23/05/2016

Journaliste, un métier d’avenir

Le 16 mars 2016 le site d’information Mediapart, cofondé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du quotidien « Le Monde », a fêté ses huit ans d’existence et continue à défendre son indépendance contre vents et marées. Ses résultats lui donnent raison.

Fin 2015, le site a compté 118'000 abonnés, un plus de 11'000 abonnés par rapport à 2014 et un total de 3 mio de visiteurs de sa page d’accueil. La directrice générale, Marie-Hélène Smiéjan, responsable des finances, annonce, pour l’année 2015, un chiffre d’affaires de 10,4 mio EU et un taux de rentabilité sur le capital investi de 15%, un chiffre qui devrait faire pâlir tout média traditionnel.

C'est peut-être une indication que la publicité n’est pas tant le mode de financement de l’avenir pour la presse. Pendant que le paysage médiatique est dominé par une dizaine d’individus fortunés, pour ne prendre que l’exemple de la France, tels que Messieurs Lagardère, Dassault, Niels, Berger, Pigasse, Drahi, Arnault, Bouygues et Bolloré, le public est avide d’informations et d’analyses indépendantes. Ceci vaut pour le paysage médiatique suisse aussi.

Pour prendre l’exemple de la France, la lutte pour le maintien de l’indépendance des médias sur internet est semée d’embûches. Premier en cause, le fisc français. En effet, les autorités fiscales exigent des sites d’information sur internet l’application du taux TVA usuel de 19,6% or la presse écrite bénéficie d’un taux de 2,1%. Mediapart, ainsi que les autres prestataires, demandent l’égalité de traitement.

Pour Mediapart, ce différend a causé un contentieux de 4,7 mio EU, dont 1,4 mio EU de pénalités, ce qui éponge la quasi-totalité des réserves, accumulées depuis sa création en 2008.

Heureusement, la générosité de ses lecteurs a permis à Mediapart de renflouer la trésorerie de 400'000 EU et de poursuivre les investissements nécessaires, notamment dans les nouvelles applications internet et l’expansion au niveau international.

Celui qui soupçonnerait derrière l’insistance des autorités fiscales une pression des groupes de presse qui dominent le paysage médiatique français n’est qu’un vilain complotiste.

Pour la petite histoire, deux autres sites d’information sont touchés par cette inégalité de traitement, « Arrêt sur Image » et « Indigo Publications ». Aucune pénalité ne leur est imposée toutefois. Cherchez l’erreur ! En raison de son impartialité politique, les révélations des journalistes d’investigation de Mediapart ont autant touché le camp politique de la gauche que celui de la droite, raison pour laquelle le site est équitablement détesté par l’establishment politique. (Les affaires Bettencourt en 2010 et Cahuzac en 2012)

Aux Etats-Unis, précurseur de toutes les tendances, du meilleur et du pire, la manipulation de la couverture des élections primaires, actuellement en cours, par les médias dominants, tels que NYT, Washington Post, WSJ, CNN, CBS, MSNC, NBC, CNBC frôle la caricature. Ce qui est nouveau, c’est que ça ne marche plus.

Malgré les campagnes de dénigrement, orchestrées par les groupes de presse établis, envers le candidat démocrate Bernie Sanders, dans le but de le faire sortir de la compétition, ont eu l’effet inverse, une vague de sympathie pour le sénateur. On peut suivre la dernière saga des efforts désespérés de faire tomber le traitre à l’ordre établi sur internet.

Dans l’état du Nevada, où les élections primaires du parti démocrate sont « fermées » (closed primaries), le DNC (Democratic National Committee) a décidé, une fois de plus, de changer le mode de scrutin à sa guise pour favoriser la candidate, voulue par l’establishment du parti et les médias, Hillary Clinton. On peut voir les réactions furieuses des supporteurs du sénateur Sanders sur internet, sur les nombreuses vidéos amateurs tournées avec des téléphones portables. La direction du parti parle de menaces de mort et de casseurs de mobilier, propos retransmis allègrement par les médias, mais démenties simultanément par les vidéos sur internet et la couverture online des médias indépendants tels que Young Turks, Jimmy Dore, Democracy Now, Tom Hartmann.

Le potentiel pour une presse indépendante et sans publicité est réel car deux conditions essentielles sont remplies. Les coûts d’exploitation d’un site d’information sur internet représentent une fraction de ceux de la presse écrite et la demande pour du contenu indépendant est immense, ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour des journalistes, soucieux de leur indépendance.

Les grands titres de la presse écrite ne disparaitront pas, mais ce ne seront plus eux qui feront l’opinion.

09:02 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Très plaisante, votre remarque sur "l'impartialité politique" de...;ediapart

Écrit par : Jean Gowrié | 23/05/2016

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