04/08/2016

Twitter, la feuille de vigne qui cache le vide

« Twitter », le café du commerce de l’espace virtuel, est devenu une norme sociale et un puissant brouilleur de pistes. Utilisé comme défouloir par les petites gens, il est surtout exploité par les puissants, comme moyen de manipulation. « Diviser pour mieux régner » s’appelait le concept chez les Romains.

Plus personne ne se prive dorénavant de son droit à la parole et contribue allègrement à la cacophonie ambiante, à l’accentuation des malentendus et au travestissement des faits, tout cela à la grande satisfaction de l’establishment.

Ainsi, le message devient de plus en plus simpliste, plus simpliste encore que jadis les manchettes de la presse boulevard, car il faut être court et rapide. Tellement rapide que le démenti, ou réflexion tardive, suit inévitablement le message d’origine. Celui-ci se noie presque toujours dans le flot des informations. Peu importe, le but primaire est atteint, celui de capter de l’attention.

En politique, c’est devenu une stratégie. Pris de court, les hommes et femmes publiques dites sérieux ont cru nécessaire de s’y mettre aussi, commentant pèle mêle les faits divers et l’actualité. Aidant ainsi à brouiller les pistes et à empêcher une analyse censée de leur bilan politique. Ils assurent leur réélection grâce à l’ignorance des « twitteurs ».

Pourtant, internet est un outil démocratique révolutionnaire qui est déjà en train de changer le monde, mais pas à la façon « Twitter ».

Internet, qui n’a même pas l’âge d’une génération, est encore un peu le nouveau jouet des hommes et femmes qui découvre la réalité virtuelle. Toutefois, les enjeux sont ailleurs. La vraie révolution est l’accessibilité universelle à l’information.

Malgré les efforts désespérés de quelques magnats de presse, il n’en reste qu’une poignée, de la contrôler, on constate déjà la perte de vitesse, autant de la presse écrite traditionnelle, que des grandes chaînes de télévision, au profit de sources d’information alternatives. Notamment aux Etats-Unis où elles poussent comme de champignons. Le jeune réseau de télévision d’information indépendant sur internet « Young Turks » dépasse actuellement CNN (sur internet) grâce à sa couverture de l’élection présidentielle.

Le politicien allemand Gregor Gysi, fait une analogie entre le flux migratoire qui déchire l’Europe depuis quelques années et internet.

Certes il y a l’effet des conflits armés. La majeure partie de la migration toutefois est d’ordre économique. L’accentuation vertigineuse de la concentration des richesses au niveau mondial, devient visible aux yeux d’une jeune génération défavorisée dans les pays pauvres grâce à internet. Garder la population dans l’ignorance était une stratégie des potentats africains qui a marché pendant quelques siècles. Internet change la donne, pour l’Afrique, et pour l’Europe.

Selon Eurostat et un article, paru dans le quotidien allemand « Die Zeit », un quart des enfants en Europe est menacé par la pauvreté. En 2014, 27,4 % des enfants en dessous de 16 ans grandissaient dans des familles en situation précaire.

En Allemagne, pays du miracle économique, le nombre d’enfants, dont les parents touchent des allocations Hartz IV, a augmenté de 18,2% à 19,3% entre 2012 et 2014.

Toutefois, la situation économique des européens semble globalement encore supportable, raison pour laquelle la majorité préfère encore le « Tweet » à la descente dans rue. Les politiciens qui « tweetent », seraient bien inspirés de méditer d’ores et déjà à des solutions envisageables pour le moment quand la précarité aiguë des indigènes se conjuguera avec une immigration étrangère à son paroxysme.

14:19 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

Commentaires

Ce qui m'inquiète et me préoccupe c'est que ce que vous dites là est accessible à une infime minorité qui n'est pour ainsi dire pas représentée politiquement.
Pourtant tout va très vite et les concepts de blockchain, de P2P et de bitcoin ou autre monnaie dématérialisée sont déjà en train de bouleverser le monde en profondeur.
Pour le meilleur et pour le pire. Car ceux qui viennent s'abreuver à la fontaine du pourcent privilégié pour grappiller quelques déchets du ruissellement contribuent au statut quo en freinant la mutation ou utilisent ces outils pour mieux profiler les nantis. Goldman Sachs a été, sauf erreur, la première banque à se mettre au bitcoin...

Oui, l'information devient largement accessible par des réseaux plus objectifs que les médias traditionnels à la solde de l'establishment, mais personne n'a la moindre idée de ce qu'il pourrait faire pour juguler le creusement des inégalités.
Et si par hasard une figure se profile, comme Sanders, on le marginalise, on le ringardise et ses supporters rentrent dans le rang pour limiter les dégâts annoncés avec un Trump à la tête de l'Etat.

J'apprécie vos constats et je partage en règle générale vos remarques. Je reste pourtant sur ma faim. Auriez-vous quelques idées pour que ça bouge.
Ici, chez nous, à Genève, pour commencer. Vous voyez les prochaines élections comment ? Les jeunes participeront-ils plus ? Et par quel miracle seraient-ils plus intéressés par la chose publique ?

Écrit par : PIerre Jenni | 04/08/2016

Merci pour votre commentaire,Il m'importe de souligner que ce que je fais, en tenant ce blog, n'est pas de dresser un sorte de théorie conspirative, mais j'essaie de décrire le monde tel que je le vois, en essayant de me tenir aux faits. Le monde dans lequel nous vivons et la vie que nous menons est, il faut dire, globalement accepté par la majorité des électeurs, dans ce pays ou en Europe. On peut donc affirmer que les responsabilités pour les dysfonctionnements de notre système, qui continuent à s'accentuer, sont largement partagées. Pourquoi je dit cela? Parce que les électeurs, ou plutôt les 50% qui se déplacent aux urnes dans ce pays, ou ailleurs en Europe, continuent à élire les mêmes têtes et à voter contre leur propres intérêts depuis près de vingt ans. Que faut-il faire à Genève ou en Suisse, vous me demandez. Garder à tout prix ce privilège qu'est la démocratie directe, unique au monde, en allant voter. C'est déjà beaucoup. Nous n'avons pas besoin de grandes figures, surtout pas, même une comme le sénateur Sanders, que vous citez, et qui réfute d'ailleurs catégoriquement ce concept de leader. Son concept "grassroots" pourrait d'ailleurs être adopté demain par n'importe quel parti politique de ce pays. Il faut peu pour mobiliser les gens. Surtout, il faut être crédible. Cordialement Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 05/08/2016

"Il faut peu pour mobiliser les gens. Surtout, il faut être crédible."

Si c'était vrai ça se saurait. Et nous pourrions en mesurer les effets.
Le taux de participation aux divers scrutins et relativement stable depuis des décennies, il ne dépasse que rarement les 45%. Il est aussi intéressant de vérifier que la tranche 50/70ans est surreprésentée. La jeunesse 18/30 n'atteint pas 17% de participation.
L'Etat a bien tenté de séduire cette tranche d'âge par toute sorte de moyens, rien n'y fait.

La question de la crédibilité est évidemment une des raisons de la désaffection des jeunes. Nous connaissons le "tous pourris". Si vous interrogez un large panel sur l'intégrité en politique il y a fort à parier que vous obtiendrez un score inquiétant. Le monde est devenu cynique et résigné.

Je persiste donc avec ma question que vous éludez. Comment voyez-vous le développement de la culture "grassroots" chez nous ? Comment allez-vous sensibiliser les jeunes qui devront subir les décisions que nous prenons aujourd'hui sans y avoir participé ? Comment sensibiliser à plus large échelle les électeurs sur les questions que vous soulevez à longueur de blog et qui sont presque systématiquement évitées par la classe politique ? Comment développer la curiosité sans faire appel à l'émotionnel et aux théories conspiratives qui semblent seules à même de réveiller les citoyens ?
Où allez-vous trouver une figure capable de refléter le besoin du bottom-up sans les travers du leader ?

Je pense que vos contributions participent déjà grandement à la mue, mais elles ne touchent que quelques curieux ou autres initiés.
Il s'agirait maintenant de faire un pas supplémentaire en venant avec du concret. Des idées pour engager le mouvement. Le temps des constats est déjà derrière et les prochaines élections cantonales sont déjà là. 2018 c'est demain.

Écrit par : PIerre Jenni | 05/08/2016

Merci pour votre commentaire, Je vous sens très engagé et c'est fantastique, car je pense que la réflexion est le premier pas en direction d'un changement. Vous écrivez que "l'état a tenté de séduire les jeunes électeurs". Je ne pense pas que ça soit le rôle de l'état de séduire qui que ce soit. Il faut que les jeunes comprennent, que ce sont eux qui tiennent leur futur en main. Un espace démocratique et de liberté tel que nous le connaissons dans ce pays n'existe nulle part ailleurs, même pas en Europe. En outre, je trouve que vous êtes un peu sévère avec nos élus. Ils ne sont rien d'autre que le reflet de la société. Il y en a de très bon et des mauvais. En ce qui concerne "les pourris" comme vous les appelez. Eh bien s'il y en a, c'est que le système le permet. Si le système le permet, c'est qu'il faut changer certaines lois. Et pour changer les lois il faut aller voter. Vous me demandez comment développer une "culture grassroots" comme vous l'appelez. Vous connaissez peut-être le site internet change.org qui fonctionne d'après le principe de "grassroots" où n'importe quel citoyen peut collectionner des voix ou de l'argent pour un sujet qui lui tient à coeur. Vous, par exemple, vous faites déjà beaucoup, en tenant un blog et en exprimant vos convictions et vos idées. C'est cela aussi, la démocratie. Vous savez, un mouvement ne se décrète pas, il naît. Il n'y a pas besoin d'un leader ou penseur. Vous dites que la société est devenue cynique. Je ne partage pas votre analyse. Je crois plutôt qu'on veut nous faire croire qu'elle l'est. Mais, elle n'est pas plus cynique que celles qui nous précèdent. Au contraire, je pense qu'il y a un grand potentiel non exploité d'une jeune population qui ne tardera pas à s'exprimer. Elle le fait déjà dans d'autres pays, comme en Espagne, par exemple. Ce qu'on peut faire? Se lancer en politique, ou, expliquer, expliquer, expliquer....Très bon week end à vous, Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 06/08/2016

Je suis plutôt de nature positive, mais je ne partage pas votre optimisme au sujet de la classe politique et de la démocratie représentative. J'ai d'ailleurs fait un bond en lisant le plaidoyer de Guy Sormann dans l'Hebdo pour ce système de délégation parlementaire qui était peut-être valable à l'époque de Benjamin Constant mais qui est aujourd'hui complètement perverti par le lobbyisme et l'ancrage du système partisan qui diminue considérablement l'engagement personnel et la responsabilité individuelle.
http://www.hebdo.ch/les-blogs/sorman-guy-le-futur-cest-tout-de-suite/r%C3%A9f%C3%A9rendum-ou-d%C3%A9mocratie

Si même M. Mauro Poggia dénonce la farce de la commission de la santé au niveau fédéral dans son blog alors qu'il occupe un poste à l'exécutif genevois, je ne puis comprendre votre enthousiasme.
http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/12/21/corruption-swiss-made-suite-et-pas-fin-272780.html

Certes, le grand potentiel est bien là. Il est même si grand qu'il représente pas loin de 99% de la population. Seulement voilà, cette écrasante majorité est silencieuse car le libre marché a conquis les foules et s'est imposé mondialement sans que l'on entrevoie les effets pervers du capitalisme financier qui a donné un pouvoir démesuré à une petite minorité qui donne le la dans le discours politique.

Je garde espoir dans les outils numériques qui permettent l'horizontalité et la suppression des intermédiaires, mais je doute fort que ceux qui sont en place voient d'un bon oeil leurs performances analysées en temps réel et la corrélation entre leurs réalisations et les promesses de campagnes évaluées de une à cinq étoiles.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2016/01/29/la-quatrieme-revolution-industrielle-273711.html

Je ne vois pas non plus les partis s'affaiblir alors que le discours gauche-droite a perdu son sens et que ces deux extrêmes sont obligés de s'allier pour faire barrage aux populistes, cette masse importante qui en a assez des magouilles.

Par ailleurs, mon expérience de terrain m'a démontré par A + B que les commissaires ne font pas leur travail et votent des lois la tête dans un sac selon les mots d'ordres de leur formation en caucus.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2015/02/04/limites-de-la-democratie-parlementaire-264296.html

Se lancer en politique ? Vous rigolez là j'espère ! N'avez-vous par remarqué que j'ai justement lancé mon blog lors de ma campagne pour le CE ? Je suis prêt à parier que vous n'avez pas même remarqué ma candidature.
Un indépendant n'a aucune chance et un progressiste ne peut pas trouver chaussure à son pied dans l'offre actuelle. Et s'il veut parvenir au niveau d'un exécutif, il devra consacrer, au bas mot, dix ans à faire des courbettes, à s'aligner couvert et à se compromettre jusqu'au stade où il aura perdu les repères qui l'ont motivé au début de sa démarche.

Expliquer, encore et encore. Oui, mais où ? Sur les blogs qui sont lus par quelques dizaines d'individus qui vous suivent et qui sont déjà convaincus ?
Dans la presse locale ? En 1500 signes et une fois par mois si tout va bien ?
J'ai aussi essayé. J'étais "expert" en mobilité à la TdG avec deux ou trois chroniques publiées par an.
Chez Décaillet ? Pour alimenter son show et faire partie de la Cour ?
Sur Facebook ou Twitter en 140 signes, franchement ?
Vivement une plateforme du genre de celle des Young Turks ici, en Suisse.

Bon WE à vous aussi Monsieur Hubacher. Et si jamais vous envisagez de vous engager en politique, pensez à la prochaine liste que Jacques-André Widmer envisage de déposer.
http://humoresques.blog.tdg.ch/archive/2016/07/28/la-chasse-aux-vieux-est-ouverte-a-geneve-277866.html

Écrit par : PIerre Jenni | 06/08/2016

Monsieur Hubacher certes vous n'avez pas tout faux mais Internet et les commentaires existe depuis 2002
A cette époque il y avait le funeste Caramail qui a été cause de nombreux divorces et vraie plaie pour les sadiques sexuels et autres goujats cachés derrière l'écran
Tous ceux abonnés à Internet à cette époque sauf certains survivants ont quitté la toile dégoutés de leurs semblables et à juste titre car la faune humaine pouvait enfin trouver parades pour mieux sévir ,sous le couvert de belles paroles et de sages conseils
On a enfermé des enfants innocents nommés Zéro mais bien moins dérangés que toute cette pourriture d'humains trainant sur la toile à cette époque
On a connu de nombreux suicides sans compter de nombreux cas à transporter en urgence en soins psychiatriques
Et pour nous les vieux de la vielle qui avons connu les débuts d'Internet à domicile on fait déjà partie de ceux qui ne mangent que pour vivre mais certains jours en lisant les médias on est tout aussi dégoutés du monde actuel et par là même de manger comme d'autres l'ont été dés 2002
Très bon dimanche pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 07/08/2016

Merci pour votre commentaire

Écrit par : Bruno Hubacher | 07/08/2016

Merci

Écrit par : Bruno Hubacher | 07/08/2016

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