20/07/2016

Chicago 1968 – Philadelphia 2016 ?

La convention nationale démocrate se tiendra cette année dans la ville de Philadelphie. Entre le 25 et 28 juillet prochain, 4765 délégués choisiront le candidat démocrate à la présidence et la vice-présidence des Etats-Unis.

Face à un parti républicain en déliquescence, qui tiendra son congrès entre le 18 et 21 juillet prochain à Cleveland, ce sont les démocrates qui poseront les jalons d’une Amérique à la croisée des chemins et, en effet, du monde occidental. Vu le contexte actuel, l’événement se tiendra sous haute tension, un peu à l’instar de « Chicago 1968 », et la jeunesse tiendra à nouveau la vedette.

En 1968, l’Amérique est en colère. En effet, l’année est marquée par une série d’émeutes raciales particulièrement violentes, deux assassinats politiques, celui du pasteur Dr. Martin Luther King et du sénateur démocrate, Robert F. Kennedy, ainsi qu’une contestation massive contre la politique guerrière du président démocrate Lyndon B. Johnson au Vietnam.

Le choix du candidat, téléguidé par le président Johnson, le vice-président de l’époque, Hubert Humphrey, divise le parti, dont la base préfère le prétendant anti-guerre, le sénateur du Minnesota, Eugene McCarthy, très populaire auprès de la jeunesse américaine. Celle-ci se plie en quatre pour son idole et va jusqu'à se couper les cheveux longs et les barbes pour faire du porte à porte pour Eugene. « Get clean for Gene ».

Néanmoins, la convention se plie au choix « présidentiel », Hubert Humphrey, qui, fatalement, perdra les élection nationales en faveur du camp républicain et l'ambitieux Richard Nixon. Le reste, c'est de l'histoire. Celui-ci réussira, par la suite, à enfoncer le pays encore davantage dans le guêpier vietnamien, avec l'aide de son humble serviteur, le diabolique Dr. Kissinger. Tout ça pour ça.

Au parti démocrate, il ne reste plus qu'à réparer les pots cassés. Il mettra sur pied la commission McGovern-Fraser, avec pour mission de réformer son système électoral. Ses conclusions mènent à l’introduction des élections primaires, organisées état par état. Depuis, 80% du processus électoral est ainsi décidé par les membres et 20% par les ténors du parti, les fameux « super delegates ».

Nous sommes en 2016, l'Amérique est en colère, et, à l'instar de 1968, le parti démocrate est divisé. D'un coté la génération du « baby-boom », de l'autre la jeunesse, la « génération Y ». L’affrontement entre partisans est programmé, salutaire et constructif cette fois, il faut espérer.

Bernie Sanders, la version 2016 d’Eugene McCarthy, continue à se battre pour un « manifesto » progressiste. Fort de ses 13 millions de supporteurs, majoritairement jeunes, il met la pression au parti pour une injection d'une dose de progressisme nécessaire : gratuité des frais scolaires, impôt progressif sur le revenu et la fortune, renégociation des traités de libre échange, démantèlement des banques et réintroduction de la loi « Glass-Steagall », interdiction du « fracking » fracturation hydraulique, réforme du système pénitentiaire, légalisation du cannabis.

Hillary Clinton saura-t-elle faire oublier son incarnation de l'establishment et sa proximité avec Wall Street ? Les jeunes électeurs, les « millennials », qui se sont inscrits au parti en masse, inspirés par la campagne du sénateur Sanders, ne seront pas dupes et ne se laisseront pas amadouer pas les récentes concessions faites par la candidate. Les promesses électorales, on sait ce qu'elles valent. On se souvient de « yes we can ».

Le capitalisme à bout de souffle et le fascisme de l’ère digital en plein essor, les enjeux sont existentiels pour le modèle de société à venir de la génération « facebook ».

17:21 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les commentaires sont fermés.