10/05/2016

La Fondation Clinton, la charité et l’uranium kazakh

Fondée en 2001 par l’ancien président américain Bill Clinton, mari de l’actuelle candidate démocrate à la présidentielle, Hillary Clinton, et dotée d’un capital de 250 mio USD, la Fondation Clinton a pour but: « d’améliorer la santé et le bien-être dans le monde, de promouvoir l’égalité hommes-femmes, de réduire l’obésité infantile, de prévenir des maladies, de créer de nouvelles opportunités économiques, d’aider les villes et communes de faire face aux effets nocifs du changement climatique. » (Wikipedia)

Un article, paru dans le New York Times il y a tout juste une année, le 23 avril 2015, dévoile un autre aspect de cette oeuvre de bienfaisance. L’histoire commence en 2005 quand l’homme d’affaires canadien, ami des Clintons et donateur assidu à leur fondation, Frank Giustra, se fait accompagner par Bill au Kazakhstan pour rencontrer le président Nursultan Nazarbayev, en fonction depuis 1990 et réélu démocratiquement en 2015 avec 97% des votes. Le but de la visite est d’obtenir, pour la société minière de M. Giustra, UrAsia Ltd., une participation dans trois mines d’uranium contrôlées par la société minière Kazatomprom propriété de l’état kazakh.

Le Kazakhstan possède 20% des réserves mondiales d’uranium. Bill Clinton offre, en contrepartie, son soutien au président Nazarbayev, candidat à sa réélection, contre l’avis du département d’état américain, dirigé à l’époque par sa femme Hillary, qui considère que le régime Nazarbayev ne respecte pas les droits humanitaires élémentaires dans son pays.

Peu après cette transaction, couronnée de succès, UsAsia fusionne avec la société minière sud africaine, Uranium One. La valeur de la fusion s’élève à 3,5 mia USD a et la majorité des actions restent en mains des investisseurs canadiens, sous la direction du nouveau PDG Ian Telfer. La nouvelle société garde le nom Uranium One.

Par la suite, Uranium One acquiert des participations importantes dans des explorations d’uranium aux Etats-Unis, dans les Etat d’Utah, du Texas et du Wyoming et devient ainsi un fournisseur incontournable des centrales nucléaires américaines avec 20% de part de marché. Quelques mois plus tard, et sans doute par pure coïncidence, M. Giustra effectue une donation généreuse de 31 mio USD en faveur de la fondation Clinton avec la promesse de verser 100 mio USD de plus sous peu.

Frank Giustra a toujours maintenu que Monsieur Clinton l’avait accompagné au Kazakhstan pour représenter les intérêts de sa fondation dans une opération de lutte contre le SIDA. Etant donné que, selon M. Giustra, la transaction en question n’était pas soumise à l’accord préalable du gouvernement kazakh, la présence de Bill Clinton n’était donc, toujours selon M.Giustra, d’aucune utilité dans ce sens.

Peu de temps après, le directeur de la la compagnie minière étatique Kazatomprom, Moukhtar Dzhakishev, déclare publiquement que toute autorisation d’exploration minière nécessite bel et bien l’accord des autorités kazakhs.

Suite à des révélations dans la presse au sujet de la légalité de la transaction, Frank Giustra se plaint de l’acharnement médiatique et estime que “la presse ferait mieux de louer les efforts de M. Clinton en matière de lutte contre la pauvreté et pour l'amélioration des conditions sanitaires dans les pays en voie de développement, les vrais défis de la société contemporaine.” En 2007, M. Giustra vend sa participation pour 45 mio USD, avec une belle plus value à la clé, on imagine.

Une année plus tard, en juin 2009, l’action Uranium One plonge soudainement de 40% à la bourse de Toronto, suite à l’arrestation du chef de Kazatomprom, Moukhtar Dzhakishev. Il est accusé d’avoir vendu illégalement des gisements d’uranium à des sociétés étrangères, dont la société canadienne UrAsia.

Le PDG d’Uranium One, Jean Nortier, se voit contraint d’émettre une déclaration, contredisant, une fois de plus, les affirmations répétées de Frank Giustra. A ce moment, la direction d’Uranium One a de sérieuses craintes de perdre l’accès aux mines kazakhs.

Des échanges de courriers diplomatiques, rendus publiques suite à des fuites “Wikileaks”, suggèrent que le Kremlin n’est pas étranger à l’arrestation de Moukhtar Dzhakishev. En effet, la Russie souhaite augmenter son stock en uranium et envisage d' acquérir des parts dans Uranium One, pour ses gisements kazakhs.

De son côté la direction d’Uranium One intervient auprès des diplomates canadiens et de l’ambassade américaine à Almaty pour qu’elle exerce une pression sur le gouvernement kazakh, pour que celui-ci garantisse la validité des licences d’exploration. L’ambassade américaine rapporte immédiatement à la secrétaire d’état, Hillary Clinton, et, promptement une réunion est organisée entre les autorités kazakhs et américaines.

Trois mois plus tard, le gouvernement russse acquiert une première tranche de 17% du capital d’Uranium One pour augmenter rapidement sa participation à 51%, faisant par la même occasion une offre alléchantes aux actionnaires canadiens. Toutefois, vu l’importance stratégique et sécuritaire du transfert des actions Uranium One en faveur de la Russie, cet investissemnent requiert l’aval du gouvernement américain.

L’instance qui octroie ce genre de permis est le “Committee on Foreign investments in the United States”, composé des membres les plus influents du cabinet, dont le procureur général, le secrétaire du trésor, le secrétaire de la défense, celui du commerce et de l’énergie, ainsi que le secrétaire d’état, donc Hillary Clinton.

Pendant que l’agence fédérale de l’énégie atomique russe, Rosatom, continue d’acquérir des parts dans Uranium One, entre 2009 et 2013, selon des documents canadiens, de nombreux transferts sont effectués en faveur de la fondation Clinton.

Des publications de la déclaration d’impôt de la fondation de charité privée du PDG d’Uranium One, Ian Telfer, du nom de Fernwood, montrent des versements de 1 mio USD en 2009 (intervention de l’ambassade américaine auprès des autorités kazakhs au sujet de la légalité des permis d’exploration), 250’000 USD en 2010 (prise de participation majoritaire des russes et offre d’un dividende spécial), ainsi que 600’000 USD en 2011 et 500’000 en 2012. D’autres donations entre 1,3 et 5,6 mio USD d’un certain nombre d’investisseurs canadiens, profitant de la vente des droits d’exploration d’uranium kazakh à la société canadienne UrAsia, apparaissent.

M. Telfer déclare n’avoir jamais évoqué le sujet Uranium One avec le couple Clinton, et ses donations sont la preuve de sa reconnaissance du travail charitable de Frank Giustra et le couple Clinton.

Au mois de juin 2010, Bill Clinton reçoit la somme de USD 500’000 pour un discours à Moscou, devant un parterre de la banque d’investissement russe, Renaissance Capital, mandatée par le gouvernement russe pour l’acquisition des actions Uranium One. Le président, Wladimir Putin, le félicite personnellement pour son discours. Pour la petite histoire, Renaissance Capital invite régulièrement le conférencier et ancien Premier Ministre socialiste britannique Tony Blair.

La liste que Madame Clinton soumet à l’administration Obama au début de son mandant en tant que secrétaire d’état contient une seule transaction liée à la société Uranium One, un don de son PDG, Ian Telfer, de 250’000 USD en 2007, effectué bien avant l’implication du gouvernement russe.

Le journaliste et écrivain, Christopher Hitchens, décédé en 2011, auteur de nombreux livres et columniste pour Vanity Fair, The Nation, World Affairs, Slate et Atlantic Monthly et critique féroce du couple Clinton, rappelait à plusieurs reprises les dangers d’une nomination de Hillary Clinton au poste de secrétaire d’état.

Il citait, entre autre, les nombreuses affaires autour de la Fondation Clinton telles que des contributions douteuses d’un magnat du tabac indonésien ainsi qu’un don de 2 mio USD d’une société chinoise, proche du gouvernement. Ces deux donateurs ont d'ailleurs quitté précipitamment les Etats-Unis lorsqu'ils avaient été cités à comparaître dans le cadre d'une investigation au sujet des donations à la fondation Clinton. Toutes ces affaires, qu'ont trouve sur internet, sont bien publiées et connues.

Juste avant sa nomination au poste de Secrétaire d’Etat, la Fondation Clinton reçoit 10 mio USD du gouvernement saoudien. En 2011, par coïncidence, Hillary Clinton fait du transfert d’armes en Arabie saoudite une priorité, telle que par exemple la livraison de 84 avions de chasse F 15 d’une valeur de 29,4 mia USD. Ces mêmes avions ont été utilisés dans des bombardements au Yémen qui ont coûté la vie à 2’800 civils. La liste continue et tout peut être consulté sur internet.

La presse américaine et européenne étant parfaitement documentée sur ces faits, continue d’enfoncer l’adversaire de la Secrétaire d’Etat, le sénateur Sanders, et de commenter les moindre faits et gestes du candidat républicain Donald Trump, dont la popularité n'est rien d'autre que l'expression d’un profond malaise dans la population. Du côté démocrate, les succès du sénateur Sanders, constamment tus par la presse, montrent que l'issu de cette élection sera, soit une chance et le début d'une remise en question de quarante ans de néolibéralisme ou l'effondrement incontrôlé du capitalisme et un regain des nationalismes avec des conséquences dont nous avons déjà un avant-goût en Europe.

Mais, les médias n’ont visiblement pas encore compris, ou plutôt refusent de comprendre, que la candidate Clinton, représentant l’establishment et le statu quo, aura peut-être du mal à battre le candidat Trump et, pour le bien de la nation et en effet du monde, un président Sanders serait plus rassurant qu’un président Trump.

17:38 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Ok, tout est sur le net. Mais alors, comment se fait-il qu'il faille venir sur les blogs de la Tdg pour le découvrir ?

Écrit par : Pierre Jenni | 10/05/2016

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