20/06/2016

Les bons conseils des financiers

On se souvient peut-être du « pacte de dérégulation », chaudement recommandé par Sergio Ermotti, directeur général de la banque UBS, aux partis bourgeois en début 2015, soit la mise en œuvre bienveillante de la réforme de l’imposition des entreprises III, une modération de la régulation de la finance, le refus de l’initiative sur l’imposition de l’héritage (ce que les électeurs suisses ont docilement pris à cœur), contre l’introduction d’un impôt sur les gains de capital et pour la suppression du timbre sur les transaction boursières.

En outre, Monsieur Ermotti considère que l’état devrait se garder d’intervenir de quelque façon que ce soit dans l’économie. (Sauf pour sauver une banque, bien entendu). En contrepartie, l’économie devrait s’engager à créer de l’emploi. Peu de temps après, les grands licenciements dans le secteur bancaire suisse ont commencé, et continuent.

Monsieur Ermotti s’est octroyé, par la même occasion, une hausse de son salaire annuel de 28% pour l’année 2015, pour arriver à la somme de 14,3 mio CHF, ce qui est dans la fourchette supérieure du secteur. Le « bonus pool » de la banque d’investissement a également bénéficié d’une hausse, soit de 14% à 3,5 mia CHF, pendant que les concurrents ont baissé le leur. Pour mémoire, c’est le secteur de la banque d'investissement qui a provoqué la crise financière de 2008 de laquelle l’économie réelle souffre encore à ce jour.

Après les bons conseils du Dr. Ermotti, c’est au tour de Philipp Hildebrand, ancien président de la Banque Nationale Suisse, actuellement vice-président du fonds d’investissement « Blackrock ». Lors du Swiss Economic Forum à Interlaken (NZZ 09.06.2016), M. Hildebrand s’étonne de la « naissance inquiétante du populisme » en Europe et aux Etats-Unis, dont la raison il croit détecter dans « l’inégale répartition des revenus ». On remarque la clairvoyance de l’ancien banquier central. En outre il constate « la résistance contre les traités de libre échange TPP et TTIP ».

« La politique monétaire accommodante ne peut garantir la croissance. Vu le faible coût de financement il faut investir dans l'infrastructure». Qui ? L'état ?

Pour l’avenir de la Suisse, le Dr. Hildebrand, propose un remède surprenant. « Le constat est alarmant. La Suisse manque d'informaticiens. Chaque enfant suisse apprend à lire et à écrire, mais il n’apprend pas la programmation informatique, car l’utilisation d’un ordinateur est l’apprentissage de la lecture de l’avenir. » En clair, le banquier propose l’introduction de la matière « programmation informatique » dans le programme scolaire dès l’école primaire.

Il semble inconcevable pour certains leaders économiques que l’économie puisse être au service de l’humain et pas l’inverse. On pourrait humblement contre argumenter que nous avons besoin d'ingénieurs plutôt que des informaticiens, car les défis de l’humanité sont réel, pas virtuels.

11:06 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

Commentaires

Concernant les salaires et bonus tout à fait d'accord avec vous.
Mais concernant l'informatique non !
La Suisse est peut-être très informatisée. Pratiquement tout le monde possède un PC. Mais leur utilisation se limite en général à écrire des lettes et faire de beaux tableaux.
Nous sommes le cancre des start-up informatiques. Nous sommes le cancre dans la protection des données. Nous sommes une cible facile pour tous les pirates informatiques mondiaux.
Regardez Israël. Les enfants apprennent l'informatique dès le plus jeune âge, ce pays est le leader avec la silicone valley des développements informatiques, son service de renseignement est l'un des meilleurs au monde.
Et nous ? Il a fallu Guy Parmelin pour que l'on se rende compte qu'on était un peu en retard.
Oui on a besoin d'ingénieurs. Mais aujourd'hui ça passe par l'informatique.

Écrit par : Lambert | 21/06/2016

Merci pour votre commentaire,
Ma réflexion est de nature plus fondamentale. La première constatation, les leçons de la finance, la société n'en a pas besoin, car ses préceptes ont échoués. Deuxième constat, la digitalisation, à l'instar de la finance, est devenue une fin en soi. Par conséquent, dans un contexte global, l'informatique doit être au service de l'ingénierie, un domaine négligé depuis près de deux générations, comme le démontre l'état déplorable des infrastructures des pays européens, à la l'exception de la Suisse, et la transition énergétique qui traîne depuis de décennies. Troisième constat, pour conclure, une clé de répartition plus juste des fruit du progrès des dernières vingt années permettrait, d'éradiquer la précarité naissante d'un jour à l'autre, c'est un fait. Par conséquent il n'est pas nécessaire de formater nos enfants en soldats des intérêts économiques particuliers, mais en citoyens responsables dotés d'une éducation la plus vaste possible.
Cordialement
Bruno Hubacher

Écrit par : Bruno Hubacher | 21/06/2016

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