15/04/2016

La satire contre le désarroi européen

Le magazine d’information américain « Time » a eu l’audace d’élire la chancelière allemande Angela Merkel personnalité de l’année 2015 en titrant « chancelière du monde libre et leader du continent européen ». Rien que ça. Voilà pour la vision du monde du groupe médiatique Time Warner.

La raison de la longévité politique de la chancelière se résume à une phrase du célèbre satiriste politique allemand Volker Pispers « Angela Merkel ne s’intéresse pas à la politique, elle aime tout simplement être chancelière ». Ce qui compte n’est pas la clairvoyance politique mais l’opinion publique. Et la première fois dans sa carrière qu’elle prend une décision par conviction, celle de l’accueil inconditionnel des refugiés syriens, elle se plante, car elle n’a pas de vision ni pour l’Europe ni pour l’Allemagne et maintenant elle commence à accumuler bourde sur bourde.

La dernière en date est l’affaire du satiriste allemand Jan Boehmermann, affaire qui commence en réalité par l’’émission de satire politique « extra 3 » de la chaîne NDR et son présentateur, Christian Ehring, qui a détourné une fameuse chanson de la chanteuse Nena en moquerie du président turc Recep Erdogan et sa politique de répression de la liberté de la presse dans son pays. Suite à la diffusion de l’émission de télévision, l’ambassadeur d’Allemagne à Ankara a été convoqué au ministère turc des affaires étrangères pour recevoir une note de protestation contre cette « attaque contre l’intégrité du président turc ». Pour la petite histoire, grâce à cette médiatisation, la vidéo de la chanson a été « cliquée » 7,5 mio de fois par les internautes sur « youtube ».

Le satiriste Jan Boehmermann, connu pour ne pas faire dans la dentelle, double la mise en publiant sur la même chaîne de télévision un poème sur Erdogan, certes de très mauvais goût et en dessous de la ceinture, mais en matière de goût on sait qu’ils sont dans la nature et contre les attaques racistes et diffamatoires il y a des lois, et le gouvernement allemand reçoit promptement une plainte pénale du gouvernement turc.

Sur fond de transaction douteuse « réfugiés contre des milliards de l’union européenne », la chancelière n’a que très mollement défendu la liberté de presse allemande et c’est tout juste si elle s’est offusquée de l’ingérence de la Turquie dans la vie publique allemande. Le président turc de son côté ne s’en serait pas privé, comme le montre l’exemple du procès des journalistes, accusés d’espionnage pour avoir dévoilé le financement occulte du terrorisme de l’état islamique EI par les autorités turcs et auquel ont assisté des diplomates européens ce qui n’était pas du tout du goût du président.

Madame Merkel cède donc aux pressions turques et la justice allemande engage une procédure pénale contre le journaliste Jan Boehmermann, un précédent lourd de conséquence pour la liberté de presse.

Contrairement à ce que pense le magazine américain « Time », Madame Merkel n’est pas le leader du monde libre, ni du continent européen. Pas plus que le premier ministre anglais, David Cameron ou le président français François Hollande, car il y a comme un parfum de révolution dans l’air, la vague de popularité du candidat à la présidence américaine, Bernie Sanders, la « nuit debout » en France, le mouvement « des insoumis » de Jean-Luc Mélenchon, l’élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti « Labour », le succès du parti « Podemos » en Espagne, la création du mouvement européen « DIEM25 » de l’économiste Yanis Varoufakis.

13:30 Écrit par Bruno Hubacher | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

Oui, il y a une ambiance prometteuse.
Mais je préfère ne pas trop m'emballer.
Qui vivra, verra.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/04/2016

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