27/06/2016

BREXIT, un avertissement à l’adresse des jeunes suisses

La démocratie est un exercice ambitieux et les jeunes citoyens seraient bien inspirés de commencer à s’y intéresser.

75% des britanniques entre 18 et 24 ans ont voté contre la sortie de leur pays de l’Union Européenne. Toutefois, selon des sondages, effectués par différents instituts avant le 23 juin, seulement 52% des citoyens de 35 ans et moins avaient l’intention de voter, contre 81% des 55 ans et plus.

En Suisse, le taux de participation des jeunes entre 18 et 35 ans oscille autour de 35%.

Ainsi, les vétérans de la politique suisse donnent le ton et se réjouissent de la décision des britanniques, car, « après nous, le déluge ». L’inévitable Christoph Blocher (76 ans) « n’aurait jamais pensé que les britanniques auraient le courage de quitter l’UE et prédit que les forces centrifuges feront que celle-ci éclatera sous peu. » Faut-il s’en réjouir pour autant ?

Mais les plus jeunes ne sont, hélas, pas en reste. Ainsi, Albert Rösti (49 ans), nouveau président de l’UDC, déclare : « Je félicité le peuple britannique pour son courage. Il a préféré la liberté et l’autodétermination aux risques à court terme ». On cherche encore à savoir ce qu’il a voulu dire.

Petra Gössi (40 ans), nouvelle cheffe du PLR, et marionnette des ténors du parti, se montre « impressionnées par le courage des britanniques ». Elle estime, en outre, « que cette décision démontre à quel point les citoyens britanniques sont attachés à leur liberté. » Est-ce que le parti des pères fondateurs de la Suisse moderne a une boussole, ou navigue-t-il à vue ?

En ce qui concerne les britanniques, qui ont voté pour le BREXIT, ils se sont trompés de cible. La baisse du niveau de vie d’une tranche de plus en plus importante de la population, un phénomène européen par ailleurs, la désindustrialisation, accompagnée d’un chômage massif dans le secteur secondaire, la détérioration de la qualité des services publics suite à des privatisations tous azimuts, ne peuvent être imputés à l’Union Européenne, mais à la politique néolibérale du parti « Tory », réélu avec tambours et trompettes en 2015. Comme quoi, la démocratie est un exercice ambitieux.

Faut-il le rappeler que la révolution néolibérale de Margareth Thatcher est un produit anglais, exporté en Europe et adopté par les leaders crédules des partis politiques de toutes couleurs. Le « corset en acier » de l’austérité budgétaire en est une conséquence directe. La libéralisation de la finance qui a connu son apothéose avec la crise financière de 2008, est également « made in England ». Ces deux « avancées » sont co-responsables de l’état économique périlleux de l’Union Européenne. C’est donc un peu cavalier de la part de la » perfide Albion » de filer à l’anglaise et de laisser les continentaux le soin de payer les pots cassés.

L’espoir de voir naître un jour un projet européen qui n’est pas réduit au marchandage reposera peut-être sur des initiatives citoyennes, telles que le mouvement DIEM25 fondé par l’ancien ministre des finances et économiste grec, Yanis Varoufakis.

09:43 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

Commentaires

Votre billet résume à merveille l'éclatement des positions ou des postures.
Il n'est plus possible de traduire par droite ou gauche un vote qui divise et fait exploser les balises.
Oui, les anglais sont méfiants devant les velléités sociales de certains, ils suivent plutôt la tendance libérale, voire libertarienne, des USA. Et pourtant, ce sont les classes défavorisées qui ont fait pencher la balance.
L'UE qui vous semble chère, valide pourtant la tête dans le sac des négociations bilatérales avec les USA en se foutant des réticences de certains Etats (TTIP).
Les instances européennes sont devenues la caricature du fonctionnariat, des planqués qui entendent bien le rester.
Voici un lien qui devrait vous permettre de relativiser vos inquiétudes.
https://www.youtube.com/watch?v=aVcJyKR_lHg

Écrit par : Pierre Jenni | 27/06/2016

Merci pour votre commentaire. Vous mentionnez, à juste titre, le problème de l'opacité des institutions européennes. L'exemple des négociations des traités transatlantiques de liber échange est probant, car en plus d'être un simple accord commercial TTIP est un choix de société. Je crois néanmoins, que l'Union Européenne ne changera qu'à condition que la politique dans les pays membres change. Dans ce sens, les britanniques portent une lourde responsabilité en ayant réélu un gouvernement conservateur et néolibéral qui défend précisément cette politique libre échangiste qui précarise les "pro-Brexi". La critique à l'adresse de la Suisse, c'est son manque courage d'oser défendre son modèle de subsidiarité à succès qui pourrait, j'en suis sûr, se transposer à l'Union Européenne, une sorte de United States of Europe. Des interventions beaucoup plus fréquentes devraient avoir lieu au niveau des partis politiques, l'extrême droite le pratique déjà. Il y a tellement de choses que la Suisse pourrait faire tout en restant, pour l'heure, en dehors, car en l'état actuel, il est vrai, une adhésion de la Suisse n'est pas une option.
Cordialement
Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 27/06/2016

C'est vrai que 75% des 18-24 ans ont voté pour le remain.
C'est vrai aussi qu'a 30 ans ils étaient plus que 60%
Et a 40 ans la majorité s'inverse.

On peut en tirer toutes sortes de conclusions, éventuellement que plus ont s’éloigne des études et des rêves de jeunesse, plus on baigne dans le monde du travail, plus on devient eurosceptique. Bien que les liens de causalité reste a prouver.

Et une autre remarque: Prenons un jeune de 25 ans qui a aujourd'hui voté pro UE, rien ne prouve que cette même personne votera toujours pro UE a 40 ans. Il est donc fallacieux de prétendre que les jeunes d'aujourd'hui vont devoir vivre dans la frustration de ce résultat toute leur vie.

Et quelle était le taux de participant des 20 ans ? Je ne l'ai pas trouvé, mais admettons que ce soit 30%. Dans ce cas on peut dire que seul 23% des jeunes de 20 ans ont réellement voté pour rester dans l'UE...

Écrit par : Eastwood | 28/06/2016

Merci pour votre commentaire, Vous savez j'ai peut-être quelques années de plus que vous, car je suis né 13 ans après la fin de la guerre. On oublie trop souvent que le projet européen est avant tout un projet pour la paix. C'est donc d'autant plus remarquable, mais plutôt réjouissant que ce sont les jeunes anglais qui plébiscitent l'Union des pays européens. L'esprit d'origine a malheureusement été perverti par un mercantilisme bien anglo saxon, raison pour laquelle cette sortie est un aveu de faiblesse et un signe de lâcheté, car pour réformer les institutions européennes, ce qui est une nécessité absolue, il faut convaincre, s'engager, pas simplement jeter l'éponge. C'est trop facile.
Cordialement
Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 28/06/2016

Je ne pense pas que le choix des Anglais fut facile. Au contraire, il est courageux car ils savent qu'ils prennent des risques. Le camp du remain a assez ressassé les probables conséquences économiques d'une sortie.
Concernant les jeunes, il faut croire qu'ils n'étaient pas si motivés par le scrutin puisque leur participation ne fut pas plus importante que lors des autres votes. Et c'est une information importante car elle souligne le déficit de crédit envers nos instances. La politique n'a jamais enchanté la jeunesse, mais les "affaires" qui défraient régulièrement la chronique ne font que décourager les citoyens de participer à ce qu'ils considèrent au mieux comme une mascarade et au pire comme de la corruption et du vol autorisé.

Écrit par : Pierre Jenni | 29/06/2016

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