochoc pour envisager un autre modèle. Mais pas besoin de le crier trop fort et l'appeler, il vient tout seul. La prochaine crise, dans la foulée de celle des subprimes en 2008 dont nous n'avons pas appris la moindre leçon, sera certainement un séisme d'une magnitude telle que tout le système risque bien de s'effondrer.
Parfois il faut revoir les fondations d'une bâtisse et le bricolage de surface n'offre que des sursis temporaires et médiocres.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/08/2016

Merci pour votre commentaire, Pour commencer, évitez le piège et cessez de voir le monde en noir. C'est plus complexe que cela. Ensuite, je vous assure que je ne "plane" pas, au contraire. Ce que j'avance est vérifiable. Si vous voulez, ma thèse est simple, et je ne suis de loin pas le seul à la défendre. Les fruits du progrès, progrès qui s'accélère de façon exponentielle depuis une vingtaine d'années, ne sont pas équitablement répartis, sous forme de salaire ou autre forme. C'est un fait, vérifiable. Pour changer tout cela, la société, dans son ensemble, peut le faire, pour autant qu'elle le veuille. Elle peut voter. On appelle cela la démocratie, démocratie d'ailleurs dont nous avons le privilège, unique au monde, de pouvoir la pratiquer de façon la plus directe possible.
Bonne journée à vous, Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 29/08/2016

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