01/08/2016

Valeurs et politique, un oxymore ?

Un parfum de « Weimar » flotte sur le paysage politique européen, une ambiance de fin de règne qui présage un changement radical, pour le meilleur ou le pire.

Certes, nous ne sommes pas en période d’après-guerre et la précarité actuelle n’est pas comparable à la misère d’antan, toutefois l’insatisfaction généralisée et la nostalgie pour le retour d’un « homme fort », ou une femme, rappelle ces jours sombres. Le sentiment de la fin d’une époque est palpable, pas la fin de règne d’une monarchie cette fois, mais la fin de règne d’un système, celui d’une philosophie économique et politique néolibérale qui domine la société occidentale depuis une vingtaine d’années et dont les jours sont comptés.

Des prétendants pour reprendre le flambeau ne manquent pas à l’appel, entre la droite nationaliste et les fondamentalistes religieux ce sera, à nouveau, l’establishment économique qui choisira la formation politique qui lui conviendra, à moins que…

A moins que la démocratie, un peu rouillée actuellement, ne se remette en marche. Les signes encourageants sont nombreux. Aux Etats-Unis, par exemple, la jeune génération Y, sort de sa réserve et se passionne pour la politique. Il suffisait qu’un vieux routier de la vie publique leur explique les droits civiques les plus élémentaires. Cela paraît révolutionnaire.

Ainsi, Bernie Sanders, qui est au-delà de la logique électoraliste depuis longtemps, vient de créer le « Bernie Sanders Institute » qui aura pour mission de revigorer la démocratie participative, en fournissant un soutien financier et logistique aux futures campagnes électorales de tout citoyen américain progressiste qui souhaite se présenter pour un mandat politique local ou au niveau national. Première échéance, les élections du congrès de mi-mandat. Actuellement, une centaine de politiciens progressistes sont activement soutenus. Le financement est assuré, par les dons des sympathisants, 30 USD environ par contribution. Ce mode de financement « grassroots », aux antipodes du monde du lobbying, est en train de faire des petits en Europe.

Pour suivre la campagne électorale démocrate sur youtube : Young Turks, Democracy Now, Jimmy Dore, Secular Talk

En Angleterre, les membres du parti « Labour », parti qui perd les élections de 2014 à la faveur de la droite néolibérale du premier ministre David Cameron, élisent, au mois de septembre 2015, au nez et à la barbe de ses parlementaires à Westminster, avec 59% des votes, un nouveau leader progressiste, Jeremy Corbyn, un ancien « backbencher », un dinosaure de la politique qui, depuis 30 ans, ne cesse de prêcher dans le désert et de défendre une politique social-démocrate conforme aux valeurs du parti. Il se situe constamment en marge du courant néolibéral « Blair-Brown » dominant, un peu à l’instar du sénateur américain, Bernie Sanders face à l’establishment du parti démocrate.

A la suite de cette élection, le nombre des inscriptions, au prix de 3 £, a littéralement explosé à 370'000 membres. Depuis, fort du mouvement progressiste « Momentum », crée par de jeunes militants, ce chiffre dépasse actuellement la barre de 500'000 membres, un record historique. Rien que depuis le referendum sur le BREXIT, 100'000 nouveaux membres se sont inscrits.

Pour mémoire, ce chiffre culmine à 405'000 membres en 1997 lors de l’élection de Tony Blair comme Premier Ministre, pour s’éroder ensuite, de façon continue, jusqu’à 195'000 membres en 2014, année de la grande débâcle du malheureux candidat Ed Miliband.

A l’instar de l’establishment du parti démocrate américain, qui a fini par se débarrasser du candidat gênant, Bernie Sanders, les ténors du parti, veulent quelqu’un de leurs rangs pour diriger le parti. Décontenancés par les conclusions accablantes de la commission « Chilcot » sur le rôle de l’ancien Premier Ministre Tony Blair et son gouvernement dans l’invasion militaire en Iraq, ils préfèrent actuellement un bras de fer avec la base. Ainsi, 170 parlementaires sur 230, contestent actuellement le leadership de Jeremy Corbyn, élu il y a à peine une année, en présentant un candidat de leur choix, un candidat de l’establishment contre le peuple, en quelque sorte. Affaire à suivre.

En Allemagne, le « SPD », qui, comme « Labour » a jeté par-dessus bord ses valeurs « social démocrates » démodées depuis longtemps, commence à se sentir de plus en plus à l’étroit dans son rôle de partenaire junior dans la coalition néolibérale d’Angela Merkel. Ainsi, Sigmar Gabriel, président du « SPD » et ministre de l’économie et de l’énergie parle actuellement de la fin de l’austérité budgétaire. Une hérésie au pays des retraités.

Côté gauche de la gauche, Gregor Gysi, le politicien le plus populaire des allemands, co-fondateur du parti « Die Linke » et chef de son groupe parlementaire au Bundestag entre 2005 et 2015, actuellement à la semi-retraite, parle d’une fenêtre historique pour une coalition « rouge, rouge, vert » en 2017. Il y aura du boulot, il le sait. Fin tacticien et orateur hors pair il est toutefois le mieux placé à gauche pour rapprocher les positions, à ce jour encore, disparates.

Actuellement, « Die Linke » peine à dépasser l’extrême droite montante, « AFD », qui cartonne notamment dans les Länder de l’ancienne RDA et qui ne manquera pas son entrée au Bundestag l’année prochaine. De leur côté, le « SPD » et « les Verts » sont en perte de vitesse et un rapprochement des positions, entre les trois partis, notamment en matière de politique extérieure s’annonce laborieux. La bonne nouvelle est, que la CDU/CSU non plus n’a la faveur des électeurs.

Une entente entre Lafontaine et Gysi, fondateurs du parti, permettrait déjà de clarifier la position de la gauche de la gauche, notamment dans le dossier épineux des réfugiés. La récente tentative de rapprochement maladroite aux positions de l’AFD, de la part de l’épouse d’Oscar Lafontaine, Dr. Sahra Wagenknecht, a déclenché un tollé d’indignation. Ce genre de tentative de pêche aux voix, une erreur politique à ne pas commettre, est, ce qu’on appelle au foot, un autogoal.

Le cas de figure de la France est probablement le plus intéressant en Europe. Avec un parti socialiste qui perdra probablement le pouvoir en 2017, une droite qui tente de séduire les électeurs avec d'anciens et futurs repris de justice et une extrême droite qui, finalement, dans la bonne tradition de la politique française, s’est fait pincer par le fisc et la justice, le vide politique est abyssal.

Le trublion Jean-Luc Mélenchon a commencé à le remplir cet espace, avec son site internet participatif et son discours pédagogique à la Bernie Sanders. Orateur hors pair et homme cultivé, il a la capacité de séduire les jeunes électeurs, las de la langue de bois. Il s’est taillé un costume d’homme d’état abandonnant la rhétorique guerrière à la faveur d’un discours rassembleur et responsable. Les autres prétendants ne manqueront pas de copier la recette. Toutefois, les électeurs préféreront probablement l’original.

En Espagne, le mouvement « Podemos » avec son charismatique leader Pablo Iglesias a encore du pain sur la planche. A l’instar du parti « Die Linke » en Allemagne, une coalition avec le « PSOE » demande encore du travail conviction pour faire changer la feuille de route aux socialistes. La patience sera payante.

14:00 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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