05/07/2016

2017, l’année de tous les dangers

Après le divorce à l’anglaise, le renouvellement des élites européennes s’impose, plus que jamais. Les électeurs anglais n’ont pas jugé utile de remplacer les leurs, en les réélisant tambour battant en 2015.

Sur le continent, en revanche, il y a lieu d’être plus optimiste. 2017 est une année électorale, en Allemagne et en France, une chance pour une Europe post-néolibérale. L’Allemagne, le nœud gordien de la construction européenne, est un cas de figure particulièrement intéressant, car avec le départ des anglais, la chancelière, Angela Merkel, perd un allié précieux.

Dans une interview, donnée au magazine allemand « Stern », Dr. Gregor Gysi, le politicien le plus populaire d’Allemagne et ancien chef du groupe parlementaire « Die Linke », parle d’une fenêtre d’opportunité politique historique. Il se fait écho d’une récente déclaration du ministre (SPD) de l’économie et de l’énergie, Sigmar Gabriel, qui appelle à la réunification des forces progressistes de gauche. Se sentant de plus en plus à l’étroit dans son rôle de partenaire junior dans un gouvernement néolibéral, il semble enfin prêt à assouplir ses positions face à son frère ennemi.

Il reste une année aux trois forces de gauche (rouge, rouge, vert), dont les derniers sondages donnent 22%, 9% et 12% respectivement, pour convaincre, en rapprochant leurs positions et en faisant preuve de pédagogie face aux électeurs, car ceux-ci risquent de commettre la même erreur que les anglais en réélisant les mêmes élites, ou pire, une droite dure comme les suisses, par méconnaissance et peur du changement.

Dans un discours devant le Bundestag le 23 avril 1998, qu’on peut consulter sur « youtube », Dr. Gregor Gysi, met en garde le parlement allemand contre une introduction précipitée de l’EURO, voulue par la droite néolibérale, la CDU/CSU. Il poursuit « L’union forcée et précipitée d’un continent par une monnaie unique est condamnée à échouer, car avant d’unifier les pays européens à travers une monnaie unique il faut les unir à travers une harmonisation fiscale, sociale, salariale. Cette union monétaire se fera à la faveur des pays exportateurs, allemands et britanniques notamment, au détriment des économies des pays du sud de l’Europe, qui seront forcés de s’endetter mais aussi au détriment de l’économie intérieure allemande dont dépendent 90% des petites et moyennes entreprises. La conséquence sera une précarisation de plus en plus importante, suivi de la montée de l’extrême droite et de la xénophobie. »

Dix-huit ans ont passé depuis ce discours. La droite extrême anglaise, le parti UKIP, a réussi le BREXIT et le parti AFD entrera au Bundestag avec 10% des voix l’année prochaine.

A l’instar de l’économiste grec, Yannis Varoufakis, Gregor Gysi veut réformer l’Union Européenne de l’intérieur, raison pour laquelle il use de sa popularité, notamment auprès des jeunes allemands, pour influer sur une unité des forces de la gauche progressiste pour 2017. Il faudra convaincre, car actuellement les sondages ne sont pas en faveur d’une telle configuration.

11:16 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

Commentaires

C'est amusant de revoir le nom de Gregor Gysi, vieux communiste de l'ex-république "démocratique" allemande. Surtout lorsqu'il parle de "réformer" l'Union Européenne de l'intérieur. Pourquoi ai-je de la peine à croire ce que cet individu raconte?

Écrit par : Déblogueur | 05/07/2016

Merci pour votre commentaire, Voyez vous, je crois qu'un des principaux fléaux de notre époque sont les préjugés et la simplification. En politique, il faut cesser de personnaliser, sortir des dogmatismes et considérer les solutions proposées. Ce sont les solutions qui nous intéressent, pas les hommes politiques, et à cet égard, Gregor Gysi a quelques unes à offrir, je pense.

Écrit par : Bruno Hubacher | 05/07/2016

Je crois comprendre les raisons de votre optimisme et aimerais le partager, mais il y a un passage qui me retient :
".. en faisant preuve de pédagogie face aux électeurs, car ceux-ci risquent de commettre la même erreur que les anglais en réélisant les mêmes élites, ou pire, une droite dure comme les suisses, par méconnaissance et peur du changement."

Cette phrase contient l'idée optimiste, que les électeurs pourraient oser changer, parce que convaincus par un discours explicatif bien construit et qu'il y aurait des politiciens ( en l'occurrence de gauche) capables de mettre en œuvre des politiques innovantes amenant des changements dans le cours des choses.

Je pense que beaucoup d'électeurs-votants ne font plus confiance aux promesses ( qui croire ?) et ceux-là deviennent abstentionnistes. Je pense aux Grecs, qui se sont retrouvés l'été dernier dans une situation de volte-face spectaculaire, mais ils ne sont pas les seuls.
D'autres ont tellement envie que ça change, qu'ils croient trop facilement des discours allant dans le sens de leurs attentes, ou tourné autrement : ils votent pour ceux qui disent ce qu'ils voudraient entendre, même si ce discours est un peu magique et non-réaliste, comme p.ex. les Brexiters, qui ont certes parfaitement le droit de vouloir sortir de l'UE, mais en toute connaissance de cause et en pouvant compter sur des leaders politiques qui assument le projet jusqu'au bout. Ils ont espéré un renouveau grâce à de nouvelles figures au niveau national,comme Boris Johnson, ou une nouvelle force politique comme UKIP et son leader charismatique.
Ce pari de la nouveauté n'a pas été concluant ( en tout cas à court terme), puisque les Britanniques se retrouvent au milieu du gué en se rendant compte qu'on ne leur a pas dit toute la vérité.
Ceux qui ont mis leur confiance en Marine Le Pen doivent bien réfléchir à présent et essayer de comprendre, si elle a davantage les capacités de mener ses projets à terme et pour le bénéfice de son électorat.

La clairvoyance de G.Gysi, certifiée par le discours cité, est de nature à donner confiance dans sa capacité d'analyse. Pour en avoir le cœur net, il faudrait pouvoir revoir ses positions sur beaucoup de sujets et sur une longue durée, car une hirondelle ne fait pas le printemps.
G. Gysi n'est pas un débutant et c'est plutôt un avantage.

Écrit par : Calendula | 06/07/2016

Merci pour votre commentaire

Écrit par : Bruno Hubacher | 06/07/2016

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