11/07/2016

Revolving doors

La politique des « portes tambour », jadis pratiquée avec la plus grande discrétion, s’affiche dorénavant au grand jour, sans gêne.

Ainsi on apprend que Manuel Barroso, ex-président de la commission européenne (2004 – 2014) vient d’accepter le poste de président « non-exécutif » auprès de la sulfureuse banque d’affaires Goldman Sachs à Londres, pour aider celle-ci « à gérer le BREXIT ». Un bras d‘honneur à l’intention des citoyens européens.

Il ne fallait pas plus pour donner un coup de pouce aux mouvements d’extrême droite.

Un petit rappel des faits. Nous sommes en 2001, la Grèce abandonne sa monnaie, le Drachme en faveur de l’Euro. Elle remplit donc les critères du traité de Maastricht, soit un déficit budgétaire annuel maximal de 3% du produit intérieur brut et un niveau de la dette n’excédant pas 60% de celui-ci. L’application de ces critères par les pays membres est censée être surveillée par Eurostat, une branche de la commission européenne, chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire. (Wikipedia)

L’enjeu est donc de taille, car une fois à l’intérieur de la zone euro on peut emprunter à tout va, car les investisseurs se sentent protégés. Raison pour laquelle il fallait trouver un truc pour remplir ces maudits critères. Le gouvernement grec du premier ministre socialiste Konstantinos Simitis du parti PASOK s’est adressé aux magiciens du géant américain. Il n’était pas le seul, d’autres pays méditerranéens ont « travaillé » avec des banques d’affaires pour enjoliver leurs statistiques, en utilisant des produits financiers dérivés, ce qui était rendu légale par l’UE jusqu’en 2008, sous la pression des dites banques, à condition que ces transactions soient déclarées à Eurostat.

Antigone Louiadis, directrice chez Goldman Sachs à Londres et spécialiste des produits financiers dérivés, concocte donc un deal pour ses compatriotes, un SWAP comme on dit dans les cercles initiés. L’idée est simple. On vend des dettes à terme, libellées en YEN et USD pour de l’EURO, à un cours de change favorable, dans le but de faire baisser, temporairement, le niveau de la dette globale, dette qui devra être racheter plus tard au cours du marché. Honoraires estimés de l’opération, à la charge du peuple grec, 500 mio USD, qui vont directement dans la poche de Goldman Sachs, dont 12 mio USD sur le compte de Madame Louiadis, actuellement à la tête d’une importante compagnie d’assurance britannique.

La suite on connaît, jeux olympiques à Athènes en 2004, crise financière des « subprimes » en 2008, co-déclenchée d’ailleurs par Goldman Sachs, encore elle. Certes, Monsieur Barroso n’était pas encore président de la commission en 2001, Mario Draghi, l’actuel président de la Banque Centrale Européenne en revanche, était vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Il n’est donc pas exclu qu’il ait eu connaissance de « ces services rendus ».

La non régulation du secteur bancaire depuis 2008 est une conséquence de la politique des portes tambour, car les banques, et surtout Goldman Sachs, ont placé leurs pions dans toutes les positions clé du pouvoir politique. Ce qui jadis aurait pu sortir tout droit d’un roman de Frederick Forsyth ou John le Carré est aujourd’hui une réalité, docilement acceptée.

Ainsi les portes tambour continuent à tourner.

11:29 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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