19/07/2016

Avenir Suisse – Avenir pour les suisses ?

Avenir Suisse est un « think tank », ou laboratoire d’idées, sur la Suisse de demain. Il vise à stimuler le débat public et proposer de nouvelles idées dans les domaines politique, économique et social. Il est composé d'une équipe d'experts de tous horizons et soutient une vision libérale du monde et de la société. Fondée en 1999 par quatorze des plus grandes multinationales suisses, il est financé par 130 entreprises et personnalités suisses. (Wikipedia)

On devine le « think » du « tank ».

Certes, la Suisse doit sa prospérité au libéralisme. Seulement, l'esprit de ce libéralisme là n'est plus que l'ombre de lui-même. Si les milieux économiques ne veulent pas creuser sa tombe, ils ont intérêt à mettre de l’eau dans leur vin.

Dans une interview avec le magazine allemand « Der Spiegel » Dr. Marco Salvi, directeur de recherche chez « Avenir Suisse », réagit aux déclarations du gouvernement britannique selon lesquels celui-ci souhaite, en réponse au BREXIT, adoucir encore davantage la fiscalité des entreprises, implantées sur son sol, dans le but de restaurer l’attractivité de son industrie, ou ce qui en reste.

Monsieur Salvi concède, oh surprise, que les impôts ne sont qu’un élément parmi d’autres pour définir l’attractivité d’un pays du point de vue économique. Sur la question du « Spiegel » au sujet du succès de la politique suisse en matière de sous-enchère fiscale pratiquée durant les années 1990, qui consistait à attirer les multinationales en leur proposant des impôts « discount », Monsieur Salvi concède, là aussi, « que leur contribution (des multinationales) à l’économie réelle et au marché du travail s’était finalement avérée modeste, et que leur mobilité comporte finalement plutôt un risque, non négligeable, qu'un avantage ».

En effet, la Suisse s'est vu contrainte de rétropédaler en la matière et se trouve actuellement confrontée au casse-tête RIE III. On n’a pas le souvenir d’avoir entendu « Avenir Suisse » mettre en garde les élus contre cette politique problématique de « beggar thy neighbour » et ses conséquences, somme toute, prévisibles. Avenir Suisse comporte le mot « Avenir », prévoir. On pourrait ajouter le secret bancaire au palmarès.

En outre, M. Salvi loue « la flexibilité du marché du travail suisse « hire and fire » et la facilité pour les entreprises suisse d’engager des travailleurs européens et n’oublie pas non plus de mettre en avant la légendaire paix du travail.» Tous ces éléments ont, en effet, contribué à la prospérité de l’économie suisse ces derniers 15 ans. Mais, à quel prix ? Serait-ce une coïncidence que les salaires stagnent depuis 15 ans dans ce pays. Qui a donc profité de cette prospérité ? Les suisses ?

Un récent article dans la « Sonntagszeitung « relève que les salaires dans certaines branches ont baissés jusqu’à 8% entre 2012 et 2014. Selon Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union Syndicale Suisse, 17% des entreprises étrangères et 11% des entreprises suisses contrôlées ont abusé de la libre circulation des personnes et ont été convaincues de dumping salariale l’année passée.

Vu le faible nombre de contrôleurs, notamment dans les cantons frontaliers, le chiffre effectif risque d’être sensiblement plus élevé. Swissmem et l’Union Patronale Suisse continuent à jouer avec le feu en réfutant ces accusations comme infondées. Il ne faut donc pas trop tirer sur la corde. La paix du travail a un prix.

En revanche, « Avenir Suisse » déplore le retard de ce pays en matière de libéralisation des services publics par rapport à l'Union Européenne. Si les privatisations des services publics débouchaient effectivement sur un meilleur rapport qualité-prix pour le citoyen et consommateur, cela se saurait. Le contraire est le cas, comme le démontrent les privatisations de « Royal Mail » et « British Rail ».

L'économie au service de la collectivité, voilà une mission honorable pour Avenir Suisse.

13:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Economiesuisse est aussi pas mal dans le genre. Je vous encourage à prendre connaissance des divers commentaire sur mon billet.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2016/02/26/economiesuisse-boujour-la-transparence-274374.html

Écrit par : PIerre Jenni | 20/07/2016

Merci pour votre commentaire

Écrit par : Bruno Hubacher | 20/07/2016

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